Petits cailloux et ricochets

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
S'abonner

année 1962

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

Fil des billets - Fil des commentaires

perle, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 3 mars 2007

1962 - J'avais un chien

J'avais un chien. Un boxer baveur aux oreilles et à la queue coupés comme les cannons de l'époque le préconisaient.
Nous nous entendions comme larrons en foire. Une petite fille et un chien, du même âge mental, dans un grand jardin, sont faits pour s'entendre. J'avoue que je ne me le rappelle pas. Sans doute avons-nous échangé intensément, mais ce fut sur un temps tellement court, les bribes de souvenirs qui me restent m'ont été racontées.
Au fond du jardin, il y avait un grand et superbe noyer, qui produisait, comme vous pouvez vous y attendre, des noix. Je les adorais, j'aurais fait n'importe quoi pour en croquer une. Avec mon ami chien, nous avions passé un marché; il cassait la coque et j'allais récupérer au fond de sa gueule les cerneaux délicieux. Autant vous dire qu'ils étaient couverts de salive, et la salive de boxer est par nature compacte et odorante. Je suppose que ma mère se rendit vite compte de la statégie et qu'elle y mit fin de façon musclée.
J'avais aussi une autre sale habitude. Losrque que ce pauvre animal mangeait, je m'amusais à lui ôter la gamelle, puis à la lui rendre. Le cinéma dura, dura jusqu'a ce qu'il en ait plus qu'assez et saisisse ma main. J'ai hurlé bien sûr. Mes parents, aussitôt accourus, ont sans doute pris la mesure des dégats. Ma mère m'a avoué, longtemps après, que je ne saignais pas, mais qu'ils avaient profité de la situation pour se défaire de l'animal qu'ils trouvaient trop difficile à élever.

Aurai-je réagi de la même manière? C'est vrai qu'on n'a pas à prendre de risque et que la sécurité d'un enfant passe avant toute chose.
C'est drôle les souvenirs. Je me rends compte que ma vie de petite fille n'est qu'une suite d'instantanés photographiques vus et revus. Toutes ces questions que l'on pose à sa famille, à ses parents pour savoir, comprendre, enregistrer, comme s'il fallait, pour se l'accaparer, apprendre sa vie par coeur.

cassymary, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 21 mars 2007

1962: j'ai deux ans

1962: J'ai deux ans.

Nuce, c'est le nom de la petite bourgade où nous avons déménagé. Nous habitons, me semble-t'il, le premier étage d'une maison de village, pas très loin de l'église. Il y a un jardin au rez de chaussé, et un escalier extérieur qui mène chez nous. Mais peut être n'est-ce que dans mon imagination?

Maman s'occupe des courses et du ménage le matin. L'après-midi, elle nous amène en promenade sur les chemins environnants. Ma grand-mère vit avec nous. Des brides de souvenirs: la mémé prenant le soleil devant la porte, des voisins papotant avec maman. Et de papa? Rien, je ne me souviens pas.

Et puis il y a cet endroit où maman nous amène tous les jours. C'est un chemin de terre qui longe un joli champs verdoyant. Le pré est entouré d'un muret construit avec de vieilles pierres du Causse. Par endroit, le petit mur s'écroule. A d'autres, quelques pierres seulement manquent. Dans les trous béants, laissés par les pierres manquantes, ma soeur et moi laissons aller notre imagination. Quelques lapins utopiques et nous voici ravies de leur avoir trouvé un toit.

Ma soeur, dont les lapins sont soit disant plus gros, choisira donc le plus grand espace dans le muret. Moi, j'ai décidé que mes lapins étaient si petits qu'un seul pouvait se blottir dans le creux de ma petite main. Je choisis donc le trou le plus petit.

Nous installons nos petits compagnons imaginaires dans leurs refuges. Quelques brins d'herbe pour leur repas du jour, et nous refermons avec une pierre trouvée dans l'herbe. Il ne faudrait pas que l'un d'eux prenne la poudre d'escampette.

Et chaque jour, nous réclamons notre promenade jusqu'au pré où nous attendent nos amis si discrets. Nous changeons l'herbe, quelquefois nous rajoutons une carotte.

Et nous rions, nous rions de notre belle invention.

page 2 de 2 -