Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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gilda_f, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 20 avril 2014

13 : 1976/1977 les correspondants et une vocation

lieu(x) d'habitation : Taverny (95) logements : petits pavillons en série

L'année de 4ème est pour moi une année d'heureux épanouissement. On nous rajoute des matières, essentiellement des langues et j'ai soif d'apprendre ça. L'anglais que j'aborde en seconde langue est une libération, pas autant que plus petite l'apprentissage de la lecture mais quelque chose de cet ordre quand même : j'avais pigé que dans le monde d'aujourd'hui d'alors c'était un savoir dont on ne pouvait se passer. Comme pour la lecture ça me fait l'effet d'un voile qu'on déchire ou qu'on ôte d'un seul coup de quelque chose qui était masqué (je pense à l'inauguration d'une statue au début d'un Chaplin). L'impression de retrouver un pays perdu. Et que tout devient accessible de ce qui était auparavant sous clef. Le latin se fait davantage désirer. J'ai pigé que l'effort de départ, toutes ces déclinaisons serait récompensé par un accès. Alors je m'y applique mais je ne me sens pas très bonne, sauf en versions que je traite à voix haute en imaginant un sens à partir de l'italien.

Notre classe de 4ème est très hétérogène : ont été regroupés des très bons élèves qui comme moi "font" plein de langues et ceux qui au contraire n'en font qu'une seule : anglais renforcé précisément parce qu'ils peinent. L'ensemble me ravit parce que les moins bons sont les plus vivants, les gens trop sages déjà m'ennuient. Je crois qu'hélas très peu profiteront du mélange parmi eux, qu'au contraire écœurés par l'apparente facilité ou au contraire le côté trop bosseurs (et donc des vies peu enviables) des "bons" beaucoup décrocheront. N'empêche que j'en garde le souvenir d'une année joyeuse. Sans doute pas pour les profs.

C'est l'année d'un échange avec l'Allemagne alors encore de l'Ouest comme on pratiquait en ce temps-là. Ma mère fait la grimace : recevoir un jeune teuton pendant une quinzaine va lui apporter un surcroît de travail ; sans doute aussi raviver de mauvais souvenirs - pendant la guerre une pièce de leur maison était réquisitionnée à l'hébergement d'un soldat occupant - mais le black-out sur la guerre a été si fort de la part de ma mère (1) qu'alors je n'en savais rien. J'ignore pour quelle raison, mon goût pour le foot peut-être, nous nous retrouvons à accueillir un garçon (2). Mon père se montre sympathique et oublie de jouer les tyrans. Je m'entends plutôt bien avec notre invité même si une différence d'âge renforcée par mon évolution lente nous place dans une relation de gamine à aîné. Il a lui-même un pote Ugo Bolten qui fait partie de ces grands redoublants qui sont très jeunes trop âgés pour le système scolaire et du coup échouent à y avancer tout en menant déjà une vie de jeune adulte par ailleurs. Celui-ci est musicien et qui venant rendre visite chez nous à son ami Uwe découvre notre vieux piano avec des étincelles dans les yeux. Il viendra et reviendra jouer avec une impressionnante énergie juvéniles jazz classiques, ragtimes et autres boogies-woogies. J'ai encore en mémoire son Mapple Leaf Rag. C'est de la joie dans cette maison souvent triste dans laquelle les adultes ne s'entendent pas. Mais le visiteur a induit une trêve et son ami musicien fait danser les murs. La bouffée de bonheur m'est encore palpable près de quarante ans plus tard.

Après le départ des Allemands, il faudra faire venir l'accordeur. Et ça repartira les engueulades d'argent (3). Seulement de même qu'avec la présence quelques temps de ma cousine Anne lors de mes débuts au collège, la période sans cris m'aura permis d'entrevoir un coin de ciel bleu, qu'une autre vie est possible. Je n'en suis pas encore à prendre conscience que la situation est anormale, me croyant privilégiée : mon père n'est jamais ivre et ne frappe personne. Et par rapport à plein de mes copains, c'est beaucoup chance. "Il est gentil, ton père, au moins". Et nous recueillons celle de nos voisines que son époux frappe et mon père dit Je vais lui parler (à cet homme qui ose lever la main sur une femme) et les femmes (ma mère, la voisine) Non, surtout pas, ça va encore compliquer. Il faut le laisser cuver.

De tout mon égoïsme infantile, je note, cette année-là ou la suivante, dans mon diario que vraiment c'est pas de chance, le voisin a recommencé la veille d'un contrôle de maths, et comment je fais, hein, moi pour finir de réviser et me coucher tôt pour être en forme pour l'épreuve ?

Il faut savoir qu'en ce temps-là et dans ce milieu-là, ouvrier ou à peine un cran au dessus, c'est mal considéré de trop boire et de taper mais encore assez fréquent et vu comme une sorte de fatalité organique masculine. Il est admis que pour compenser la rudesse du boulot, surtout dans le bâtiment, l'alcool est nécessaire, que certains savent moins s'arrêter à temps que d'autres et que parmi ceux-là d'aucuns ont "le vin mauvais". Et on les plaint. On dit "C'est le voisin, il a encore trop bu" soupir, haussement d'épaules, les yeux vers le plafond, fatalité.

J'ai un emploi du temps sans temps morts ; c'est mon choix : j'ai voulu apprendre la musique, dès que je ne suis pas malade je veux faire du sport - quelque chose en moi pressent que le salut vient d'une condition physique irréprochable et refuse de se laisser abattre par une constitution défaillante -. Il m'arrive aussi de vouloir prouver que dans certains domaines par exemple le foot mais aussi monter la côte de l'Église en vélo, une fille ne vaut pas moins qu'un garçon. En revanche mes aspirations se retrouvent toujours déviée d'un pas : mon envie de violon a été embarquée vers le piano, mon plaisir de football réorienté par la force des choses puis la volonté maternelle vers le tennis qui est sa nouvelle passion. Je suis très reconnaissante envers mes parents des efforts qu'ils font. En même temps ça me paraît un minimum vital que de vouloir faire tout ça. Sinon une vie n'est pas complète (4).

Mes camarades et amis succombent à leur premières amours, je ne comprends pas ce qui les y pousse mais je saisis que c'est plus fort qu'eux. Comme j'ai des copains garçons et filles je joue souvent les entremetteuses pour ce que je ressens comme des gamineries. Bien contente pour l'heure que mon corps m'en mette à l'abris, c'est que j'ai autre chose à faire. Par exemple me préparer à cette vocation de chercheuse en physique nucléaire et quantique qui m'est venue après que mon cousin Vincent m'avait offert un livre illustré sur les atomes pour mon anniversaire et que je sois tombée je ne sais plus comment (peut-être était-ce en 3ème, car vérification faite l'édition date de 1978) sur un livre où Einstein expliquait la théorie de la relativité. C'est pour moi de l'ordre d'une révélation mystique, une intime conviction : ma vie ne sera faite que de travail et le travail ce sera ça, contribuer à mon tour à faire avancer les choses. Tout me paraît soudain lumineux, le monde se laisse comprendre. Il me semble alors logique et plutôt bienvenue de n'être en rien concernée par l'amour ça serait du temps perdu à moins que plus tard, un autre physicien. Avant même d'avoir lu sur sa vie et son travail je rêve d'une existence à la Marie Curie.

Une seule chose me rend triste : il n'y a personne à qui je puisse vraiment en parler. Personne autour de moi ne s'y connaît. Le tableau périodique des éléments qui me paraît si fascinant semble être perçu par tous comme un truc barbant. Il faudra qu'en seconde j'ai un prof de physique passionné, monsieur Zouzoulas pour comprendre que non, je ne suis pas dingue, ces trucs là peuvent faire rêver. Pour l'heure j'ai l'impression d'être atteinte d'un mal étrange, que se passionner pour ça est le symptôme d'une maladie.

Prudente, et comme je le ferais plus tard avec ma participation au comité de soutien à Florence Aubenas vis-à-vis de mes collègues de bureau dont j'ai senti au début comme une incompréhension désapprobatrice, je me tais. OK, je suis encore tombée dans un truc qui ne peut être partagé.

Cette vocation de physicienne sans avoir la moindre idée de par où passer pour y arriver, sauf d'avoir les meilleures notes possibles en classe me tiendra chaud de 13 à 19 ans. Elle ne sera ni une volonté ni une ambition, mais quelque chose de l'ordre de la vocation religieuse chez certains enfants. Un appel sacerdotal. Et si je doute de mes capacités de santé, pas un seul instant je conçois que mon cerveau a lui aussi ses limites de compréhension. Je sais qu'il faudra bûcher dur, mais crois dur comme fer que rien ne résiste au travail.

Et quand même ça m'aurait bien plu de faire footballeur.

(1) Mon père lui, me raconta pendant ma petite enfance pas mal de "Quand j'étais petit" ; au demeurant pas toujours très drôles. Mais j'adorais ça. Et bien sûr ma mère vint lui faire des reproches, il ne fallait pas parler de la guerre aux enfants. Or il a grandi en guerre et dans un pensionnat donc forcément ...

(2) Il y avait plus de jeunes allemands prêts à l'échange que de garçons français dans notre classe.

(3) Je suis triste de n'avoir pas su épargner un peu les mêmes à mes enfants. Mais pas au point d'une mésentente ; simplement les quelques scènes de ménage auront toujours eu pour venin les difficultés de fins de mois.

(4) À près de quarante ans plus tard je suis toujours poursuivie par ça, comme si l'existence devait être équilibrée à même façon que l'alimentation.

gilda_f

chatducheshire, sur le chemin ,
dimanche 29 avril 2012

1988, année 1 *Respiration*

C’est la première bouffée qui compte. C’est celle là qui fait un peu mal, et puis qui, en inondant les poumons, petites poches toutes rabougries tel un matelas pneumatique, fait jaillir le cri. Ce cri où se mêlent une sorte de colère primitive, de joie victorieuse et de surprise…C’est cette instantanéité de la douleur autant que son unicité qui étonne… c’est ce changement de milieu aussi brutal qu’agressif qui révolte… D’un coup, l’opposition s’étale, évidente et sans appel entre l’aspect impalpable et désincarné de cette fonction vitale – respirer - et la densité du monde physique, inexorablement et à jamais plus lourd. Parce que la souffrance qui accompagne la première inspiration va se perdre dans un recoin du cerveau limbique, parce que le reptilien, en bon mécaniste, assure avec une parfaite synchronicité le réflexe, il ne reste plus que quelques larmes qui racontent combien la blague était de mauvais goût… Voilà… C’est ainsi que Cela commence ..

chatducheshire

gilda_f, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 15 avril 2012

12 : 1975/1976 "Le clipper de l'an 5555"

lieu(x) d'habitation : Taverny (95) logements : petits pavillons en série

La 5ème est pour moi une année facile, dans mon souvenir 12 et 13 ans sont les âges auxquels on atteint une sorte de plénitude de ce qu'on est, avant de basculer vers une autre dimension de jeu autrement plus compliquée. Je bosse dur mais ça m'intéresse. Pour pouvoir lire le plus possible et aussi rejoindre les copains dehors, même si pour cause d'équipe de foot où ils ont pu s'inscrire et moi pas (parce que fille) nos matchs de rue se sont raréfiés, je m'organise comme une stakhanoviste dans mon travail scolaire, faisant tout à l'avance autant que ça peut et profitant de longues plages de loisir ensuite. Je progresse en musique aussi, même si les dictées musicales restent pour moi un mystère non élucidé. La gymnastique aussi me pose quelques problèmes, première apparition du fait que physiquement je suis un peu mal connectée. Danser me semble impossible. Je soupçonne le foot de me convenir de par sa définition même : il n'engage que les pieds. Coordonner mes gestes est quelque chose pour moi de très compliqué. Certaines combinaisons d'attitudes me sont inaccessibles telles que sauter et exécuter une roulade. Il est très perturbant de voir tous les camarades, y compris ceux et celles que le sport ennuie, capables de faire sans trop d'efforts certains gestes et d'être dans l'impossibilité d'en faire autant, malgré d'essayer encore et encore. Je récolte un 5/20 en sport au trimestre où l'on fait gymnastique, sauvée du zéro par la poutre où je me tiens bien. Ma mère demande à voir la prof qui est flattée et stupéfaite : aucun parent ne se soucie du sport et elle avait pris soin de préciser que c'était malgré de louables efforts.

Comme par ailleurs mon développement physique semble très en retard, sans que ça me tracasse outre mesure je commence à me demander de quelle (autre) planète je viens. Et puis je suis sans arrêt malade, l'hiver, enrhumée, fièvreuse, certains jours au bord du malaise. Le médecin parle d'anémie. Je prends des fortifiants sous forme d'ampoule. Ça ne change fichtre rien. J'apprends donc à faire avec.

D'autant que je n'aime pas manquer les cours. Avec mes camarades nous héritons comme profs d'une jolie brochette de débutants militants et motivés. Ils savent pourquoi ils enseignent en banlieue, d'autant que la nôtre est assez supportable : les parents sont peu friqués, mais leurs gosses en devenir et de bonne volonté. Par ailleurs l'allemand première langue puis le choix du latin posent dans des classes de bons éléments. Peu de splendides perturbateurs. Il m'arrive parfois de faire le clown, c'est plus fort que moi. Et une façon aussi de secouer la fatigue, qu'alors je n'identifie pas. Je crois alors que tout le monde la ressent comme moi.

À la bibliothèque du collège, je suis parvenue à négocier de n'avoir pas à respecter la division 6ème/5ème d'un côté, 4ème/3ème de l'autre. Je dévore en quelques mois, les "Signe de piste" sans l'ombre de la moindre idée que certains d'entre eux, mettant en scène d'héroïques scouts bien blancs bien blondinets, véhiculent une idéologie un tantinet rouillée. Qu'il s'agisse de Mik le Chat-Tigre (par Mik Fondal dont j'ignorais qu'il fût deux) ou du Prince Éric, je ne vois que le côté aventures sans avoir les parents sur le dos. J'oublie aussi de prendre conscience que le plus palpitant ne concerne encore et toujours que les garçons. Cela dit, dès l'année suivante ou celle d'après, ils me paraîtront "bébé".

Une de mes amies de classe, Christèle, se casse une jambe ou une cheville et je m'offre spontanément pour l'accompagner (1). J'apprends à cette occasion qu'un bienfait n'est jamais perdu : lui porter son sac qu'elle ne peut tenir pour cause de béquilles offre le privilège de monter en avance sur la sonnerie. Or les bousculades sont redoutables. Nous n'avons pas le droit de monter avant, ni celui d'être en retard. Si notre cours a lieu au 3ème étage, il faut une certaine condition physique pour parvenir en haut à temps, malgré la cohue. De plus les "grands" 3ème mettent un malin plaisir à bousculer les "petits" (2). Mon dévouement m'offre par ricochet une période de sérénité. La bousculade monstrueuse et quotidienne de la cantine nous est aussi épargnée.

Parmi les profs les plus motivés, se trouve monsieur Compain, notre prof de français et qui décide de nous faire écrire un livre collectif. Quand, des années après, j'ai retrouvé le volume, soigneusement relié par nos soins car il avait mis en place un partenariat avec la prof de travaux manuels qui nous avait enseigné temporairement cet art, j'ai été impressionnée par la bonne tenue de l'ensemble et la quantité de boulot que ça avait dû pour lui, représenter. À l'époque point d'ordinateurs ailleurs que dans les plus grandes entreprises. Il a donc dû tout taper à la machine. Sans parler du travail d'encadrement : malgré les nombreux participants, les personnages ont de la cohérence, l'intrigue se tient. Certains passages ont été écrits en collectifs, plein d'autres étaient des rédactions avec un objectif défini (dans ce chapitre il doit se passer telle et telle chose) et l'on votait après sur la version préférée. Plusieurs fois j'ai été mise de côté, sans que ça me pose de problème : je comprenais que chacun devait avoir son morceau. Le prof s'arrange pour me laisser le début et la fin. Ainsi que le dernier mot dans les discussions collectives. Passionnée par le projet, j'ai dû être très pénible à mes camarades en fait. Ça ne m'effleurait pas un seul instant que pour certains ces rédactions particulières devaient représenter une suprême corvée, tellement j'y prenais mon pied.

Le prof de musique, lui, nous fera faire un disque (mi-jazz, mi classique), auquel je participerai en jouant du xylophone : une de mes amies est déjà bonne pianiste, mon instrument d'étude est avec elle en de meilleures mains. Mais contrairement au livre relu, le résultat ré-entendu me fait rigoler. Il reste qu'ils étaient sacrément entreprenants, nos jeunes enseignants.

Je leur en suis reconnaissante. Mes parents s'entendaient de plus en plus mal, la vie à la maison n'était pas joyeuse et le collège était ce qui tenait mes jours. Ils m'accordaient une chance d'avenir, mais incapable de me projeter dans un moindre futur, je l'ignorais.

C'est en 5ème que je commence à tenir, de façon alors un brin épisodique, un carnet de bord. Assez peu intime (3), très axé sur les devoirs à faire, la présence ou non des copains de classe, la scolarité. Mais cependant. Apparaissent aussi mes première photos : par souci d'économie mon père les confie à un de ses collègues qui les développe chez lui, moyennant rétribution. Fatigue ou distraction, le collègue en saute certaines, que je découvrirai des années après en vérifiant les négatifs. En revanche, si l'une d'elle lui plaît, il n'hésitera pas à fournir en cadeau un bel agrandissement. Je dois à cet homme dont j'ignore le nom que mon père se soit un peu calmé dans ses reproches qu'il me faisait de "gaspiller", que mes photos coûtaient. Il avait dû lui dire, dis donc ta fille, avec son appareil elle sait se débrouiller. Mon père était fier. Moi tout ce que je voulais c'était que mes parents soient enfin heureux, au moins un peu, et qu'ils cessent de crier pour un oui pour un non. C'est sans doute cette année-là où j'ai commencée à me sentir l'adulte de mes parents. Et ça me rendait triste.







(1) Peut-être aussi est-ce cette année-là que j'ai été déléguée de classe ; désignée par les autres alors que je ne tenais pas à me présenter. C'est que j'osais parler aux profs, spécimen bizarre de bonne élève qui ne souhaitait pas fayoter.

(2) Ma sœur qui plus encore que moi sera au même âge un petit gabarit et n'aura pas su pas s'acoquiner avec les costauds qu'il faut, en fera les frais six ou sept ans après. Bousculée dans les escaliers à en tomber et s'abîmer un genou.

(3) Je crois que je crains des indiscrétions de ma mère ou ma petite sœur. L'idée est d'offrir un support à la mémoire et au travail à faire, comme pour naviguer (ce qu'alors j'ignore). Je trouve déjà que le temps file.

gilda_f

chatducheshire, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 24 février 2012

2006, année 18 *Twinkle twinkle*

Rien n'a vraiment changé. Faire 3 pas et reconnaître cette odeur soudain si familière, les sourires des anciens, la cuisine, juste derrière..

Je pousse le lit en sachant que ça fera râler les infirmières, futur tremplin nocturne pour baie aux étoiles, m'adosse au radiateur et me perds dans la contemplation de l'armoire, image rayée de ma mémoire

Foutue armoire

Voilà. On y était.

Il y avait eu...

tout cet hiver-là ,glaçant. L'attente et l'angoisse, des tonnes écrasantes de questions sans réponses, la solitude, la détresse. La peur. De la nourriture, des désirs, du sommeil, du toucher, d’une simple conversation, du contact, de l’amour. L’énorme peur de se faire dévorer par le monde, la peur de soi et de ne pas avoir ce qu’il faut pour y arriver, redoublée de ce sentiment de devoir accomplir quelque chose de grandiose, la peur des toujours et des jamais. L'attente du jour où, l'attente du coup de fil, l'attente du quand, du comment, du et après.

Il y avait eu…

une totale détermination. Conscience de la structure sous l’effondrement, frétillements d'espoir faisant comme des flashs illuminant tout mon sombre.

On y était, et depuis quelque temps l’air de rien, quand soudain entra en scène la belle femme, majestueuse et féline, toute de courbes et de crinières, grands yeux de chats , voiles de malice , pudeur des grandes tristesses, semblant nous englober tous sans regarder vraiment personne, charriant sans le savoir ces 2 années passées à la regarder, la chercher, la rêver, ne pas la toucher, ne pas lui parler, surtout ne pas l’approcher

Que peut elle bien faire ici ?

Remue-ménage et visages qui se pressent pour voir, sa chambre voisine à la mienne et moi qui n’en reviens pas de la savoir si proche, si réelle, tellement là, peau et souffle à portée de main , 15cm de béton à peine, cœur au firmament et pensées à tout rompre jusqu’au matin où je me lève pleine d une énergie nouvelle. Te trouver déjà posée dans ton habituelle et innocente langueur, guet matinal du bruit de la neige sur la neige, mots englués dans ma gorge, ventre qui se tord . Saisir ta main.

Que peux tu bien faire ici ?

Il y avait eu...

/.../

Et il y aura

Tori Amos et les chorégraphies improbables, les lettres glissées sous la porte et les noms de codes, le réapprentissage de l’insouciance et des bêtises "de notre âge", les batailles en salle télé et la cabane en plantes, les pyjamas loufoques et le nez rouge sous l oreiller, Stephen King en étagères et les tableaux de Frida ,les perms en ville, la peinture partout et les courses dans le parc, l’anniversaire surprise comme si on n y était pas, du chaud si doux et du doux si chaud

Il y aura l'apprentissage de leçons étranges et délicieuses, aimer le bruit de nos pas et l implication de notre poids,notre présence et de l'espace qu'on occupe, aimer les fringales rebelles du corps et le corps tout court, il y aura les promesses griffonnées sur les tableaux, les je mangerai ce qui me chante et aurai le corps qui me plaît, les je rirai aussi fort que je veux et lécherai mon couteau, l'apprentissage que les amis sont là pour réconforter et nourrir ceux qui ne savent pas encore cuisiner et vivre seuls, que rien -ni l'amour, ni le sexe, ni le travail, ni les déménagements- n'effacera le passé, l'apprentissage du temps et de la patience

Et il y aura ... la sortie la trivialité de la vie avec tellement à accomplir encore

chatducheshire

chatducheshire, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 22 février 2012

1987, année 0 *Ballet*

Après 7 ans de vie commune, ils avaient lâché l'éponge. Rassemblé le cartons, reversé pour lui une chambre d'hôtel, prévenu les amis. C'était fini. Il leur pourtant restait une chose à faire, d 'importance tellement importante que ces deux êtres que désormais tout séparait , sans vraiment se l'expliquer, un jour de juin , conçurent un enfant qu'elle voulut mettre au monde et qu'il voulut qu'elle gardât.

Je suis là. Je suis là et vous verrez , tout va bien se passer. Je suis là , à quoi vous ressemblez papa et maman ?



  • J'ai hâte de vous voir*

chatducheshire

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