Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 1962

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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Kozlika, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 24 décembre 2006

1962-1961:2-1 passages

Elles disent.

Au début, avant Massy-Palaiseau, où nous ne sommes restées que quelques mois, on a habité toutes les trois dans un tout petit studio dans le 13e. Ton berceau était au bout du lit où nous dormions toutes les deux. Le matin quand tu te réveillais et que tu as été assez grande pour le faire, tu passais de ton lit au nôtre. Tu étais très sage, tu as fait tes nuits en rentrant de la maternité, ne pleurant quasiment jamais. Par contre tu nous inquiétais, tu n'as commencé à parler qu'après deux ans bien tassés. Pas le moindre mot d'enfant auparavant, pas même « papa » ou « maman ». (Cassandre dit : si si, souviens-toi elle a dit un mot un seul jusqu'à deux ans « ca-handre », mon prénom.) La directrice de la crèche se faisait du souci aussi à ce sujet. Un jour elle nous a donné le numéro de téléphone d'un spécialiste. Tu as commencé à parler le lendemain ou le surlendemain. Incroyable.

Je me souviens.

De la crèche. Faux souvenir. Mon deuxième lycée en était tout proche et nous sommes revenues habiter quelque temps dans le treizième arrondissement quand j'avais entre 14 et 18 ans. J'y suis revenue depuis 2002. J'habite pratiquement en face. A l'époque du lycée, j'y suis allée, la directrice était la même, elle se souvenait de moi à cause de cette inquiétude qu'elle avait partagée. Il m'a semblé que je reconnaissais les lieux mais j'avais tellement envie de les reconnaître que je ne sais pas si c'est vrai.

Je me souviens que le passage d'un lit à l'autre s'est fait dans l'autre sens pendant des années avec ma sœur jusqu'à son mariage. Dès que notre mère était couchée elle venait me rejoindre dans mon lit-bateau et tâchait de se réveiller avant Maman pour retourner dans sa chambre. Quand elle est partie, j'ai eu beaucoup de mal à m'habituer à dormir seule.

1988, Maman m'aide à envoyer les faire-part de naissance de mon aîné. Elle dit : En 1962, ta grand-mère Louise était à l'hôpital, elle savait qu'elle allait mourir, un cancer. De l'hôpital elle a téléphoné à la femme de ton père. C'est elle qui lui a appris ton existence. Alors Aïda a voulu te rencontrer. J'ai dit : « Pas sans moi. » Alors ça ne s'est pas fait. Vers 1974-1975, avec Claire,[1] on nous avait demandé de faire des interview dans la rue pour un exposé. Alors on a eu l'idée de choisir comme thème la fidélité et d'aller interwiever « par hasard » la femme de mon père qui tenait une boutique d'accessoires de mode, je savais où. Je n'ai jamais osé ni même jamais osé non plus me poster à un coin de rue pour la voir sortir et connaître son visage. Je ne sais pas à quoi elle ressemblait.

Notes

[1] Claire, c'était bien avec toi ?

gateau, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 2 février 2007

1962 : Marilyn meurt et moi, je nais.

Tout à leur bonheur, les futurs parents peuvent enfin se repaître des conversations quotidiennes liées aux enfants. Si les premiers temps, ils restent prudents, les mois qui passent leur apportent la sérénité nécessaire afin de vivre joyeusement cette grossesse et de se préoccuper, enfin, du prénom du bébé à naître.

C'est alors que la difficulté paraît. Le futur papa et la future maman ne peuvent se mettre d'accord sur un prénom. Chaque proposition voit poindre des haussements d'épaules, des yeux ronds de surprise et d'incompréhension, à tel point que l'un d'entre eux finit par prendre une décision irréversible acceptée par chacun.

La future mère choisira le prénom d'une éventuelle fille, le futur père celui d'un éventuel garçon sans que cela soit discuté.

Le futur père ne met guère longtemps à faire sa proposition, si son enfant est un garçon, il s'appellera Gilles.

Pour la future mère, la décision de nommer sa future fille sans prendre en considération un autre avis que le sien change la donne et elle n'a plus d'idée. Il lui faudra plusieurs semaines pour remédier à la situation et c'est en lisant le journal, un matin, dans son lit que lui viendra la lumière. Dans la chronique des faits divers, le prénom d'une petite fille enlevée lui saute aux yeux. Quel beau prénom, si le bébé est une fille, il lui ira à ravir.

C'est ainsi que même pas encore née, j'avais déjà disparu.

Le dernier jour du mois de mai, les contractions se font ressentir. Mes parents, baggages en mains, prennent le chemin d'une clinique du XIVe arrondissement de Paris. Je me fais désirer et n'apparais que 3 jours plus tard, laissant ma mère épuisée mais ravie. Je crois que cette attente interminable et douloureuse impressionna mon père au point qu'il ne se souvint jamais de la date exacte de ma naissance.

anita, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 4 février 2007

1962 : frères, la ligne de partage des os.

pierre_et_algue.jpg
En 1962, Messieurs Crick, Watson et Wilkins reçurent le Prix Nobel pour leur travaux sur la structure de l'ADN.

Ce fut cette année là également que naquit le deuxième brin de cet ensemble que je nommais, de façon auto centrée : mes frères. Sous- ensemble quasi -indiscernable, d'un noyau appelé "les enfants", dont émergeait à intervalle régulier, un quota suffisant de genoux écorchés, de bouches à nourrir, d'oreilles à laver, pour qu'on nous jugeât en bonne santé physique.

Si les petits cailloux qui ricochent en direction de mes parents interrogent le fil de la transmission, celui-là questionne le partage. Et pose, de façon très nette, le double sens de ce mot, qui parle de ce qu'on faire circuler entre nous, de ce qui appartient tout entier à tous et à chacun, mais aussi de ce qui tranche, isole, et distribue en fragments inconciliables. Sans nul doute, la langue que nous partageons est riche de ces doubles sens, de ces appariements en miroir, distincts et indissociables.

Nous eûmes cela, le trésor sans fond des histoires inventées à trois, des chatons solennellement promenés en landau, du bruit de la pluie sur la toile de tente, la barre du milieu, bien sûr, et d'improbables pulls tricotés main par une grand mère aveugle, tout ce qui tenait chaud à chacun sans léser l'autre.

Pourtant, les places n'étaient pas interchangeables. Dans chaque famille, dans chaque clan, se créent des territoires de prédilections, qu'on se les choisisse ou qu'on vous les impose. Notre adolescence fit éclater le magma avec d'autant plus de violence qu'à la nécessaire négociation intime de notre âge s'ajouta l'effondrement du couple parental. Les lignes de partage dessinèrent la géographie douloureuse de nos conflits de loyauté. Dans le retournement haineux du divorce, Médée nous laissa la vie sauve, mais ce ne fut pas sans contrepartie. Sommés insidieusement de prendre partie, incapables d'être infidèle à l'une des moitié de notre génome, nous lâchâmes notre complicité pour réorganiser solitairement nos débris.

Adultes, nous savons encore qu'il ne faut jamais parler sèchement à un numide et nous rions encore à faire parrrrrrrler petit pistolet trrrrrrrrrente- six coups. Notre fond commun de vieilles plaisanteries, la certitude que chacun à notre manière, nous avons tous tenté de comprendre quelque chose au monde qui nous entoure, notre rapport à l'enfance, notre (trop souvent muette) sensibilité à ce qui affecte l'autre, continuent de jeter, par endroit, des ponts sur nos tranchées de repli.

Mon père fit deux autres enfants, avec lesquels tout sera différent, et bien sûr, je me suis crée d'autres frères.

Dans mes aînés, outre ce que la vie a fait d'eux, je contemple des reflets inédits de mes parents, dont certains m'avaient- et c'est le cas de le dire- complètement échappé. Mais malgré cette inaltérable familiarité, je garde l'étrange sensation qu'il me sera désormais, et pour toujours, plus facile de leur donner ou d'en recevoir un rein qu'un avis.

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 6 février 2007

1962:04 Classe verte

On a déménagé. Les parents ont trouvé l'appartement de rêve, racheté à l'Abbé Marcel, on se demande bien ce qu'il faisait dans un si grand appartement parisien, il avait dû en hériter, c'est sûr, et le remplir jusqu'à la gueule de livres. On m'a dit que l'appartement était tout noir, mais comment est-ce possible, il est si lumineux !

Il est original par rapport aux autres appartements bourgeois avoisinants que j'aurai largement l'occasion de visiter grâce à toutes mes copines de classe plus tard : lui, il est circulaire, on revient toujours à son point de départ même si on ne revient pas sur ses pas. Il y a bien un couloir, mais celui-ci semble petit comparé aux immenses corridors de ces appartements nécessitant nombreux personnels domestiques, relégués au bout d'un impossible office impraticable. Et là, pas question d'y faire du vélo, comme j'ai eu l'occasion de le voir faire chez mes petites copines, filles de médecin et autres.

Là, non, la cuisine est immédiatement accessible, et une table en demie lune suffisamment large pour qu'on y prenne tous nos petits déjeuners, elle deviendra de plus en plus petite au fur et à mesure que non seulement nous grandirons, mais que ma mère l'investira comme son sanctuaire, son temple aux pains de propositions, son antre d'alchimiste géniale. Mais à cette époque, ce n'est pas encore cela et elle suffirait à nous tous pour de nombreuses années tandis que le reste de l'appartement, avec ses trois grandes chambres, ses deux cabinets de toilette et sa jolie salle de bain avec fenêtre au verre dépoli va devenir la maison pour de très nombreuses années. Les parents y vivent toujours, l'appartement a bien rétréci, mais il n'a pas trop changé, la voisine du dessous n'est pas devenue sourde malgré nos trépidations sur sa tête, et quarante quatre ans plus tard elle vient de fêter ses cent ans.

L'autre lieu de vie c'est bien entendu l'école, l'école maternelle où je vais avec grand plaisir, je suis chez les moyens, mais ce n'est pas comme ça qu'on dit, nos classes ont des couleurs, et la mienne, c'est la classe verte, l'an prochain je serai en classe jaune avec les grands. En attendant, j'ai mes premiers émois, et pour bien commencer ma vie amoureuse, je fais les choses en grand, et mon coeur bat pour les jumeaux. Je me souviens surtout de Daniel, peut-être bien que son frère Yves lui ressemblait parfaitement, puisque je crois bien me souvenir que c'était des vrais jumeaux, et c'est aussi pour Yves, plus tard, que je me ferai punir (je ne sais pas ce qu'il avait fait que j'avais couvert, mais ce ne sera pas la dernière fois que je me lancerai dans cette carrière d'avocate des sans voix timides et assumerai les conséquences parfois bien injustes de ce combat perdu d'avance).

Je me souviens si bien de cette classe, de sa porte donnant sur la cour de récréation, je serais curieuse de la revoir aujourd'hui avec mes yeux de vieille, et de m'apercevoir qu'elle devait être assez minuscule, mais quand on mesure trois pommes, un mur sert de citadelle et protège de bien des angoisses du grand monde. Aucun des bruits de celui-ci ne m'est véritablement parvenu.

samantdi, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 6 février 2007

Ricochet 1962: 01- une malformation congénitale

Eté 1962, j'ai bien du mal à me tenir debout. Quand je mets une jambe devant l'autre, elles sont séparées par un écartement anormal. Si je reste immobile, il y a comme un décalage entre le haut et le bas de mon corps.
Mon entourage s'étonne mais que faire ? Les choses sont difficiles pour nous. Delphine et le Tonton sont malades, ma mère s'enferme dans son isolement et sa précarité, mon papy travaille encore sur les chantiers en attendant l'âge de la retraite.
Novembre 1962. Je suis de moins en moins mobile et de plus en plus tordue.
On consulte le médecin.

Il évoque l'éventualité de passer une radio. Pour ce faire, il faut se rendre à la Préfecture distante de trente kilomètres. Comment y aller ? Nous n'avons pas de voiture et personne ne sait conduire. Un voisin se propose. C'est une expédition. Ma mère se ronge les sangs.
Elle n'a pas tort : la radio montre que je suis née avec une malformation sévère du bassin. Il faut m'opérer. Le seul spécialiste se trouve à deux cents kilomètres.

J'ai vingt mois et je pars pour l'hôpital. Pendant deux ans, je vais rester immobilisée et faire de nombreux va-et-vient, entre opérations et plâtres qui maintiennent mes jambes écartelées. C'est le prix à payer pour pouvoir espérer marcher normalement.

C'est la poisse. On n'en sort pas. Comment allons-nous faire avec cette petite fille estropiée en plus de tout le reste, du Tonton qui perd la tête et de Delphine qui s'éteint doucement ?

En 1962, mon père achète une jolie DS dans laquelle il promène sa femme et sa fille.
Il ne me conduira jamais à l'hôpital, ne veillera pas sur moi, ne soutiendra pas ma mère, ne contribuera à aucun des frais supplémentaires qu'engendre cette malformation congénitale que je tiens de lui.

orpheus, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 10 février 2007

1962 / Paradisio

Pendant que mes XY traînent à gauche à droite, mes XX découvrent l'amour du cinéma. C'est donc de son côté que je tiens ce goût pour les belles histoires sur grand écran blanc. Son premier frisson est pour Jules et Jim sorti en janvier. Elle se souvient également de West Side Story sorti la même année. Et puis La Guerre des boutons et surtout Lolita de Kubrick.
Lui se rappelle surtout qu'en été, le 5 août, Marilyn Monroe a tiré sa révérence. Il se souvient du doute qui plane autour de sa disparition. Il connaît son regard, ses jambes, sa poitrine, même s'il avoue n'avoir vu aucun de ses films.

Marie Trintignant, Isabelle Nanty poussent ensemble leur premier cri. Viennent également les excellentes Jennifer Jason Leigh, Demi Moore et Jodie Foster, le talentueux David Fincher, et le... heu... et...Tom Cruise.

Moi, j'aurais adoré assister à l'avant-première de Qu'est-il arrivé à Baby Jane.
Mais c'est encore trop tôt.

pierre, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 11 février 2007

1962:01 Apprendre à partager

Pour cette première année de ma vie je dois encore faire appel aux souvenirs de substitution. De la naissance de mon petit frère je ne conserve aucune trace consciente. Il faut dire que mes parents n'avaient pas traîné: je n'avais pas six mois que le second était déjà en route ! Certes il n'était pas prévu si tôt et les conseils du bon Docteur Ogino montraient là leur limite...

Quoi dire ? Que peut-il se passer dans la tête d'un bébé de quinze mois le jour où il se rend compte (?) qu'un autre est arrivé dans son environnement ? Un autre qui pleure, qui mange, qui demande de l'attention, du temps. Un autre qui est dans les bras d'une mère devenue commune et à partager. Des mécanismes particuliers se mettent-ils en place chez un aîné qui, de roi, devient soudainement un parmi deux ? Quand j'ai vu les réactions de mon fils aîné lors de la naissance de sa petite soeur je me suis dit qu'un tel partage n'était certainement pas évident à accepter...

Dois-je voir dans cet évènement précoce l'empreinte certaine d'une crainte de manquer ? Ai-je redouté à ce moment-là d'être dépossédé de l'amour qu'on me portait ? En ai-je acquis certains réflexes d'agrippement ? Ma mémoire en garde très probablement les traces, mais mes souvenirs ne pourront jamais remonter aussi loin. Les explications demeureront inaccessibles.

fauvetta, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 12 février 2007

60 à 63. Du Soleil dans le dos

1960-1961-1962-1963

L'été, le Soleil, et la liberté.

8, 9, 10, 11 ans et déjà libre. Libre d'élargir chaque jour un peu mon univers. Nous vivons dans une petite ville, mais c'est comme à la campagne. J'ai exploré les limites de ma rue, et découvre le monde des petits chemins, des champs et des rivières.

Jusqu'alors bons camarades, mes grands frères décrètent qu'ils ne veulent plus "de gonzesses avec eux !". Ils ont leur bande, s'amusent énormément, et n'ont pas besoin d'une fille qui ne court pas assez vite ! Très vite, je me retrouve entourée d'enfants du quartier de mon âge, et de plus jeunes. Les mères débordées confient les petits aux plus grands et nous embarquons dans la troupe les petits frères et soeurs de 3-4 ans... Diane, la chienne rousse de mon père nous suit partout, fidèle et protectrice. Il fait chaud, très chaud, la piscine de la ville n'est encore qu'à l'état de projet.



Nous avons découvert que nous pouvions nous baigner dans les carrières d'argile situées près du petit cimetière. L'après-midi, nous chipons les torchons de nos mères, et des bouts de tissus en guise de serviettes de bains, et allons nous rafraîchir. Evidemment aucun de nous ne sait nager... Nous pataugeons dans l'eau douce, en culotte, nos pieds se collant à l'argile... Bains de boue d'argile... Nous jouons à nous arroser, nous barbotons... Et nous nous dorons au soleil ! Nous partageons nos goûters, de grosses tartines à la confiture. Nous rentrons dans nos familles, les joues rouges, le corps bronzés, fatigués, calmes et tellement heureux, mais déjà excités à l'idée d'y retourner le lendemain !

Je sens encore la chaleur du soleil dans mon dos... Aujourd'hui, lorsque je suis à la piscine, assise sur le rebord, les jambes dans l'eau, je ferme les yeux, et je retrouve tout de suite cette sensation de chaleur et de joyeux bien-être... A chaque fois je me sens bouleversée, le souvenir des petits minots que nous êtions me fait sourire, et me rend molle d'émotion. Si libres et si heureux de se baigner.

alain, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 16 février 2007

Ils se marièrent

1962 Ben oui c'est mon deuxième Bac reçu avec la mention AB avec 13,50 en philo et tj 3 en math ! heureusement que cette matière avait un coeff de un!! Que faire après le BACC. J'étais dans établissement privé ,par conviction,par bravade,par souci de me démarquer à l'automne ,suivant je rentrerai au Séminaire où je resterai 2 ans....

1942

Louis et Maria se marient au mois de juin juste avant les grands travaux d'été.La fête fut modeste en ces temps de guerre :à peine une quinzaine d'invités et 3 frères des mariés prisonniers on ne savait trop où . Seule une photo de mes parents avec un regard sévère et à peine un sourire esquissé par mon père.L'amour ne transparaît pas beaucoup dans ce cliché mais peut-on savoir?

Cette photo ressemble encore aux clichés du début du siècle où suivant l'expression locale on se faisait "tirer le portrait".Il s'agissait d'une affaire sérieuse onéreuse et il n'était pas question de sourire!

Kozlika, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 19 février 2007

2:1962

En 1962, ma grand-mère maternelle meurt d'un cancer du sein. Avant de disparaître elle voudra mettre en ordre quelques affaires et téléphonera à la femme de mon père pour lui apprendre mon existence et ouvrir involontairement ainsi une plaie qui ne se refermera jamais.

C'était mon seul grand-parent vivant. Ma mère n'ayant ni frères ni sœurs et mon père effectuant une séparation étanche entre sa vie légitime et nous, ma famille tout entière se résume aux trois habitantes de notre petit studio.

Un cancer du sein.

C'est la semaine « 1962 » des Petits cailloux et ricochets que la gynécologue me prescrit une mammographie et échographie accompagnée du dessin aux trois tétons. Angoisse, vertige. La peur de mourir avec laquelle je bataille depuis tant d'années n'a jamais été exempte d'irrationnalité, c'est le moins qu'on puisse dire, mais pour la première fois elle se nourrit également de superstition. Je vois des signes partout. Et si mes « petits cailloux » amassés en novembre et décembre l'avaient été par préscience d'une mort prochaine ? Un bilan qu'on tire avant de partir ? Et si l'année 62 des ricochets était un signal ? Et si le souhait d'arrêter de fumer était un combat d'arrière-garde contre l'inéluctable ? Et ce désir soudain de « reprendre en main » ma santé qui m'avait conduite depuis quelques semaines à fréquenter de nouveau les cabinets médicaux, n'était-ce pas encore et toujours cette préscience ? N'est-ce pas logique que je meurre d'un cancer du sein pour ainsi boucler la boucle du sursis ?

Quarante-six ans de cartésianisme et d'anti-obscurantisme se frottent à la superstition née de la peur. Je comprends de l'intérieur les mécanismes qui font plonger des gens vers les poudres de perlimpinpin, incantations, cartomanciennes et autres fantasmes du surnaturel. Puisque j'attends, puisque je ne peux rien maîtriser de l'issue de cette attente, rien entreprendre avant elle, je ne peux y associer que des éléments tout aussi peu maîtrisables.

Le retour au rationnel s'effectue à 11h10 le mercredi. L'abattement qui me saisit en apprenant que le rendez-vous est le lendemain fait place quelques dizaines de minutes plus tard à une « inquiétude raisonnable », non négligeable mais exempte d'angoisse. Le taux d'adrénaline monté à son acmé pour ce jour et cette heure pédale dans le vide et la superstition reprend sa place dans la gamme des ridicules.

D'ailleurs, le lendemain matin il faisait grand soleil. C'est pas un signe, ça ? ;)

michou, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 20 février 2007

1962

L’école maternelle du centre existe toujours. Elle comporte quatre classes. C’est un bâtiment bas, en longueur, surmonté d’un étage sur une extrémité. Au-dessus de la rue (des jardins fleuris) , devant une grande cour avec bacs à sable et balançoires. Un coteau accueille le quartier des écoles. Au-dessus de la maternelle, l’école des filles, à côté, face à la Mairie, l’école des garçons. Il faudra attendre 1971 pour que les écoles primaires soient mixtes

Mon premier souvenir scolaire est larmoyant, maman vient de me laisser pour la première fois de ma vie et je pleure. Je suis pourtant très content d’aller à l’école, puis d’autres enfants pleurent, ça doit me gagner aussi.

J’ai un autre souvenir de cette école de petits, c’est celui d’une institutrice. Une vraie peau d’hareng, Madame Risse, nous les mômes on dit la mère Risse. Elle applique souvent des fessées déculottées. Le tarif est variable, parler, rire, ..Je suis petit mais je trouve ça cher payé, on rase les murs parfois Tous les enseignants qui ont jalonnés ma vie scolaire me laissent une bonne impression, mais celle-là, c’est une brutasse . Le souvenir est vague, mais nous les mômes, on a un sentiment d’injustice, il n’y a pas une semaine sans que plusieurs d’entre nous défilent, au bureau, devant la classe et reçoivent des claques sur le cul de sa main leste. Voilà pour l’école maternelle, je n’ai rien d’autre en mémoire, sinon que ma sœur venait me chercher et m’emmenait.

zub, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 25 février 2007

De 1955 à janvier 1962

Ces années particulières ont déjà été relatées, et je ne souhaite pas y revenir. Si elles vous intéressent, vous pouvez les lire ici

1958
Vacances en France, Petit séjour à Nuit St Georges chez des cousins. Visite des caves et dégustation du vin. Mon père me renvoie au logis, et termine la tournée en faisant basculer le cousin sur le pastis.
Leur rentrée est louvoyante.

1960
De nouveau en vacances en France. Passage à Grenoble chez le grand-Père paternel.
Fête de folies à Brégaillon.

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