Petits cailloux et ricochets

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
S'abonner

année 1961

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

Fil des billets - Fil des commentaires

Kozlika, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 24 décembre 2006

1962-1961:2-1 passages

Elles disent.

Au début, avant Massy-Palaiseau, où nous ne sommes restées que quelques mois, on a habité toutes les trois dans un tout petit studio dans le 13e. Ton berceau était au bout du lit où nous dormions toutes les deux. Le matin quand tu te réveillais et que tu as été assez grande pour le faire, tu passais de ton lit au nôtre. Tu étais très sage, tu as fait tes nuits en rentrant de la maternité, ne pleurant quasiment jamais. Par contre tu nous inquiétais, tu n'as commencé à parler qu'après deux ans bien tassés. Pas le moindre mot d'enfant auparavant, pas même « papa » ou « maman ». (Cassandre dit : si si, souviens-toi elle a dit un mot un seul jusqu'à deux ans « ca-handre », mon prénom.) La directrice de la crèche se faisait du souci aussi à ce sujet. Un jour elle nous a donné le numéro de téléphone d'un spécialiste. Tu as commencé à parler le lendemain ou le surlendemain. Incroyable.

Je me souviens.

De la crèche. Faux souvenir. Mon deuxième lycée en était tout proche et nous sommes revenues habiter quelque temps dans le treizième arrondissement quand j'avais entre 14 et 18 ans. J'y suis revenue depuis 2002. J'habite pratiquement en face. A l'époque du lycée, j'y suis allée, la directrice était la même, elle se souvenait de moi à cause de cette inquiétude qu'elle avait partagée. Il m'a semblé que je reconnaissais les lieux mais j'avais tellement envie de les reconnaître que je ne sais pas si c'est vrai.

Je me souviens que le passage d'un lit à l'autre s'est fait dans l'autre sens pendant des années avec ma sœur jusqu'à son mariage. Dès que notre mère était couchée elle venait me rejoindre dans mon lit-bateau et tâchait de se réveiller avant Maman pour retourner dans sa chambre. Quand elle est partie, j'ai eu beaucoup de mal à m'habituer à dormir seule.

1988, Maman m'aide à envoyer les faire-part de naissance de mon aîné. Elle dit : En 1962, ta grand-mère Louise était à l'hôpital, elle savait qu'elle allait mourir, un cancer. De l'hôpital elle a téléphoné à la femme de ton père. C'est elle qui lui a appris ton existence. Alors Aïda a voulu te rencontrer. J'ai dit : « Pas sans moi. » Alors ça ne s'est pas fait. Vers 1974-1975, avec Claire,[1] on nous avait demandé de faire des interview dans la rue pour un exposé. Alors on a eu l'idée de choisir comme thème la fidélité et d'aller interwiever « par hasard » la femme de mon père qui tenait une boutique d'accessoires de mode, je savais où. Je n'ai jamais osé ni même jamais osé non plus me poster à un coin de rue pour la voir sortir et connaître son visage. Je ne sais pas à quoi elle ressemblait.

Notes

[1] Claire, c'était bien avec toi ?

gateau, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 28 janvier 2007

Ce que je sais d'eux en 1961

Six ans de mariage et pas l’ombre d’un soupçon de grossesse à l’horizon. L’amour qu’ils ont l’un pour l’autre les aide à ne pas baisser les bras et à s’affairer sans cesse dans cet espoir, celui d’un petit qui viendra. Mais le petit se fait attendre et ne vient pas. Médecins et spécialistes se succèdent sans succès.

Combien d’interrogations, de réflexions, et peut-être même de moqueries ont-ils subi ? Combien d’interrogations, de réflexions et peut-être même de moqueries se sont-ils infligés ?

Ils voient tous les ventres de la famille s’arrondir, les enfants naitre, les enfants grandir. Et eux, ils restent deux. Ils souffrent en silence dans les cris des enfants des autres qui les entourent.

L’été est là, une nouvelle fois, avec un espoir qui s’amenuise, un peu chaque jour. Elle ne pense plus qu’à une chose, cet enfant qui ne vient pas, qui lui prend tout son temps toute sa vie, toutes ses pensées. Ce matin, son cœur trop lourd la fait chavirer. Parler à quelqu’un, dire son effroi, sa peine, son espoir qui s’éteint. Elle court chez son médecin, une nouvelle fois. Mais ce matin-là, le médecin perçoit l’équilibre instable de sa jeune patiente et hésite à lui avouer son impuissance. La larme qu’il voit naître au coin de l’œil de la jeune femme lui fait prononcer cette phrase : - Ecoutez, mon petit, on va tenter le tout pour le tout. Partez en vacances, faites du vélo, autant que vous pourrez. Mais si vous n’êtes pas enceinte en rentrant, il faudra penser à l’adoption. Elle rentre, le vide a envahit sa vie.

Quelques semaines plus tard, la mort de sa grand-mère la sort d’une torpeur envahissante bien que le chagrin qu’elle éprouve à la disparition de cette aïeule chérie n’est pas à la mesure de l’affection qu’elle lui porte, l’absence d’enfant envahissant le quotidien. Le temps des vacances arrive et ils partent à l’île d’Oléron. Elle passera quinze jours sur un vélo, n’en descendant que pour les repas et les nuits.

La mort de la grand-mère a-t-elle sonné le glas d’une nouvelle ère ? Le vélo a-t-il des vertus thérapeutiques ? Je ne sais pas, mais de toute évidence, ma mère de retour à Paris était enceinte.

Et pour clore l’histoire du vélo mainte fois contée, mon père disait "Ah, ça, on a attendu, mais ça valait la peine, quand on voit le résultat" avec un clin d’œil dans ma direction.

Bamalega

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 30 janvier 2007

1961:03 La grande famille d'or

Ma mère a passé il y a quelques années des heures innombrables et ô combien précieuses à fabriquer des livres, avant que le scrapbook devienne une mode bien plus tard, choisissant soigneusement parmi les myriades de petits clichés à l'ancienne accumulés dans des boîtes à chaussures, parfois difficiles à dater pourtant, et de sa petite écriture manuscrite si élégante, a commenté abondamment ses choix, construisant des thèmes et sauvegardant la mémoire familiale au travers de ses yeux.

Héritage précieux, histoire fascinante que j'adore feuilleter pour y redécouvrir à chaque fois des nouveautés, qui difficilement s'inscrivent dans ma mémoire, quand il s'agit si rarement de mes souvenirs à moi, mais des siens. Est-ce ainsi que l'on apprend l'Histoire ? L'année 1961 est celle de sa famille au complet, la carrière intense de son mari, ses parents sont toujours en vie, tous les cousins sont nés, les repas du samedi et les retrouvailles aux grandes fêtes doivent faire d'immenses tablées. Je me rappelle mon grand-père unique, j'aimais être assise sur ses genoux, je me souviens de sa barbe longue et blanche et de son aspect bien plus majestueux dans ma vision de petite fille, que celle que je retrouve sur les photos après tout.

J'ai un petit frère maintenant, un gros bébé bien sage, je ne me souviens pas de jouer encore avec lui, ce n'est qu'un estomac sur pattes, je dois être bien plus intéressée par mon grand frère, ce dieu si lointain qui va déjà à la grande école, alors que je n'ai pas de souvenirs aucun de la maternelle, tant que nous n'aurons pas déménagé, un peu plus loin dans l'arrondissement, changeant de quartier, ce sera pour l'année prochaine, la classe verte de Mademoiselle Rudler.

Il doit y en avoir des discussions intéressantes pourtant autour de ces grandes tablées, après le référendum, les "évènements" d'Algérie ont dû les diviser et les faire s'engueuler poliment, j'imagine les silences tristes de mon grand-père voyant le pays qu'il aimait tant aux proies des violences et des déchirements à venir pour tant de ceux qui sont encore là-bas. Ils sont tous "rentrés", eux, depuis bien longtemps, mais je sais aujourd'hui qu'on ne part jamais complètement d'un pays, qu'on y est enraciné à jamais, par le coeur et ce qu'il a fait de nous.

Parlaient-ils aussi d'Israel où avait débuté le procès d'Eichmann qui allait s'achever par sa condamnation à mort à la fin de la même année 1961 ou bien le sujet était-il tabou, trop douloureux, et faisant partie des choses dont "on ne parle pas devant les enfants" ? Ce sujet là faisait-il plutôt partie des conversations des grands à la Coudraie, cette autre grande maison de mes souvenirs de petite fille, où j'ai dû passer beaucoup de dimanches de 1961, et dont je me rappelle surtout la grande salle à manger attenant à la cuisine, le chien dont j'ai oublié le nom sous la table auquel nous n'avions pas le droit de donner des restes, mais qui était trop heureux de notre désobéissance, et puis le rouet, exactement comme dans la Belle au Bois dormant, qui trônait dans le salon près de ma vieille tante Madeleine qui m'avait probablement interdit mollement de jouer avec.

Je n'ai bien sûr aucun souvenir des conversations des grandes personnes, pas plus que des questions que j'ai pu leur poser, seulement des grandes fulgurances, des visages à jamais disparus d'aimés qui me semblaient très vieux, même si à l'échelle d'aujourd'hui ils étaient peut-être à peine des seniors, avec qui je me sentais en sécurité et choyée.

Kozlika, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 30 janvier 2007

1:1961 gimmicks

Je n'ai évidemment aucun souvenir de mes un an, si ce n'est les histoires mille fois entendues du berceau au pied du lit faisant tobogan vers le lit que partageaient ma mère et ma sœur et de mon extrême sagesse. Gimmicks.

J'y cherche un sens. J'y cherche du sens. Forcément je plaque quelques prêt-à-psychologiser sauvagement, je m'interroge. Sur ces allers vers le lit familial et le retour de ma sœur dans le mien jusqu'à son mariage. J'ai eu beaucoup de mal à arriver à dormir seule ensuite. Mes angoisses nocturnes sont-elles nées là, dans cette solitude soudaine de ma chambre ?

Lorsque mes enfants étaient petits je me souviens m'être posée des tas de questions à ce sujet : devais-je les laisser venir dans notre lit lorsqu'ils faisaient un cauchemar ? Ou leur « apprendre » à gérer les angoisses sans le support d'un autre corps contre le leur ? Mais aussi : mes questionnements sur mon enfance, l'influence de cette permanence nocturne devait-elle jouer un rôle dans les décisions que je prenais pour eux ?

Et au bout du compte : mais vas-tu arrêter de couper les cheveux en quatre à la fin ?

Idem pour la sagesse. Ah cette enfant idéalement calme et souriante qu'on me décrivait ne cessait de m'inquiéter pour les miens. Etais-je à ce point heureuse ou avais-je déjà peur de déranger ? Et les miens, pourquoi l'un au sommeil si agité et l'autre au sommeil si paisible ? Qu'as-tu encore collé à tes mômes ?

Et au bout du compte : mais vas-tu arrêter de couper les cheveux en quatre à la fin ?

Comment élever nos enfants : devons-nous nous référer à ce que nous avons connu pour éviter de reproduire ce qui nous a fait souffrir ou rejouer les mêmes formidables moments que nous vécûmes nous mêmes ? Mais n'est-ce pas encore là un dangereux risque de projection ? Ce qui nous a ravi peut leur déplaire, ce qui a laissé des traces indélébiles chez nous peut leur sembler tout à fait anodin.

Hey Anna Fedorovna, vas-tu arrêter de coupe les cheveux en quatre à la fin ?

orpheus, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 31 janvier 2007

1961 / L'Etre et le Néant

Mes XX n'ont toujours pas rencontré mes XY.

Le néant, je ne suis rien.
Mine de crayon, c'est un bel apprentissage pour l'avenir.
Apprendre à ne rien être, ou être insignifiant, quantité négligeable et interchangeable.
"Etre" est la définition, la singularité, l'unicité.
"Serai"-je un jour ?
Y en a-t-il beaucoup qui "sont" ?

Des personnes comme Peter Benenson dont les articles ont été les balbutiements d'Amnesty International ont irréfutablement "été".
Heureux sont ceux qui en ont été témoins.

anita, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 31 janvier 2007

1961: De l'enfance comme une profession de foi, ni plus menteuse, ni moins sincère qu'une autre.

En 1961, naquit mon frère aîné, durant un mois d'avril qui vit aussi le putsch d'un quarteron de généraux en Algérie.

Le moyen mnémotechnique que me livra plus tard mon père pour me souvenir d'au moins trois de ces généraux, révèle sans ambiguité aucune ce qu'il en pensait. J'en sais curieusement bien plus sur ce que lui inspiraient Messieurs Challe (con) Jouhaux (con) et Zeller (con) que sur la naissance de celui qui les rendit parents pour la première fois.

Le conte de sa naissance ne m'a pas été raconté, ou bien je l'ai oublié.

(Je n'ose même pas demander si lui- même l'a entendu. Comment es-tu né? Comment as-tu été porté? De quoi, plus encore que de qui, es-tu l'enfant? Courrait-elle à longueur de blog, cette question, si elle n'était l'une des plus intimes, l'une des plus fuyantes, l'une des plus difficiles à poser? Serions-nous là, en train de faire des ricochets, pour écouter ce que la question déplace, chez toi, chez moi?)

Qu'il arrive ainsi très tôt dans leur histoire ne fut pas une surprise. Nous étions, dès l'origine, dans le contrat amoureux qui les liait. Nous allions de soi, venant d'eux. Même si aucun de nous trois n'eut les mêmes parents, l'aîné, ouvrant l'oeil sur le monde, devait poser les bases d'une grammaire commune qui, longtemps, organisa les rapports entre la petite république des enfants et l'adulte tutelle. Ils avaient une très haute idée de l'enfance. Dans ce monde si fortement hiérarchisé, encore colonial, il entrait, dans le refus de croire à l'enfance des peuples, la même exigence que celle qui les conduisit à réfuter la courante niaiserie, l'idolatrie prompte à clore les bouches d'un bonbon ou d'une tape, la moquerie qui masque les déroutes.

Très peu excentriques dans leur habitus, ils furent pourtant extraordinairement précurseurs dans leur désir d'extraire notre enfance de l'infantilisation.

Je ne saurais dire ce qu'il entrait de culture humaniste, d'idéologie, de revanche à prendre sur leur propre enfance, dans ce point d'honneur, mais le résultat fut là.

Nous connûmes un grand respect de leur part, et chose infiniment rare, ni mépris, ni condescendance, encore moins de compassion non réclamée à l'égard du différent, qu'il soit l'algérien, le gros, le trisomique, l'inquiet ou tout autre espèce de raton-laveur pas encore identifiée.

Que ces fondations, nécessaires et estimables n'aient pas été suffisantes pas, pas plus que l'indépendance des peuples ne donna de gage d'éternel bonheur, que le temps passant, certaines racines plongeant loin, puissent s'intoxiquer avec cette âpreté, la désillusion et ce qui s'ensuivit diversement pour chacun de nous, cela est bien le coeur même de notre histoire. Comme l'est ce qui reste de l'utopie nécessaire, de l'élan fragmenté par le désenchantement, mais toujours vivace.

Il n'y a nul hasard si, tous trois, nous fîmes plus tard nombre de bébés devenus jeunes gens, vifs et tendres. Et dans la patience de tel grand flandrin adolescent, grand adepte de l'humour gore, à l'égard des jeux chocolatés d'un tout- petit sur son pull préféré, je reconnais bien quelque chose d'un refrain connu. Un genre de gimmick .

samantdi, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 2 février 2007

Ricochet 00 bis : 1961, naître et être nommée

Alors que le mois de mars commence dans les frimas, je nais, dans la douleur et la violence d’un accouchement qui se présente mal.

Au terme de longues heures harassantes, ma mère finit par me mettre au monde. Plus tard, elle me dira :

« Ils m’ont dit que peut-être tu ne vivrais pas, alors j’ai pensé oh non, pas maintenant que j’ai fait tout ça, pas maintenant… Maintenant que tu étais née, je voulais que tu vives. »

Le lendemain mon père en rentrant du travail trouva sa femme en larmes. Une cauteleuse amie venait de lui annoncer ma naissance.

« Paula a eu une fille hier soir, il se dit que c’est la fille de Pierre »

Mon père salua mon arrivée en se mettant en colère : « Mais qui dit ça ? Qu’on vienne me le dire en face ! »

Les homme sont menteurs. Bien sûr que je suis la fille de Pierre.

Trois jours après, Louis se rendit à la mairie et me reconnut. Il me donna son nom et bien plus encore. Il me donna son amour, m’éleva, me consola quand j’étais triste, me fit manger, me lava les cheveux, m’apprit à lire l’heure…Il n’était ni le mari ni le compagnon de ma mère, il ne prétendait pas non plus être mon vrai père. Notre différence d’âge le transforma en Mon Papy et c’est ainsi que vous pouvez vous souvenir de lui.

Voilà comment ça a commencé.

Je nais dans la maternité de mon village, tout près de l’endroit où j’écris ces lignes. Je rejoins ensuite la maison où vivent ma mère, mon papy, la mère de ce dernier, Delphine, qui est alors une vieille dame à qui il ne reste que quelques années à vivre. Dans la maison à côté vit son frère Joseph, Le Tonton, revenu des Colonies et qui va bientôt mourir lui aussi. Nous avons deux chats, Spountnik et Bamboula.

Nous sommes couturière, maçon, serveuse au Café des Platanes.

C’est ma famille.

pierre, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 8 février 2007

1961:00 Souvenirs de naissance

Je suis né au milieu du printemps. Baptisé trois jours plus tard, sans qu'on ne me demande mon avis. Tant pis...

Je n'ai guère de souvenirs de ma naissance, sauf que mon cordon ombilical faisait deux tours autour de mon cou. Mais je me demande s'il s'agit d'un souvenir direct ou d'un ouï dire... Par contre, bien que je ne m'en souvienne pas d'avantage, il paraît qu'un peu plus tard le bébé que j'étais passait des heures, calme et silencieux, dans son landau, sous le cerisier de la maison de son grand-père. Peut-être est-ce en me souvenant de cette contemplation du bruissement des feuilles que, bien plus tard, je ferais de ce genre d'observation mon métier ? Il est amusant, a posteriori, de trouver des raisons à ce qui survient.

Je n'ai pas de souvenirs de cette année-là, et pourtant je revois très bien à quoi ressemblait ce lieu champêtre. Je revois aussi ma mère, si mince, en train de cueillir des roses, et mon père, si jeune, souriant, manifestement heureux de ce rejeton chauve aux oreilles décollées. Je le visualise me donnant le biberon, un peu malhabile et emprunté. Et puis je revois mon grand-père, me sifflant muettement je ne sais quelle musique. Je revois ma grand-mère, encore leste. La caméra super 8 n'est pas pour rien dans ces souvenirs et ceux qui suivront durant toute ma jeunesse. Mon image s'inserera tout naturellement entre le mariage de mes parents, neuf mois plus tôt, et le futur développement de la cellule familiale. Précieuses images qui me permettent de saisir des moments hors d'atteinte de ma mémoire. C'est presque comme si j'y étais...

Je me souviens aussi que quelques jours avant ma naissance, Youri Gagarine était le premier homme de l'espace. Mais ça je ne l'ai appris que bien plus tard. Alors que ma mère devait sentir ses premières contractions, un « quarteron de généraux en retraite » était mis au pli après avoir tenté de foutre le bordel en Algérie, où mon père avait passé dix-huit mois comme tous ceux de son âge. Cette même année était construit le mur de Berlin, dont je me souviens de la démolition, et Renault lançait la "4L", dont je me souviens de la disparition. Ma sensibilité écologiste est sans aucun doute venue avec la naissance du WWF, tandis que dans un autre domaine Amnesty International voyait le jour. Sans aucun rapport avec le procès du nazi Eichmann, seize ans après la fin de la guerre. Alors que mes conscrits Mylène Farmer et Florent Pagny poussaient leurs premiers vagissements, Johnny Hallyday donnait son premier concert (ce qui ne le rajeunit pas...). Brassens, lui, chantait les «Trompettes de la renommée ». George Clooney et Ingrid Bétancourt sont nés cette année là, tandis que mourraient Hemingway, Céline, Cendrars, Gary Cooper, Carl Jung... L'humanité comptait 3 milliards de personnes et, au coeur des trente glorieuses, l'avenir paraissait radieux.

A cette époque lointaine la télévision n'émettait que quelques heures par jour, sur une seule chaine en noir et blanc. La télé était un luxe rare au moment où beaucoup n'avaient pas le téléphone, ni de réfrigérateur, ni de voiture... Les ordinateurs, réservés à des usages de recherche, étaient gros comme des frigos. Et quoique on commençait à faire communiquer des ordinateurs par téléphone, Internet n'était même pas conceptualisable. Quant aux blogs...

alain, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 11 février 2007

1961-1941

J'ai 17 ans et je passe mon BACC 1ère partie( à cette époque le BACC se passait en 2 parties et environ 12 à15%des jeunes passaient cet examen).Il y avait 2 séries les littéraires A et les Matheux B.Evidemment je fais partie des littéraires.Ma meilleure note 14/20 en géographie avec un sujet dont je me rappelle :le Pakistan et ma plus mauvaise 2 en math.

Du coup je dois aller à l'oral de rattrapage dans la grande ville universitaire: Montpellier, et comme nous sommes 4 notre prof d'histoire et géo nous amène dans une DS citroën dernier cri: mazette!! Et là je décroche mon diplome :14 en français 13 en histoire et ...3 en math.I

l y a quelques années quand mes enfants ont découvert ces notes çà a été ma fête....

Et 20 ans plus tôt dans la montagne Louis après la drôle de guerre est rentré à la maison .Il a eu de la chance 2 de ses frères ont été fait prisonniers ...

Mais les choses tournent à l'aigre avec son père un rescapé de Verdun qui accepte mal la défaite et en veut inconsciemment à Louis d'être rentré sans trop de dommages alors que 2 de ses frères sont restés là-bas. Louis va reprendre le ferme mais le père aurait préféré Gaston de cette nombreuse fratrie(10 enfants)mais celui-ci a fait faux-bond et est entré à la "compagnie du midi"en 1939.

Et puis Louis a annocé son intention d'épouser Maria et là çà ne va plus du tout

fauvetta, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 12 février 2007

60 à 63. Du Soleil dans le dos

1960-1961-1962-1963

L'été, le Soleil, et la liberté.

8, 9, 10, 11 ans et déjà libre. Libre d'élargir chaque jour un peu mon univers. Nous vivons dans une petite ville, mais c'est comme à la campagne. J'ai exploré les limites de ma rue, et découvre le monde des petits chemins, des champs et des rivières.

Jusqu'alors bons camarades, mes grands frères décrètent qu'ils ne veulent plus "de gonzesses avec eux !". Ils ont leur bande, s'amusent énormément, et n'ont pas besoin d'une fille qui ne court pas assez vite ! Très vite, je me retrouve entourée d'enfants du quartier de mon âge, et de plus jeunes. Les mères débordées confient les petits aux plus grands et nous embarquons dans la troupe les petits frères et soeurs de 3-4 ans... Diane, la chienne rousse de mon père nous suit partout, fidèle et protectrice. Il fait chaud, très chaud, la piscine de la ville n'est encore qu'à l'état de projet.



Nous avons découvert que nous pouvions nous baigner dans les carrières d'argile situées près du petit cimetière. L'après-midi, nous chipons les torchons de nos mères, et des bouts de tissus en guise de serviettes de bains, et allons nous rafraîchir. Evidemment aucun de nous ne sait nager... Nous pataugeons dans l'eau douce, en culotte, nos pieds se collant à l'argile... Bains de boue d'argile... Nous jouons à nous arroser, nous barbotons... Et nous nous dorons au soleil ! Nous partageons nos goûters, de grosses tartines à la confiture. Nous rentrons dans nos familles, les joues rouges, le corps bronzés, fatigués, calmes et tellement heureux, mais déjà excités à l'idée d'y retourner le lendemain !

Je sens encore la chaleur du soleil dans mon dos... Aujourd'hui, lorsque je suis à la piscine, assise sur le rebord, les jambes dans l'eau, je ferme les yeux, et je retrouve tout de suite cette sensation de chaleur et de joyeux bien-être... A chaque fois je me sens bouleversée, le souvenir des petits minots que nous êtions me fait sourire, et me rend molle d'émotion. Si libres et si heureux de se baigner.

michou, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 20 février 2007

1961

Les souvenirs sont vagues, peu construits, je sais simplement des petites choses. Mon environnement est souvent féminin, mais je crois que je m’en rendrai compte plus tard et de plus en plus en prenant de l’âge. Maman s’occupe de moi, ma sœur m’emmène à l’école, pour les sorties, je suis sous la vigilance de ma grande mère. Les sorties sont limitées à la ville voisine, Frouard, où habite une sœur de ma grand mère, la Tante Jeanne, et l’oncle Emile, on dit le « nonon », et dans ce cas précis le « nononmile ». Là aussi les conversations sont tenues par les femmes, nouvelles des voisins, de la famille, progression du p’tit dernier…. Je suis surpris de l’absence des hommes dans mon souvenir, je sais qu’ils vont à l’usine, tous, mais on ne sait rien d’eux. Ma grand-mère, (chez nous on dit Mémère, Mamie ça sera après 1970) Mémère Georgette est née avec le siècle, en 1900, son mari le Pépère Georges également. Elle a subi une éducation sévère, où la religion était la clé de voûte de toutes les explications. Avec ses parents, elle s’exprimait en patois, ou le vouvoiement est de rigueur pour parler aux plus anciens. Mémère Georgette va beaucoup compter dans ma vie, pas par un choix affectif de ma part, mais parce qu’elle est là. Elle est présente, elle aide sa fille unique, souvent. Les lessives se font encore à la main, il y a un lavoir dans la maison. Il faut faire bouillir le linge, le jardin doit être entretenu, il supplée à l’alimentation, il y a les lapins et les poules pour le dimanche, et donc beaucoup à faire.

En fait le mouvement, l’animation, les mots, l’aide, les conseils, tout cela vient des femmes. Il y a des hommes, mais ils vont toujours quelque part, ou ils y sont, ou en reviennent. Là, à l’endroit présent , j’ai l’impression qu’ils sont de passage.

C’est curieux, je me rends compte que les femmes et les hommes dans mes souvenirs ont des tâches différentes, ils ne font rien ensemble ou si peu. Façon de voir les choses ou réalité ?

zub, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 25 février 2007

De 1955 à janvier 1962

Ces années particulières ont déjà été relatées, et je ne souhaite pas y revenir. Si elles vous intéressent, vous pouvez les lire ici

1958
Vacances en France, Petit séjour à Nuit St Georges chez des cousins. Visite des caves et dégustation du vin. Mon père me renvoie au logis, et termine la tournée en faisant basculer le cousin sur le pastis.
Leur rentrée est louvoyante.

1960
De nouveau en vacances en France. Passage à Grenoble chez le grand-Père paternel.
Fête de folies à Brégaillon.

- page 1 de 2