Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année à 1 an

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 24 janvier 2007

1959:01 Une image de grand frère

Si petite, mon univers est fait des grands qui m'entourent, qui m'attirent, qui m'entraînent. Mes souvenirs sont infimes, et lorsque je pense à l'année 1959, une seule chose me vient à l'esprit mais immédiatement : la mort de Gérard Philipe. Impossible que je m'en souvienne en tant qu'évènement pourtant, j'avais un an et demie, dix-huit mois et deux semaines, mais cela a dû marquer mes parents pour que la date s'impose à moi de la sorte. Et pendant de nombreuses années, je le sais, le vingt-cinq novembre était l'occasion de me rappeler cet éternel homme jeune qui va me fasciner par tous ses talents.

Sans aucun doute, la présence des livres d'Anne Philipe, son épouse, sa veuve, dans la bibliothèque du salon, en bonne place, influenceront ma vision et mes souvenirs. Je ne me rappelle pas les avoir lus, et j'ai pourtant dû le faire, je me souviens seulement de leur place, de leur titre, de leur aspect, et des photos de Gérard Philipe, de son histoire, de ses films (probablement tous vus et revus un jour ou l'autre avec délectation), de Jean Vilar et du théâtre, et enfin du Cid, que j'ai étudié beaucoup plus tard, mais en sachant déjà qu'il portait dans mon esprit à jamais le visage de celui qui avait demandé à être enterré dans son costume.

Longtemps aussi j'ai mêlé dans ma mémoire, la beauté simple des traits de Philipe avec celle de ceux de mon frère aîné : je leur trouvais immanquablement un air de ressemblance et je n'en démords pas, même si cela ne résiste pas à un véritable examen morphologique.

Aîné de mon père de quelques années, Gérard Philipe a été très important certainement dans le discours de mes parents. Ils l'admiraient, l'aimaient pour son engagement, partageaient ses valeurs militantes, et appréciaient ses choix politiques et professionnels. C'est sans doute lui qui a été mon premier enseignant à titre posthume.

Les années se sont enfuies, plus vite que je ne l'aurais jamais imaginé. Il ne me reste de Gérard Philipe qu'un vieux trente-trois tours, de petit format, avec le dessin immortalisé de Saint-Exupéry et de son petit Prince. Gravée dans ma mémoire la voix rétro de cet acteur gigantesque, et le texte connu par coeur de ce livre universel. Mais je n'ai même plus de platine branchée pour réécouter cet enregistrement enfoui au creux de mes souvenirs, et c'est peut-être mieux ainsi, cela permet l'évocation d'une année de toute petite enfance, et de ce grand frère imaginaire qui s'est superposé au vrai grand frère, qui lui, a grandi avec moi.

Kozlika, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 30 janvier 2007

1:1961 gimmicks

Je n'ai évidemment aucun souvenir de mes un an, si ce n'est les histoires mille fois entendues du berceau au pied du lit faisant tobogan vers le lit que partageaient ma mère et ma sœur et de mon extrême sagesse. Gimmicks.

J'y cherche un sens. J'y cherche du sens. Forcément je plaque quelques prêt-à-psychologiser sauvagement, je m'interroge. Sur ces allers vers le lit familial et le retour de ma sœur dans le mien jusqu'à son mariage. J'ai eu beaucoup de mal à arriver à dormir seule ensuite. Mes angoisses nocturnes sont-elles nées là, dans cette solitude soudaine de ma chambre ?

Lorsque mes enfants étaient petits je me souviens m'être posée des tas de questions à ce sujet : devais-je les laisser venir dans notre lit lorsqu'ils faisaient un cauchemar ? Ou leur « apprendre » à gérer les angoisses sans le support d'un autre corps contre le leur ? Mais aussi : mes questionnements sur mon enfance, l'influence de cette permanence nocturne devait-elle jouer un rôle dans les décisions que je prenais pour eux ?

Et au bout du compte : mais vas-tu arrêter de couper les cheveux en quatre à la fin ?

Idem pour la sagesse. Ah cette enfant idéalement calme et souriante qu'on me décrivait ne cessait de m'inquiéter pour les miens. Etais-je à ce point heureuse ou avais-je déjà peur de déranger ? Et les miens, pourquoi l'un au sommeil si agité et l'autre au sommeil si paisible ? Qu'as-tu encore collé à tes mômes ?

Et au bout du compte : mais vas-tu arrêter de couper les cheveux en quatre à la fin ?

Comment élever nos enfants : devons-nous nous référer à ce que nous avons connu pour éviter de reproduire ce qui nous a fait souffrir ou rejouer les mêmes formidables moments que nous vécûmes nous mêmes ? Mais n'est-ce pas encore là un dangereux risque de projection ? Ce qui nous a ravi peut leur déplaire, ce qui a laissé des traces indélébiles chez nous peut leur sembler tout à fait anodin.

Hey Anna Fedorovna, vas-tu arrêter de coupe les cheveux en quatre à la fin ?

zub, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 2 février 2007

1949, 1950: Insouciance

Toute la famille du côté de ma mère est sur place. Il y a le nid, la maison familiale, le lieu de réunion de toutes les sœurs : Brégaillon.
C’est une grande maison, avec du terrain, et bien au fond, une noria.
La propriété fut achetée par le grand père. Difficile de dire quel était son travail. A la vue des fréquents voyages de la famille et l’éparpillement des naissances des enfants entre la bourgogne et Madagascar, le bruit cours qu’il était administrateur colonial.
Vivent dans cette maison l’aïeule, la seconde des filles même si elle se dit l’aînée !) avec sa fille, son mari est mort à la guerre, et la 6° fille, célibataire endurcie. Un petit appartement accueille à tour de rôle celle et ceux qui en ont besoin. Nous y vivrons nous aussi.
A cette époque mon père est dans les CRS. Ceux-ci ont été mis en place pour donner du travail à tous ces jeunes hommes qui n’ont connu que la guerre, de même que les miliciens qui ont survécu seront intégrés dans les gardes mobiles.
C’est une période difficile, la guerre n’a pas aidé à la bonne résolution des difficultés des salariés, conscient que « Seule la classe ouvrière dans sa masse, aura été fidèle à la Patrie profanée »,comme l’avait déclaré François MAURIAC, les grèves se succédaient durement réprimées par les forces de l’ordre (sic). Un jour où mon père revenait à la maison, je demandais : » Maman, c’est qui ce monsieur ? »
Cette question eut un poids très important pour la suite, elle entraîna notre migration vers l’Algérie.

florence, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 3 février 2007

1983:1 Archive #1

Aussi bizarre que cela puisse vous paraître, j'ai des souvenirs de mes "un an". Ou plutôt de mes un an et demi.

Je me souviens de quand j'étais sur le pot, que j'avais un petit piano à queue dont toutes les touches ne fonctionnaient pas, et je me souviens d'un repas.
J'étais dans une chaise haute, à table, et j'étais seule. Il y a avait de la visite ce jour là, la cousine de ma maman, son mari et leur fils, tout juste moins vieux que moi de quelques mois. Sur la table, il y avait du pain grillé, et de l'ail. Et mes parents frottaient l'ail sur le pain. Je m'en souvenais, et j'étais seule, je me suis penchée pour attraper le pain et/ou l'ail, et j'ai voulu imiter mes parents. Sauf que. A un an, l'ail cru sur du pain, ca pique, et j'ai un souvenir que ca me piquait vraiment beaucoup ! La bouche en feu. Pendant ce temps là, mon cousin a fait une sieste dans mon petit lit, qui était le long d'un mur. Sur ce mur, il avait un grand poster d'environ 2m de haut, qui représentait un arbre rempli de scénettes avec des oursons bleus qui, je crois, était la mascotte d'une marque de petit pot de bébé. Je sais que je passais du temps debout dans mon lit à contempler ce poster, à causer à ses petits oursons bleus... Et mon cousin, lui, n'a pas trouvé mieux que de me déchirer ce poster. Je me souviens en avoir pleuré. Mes parents aussi étaient un peu déçu, et ils l'ont rescotché.

J'avoue que j'étais peut-être plus proche des deux ans, que des un an. Mais j'étais vraiment très petite, et c'est je crois, mon tout premier souvenir.

andrem, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 4 février 2007

1947 - Un an. La concurrence.

1946 n’a pas fait de vieux os. Je ne vais pas, chaque fois, vous raconter les tenants et les aboutissants et le pourquoi du comment, en remontant cinq ans en arrière.

Quoique.

J’ai quinze années de rattrapage pour arriver en 1960, d’ici là vous seriez tous partis loin, et j’aurais besoin de continuer mes bouchées doubles. Alors je simplifie. Chaque année, j’évoquerai un événement, et un seul, et celui qui me viendra spontanément en tête à l’ouverture du blogue. Mirifique ou piteux, ennuyeux ou universel, peu importe, sa seule qualité sera d’être le premier venu.

Le diplomate de Chalais l'avait dit autrefois : méfie-toi de ton premier mouvement, c'est le bon.

1947 - Cette année là.

La concurrence.

Ils en ont plein la bouche. Ils n’ont cessé de la vanter, elle est devenu une valeur sûre de l’idéologie de l’évidence : la concurrence. Ils s’en sont servi à tel point qu’elle fut rejetée à 55% par un NON lamentable de citoyens fatigués qui, sous prétexte de lui barrer le passage, l’a renforcée comme jamais, rendant pour longtemps l’Europe impuissante face à elle et ouvrant un boulevard pour ce qui va nous arriver le 22 avril prochain, sans parler du 6 mai qui suivra.

Mon frère est né cette année là. Un petit bébé adorable à la peau lisse et blanche, aux yeux bleus radieux, aux bouclettes épaisses et blondes. Ma houppette brune, mes paupières chassieuses, et ma peau mate n’avaient aucune chance. J’ai appris la dure loi de la concurrence cette année là aussi. Vous dire que je m’en souviens serait très exagéré. Mais rien n’interdit les déductions et les reflux.

Les lettres de mes tantes, exclamatives et ébahies, la comparaison des hauteurs des piles de photographies de l’un et de l’autre, les souvenirs répétés tout au long des années futures du succès de ma mère en train de promener la poussette de la merveille, et la mauvaise humeur qui me vient à chaque fois que j’y pense, et comment voulez-vous que je n’y pense point ici et maintenant que j’écris, sont une preuve que j’ai bien appris cette année là ce que signifiait l'idée de concurrence alors que je n'en connaissais pas encore même le mot.

Pour un peu vous embrouiller dans la recherche des liens de cause à effet, sachez que j’ai voté OUI quand il a fallu voter, comme 45% de mes concitoyens, et que j’y voyais bien plus une arme contre la concurrence qu’une complaisance à son égard, mais c’est une autre affaire et la vérité m’oblige à avouer qu’à l’époque, je n’avais pas encore fait de choix sur la question.

Ainsi fut l’année 1947. J’aime mon frère, ses yeux bleus et son air perdu, et je sais que je suis plus heureux de ma vie que lui de la sienne. Alors, finalement, la concurrence, je m’en moque.

caco, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 6 février 2007

1975 (1) : neuf dixièmes

La première année... je crois qu'on ne sait pas grand-chose de ce qui s'y joue, de l'évolution unique du petit humain. Le rythme de croissance est ahurissant. Le chef d'orchestre de son évolution n'est autre que le système nerveux central du bébé, interagissant avec les messages du corps et de l'environnement. Tout petit, le tout-petit peut déjà tout. Il est tout. L'univers s'est concentré dans son petit corps ; il lui donne l'élan de vie, la force de dépasser les expériences douloureuses mais inévitables, le pouvoir de continuer de grandir. A la vitesse de l'éclair.
Cette omnipotence s'accompagne de la plus grande des fragilités - une dépendance totale aux parents protecteurs et nourriciers. Le trésor est des plus fragile.

Je ne garderai aucun souvenir de cette première année. Elle s'est perdue dans mes souvenirs, elle s'est disséminée dans les circonvolutions de mon cerveau. Qu'en reste-t-il donc ? Une certitude absolue : c'est elle qui a forgé celle que je suis. Ses forces, ses failles. Je sais aussi qu'elle m'accompagne en sourdine, et c'est vers elle que je tends lorsque je me dépasse. Vers cette puissance dont je n'ai qu'une vague idée, vers ces neuf dixièmes de potentiel inexploité et méconnu.

Je sais aussi que durant cette année, c'est ma grand-mère paternelle qui s'occupe de moi lorsque Maman travaille. Qu'elle est présente et aimante avec les bébés. Je sais aussi que ma mère ne pousse que rarement mon landeau ; elle se sent dévisagée par les passants - elle paraît encore si jeune, comment se peut-il que cette gamine, avec un landeau... ?
Bien sûr ses souvenirs à elle en disent long sur ses sentiments d'alors. Je suis arrivée trop tôt, ces vies qui m'accueillent bras et coeurs ouverts sont irrésistiblement attirées par d'autres lueurs.
Je ne serai jamais leur lumière.
Je choisirai donc l'ombre.

samantdi, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 6 février 2007

Ricochet 1962: 01- une malformation congénitale

Eté 1962, j'ai bien du mal à me tenir debout. Quand je mets une jambe devant l'autre, elles sont séparées par un écartement anormal. Si je reste immobile, il y a comme un décalage entre le haut et le bas de mon corps.
Mon entourage s'étonne mais que faire ? Les choses sont difficiles pour nous. Delphine et le Tonton sont malades, ma mère s'enferme dans son isolement et sa précarité, mon papy travaille encore sur les chantiers en attendant l'âge de la retraite.
Novembre 1962. Je suis de moins en moins mobile et de plus en plus tordue.
On consulte le médecin.

Il évoque l'éventualité de passer une radio. Pour ce faire, il faut se rendre à la Préfecture distante de trente kilomètres. Comment y aller ? Nous n'avons pas de voiture et personne ne sait conduire. Un voisin se propose. C'est une expédition. Ma mère se ronge les sangs.
Elle n'a pas tort : la radio montre que je suis née avec une malformation sévère du bassin. Il faut m'opérer. Le seul spécialiste se trouve à deux cents kilomètres.

J'ai vingt mois et je pars pour l'hôpital. Pendant deux ans, je vais rester immobilisée et faire de nombreux va-et-vient, entre opérations et plâtres qui maintiennent mes jambes écartelées. C'est le prix à payer pour pouvoir espérer marcher normalement.

C'est la poisse. On n'en sort pas. Comment allons-nous faire avec cette petite fille estropiée en plus de tout le reste, du Tonton qui perd la tête et de Delphine qui s'éteint doucement ?

En 1962, mon père achète une jolie DS dans laquelle il promène sa femme et sa fille.
Il ne me conduira jamais à l'hôpital, ne veillera pas sur moi, ne soutiendra pas ma mère, ne contribuera à aucun des frais supplémentaires qu'engendre cette malformation congénitale que je tiens de lui.

audrey, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 13 février 2007

1989: 01. Comme les quatre doigts de la main.

1989. J'ai tout juste un an et je suis déjà bavarde.

Je sais pas marcher. J'invente des chansons.

Le ventre de Maman s'arrondit, comme un petit ballon. Je m'en étonne. Alors on m'explique ce qu'il y a à l'intèrieur.

Un bébé. J'ouvre des grands yeux. Comment un bébé a pu rentrer là dedans? Les adultes disent des choses bizarres des fois.

Je regarde le ventre de Maman. Je regarde ma poupée. Mouais. Pas convaincue.

Je suis si petite encore, et déjà si grande. Dans les yeux de mes parents je vais être l'aînée.

C'est moi qui annonce à Mamie, puis à toute la famille, que je vais avoir un petit frère.

- Ce sera peut être une fille tu sais Audrey - Une petite soeur c'est bien aussi...

Non. J'aurais un petit frère. Je le sais bien moi. Et ce sera mieux qu'un poupée: un bébé, un vrai.

Je leur explique comment le bébé est venu là. C'est Maman qui m'a dit. J'ai un an et demi et je comprends dejà tout.

Mais je marche à peine. Tout s'équilbre, finalement.

''(voilà pourquoi aujourd'hui je suis en hypokhagne et je rate mon permis) (toujours ce décalage, ce fossé entre les neurones et la motricité)''

Alors ça y est. Maman est partie à l'hôpital. Le petit frère arrive.

Moi je suis intenable. J'hurle dans le couloir : "le bébé le bébé le bébé le bébé!!"

Je veux le voir.

-Il n'est pas encore là.

C'est pas vrai. Il est forcément là. Ca fait un siècle que maman est partie.

Finalement je m'endors. Dès que je méveille je recommence mon cinéma:

- le bébé le bébé le bébé le bébé!

Enfin la porte s'ouvre. Maman me sourit.

Elle tient dans ces bras un petit machin tout rose. Je crois que je fais la grimace. C'est moche ce truc.

Alors c'est ça un bébé?

Je suis désespérée. J'explique mon problème à Papa. Mais comment est ce que je vais pouvoir jouer avec lui moi ? Il ouvre même pas les yeux, il a pas de cheveux.

Bon. Maman est l'air contente. Papa aussi.

Tous les eux s'extasient et me font assoir à côté du truc rose. - Regarde Audrey! -C'est Clément, ton petit frère.

Alors je souris, et je colle un bisou collant sur le front minuscule de cette chose qu'ils ont l'air d'aimer.

Va pour le p'tit frère.

Nous voilà, tous ensemble. Unis comme les quatre doigts de la main. On en a pris pour sept ans et un jour.

Parce que tout le monde sait qu'il manquait un. Bah oui. Ca a cinq doigts, une main.

matthias, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 17 février 2007

1995-Les emmerdes commences

J'ais pris l'habitude de faire chiez mon frangin, je lui fait ce que tout le monde a fait dans la famille, je lance le tissu blanc qui me sert de doudou et je pleure jusqu'a ce que mon frère me le rende, quand il la fait je le relance et ainsi de suire jusqu'as ce que j'en ais marre et que je m'endorme.

Je suis plutôt maigre mais sa vas. Je suis d'un naturelle curieux et j'aime toucher à tout.

Je suis faignant et on me nourit au sein.

J'ais découvert qu'il manque une visse à mon lit à barreaux et en poussant un peut je peut en sortire facilement. Je suis fan des petits peau pour bébé et j'en mange tout les jours.

Des gens viennent rendre visite à mes parent et s'approche de mon berceau, je crois qu'ils sont fous, il parlent un dialecte que je ne comprend pas:

- Areuh areuh, gazouille, il est mignon le bébé à sa maman.

Et sa continue, bizareument il n'y a qu'a moi qu'il parlent comme ça.

Ils ont beau parler bizarement ils sont gentils, on ma même offert un babar:

- Tien, je tes apporter un gros éléphant, tu sais qui sait ?

Bien sur que je sais. Je l'adore, j'admire vraiment Laurent de Brunhoff.

Comme nous n'avons pas la télé on me lit des histoire et j'apprend que Mimi se brosse les dengts avec une cocinelle.

michou, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 20 février 2007

1958

C’est l’année de la V éme république J’ai un an, toujours pas de souvenir. On me trimbale, j’acquiers le grade de « petit dernier » le voisinage parle volontiers du « petit dernier de la Marthe » (On est en Lorraine, chaque prénom est précédé d’un article). J’ai été trimbalé dans de nombreux endroits, des bribes de tableaux me reviennent, des impressions. Impression de douceur, Maman chante souvent, elle a une belle voix, on me passe des disques. Mon grand frère est pensionnaire au séminaire, je me souviens des visites vaguement, sans doute pas cette année. On va le voir en voiture, c’est un ami de la famille qui nous emmène, il est boulanger, il a une PANHARD break bleue ciel. Ma famille proche est réduite, Papa et Maman n’ont plus ni frère et sœur, l’espace familial sera toujours pour moi une source de confusion, les cousins sont lointains géographiquement et dans la filiation. Je dois me fabriquer une mémoire, je me fixe plus sur les attitudes que sur les personnes, mon père lit et bricole, mes frères passent, maman est partout. Aussi loin que je me souvienne, je n’ai pas conscience d’exister, je me rappelle être spectateur de cette vie qui passe Je ne suis pas sûr que cet état s’estompe avec le temps Mon père a une mobylette, il est ouvrier à l’usine de Pompey. C’est une image qui demeure en moi, encore aujourd’hui, mon père, par tous les temps, arrivant et repartant. Faut dire que l’époque est au social. 60 heures par semaine, ça en fait des allers-retours. C’est le miracle des trente glorieuses. Il y a du boulot, beaucoup de boulot. À Pompey, il y a un petit garage Renault. Mais il y a deux marchands de vélos et mobylettes, il faut ça pour approvisionner en moyen de transport 6000 ouvriers. De très rares voitures passent, celles des ingénieurs de l’usine et celle des soldats américains stationnés à Rosière, à la base aérienne. Pour les autres, c’est vélo ou mobylette. L’année 1958 ne doit pas être différente des autres qui jalonnent le début de ma vie, ce sont les années sans conscience

perle, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 25 février 2007

1960- Premières vacances.

Je n'ai marché qu'à seize mois.
J'étais décrite comme une flemmarde, qui ne demandait qu'à goûter les multiples parfums de la vie et qu'il ne fallait pas bousculer.
Mes premiers pas, je les ai faits sur les marches de l'église de l'avenue Jean Médecin à Nice. Entre deux bouts de gorgonzola dont déjà je raffolais.
Je vous raconte tout ça, ce n'est pas que je m'en souvienne, bien sûr. Non, on me l'a décrit et j'en ai une preuve photographique. Je sais aussi qu'on se trouvait à Nice parce que la première idée de mon père avait été la bretagne et que, finalement, il trouvait qu'il y pleuvait un peu trop. Par la suite, la famille se rendit dans les alpes maritimes, chaque année, comme en pélerinage. Je ne sais d'où venait cette amitié de mon père pour ce département, Lui, fils du nord, était décidément habité par l'illusion du sud.
Alors, hop, dans la 2CV, avec bagages, femme, enfant et belle soeur, direction le sud, et par la N7.
En chemin, j'ai fait pipi sur ma tante, vieille fille grincheuse et maniaque de l'ordre et de la propreté, qui eut du mal à s'en remettre, puisque quelques 47 années plus tard, elle en parle encore. J'imagine ce que dut être ce voyage d'ouest en sud, sur cette route bordée de platanes, une véritable équipée ensoleillée avec guide Michelin en main.
Par la suite, la famille se rendit dans les alpes maritimes, chaque année, comme en pélerinage. Je ne sais d'où venait cette amitié de mon père pour ce département. Lui, fils du nord, parisien par inadvertance, était décidément habité par l'illusion du sud. Quant à ma mère, elle suivait manifestement, avec bonhomie, l'impulsion.
Mes vacances d'adulte ne sont plus de la même essence. J'ai rigoureusement tranché dans le vif des habitudes familiales.
Je déteste toute cette mer du sud, inaccessible, trop belle pour être vraie et qui ne se livre qu'avec parcimonie. Mon amour de la normandie, puis de la bretagne est-il l'héritier de ces vacances systématiques dont, arrivée à l'âge de 16 ans, je ne voulais plus entendre parler? J'eus l'impression, au bout de quelques années, d'y faire de la figuration. J'y étais, sans y être, enfouie dans mes lectures, avide de voir, de sentir autre chose. J'ai gardé la mer en héritage, mais la mienne n'est pas bleu azur, elle est plutôt tempétueuse, sent fort et préfère souvent le noir et blanc à la couleur.

pistil, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 26 février 2007

1982 : Panna

Que peut-on se rappeller de sa première année d'existence ? Demeurent les souvenirs des autres ... Cet ours en peluche que j'ai toujours connu et que mes parents m'ont offert à mon premier Noël. Un appartement qui n'est pas la seule maison que j'ai appelée chez moi, qui était petit et froid, avec du carrelage. Une nounou qui roulait un accent exotique et de grands rires doux.

Je ne sais pas à quel âge un enfant commence à avoir une mémoire. Mais si je me plonge dans ce passé-là, antérieur à tout souvenir construit, j'y vois un rêve de gourmand : un nuage de panna, cette sorte de chantilly épaisse dont l'Italie coiffe ses chocolats chauds, cette crème qu'on croit aérienne et délicate et qui est tellement épaisse et solide qu'on pourrait s'y pelotonner et dormir.

En ce temps-là, tout n'était que repos et douceur. C'est du moins ce que retient en moi ce qui ne se souvient de rien d'autre.

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