Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 1959

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 24 janvier 2007

1959:01 Une image de grand frère

Si petite, mon univers est fait des grands qui m'entourent, qui m'attirent, qui m'entraînent. Mes souvenirs sont infimes, et lorsque je pense à l'année 1959, une seule chose me vient à l'esprit mais immédiatement : la mort de Gérard Philipe. Impossible que je m'en souvienne en tant qu'évènement pourtant, j'avais un an et demie, dix-huit mois et deux semaines, mais cela a dû marquer mes parents pour que la date s'impose à moi de la sorte. Et pendant de nombreuses années, je le sais, le vingt-cinq novembre était l'occasion de me rappeler cet éternel homme jeune qui va me fasciner par tous ses talents.

Sans aucun doute, la présence des livres d'Anne Philipe, son épouse, sa veuve, dans la bibliothèque du salon, en bonne place, influenceront ma vision et mes souvenirs. Je ne me rappelle pas les avoir lus, et j'ai pourtant dû le faire, je me souviens seulement de leur place, de leur titre, de leur aspect, et des photos de Gérard Philipe, de son histoire, de ses films (probablement tous vus et revus un jour ou l'autre avec délectation), de Jean Vilar et du théâtre, et enfin du Cid, que j'ai étudié beaucoup plus tard, mais en sachant déjà qu'il portait dans mon esprit à jamais le visage de celui qui avait demandé à être enterré dans son costume.

Longtemps aussi j'ai mêlé dans ma mémoire, la beauté simple des traits de Philipe avec celle de ceux de mon frère aîné : je leur trouvais immanquablement un air de ressemblance et je n'en démords pas, même si cela ne résiste pas à un véritable examen morphologique.

Aîné de mon père de quelques années, Gérard Philipe a été très important certainement dans le discours de mes parents. Ils l'admiraient, l'aimaient pour son engagement, partageaient ses valeurs militantes, et appréciaient ses choix politiques et professionnels. C'est sans doute lui qui a été mon premier enseignant à titre posthume.

Les années se sont enfuies, plus vite que je ne l'aurais jamais imaginé. Il ne me reste de Gérard Philipe qu'un vieux trente-trois tours, de petit format, avec le dessin immortalisé de Saint-Exupéry et de son petit Prince. Gravée dans ma mémoire la voix rétro de cet acteur gigantesque, et le texte connu par coeur de ce livre universel. Mais je n'ai même plus de platine branchée pour réécouter cet enregistrement enfoui au creux de mes souvenirs, et c'est peut-être mieux ainsi, cela permet l'évocation d'une année de toute petite enfance, et de ce grand frère imaginaire qui s'est superposé au vrai grand frère, qui lui, a grandi avec moi.

racontars, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 24 janvier 2007

1959 : premier caillou

Je suis née à Montmartre. Enfin, pas tout à fait, au pied de Montmartre, pas très loin de la porte de Clignancourt. Mes parents habitaient un petit trois-pièces à Issy-les-Moulineaux, mais comme mon père était conscrit, ma grand-mère avait proposé à sa fille d’accoucher dans ce quartier, où elle habitait. « Comme ça, tu ne seras pas toute seule. »

Mon père attendait de partir pour l’Algérie, pour la guerre, comme des milliers d’hommes de son âge (tout juste 20 ans), ma mère (à peine 22 ans) attendait que je daigne enfin sortir de son ventre (dix jours de retard)…

Ces deux-là s’étaient rencontrés chez une amie commune. Ma mère feuilletait un magazine quand elle entendit quelqu’un entrer. « Je me suis retournée, et mon regard est arrivé à hauteur de sa ceinture… Alors j’ai levé les yeux… Et là… » Un gamin d’à peine 19 ans et une gueule d'amour…
Ils ont vécu les péripéties des amoureux, se sont séparés, se sont retrouvés. Puis se sont mariés. Elle était enceinte, mes grands-parents, qui chacun de leurs côtés étaient contre cette union (mon père n’avait pas de métier et n’avait pas fait son service, dixit le côté maternel ; ma mère n’était pas du même monde, dixit le côté paternel) n'ayant pu s'opposer à cette union plus longtemps.
C’est donc en avril 1959 que j’ai fait mon apparition sur cette Terre. Que j’ai failli quitter en aout de la même année. Ma mère avait recommencé à travailler. Bien obligée, elle était soutien de famille, ce n’était pas avec la solde de mon père que nous allions manger. J’allais donc à la crèche.

La crèche de ce temps, dixit ma mère, n’avait rien des endroits accueillants que nous connaissons de nos jours. C’était un guichet, du genre Sécurité sociale (et encore, même à la Sécu, cela n'existe plus). On déshabillait le bébé, on le passait par le guichet où deux mains le prenaient en charge pour l’habiller. Ma mère me voyait donc disparaître tous les matins entre des paluches étrangères et inconnues. Ce qui est tout de même traumatisant. Un soir d’aout, elle me récupéra malade. Je vomissais tout ce que j’ingurgitais. Et avec la chaleur ambiante, je ne mis pas longtemps à être déshydratée. Panique de la jeune mère, mais bon réflexe. Elle appella son amie médecin qui me prit sous le bras et fonça à l’hôpital Trousseau, dont j’ai, depuis, beaucoup entendu parlé sans y avoir jamais remis les pieds. Je ne sais même pas à quoi cela ressemble…
Je passais à deux doigts de la mort.
Ma mère me retira de la crèche définitivement, elle avait appris que, sans même l’avertir, les puéricultrices, pour ne pas s’embêter la vie, m’avait passé du lait maternisé au lait de vache entier. J’avais 4 mois, on était en pleine canicule. Je ne l’ai pas supporté.

A l'automne, j'étais remise et même plutôt en forme. Mon père en permission, nous descendimes chez mes grands parents, à Cannes, où je devais passer de longs séjours les deux premières années de ma vie. Quand les temps se firent trop durs pour ma mère, seule à Paris. En attendant, c'était le bonheur à trois, deux gamins et un bébé…

1959


Peu de temps après, mon père partit pur l'Algérie

fauvetta, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 2 février 2007

1955-1960

J'ai du mal à déméler mes souvenirs personnels, et ceux de la légende familiale. Mes parents sont tous les deux décédés maintenant, je ne peux donc plus vérifier auprès d'eux.

1955 : j'entre à l'école maternelle après la naissance de ma petite soeur Brigitte. Je naime pas l'odeur de l'école et des Bonnes Soeurs, mélange de cire et de renfermé. Etre écartée de la maison m'est insupportable, je sais que je fais des histoires, mais pas trop quand même, les Soeurs sont très autoritaires et sévères. En fait, cette fin d'année 55 me fait encore mal, je me sens coupable. Brigitte décède à l'automne d'une méningite, Greta ma mère ne peut accepter sa mort, et j'ai toujours eu le sentiment que si elle avait eu à faire un choix... Et parfois je crois l'avoir entendue le dire... Je ne sais pas, vraiment pas. Grand-Mère meurt le mois suivant. Un froid glacial m'envahit lorsque je pense à cet hiver 55-56. On dirait que les tombeaux de Brigitte et de Grand-Mère se sont installés chez nous. Maman ne va pas bien, et personne ne pense à lui venir en aide.

1956 : en août, naissance de mon frère. Un petit gars tout fragile. Je me souviens j'étais dans le couloir, je voyais les gens sortir de la chambre de maman, et leurs paroles dures et sans coeur, sur cette pauvre Greta qui n'allait pas s'en sortir, cette naissance rapprochée, et ces gosses délaissés... me peinent encore. Ma Tante Margot arrive et me dit en riant : Je suis venue chercher ton petit-frère, je vais l'emporter avec moi ! Soulagée je lui réponds Oh oui, fais-le, cela nous débarrassera ! Alors sont venus les cris du choeur des hypocrites : cette enfant est méchante, oh la méchante. Moi je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, quoi, mais je pensais que personne n'en voulait de ce bébé ! Ne plus faire confiance aux grands, écouter et se taire.

1957-58-59 La vie continue, je vais à l'école de façon épisodique. Maman n'aime pas non plus nos écoles, la mienne, et celle de mes frères. Elle ne nous encourage jamais à y aller ! Oh mais reste donc là ce matin, tu iras cet après-midi, dit-elle souvent à l'un de nous. L'été je suis contente de suivre mes frères, nous nous éloignons pendant des heures de la maison, bâtissons des cabanes dans les arbres, construisons un radeau sur la rivière... C'est la liberté, j'ai hâte de grandir, de devenir autonome. Maman débordée nous laisse faire ce que nous voulons, n'intervient pas. Papa, Tante Margot râlent un peu, ils faut dire que nous en profitons pour faire des bêtises, mais qu'est-ce que nous nous amusons bien ! Juillet 1959, naissance de ma petite soeur Vivie. Toute frêle et fragile. Mais un bébé facile, sans exigence. Nous sommes maintenant 7 enfants : 4 garçons, 3 filles, et allons aborder les années 60...

perle, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 16 février 2007

Merci maman

Je ne sais pas si mes parents s'aimaient vraiment. Sans doute un peu quand même, puisque leurs fiançailles ont duré, duré jusqu'à ce qu'ils soient parfaitement sûrs de leurs choix. Personne n'a jamais officiellement jasé, ce qui est parvenu à mes oreilles n'est que des bribes de racontars que je n'ai jamais osé vérifier. Les gens sont parfois tellement méchants, gratuitement.
On a dit dans ma famille que mon père avait fait un mauvais mariage et que celui de ma mère était porté par l'intérêt d'accéder à une classe sociale plus aisée. C'est triste une famille, parfois.

Je suis née le 10 avril 1959, aux environs de 14H.
Bien sûr, et ainsi que la plupart des pères de cette époque, le mien n'était pas là.
Quand j'ai vu le jour, ma mère dormait, assommée par le masque à éther qu'on utilisait à cette époque quand un accouchement virait au pire.
Elle est depuis allergique à l'éther et au roquefort, conséquences apparemment logiques de son empoisonnement de jeune accouchée, l'allergie au second découlant de l'exposition au premier.
Je ne voulais pas naître, mes forces de trop petit bébé m'avaient abandonnée. Il a fallu qu'ils me sortent de là manu militari, autrement, j'y serais encore. Est-ce pour cette raison que j'ai peur de l'eau, parce qu'on m'en a tirée trop fort ou trop vite, du moins à un moment où je ne m'en sentais pas encore capable?
Ma mère a lutté pendant 48h pour me mettre au monde. J'ai gardé la trace des forceps pendant plusieurs mois. Je l'envie de son courage. Moi, actrice de cette naissance, j'aurais tout envoyé ballader, demandé une césarienne, hurlé, vociféré, déclaré que finalement je n'en voulais plus de ce bébé trop faible pour montrer son nez.

Je ne lui ai jamais dit merci. C'est bizarre comme on ne remercie jamais ou si peu ses parents de ce don qu'ils nous ont fait.
Alors, pour attraper le temps qui passe, merci, maman.

michou, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 20 février 2007

1959

Ça se précise, deux ans d’ancienneté ! Mes parents me diront plus tard que je suis un véritable cadeau. Je ne dors pas beaucoup. Pas la nuit en tout cas, que dalle, rien. J’aurai pourri pratiquement toutes les nuits de mes parents pendant trois ans. La seule alternative, me prendre dans les bras, et là, miracle j’arrête de brailler. Que du bonheur Il est donc clairement établi que ma mère est patiente Papa, sous ses aspects bourrus, est une bonne pâte

Mon père va au chagrin certains matins avec les yeux lézardés, moi je m’en fous je dois siester la journée. Histoire d’être en forme la nuit….. C’est ce qu’on m’a dit, toujours pas de souvenir. Je regarde passer la vie, sans qu’elle s’imprime. On me raconte Pourtant il doit s’en passer des choses, ma sœur, mes deux frères, papa, maman autour de moi.

Bon, aujourd’hui ça va mieux, je fais mes nuits Je ne dors pas beaucoup plus Mais je ne pleure plus

Il paraît que je ronfle et que ça pourrit la nuit des autres Bref, une sorte de rechute Mais là également pas de souvenir

hellojosie, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 20 février 2007

(1)-3 juillet 1955... jusqu'en 1960

Pour commencer cette aventure, et aussi parce que de mes première années je n'ai pas tellement de souvenir. Ce billet sera donc celui des années 1955 à 1960.'' Je repense au petit bébé que j'ai du être. Il parait que j'étais un bébé adorable qui ne pleurait pas souvent et qui dormait beaucoup. Ma mère m'a même dit que tellement je dormais, j'avais l'arriere du crane sans cheveux.

J'ai peu de souvenirs de mes premières années, sauf un, à la maternelle.je devais avoir trois ans. Maman m'avait accompagné jusque dans la cours. Sans doute parce que je lui avais fait part d'une crainte. Ce jour là en rentrant dans cet espace qui représentait pour moi l'insécurité, une foule d'enfants m'assaillit, ils déversèrent sur moi toute leur agressivité. Je fus terrifiée. Je ne sais pas ce qui c'est passé ensuite, je ne me souviens pas si je suis restée à l'école, ou si je suis retournée à la maison, mais l'image de cette cohorte de bambins agressifs est restée à jamais gravée en moi. J'ai du comprendre ce jour là que le monde était cruel.

Je n'ai plus d'autres souvenirs jusqu'au jour de la naissance de mon frère, j'avais cinq ans. C'était en juin 1960.Ce jour là j'avais été amenée chez un oncle qui était boulanger. L'odeur des croissants, des pains au chocolat, hum! (Un régal pour une grande gourmande comme moi.) captait mon attention et me faisait apprécier cette visite. Mais cette fois là, j'ai, je pense, j'ai du ressentir le premier sentiment d'abandon. J'ai passé la journée à pleurer sous la table. Inconsolable, j'ai pris conscience que parfois on est seul, et que rien n'apaise nos souffrances.

enn, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 22 février 2007

hiver

Janvier 1959 voit la naissance de mon principal partenaire de jeux, mon cousin. Avec lui je construirai des cabanes, j'irai me baigner dans les étangs, faire du vélo, de la moto, pêcher à la ligne. Le cousin avec qui je partagerai des rêves et des jeux, lirai "Tout l'Univers" pendant des heures au grenier, jouerai à cache cahe dans les étables. Il est né dans la maison familiale, celle de nos grand-parents.Un grande maison de pierre, partagée en son milieu par un immense couloir glacial. Au fond à droite, la chambre où ma tante est encore allongée. je revois la table de toilette en marbre et l'armoire à glace. Du bébé, je ne me souviens pas, j'ai juste encore cette image de sa mère appuyée contre les coussins.

ganesh, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 23 février 2007

1959 : 0,7 Les souris n'ont qu'à bien se tenir.

J'ai maintenant 7 mois. Quelque temps après ma naissance, l'appartement est devenu trop petit pour mes parents et ma soeur. Nous avons alors emménagé pour Stains, dans une maison offrant plus d'espace. C'est une belle journée ensoleillée de septembre. Il fait beau et Maman a décidé de m'installer au jardin, pour que je prenne mon premier bain de soleil. A l'époque, le soleil était considéré comme bon pour la santé, alors qu'aujourd'hui une mère agissant de la sorte serait considérée comme imprudente . Je suis donc installé dans mon parc (vous savez, ce petit enclos en bois qui permet de laisser un bébé sans surveillance). A quelques metres, je découvre un grand saule pleureur. C'est bizarre ce truc : ca ne parle pas, mais ca bouge. Faudra que j'aille voir ca de pres. Mais la je ne peux pas, avec cette petite prison qui m'entoure. Ca ne fait rien, j'ai mon Canarbe. Mon Canarbe c'est une peluche et il est tres gentil. Et aussi tres malin. Quand je lui demande un truc que je ne peux pas faire parce que je suis trop petit, il s'en occupe. D'ailleurs la il vient de me dire que Mistigri vient me voir. Mistigri c'est notre chatte. C'est la femme de ménage qui nous l'a donnée. Je l'aime bien, souvent elle me chatouille avec sa langue rapeuse. Est ce que j'aurai aussi une langue rapeuse quand je serai grand ? Ah elle vient de déposer un truc devant moi. Voyons voir de plus pres. C'est gris, avec une grande ficelle au bout. Oh mais c'est tout doux, comme mon Canarbe. Et si ca se mangeait? Ah mais oui ca se mange. Bon j'ai un peu de mal a macher avec mes petites dents toutes neuves. Ah ca y est j'ai réussi à l'avaler. Tiens Mistigri vient de m'en donner un autre. Elle est trop gentille. Ah tiens voila Maman. "Mais Stéphane qu'est ce que tu as dans la bouche? Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii mais c'est une souris. Lache ca tout de suite. Bon allez je vais te remettre au lit, c'est l'heure." Dommage, j'étais bien ici. Il faudra que je demande à Canarbe pourquoi Maman n'aime pas les trucs que Mistigri me donne à manger.

zub, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 25 février 2007

De 1955 à janvier 1962

Ces années particulières ont déjà été relatées, et je ne souhaite pas y revenir. Si elles vous intéressent, vous pouvez les lire ici

1958
Vacances en France, Petit séjour à Nuit St Georges chez des cousins. Visite des caves et dégustation du vin. Mon père me renvoie au logis, et termine la tournée en faisant basculer le cousin sur le pastis.
Leur rentrée est louvoyante.

1960
De nouveau en vacances en France. Passage à Grenoble chez le grand-Père paternel.
Fête de folies à Brégaillon.

perle, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 25 février 2007

1960- Premières vacances.

Je n'ai marché qu'à seize mois.
J'étais décrite comme une flemmarde, qui ne demandait qu'à goûter les multiples parfums de la vie et qu'il ne fallait pas bousculer.
Mes premiers pas, je les ai faits sur les marches de l'église de l'avenue Jean Médecin à Nice. Entre deux bouts de gorgonzola dont déjà je raffolais.
Je vous raconte tout ça, ce n'est pas que je m'en souvienne, bien sûr. Non, on me l'a décrit et j'en ai une preuve photographique. Je sais aussi qu'on se trouvait à Nice parce que la première idée de mon père avait été la bretagne et que, finalement, il trouvait qu'il y pleuvait un peu trop. Par la suite, la famille se rendit dans les alpes maritimes, chaque année, comme en pélerinage. Je ne sais d'où venait cette amitié de mon père pour ce département, Lui, fils du nord, était décidément habité par l'illusion du sud.
Alors, hop, dans la 2CV, avec bagages, femme, enfant et belle soeur, direction le sud, et par la N7.
En chemin, j'ai fait pipi sur ma tante, vieille fille grincheuse et maniaque de l'ordre et de la propreté, qui eut du mal à s'en remettre, puisque quelques 47 années plus tard, elle en parle encore. J'imagine ce que dut être ce voyage d'ouest en sud, sur cette route bordée de platanes, une véritable équipée ensoleillée avec guide Michelin en main.
Par la suite, la famille se rendit dans les alpes maritimes, chaque année, comme en pélerinage. Je ne sais d'où venait cette amitié de mon père pour ce département. Lui, fils du nord, parisien par inadvertance, était décidément habité par l'illusion du sud. Quant à ma mère, elle suivait manifestement, avec bonhomie, l'impulsion.
Mes vacances d'adulte ne sont plus de la même essence. J'ai rigoureusement tranché dans le vif des habitudes familiales.
Je déteste toute cette mer du sud, inaccessible, trop belle pour être vraie et qui ne se livre qu'avec parcimonie. Mon amour de la normandie, puis de la bretagne est-il l'héritier de ces vacances systématiques dont, arrivée à l'âge de 16 ans, je ne voulais plus entendre parler? J'eus l'impression, au bout de quelques années, d'y faire de la figuration. J'y étais, sans y être, enfouie dans mes lectures, avide de voir, de sentir autre chose. J'ai gardé la mer en héritage, mais la mienne n'est pas bleu azur, elle est plutôt tempétueuse, sent fort et préfère souvent le noir et blanc à la couleur.