Petits cailloux et ricochets

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
S'abonner

année 1999

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

Fil des billets - Fil des commentaires

Kozlika, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 14 novembre 2006

1999:39 cinéma

C'est la fête : l'épisode I (dans la chronologie de l'histoire), quatrième film tourné après le paquet de trois de mes seize ans, de Star Wars vient de sortir. Evidemment, j'y vais. Cet événement planétaire en cache un autre : Kozlika est allée au cinéma. Je n'y vais que très rarement et quasiment uniquement pour des séries B ou autres grands films d'aventure. Jamais plus jamais pour de « vrais » films, de ceux qui vous font réfléchir ou créent une émotion autre que ludique.

Il fut un temps où j'y suis beaucoup allée : quand ma grande sœur m'emmenait avec elle. Les films qu'on va voir à dix-douze ans ne sont pas les mêmes que quand on a le double, mais que n'aurais-je fait pour entrer dans le cercle des grands ! Alors j'ai vu Family Life et Orange mécanique à dix ans, Le Dernier Tango à Paris et Lacombe Lucien à onze, Dersu Ouzala et Les Valseuses à treize, etc.

Une longue suite de cauchemars dont je revivais les épisodes au milieu de mes nuits pendant des semaines entières d'angoisse, d'autant que je suis affligée du mal d'être très bonne éponge. On dit « bon public » je crois. Et toutes ces choses que je ne comprenais pas et qui semblaient si empruntes de malaise. Family Life, notamment, me bouleversa au point que trente ans après j'y pense encore.

Alors je ne suis plus allée au cinéma, je me suis mise à détester les salles obscures, pièges maléfiques qui vous emprisonnent de leurs menaces fantômes, et je ne suis plus retournée dans les fauteuils de velours que pour Star Wars, Crocodile Dundee et autres Coup de foudre à Notting Hill, tant pis pour ma culture ;) Ah si, une fois, avec un homme qui tenait absolument à m'y emmener. Il y avait deux salles côte à côte, on y jouait Le Mur et 2046. Evidemment il a voulu voir Le Mur, mais ça c'est une autre histoire...

Et heureusement, ma frangine n'a pas fait que m'emmener voir des films affreux, elle m'a aussi appris à danser le twist et le madison !

sicaliptic, sur le chemin de 2006 à 19xx,
vendredi 2 mars 2007

1999 : 33 ans Marseille un rêve et un cauchemar

Par deux fois cette année je dû descendre en catastrophe au chevet de ma mère. La psy que j'ai récemment consultée m'a beaucoup aidé, par son écoute et sa présence, elle m'a proposé de l'appeler si besoin, ce que j'ai fait.
Au mois de juin, je ne pourrais certifier qu'elle eu conscience de ma présence, mais elle a attendu que je sois seule avec elle pendant que mon père et ma soeur se reposaient de leurs longues veilles, pour laisser échapper son dernier souffle. Le réflexe est d'appeler à l'aide de croire qu'une blouse blanche pourra effacer ce dernier signe et qu'il y a surement quelque chose à faire. C'est étrange, pourtant je suis pour laisser leur mort à ceux qui souffrent et je suis contente qu'il n'y ai eu personne pour mettre en branle toute une machinerie.
Cela semble bizarre mais je suis persuadée que ma mère m'a fait un cadeau : mourir en ma présence. Vu nos relations j'aurais eu du mal à le vivre, à être légitime, du coup elle m'a permis d'y participer d'être vraiment là, même si ma soeur, malgré elle, trouve injuste qu'il en soit ainsi, j'ai pu trouver ma place ne pas être celle qui est de trop.
Des amis sont descendus et chose incroyable leur présence m'a fait du bien. Je dis incroyable parce que je suis incapable de faire une chose pareille aller à des obsèques et présenter mes condoléances, j'ai toujours l'impression d'être déplacée empotée et pourtant ces amis m'ont fait un bien fou simplement parce que je n'étais plus seule au milieu de ma famille avec qui j'ai si peu de contact en dehors de ma soeur.

Après cette épreuve j'ai repris le cours des choses ou le contraire. L'amie chez qui je vivais avait fait une rêve où nous emménagions à Marseille après réflexion c'était mieux que la banlieue parisienne qui nous attendait et on a filé. Tout s'est déroulé au mieux un appart trouvé en 5 jours, un déménagement efficace avec 2 camions et une voiture remplis, des amis pour nous aider à nous installer.
La vie marseillaise m'a d'abord surpris, ici impossible de vivre l'anonymat comme à Paris mais je m'y suis faite trés vite. Mon amie ne s'est jamais vraiment installée, elle vivait pour la première fois sans son fils et devait se sentir tiraillée entre les deux villes. Quelque chose s'est brisé en elle, tout a basculé, la souffrance a fait son apparition, ainsi que les difficultés à vivre ensemble.
Je le savais déjà mais je n'ai pu que le constater encore, nous ne sommes pas toujours en mesure d'aider ceux que l'on aime et qui ont su être là au bon moment. La roue tourne, on rend souvent les bienfaits que l'on a reçu d'une personne à une autre comme si l'on risquait d'interrompre la chaine de solidarité si on soldait sa dette.
Je souffrais de sa douleur de son impossibilité à m'en parler de mon incapacité à la soulager. Je me suis éloignée, non pour la fuir mais pour lui faire de la place lui laisser l'espace où décider ce qui serait le mieux pour elle.
J'ai eu trés peur de la perdre, je ne sais toujours pas si ça a été une décision bénéfique pour elle. elle a mis longtemps à reprendre le dessus. J'ai simplement réussi à ce que cette rupture ne soit pas une cassure définitive et un de ces jours faudrait que j'en reparle avec elle.

luciole, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 7 mars 2007

1999, le prix à payer.

Mes nièces, les jumelles sont nées le 25 décembre 1998. Oui le jour de Noël comme ma fille (et en lisant la suite d'aucun penseront qu'il y a peu de hasard). Mais ce jour là, je le raconterai quand j'aborderai 1998.
En 1999, je joue donc les tatas et même plus. Ce qu'il me faut avouer, m'avouer à l'époque c'est l'envie et la peur. L'envie de cette nouvelle maternité que vit ma soeur, ma presque jumelle, tant nous avons toujours été proche l'une de l'autre. Ma peur de ne jamais être maman. Une idée saugrenue est venue s'immiscer vicieusement en moi, elle a eu deux enfants, elle a pris le mien.

Pour comprendre cette hérésie il me faut remonter au temps lointain, ce temps où ma presque jumelle à veillée sur moi comme une maman trop jeune pour l'être, au temps où la soeurerie a souffert des maux dont j'ai été épargnée et cette épée de Damocles que j'ai gardé en héritage; j'ai eu de la chance, je suis l'épargnée, il faudra bien que je paye un jour, la chance tournera forcément. En 1999, je me dis : " ça y est la chance a tourné, elle n'est plus de mon côté, ça y est, il est là, le prix a payer". Mais il me faudra encore remonter le cours de cette rivière et jeter bien des cailloux avant de pouvoir dire ici le prix de quoi.

En 1999 donc, je compense et je fuis en même temps. La honte de ce sentiment d'envie, cette parcelle de lucidité qui fait que je sais l'absurdité de mes pensées cachées, tout cela au milieu d'une vie de couple qui part en vrille, je pouponne et je fuis en même temps. Disponible sans l'être, j'entends sans rien écouter ou le contraire... Et je m'attache à ces petits êtres qui ne sont pas les miens, je prends la place vacante d'un papa très absent, je m'immisce, même probable, je pousse un peu des coudes. Je m'attache à elles et ce lien me blesse car je sais même si je feins de l'ignorer que se ne sont pas mes filles. Dans ce "mes" il ne faut rien entendre de possessif, enfin je crois, juste cette qualité d'amour si particulière, si unique. Ce cordon ombilicale n'est pas relié à moi mais à ma presque jumelle et je pourrais faire tous les semblants du monde, je le sais.

Terriblement, il y a une place pour moi, on a besoin de moi alors je suis là. Il y aura du monde pour dire à moi comme à elle : " Heureusement que tu es là". cette petite phrase qui rassurent ceux qui ne peuvent pas être là mais qui aimeraient, ceux qui ne veulent pas être là mais qui culpabilisent, moi qui trouve ma légitimité, on a besoin de moi, elle, ma presque jumelle que j'aide et que je n'aide pas.

Plus tard quand mes chéries d'amour sauront parler, l'une d'elle me remettra à ma place, me mettra une douce claque comme les enfants savent faire. Elle dira :"Quand tu es là, c'est toi qui commande." Elle le dira devant sa mère. Je n'oublierai jamais notre regard à toutes les deux, cette conscience immédiate que nous avons eu ensemble qu'il fallait que je me retire, que je retourne à ma place de tata. Plus tard j'irai moins les voir, je serai moins là, elle aura moins besoin de moi et moi ... Moi, je ne saurais pas faire autrement, trop présente ou presque plus. Cela prendra du temps pour retrouver l'équilibre du funambule sur le fil de nos vies...

traou, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 19 mars 2007

1999 - Une année simple ?

Je commence l’année à New York. J’y arpente les espaces émouvants d’Ellis Island. Malgré le froid glacial, la nuit du réveillon, nous avons brulé solennellement dans un jardin de Brooklyn un cercueil de carton et les petits papiers pliés que nous y avions enfermés, sur lesquels nous avions tous inscrit ce que nous souhaitions abandonner derrière nous et voir « mourir » à l’aube de cette nouvelle année. Je n’ai aucun souvenir de ce que j’avais écrit sur le mien.

Je me souviens d’avoir vu, dodelinante et émerveillée, Manhattan se découper dans la nuit, et que j’étais dans un état de fatigue proche de l’ivresse car mon avion s’était posé à Kennedy l’après-midi même et qu’à minuit pour moi il était six heures du matin. Je me souviens de ma surprise et de mon désappointement de petite française bonne vivante, car à aucun des deux réveillons new-yorkais auxquels on m’avait emmenée il n’y avait quoi que ce soit à manger hormis quelques cacahuètes et des chips. Et des frigidaires géants pleins de bière…

A mon retour, je retrouve N. ses bras tendres et ses attentions précieuses et drôles. L’année commence joliment.

Une déception que je n’avais encore jamais connue : le premier long métrage sur lequel j’ai vraiment travaillé de A à Z, sans relâche, de l’émergence de l’idée aux toutes dernières finitions, qui se plante. Mais alors vraiment vraiment, pas la moitié d’un échec : en deuxième semaine à Paris on n’a déjà plus qu’une salle. Et pas toutes les séances, encore… Tant de travail, tant de passion de la part de beaucoup de gens, tant de mois d’effort pour rien. Ou si peu. Et des échecs comme celui-là, c’est tellement monnaie courante dans ce métier. C’est parfois décourageant.

On me propose un autre job ailleurs. Très différent : très technique, pas du tout artistique, pas du tout créatif, mais plus sûr, mieux payé. Le cinéma, ses incertitudes permanentes, ses projets avortés, mon boss producteur caractériel (pléonasme ?), tout cela me fatigue. Je dis oui. Ce sera un enterrement professionnel de troisième classe dont je mettrai 3 ans à sortir, mais qui aura au moins le mérite de me faire bouffer et de m’apporter une sécurité inconnue depuis que je bosse.

Pendant ce temps, la relation avec N. est harmonieuse et gaie, malgré les assauts répétés de son ex-femme qui cherche désespérément à le récupérer depuis qu’elle a appris qu’il était avec moi, semblant oublier que c’est elle qui avait exigé leur séparation… Chantage à l’enfant, insultes téléphoniques ou autres… Est-ce qu’il existe des relations simples ? Des années simples ?

Ame, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 20 mars 2007

1999: 21 En partie moi

1999, c'est l'année où j'ai décidé d'arrêter la fac.
Ca ne se passait pas trop mal, j'étais interessée, je commençais à connaître davantage de personnes après deux années un peu difficiles. Je savais juste que je n'avais pas besoin d'un diplôme supérieur à un bac+3 pour exercer mon métier. Alors, j'étais assez sereine en fait en rendant mes devoirs, en passant mes exams. La seule chose qui me motivait pour les avoir était le fait que je ne redoublerais pas si j'échouais. Cette décision suscitait une forme d'admiration dans mon entourage plus ou moins proche et chez les autres étudiants. Il faut dire que beaucoup continuaient la fac un peu de façon automatique : je réussis l'exam-je continue, j'échoue-je me demande ce que je veux vraiment faire dans la vie... Une autre chose qui aurait pu me motiver à rester c'est de pouvoir étudier à l'étranger. Mais financièrement ça allait être compliqué. Alors c'était soit travailler, soit trouver une autre façon de partir vivre ailleurs.
1999, c'est l'année où j'ai vécu une bel épisode amoureux.
Episode car entre dans l'entre-deux de cette année mi-universitaire mi-laborieuse. Episode car saccadé entre notre deux villes, nos deux quotidiens, nos deux familles.
Je l'avais connu à une soirée, chez une copine. Il en avait déjà une de copine mais il m'a dit que c'était plutôt finissant. Et je l'ai cru. Nous avons vécu de beaux moments, des plus durs aussi. C'est lui qui a rompu. Mais des années plus tard, je me suis dit que ça avait été une bonne chose. Il m'avait en quelque sorte protégée contre mon trop plein d'amour qui cherchait à combler trop de choses, pour lui et pour moi.
1999, c'est une année où je m'investissais beaucoup associativement.
J'ai fait de belles rencontres qui m'ont beaucoup marqué humainement parlant. Vécu des situations compliquées. J'en ai appris beaucoup en tout cas.
1999, c'est une année importante quand j'y pense. Mais pourtant c'était pas tout à fait moi, je crois.

mnesiloque, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 25 mars 2007

1999 : Des astres

Cet été-là, le soleil a rendez-vous avec la lune. Une éclipse totale de soleil visible depuis la France, on n'a pas vu ça depuis des décennies ! Inutile de dire que j'attends l'événement avec la plus grande impatience. En fait, pour tout dire, je l'attends depuis quinze ans.

J'ai toujours été passionné d'astronomie. Pendant la canicule de 1976, mon père et moi dormions dans le jardin - il faisait beaucoup trop chaud à l'intérieur. Je me rappelle encore le plaisir que j'avais à contempler la voûte étoilée avant de m'endormir, couché sur mon lit de camp à quelques pas de la maison. À l'adolescence, fréquentant assidûment le club d'astronomie local, je découvre les beautés du ciel au travers d'un télescope. Plus tard, je fais des études de physique, peu brillante dans l'ensemble, sauf en astrophysique où je récolte systématiquement les meilleures notes. Encore un peu plus tard, je travaille dans plusieurs observatoires professionnels. À l'époque de l'éclipse de 1999, je suis président d'une association d'éducation populaire, où je promeus l'idée que comprendre le fonctionnement de l'Univers tout en s'émerveillant des spectacles gratuits qu'offre le ciel sont de bons moyens de lutter contre les superstitions et l'obscurantisme.

J'assiste à l'événement tant attendu en compagnie de mon ami Bacchus, dans un coin perdu à la frontière franco-allemande. La belle Vesta dont je partage la vie depuis six mois est loin, elle occupe un job d'été en Auvergne ; comme le seul opérateur de téléphonie mobile que nous recevons est allemand et que mon abonnement ne couvre pas l'international, je ne peux même pas la joindre pour partager avec elle ce moment magique où la lune occultant exactement le disque solaire, les spectaculaires jets de matières de la couronne apparaissent. Heureusement, nous avons tout prévu ! À l'instant fatidique, elle porte une de mes chemises tandis que je porte l'un de ses t-shirt ; et sitôt l'éclipse terminée, nous échangeons quelques mots par courrier électronique...

Car 1999 est également la dernière année où je suis rentré dans le placard. J'assume plutôt bien mon homosexualité à cette époque, j'ai même accepté l'idée que vivre une relation stable avec un homme était possible ; mais le hasard veut que Vesta croise ma route lors d'une quelconque réunion professionnelle. Nous nous revoyons plusieurs fois, chacun surpris de se trouver si bien avec l'autre, moi qui lorgnait plutôt vers les garçons et elle qui s'était jurée de rester célibataire suite à des violences conjugales. Un mois après, nous formons un couple inséparable.

Évidemment, l'idylle ne dure pas. Qu'elle soit innée ou acquise, on n'échappe pas à sa nature profonde. Vesta est magnifique, nous nous entendons parfaitement sur tous les plans, mais il lui manque désespérément un petit gros quelque chose au niveau du bas-ventre pour me la rendre totalement désirable ; et de son côté, ses vieux démons la reprennent qui la font se méfier de tous les hommes, à commencer par moi. Nous devons nous séparer à regret en novembre.

Est-ce l'échec de cette dernière tentative hétérosexuelle ? Est-ce parce qu'Uranus (mon ex-colocataire dont je suis secrètement amoureux depuis dix ans) se marie et devient papa, anéantissant tout espoir pour moi de revivre un jour avec lui ? Je ne sais pas. Toujours est-il que les crises d'angoisse me reprennent. Mais cette fois-ci, je ne me laisse pas faire ! Fin décembre, je prends rendez-vous chez un grand psychiatre parisien.

Tourner définitivement la page de l'hétérosexualité (avec tout ce que cela implique socialement) et débuter une psychothérapie : voilà des tempêtes qui me terrifient bien plus que celle qui dévaste la France deux jours plus tard.

gabriel, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 28 mars 2007

1999 (14) : Rendez-vous manqué

De cette histoire imaginée, de cette après-midi fictive, quand le faux est éliminé, reste une nostalgie rétive.

Allongé le dos sur ton lit, fixant l'immaculé plafond, je détricotais mon esprit pour t'en dévoiler les tréfonds. Sans savoir bien ce qui me pris, te piquai d'un mot surfilé. Si ta réaction me surpris ? je ne sais trop.

Entremêlés, l'un sur l'autre, dessous, dessus ; on dit souvent, dans les poèmes, que le temps semble suspendu en de tels instants de bohème.

Mais le temps passait entre nous qui nous figeâmes dans son cours. Le temps passait, qu'il était doux de le savourer sans discours. Dans tes yeux, immobilisé, tremblant au rythme de tes lèvres, je n'osais donner ce baiser. N'osais concrétiser ce rêve.

Chassant, d'un sourire, la larme qui clôt cet instant orangé, je baissai paupières et armes — pudeur de l'amour abrogé.

krazy-kitty, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 31 mars 2007

1999 : 14 - Le départ

Je deviens lasse d'expliquer que je passe le baccalauréat. Je deviens lasse de me battre pour montrer aux autres que je ne suis pas une petite raclure d'intello hautaine planquée derrière ses livres et ses lunettes. Les garçons commencent à me trouver jolie. Je les impressionne mais je ne le sais pas, je crois plutôt ne pas les intéresser. L'un d'eux ose plus que les autres et je projette tous mes rêves de Prince Charmant sur lui presque aussi vite que je les reprends. Un détail ? ses lettres sont bourrées de fautes d'orthographes.

C'est l'été et cet été se doit d'être, intensément. Coincé entre le baccalauréat et mon départ pour Paris, les classes préparatoires, comment pourrait-il être autrement ? Après mon premier baiser sur fond de jazz, je découvre Prague et Budapest avec des yeux écarquillés, appareil photo et carnet de notes en mains, avide de m'imprégner de cette nouvelle culture (j'en lirai Milan Kundera), puis vis une semaine d'aventures musicales et adolecentes en plein coeur des Cévennes. Les adieux se multiplient et les clichés de mauvaise qualité prêts à orner les murs de ma nouvelle chambre aussi.

Partir ? J'en suis contente. J'aime Paris et je rêve d'une vie loin de ma ville natale. J'attends avec impatience la vie en internat, tout en appréhendant les classes préparatoires. Je suis grande, enfin, même si mon coeur se serre à l'idée de laisser derrière moi maman, le petit chien, l'école de musique et une petite poignée d'amis.

En partant, je rentre définitivement dans l'adolescence : ses doutes, ses crises, son mal-être me frapperont de plein fouet.

valclair, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 5 avril 2007

1999: Reprise d'écriture

Cela faisait un moment que ça cheminait en moi l’envie d’écrire à nouveau, surtout de reprendre une écriture du quotidien, l’envie de tenir journal. Depuis l’année précédente j’avais déjà quelques notes discontinues, notes de voyage, notes de lecture, moments captés, qui s’accumulaient sans ordre dans mon ordinateur.

Auparavant j’avais écrit mon journal comme beaucoup, en sortant de l’enfance. C’était un journal de découverte, plutôt optimiste, un journal de mes enthousiasmes, mais teinté aussi forcément des questionnements et des inquiétudes propre à l’adolescence. Je l’avais repris jeune adulte dans un contexte plus difficile, lorsque s’étaient accumulées les déconvenues sentimentales, lorsque mes engagements avaient cessé d’aller de soi et que j’avais commencé à m’interroger sur ce que masquait de mal-être en profondeur un certain surinvestissement militant. A certains moments il avait pris même un tour auto thérapeutique explicite puisque je l’avais sous-titré « journal de guérison ».

Après une nouvelle longue interruption j’avais rédigé, en 1994-1995 une centaine de pages de fragments autobiographique et de temps à autre je m’étais essayé à quelques petites nouvelles dans des registres très différents.

Mais ces moments d’écriture qui pourtant m’apportaient du plaisir étaient aussi chargés d’ambivalence. A quoi ça rime d’écrire, me disais-je, je ne pense pas avoir le talent permettant d’envisager de publier, je n’ai pas le rêve de devenir « écrivain » susceptible de vivre au moins en partie de sa plume. Alors taquiner la muse juste comme ça ? Ce n’est pas sérieux voyons maintenant que ma vie est installée dans des rails plus classiques : mariage, enfants, vie professionnelle stabilisée et fonctionnarisée. Ecrire comme ça, juste pour soi, ce n’est pas une pratique d’homme responsable qui doit s’investir à plein dans sa vie concrète et quotidienne, dans l’activité professionnelle dans laquelle il est censé développer une « carrière ». Et un journal intime c’est encore plus suspect. Si ce n’est pas celui d’un « grand écrivain » ou d’un mémorialiste ayant vécu des choses exceptionnelles, tenir journal ce ne peut être qu’une affaire d’adolescent, pour ne pas dire d’adolescente ou à la rigueur de femme au foyer plus ou moins désoeuvrée (bonjour les clichés !).

Là encore ma rencontre avec l’Association pour l’Autobiographie a joué son rôle. J’avais eu vent de son existence par des articles, la toute première fois, je crois, par un article du Monde des Livres sur le Journal de Lucile Desmoulins publié et commenté par Philippe Lejeune en 1996, article que j’ai gardé ce qui est significatif. J’avais trouvé d’emblée intéressante l’idée de cette association d’accueillir journaux et mémoires de personnes ordinaires. Je disposais d’ailleurs, venu de la famille de ma femme, de la copie d’un récit de vie un peu lacunaire mais très intéressant datant des années 1860 que j’ai effectivement déposé à l’association cette année, y adhérant dans la foulée. Mais du même coup ce sont mes propres écritures qui ont trouvé légitimation et donc sens. L’idée que nous étions nombreux à avoir ces pratiques d’écriture, l’idée que même non édité ce qu’on écrivait pouvait être lu par un micro lectorat, pouvait ensuite s’inscrire dans une continuité, être une petite part du patrimoine humain dans sa diversité, faire témoignage auprès de générations futures, tout cela rendait en quelque sorte plus licite l’activité d’écriture du non professionnel que j’étais.

J’avais aussi découvert début 1999 sur internet (déjà !) un site québécois « L’ intimiste » qui n’était pas un journal en ligne mais plutôt une réflexion autour de l’écriture intime et qui m’avait fait prendre conscience de l’importance et de la valorisation dont elle bénéficiait de l’autre côté de l’Atlantique, bien plus qu’en France. Ce site naturellement évoquait les nouvelles possibilités qu’offrait internet ce qui tout de suite m’avait interpellé et intéressé.

Ma première entrée date du 14 avril. J’y faisais le point sur mon rapport à l’écriture depuis mon enfance et sur le projet que je pouvais avoir désormais en recommençant l’écriture d’un journal personnel. J’y évoquais l’idée d’un journal avec une part intime mais qui soit aussi journal extime, fait de chroniques, de compte rendus subjectifs de lectures ou de spectacles, qui soit aussi « cahier d’admiration » pour rendre compte et conserver mes enthousiasme devant une œuvre, un paysage, une personne. C’est bien ce programme que j’ai suivi. D’emblée j’avais trouvé ma formule, un certain équilibre entre intime et extime et qui a prévalu depuis tout au long de ma pratique, sans changement majeur finalement que ce soit pendant les années où mes notes sont restées au fond de mon ordinateur ou ensuite lorsque je les ai mises en ligne, d’abord sur un site classique puis sur un blog. Dès que j’ai repris l’écriture c’était bien avec l’idée que ces pages avaient potentiellement des destinataires, qu’elles s’inscrivaient dans une forme de communication, fut-elle encore abstraite et renvoyée à un futur indéterminé.

Je suis frappé finalement par la constance du ton de mon journal avant et après sa mise en ligne. Il y a des nuances bien sûr, la communication y est désormais plus présente puisque immédiate, inscrite dans le présent même de l’édition en ligne mais à coup sûr l’idée d’un lecteur a été présente à partir du moment où j’ai repris, d’emblée j’ai su que j’écrivais pour moi mais que j’écrivais aussi dans le même temps et indissociablement pour autrui, que c’est cela qui créait la motivation, qui donnait sens.

samantdi, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 14 avril 2007

1999 : 38 - La soirée goutte d'eau

Un soir d'été chez Jeanne, dans le jardin de sa maison de campagne. Des bougies, un buffet joliment décoré, des gens que j'ai plaisir à retrouver, la soirée s'annonce joyeuse. Des convives passent de vieux 33 tours des années 80, que nous reprenons en choeur, l'ambiance est bon enfant. Maureen est excédée par cette musique qu'elle juge commerciale et déteste. Impatiente, elle commence par faire quelques réflexions, on lui répond, le ton monte. Quelqu'un éteint le son, l'ambiance devient électrique et c'est sous ce prétexte que commence une scène de ménage entre Niels et Maureen. Cette scène de ménage marque le début de la fin de notre amitié.

L'amitié reste un continent inexploré. Abreuvés d'histoires d'amour dès l'enfance, nous semblons croire que l'amitié, elle, va de soi, qu'elle s'écoule tranquillement au fil des années, dans la sérénité. Pourtant certaines de nos histoires d'amitié sont passionnelles et compliquées.

Mon histoire d'amitié avec Maureen était de celles-là. Maureen elle-même était passionnée, entière, passant de la joie la plus entière à un chagrin incompréhensible. Elle formait avec Niels un couple flamboyant, fatigant, sans concession. Je les aimais tous les deux et quand j'avais du mal avec ma propre vie, je me laissais glisser dans leur ombre, éternelle amie, pourvoyeuse de conseils et épongeuse de larmes. Leurs excès me reposaient des miens.

C'est lors de cette soirée chez Jeanne que pour la première fois Maureen m'a lassée. Une brèche s'ouvrait dans notre amitié : j'avais envie de m'amuser, de profiter de la douceur de ce soir d'été chez des hôtes charmants, j'en ai eu brusquement assez de l'atmosphère de drame qu'elle instaurait, une fois encore, la fois de trop.

Plusieurs années se sont écoulées avant que nous cessions de nous voir mais finalement, de l'année 1999, je retiens seulement ce moment là, cette sensation de froid intérieur et d'exaspération. D'un banal jeu de société était sortie à mon insu une lame de tarot, celle de l'ange noir de la rupture.

marine, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 17 avril 2007

1999 : tempête en père

Ce soir, ce soir, c'est Noël, les étoiles brillent dans le ciel, ce soir, ce soir, c'est Noël, c'est Noël ! Cette chanson des Wampas est assurément ce que je préfère de Noël...

Drôle de Noël, cette année-là. Nous avons tout bien fait avec précaution. Pas de vague. Pas de mots déplacés. Tout s'est bien passé, il n'y a pas eu de casse, pas d'engueulade, pas de larmes...

Drôle de Noël parisien. D'ordinaire nous descendons à Bordeaux chez mes beaux-parents. Dans ma famille, nous n'avons jamais réveillonné ensemble, donc mon compagnon et moi-même n'avons jamais eu ces interminables discussions pour déterminer quelle famille emporterait le réveillon. C'était la sienne à chaque fois et c'était très bien comme ça. Mais l'été précédant ce noël 99, un idéal s'était effondré. Sa famille unie s'était décomposée. Moi-même, issue d'une famille éclatée, je les avais toujours admirés pour la force de leur union... malgré quelques infidélités respectives et respectées, petits arrangements avec la vie... Mais l'été précédant ce fameux noël, nous avions appris que l'infidélité paternelle avait eu et aurait des conséquences : nos enfants pouvaient s'enorgueillirent d'un oncle plus jeune qu'eux qui soufflerait sa première bougie à l'automne, la maîtresse de mon beau-père approchant la quarantaine avait eu un désir d'enfant... Elle l'avait assouvi. Le mensonge plus que l'infidélité nous avait fortement touchés. Qu'attendait-il mon beau-père ? Que l'enfant dont il était le père retourne dans le ventre de sa maîtresse ! Il croyait encore au Père-Noël ?

Noël, cette année-là, nous ne le fêterions donc pas à Bordeaux, ma belle-mère monterait seule à Paris. J'en profitais pour inviter mon père qui devait réveillonner seul dans sa banlieue : il n'avait pas accompagné sa femme et leur fille dans leurs montagnes savoyardes.

Les enfants sont enfin couchés, les paquets cadeaux déchiquetés jonchent le parquet, la cuisine est pleine de vaisselle, la table du salon couverte des reliefs du repas, toutes les bouteilles sont vides... Comme d'habitude, nous avons tout bu... Mais allez ! Ce n'est pas Noël tous les jours ! Mon beau-frère s'effondre ivre-mort sur le canapé et se met à ronfler. Même mon père se tait : plus personne ne l'écoute... Je suggère que chacun rejoigne ses pénates. Je suis fatiguée. Mon père ne se souvient plus où il est garé, je propose de le raccompagner jusqu'à sa voiture.

Dehors la pluie tombe à flots. Rue Labat, croit-il se souvenir. Jusqu'à la rue Labat, soit, il titube. Je repense à tous ces dimanches après-midis où il nous raccompagnait au métro après un repas trop arrosé. Je pense aux diverses stratégies que j'avais successivement adoptées pour éviter qu'il ne terminent dans un tel état. Boire moi-même : tout ce que j'ingurgitais, c'était toujours ça de moins pour lui... Inefficace, il ouvrait une ultime bouteille et je finissais saoule sans même en avoir eu envie. Ne pas boire pour ne pas l'entraîner à la consommation, prétendant des excès la veille... Inefficace, pas de soucis pour lui à boire sans nous. Alors toujours la même histoire, toujours la même peur au ventre lorsque je suggérais que nous rentrions, qu'il proposait de nous reconduire. A chaque fois je n'osais dire non, je n'osais lui dire qu'il avait trop bu, beaucoup trop bu, je n'osais le laisser sur ces mots d'adieux à sa femme et sa fille par peur de sa colère, une fois la porte sur nous refermée... Mon compagnon, mes enfants et moi-même nous engouffrions dans sa voiture en silence, l'estomac noué jusqu'à l'arrivée. Lors de notre dernière visite, mon fils aîné avait trouvé étrange qu'il s'assoit par terre au milieu de l'entrée pour lacer ses souliers, je regardais sa mine interdite devant cet étrange grand-père... Mais qu'il est dur de parler de l'alcoolisme...

Nous trouvons sa voiture sans trop de mal.
«– Je te raccompagne ?
– Non, tu as beaucoup trop bu, il est hors de question que je monte dans ta voiture. C'est sorti tout seul, sans que j'y réfléchisse.
– Mais on est tout près chez toi. Et puis, il n'y a pas que moi qui ai trop bu ! Moi je ne me suis pas affalé sur ton canapé.
– Celui qui est affalé sur mon canapé, si j'ai envie un jour de lui parler de son alcoolisme, je le ferai... Mais là maintenant, je m'en fous un peu, c'est à toi que je parle. Je me suis promis de ne plus jamais monter dans ta voiture quand tu étais saoul. Plus jamais, je ne mettrais ma vie entre tes mains, pas plus que celles de mes enfants. On va discuter un peu à l'abri... Ça te laissera un peu le temps de dessaouler avant de conduire et de rentrer chez toi. »

J'ouvre la porte passager et m'assois. Il ouvre la sienne et se glisse au volant. L'ambiance est moite dans la voiture. Nous ne nous regardons pas, chacun garde les yeux rivés sur la pare-brise qui ruiselle à la lumière orange des lampadaires. Nous y sommes. Ici et maintenant. Rue Labat.
« – Cela faisait longtemps que je devais te parler mais je n'en ai jamais trouvé le courage. Primo (mon fils aîné) m'a questionnée sur ton attitude. Je ne pouvais discuter avec lui avant de parler avec toi, question de principe. Alors allons-y, le moment semble venu... – ... – Aujourd'hui, il n'y a plus rien d'intéressant à partager avec toi. Systématiquement, à chaque fois qu'on se voit, tu es ivre. Comme tout le monde : « Tu es con quand tu as bu. ». Absolument comme tout le monde, moi la première... Alors j'évite d'être toujours ivre, c'est toute la différence. A chaque fois qu'on te voit tu bois trop, alors à chaque fois qu'on te voit, tu es con. C'est comme ça et c'est dommage. Voilà que je m'engage un soir de Noël, à 2 h00 du mat, sous des trombes d'eau, dans cette discussion trop longtemps retenue... On ne choisit pas toujours le moment : cette phrase que depuis trop longtemps je retenais en moi-même est sortie ce soir de Noël 99, rue Labat. Il allait falloir assurer maintenant : exposer mon point de vue : ma souffrance et mon amour. Ton alcoolisme est terrible pour ceux qui t'entourent : pour moi et mes enfants, pour mon frère même s'il est loin, pour ma frangine, pour ta femme. Nous t'aimons, mais nous en aimons un qui se suicide à petit feu sous nos yeux, et qui n'est plus très intéressant au présent...
– Je sais, dans ma vie, j'ai tout raté.
– Non ! Je ne peux pas entendre cela de mon propre père. Non ! Je ne pense pas être ratée, pas plus que mon frère ou ma soeur. Donc, même si professionnellement tu n'as pas réussi ce que tu voulais, même si tout n'est pas rose, tu as élevé convenablement tes enfants. Tu ne nous as pas raté, nous : nous t'aimons et ne savons plus quoi faire de cet amour.
– Vous avez été élevés par ta mère et par Marie.
– Non ! pas moi en tous cas ! C'est toi qui m'a permis de faire plein de choses que j'ai aimé et que j'aime encore. Toi, tu ne m'as jamais jugée dans mes choix, tu les as respectés tels qu'ils étaient, tu m'as soutenue pour les suivre quand j'avais besoin d'aide. Ce n'est pas ma mère qui me soutenait... Parfois tu exprimais ton désaccord, tes inquiétudes, et ça me faisait réfléchir, mais tu ne m'empêchais pas d'être celle que je voulais. En moi, je réalise que ma mère n'a jamais été aussi respectueuse à mon égard... Oui, elle se taisait ouvertement, mais je lisais son incompréhension sur les traits de son visage à chaque fois que mon parcours m'éloignait d'elle et de sa manière de concevoir le monde. J'en ai bien plus souffert que je ne voulais bien le reconnaître, même cette fameuse nuit, sous la pluie... Ma mère m'a dit que tu avais commencé à boire au Cameroun, est-ce vrai ?
– Je ne voulais pas que tu naisses à ce moment-là...
– Et bien merci ! C'est un peu raide à entendre ce que tu dis là... Tu réalises que si je n'étais pas née à ce moment-là, ce n'eut pas été moi...
– Je ne voulais pas d'enfant à ce moment-là, parce que je savais que je devais partir en coopération.
– Mais elle t'a accompagné là-bas, non ? Et heureusement, soit dit en passant, qu'elle est rentrée pour accoucher en France, sinon je serais morte là-bas et elle aussi : pas de couveuse là-bas.
– C'est pour cela que je ne voulais pas qu'elle soit enceinte à ce moment-là. J'aurais aimé être à ses côtés pendant toute la grossesse, mais elle ne m'a pas écoutée.
– Tu sais, le désir d'enfant quand ça prend une femme... c'est assez incontrôlable ! J'en sais quelque chose !
– De toutes manières, les femmes sont toutes des connes !
– Ah oui ? Tu sais, quand on trouve que tout le monde est con, il est souvent l'heure de se remettre en cause soi-même... Peut-être que tu bois pour cela. Il n'y a que quand tu as bu que tu peux te sentir sincèrement plus puissant que les autres... Ça aide à faire coller le monde à ses désirs, l'alcool, même si ça rend inconscient simultanément. Je le sais parce que j'aime aussi l'ivresse ... Cependant, la terre entière ou même juste sa moitié féminine complètement conne... Excuse-moi, je n'y crois pas ! Et je suis même sûre que tu n'y crois pas toi-même à jeun. Alors tu bois pour avoir raison avec toi-même, perdu avec toi-même, plus personne ne peut te contredire, plus personne ne t'atteint. Ma mère, je concède que tu lui en veuilles de t'avoir quitté, mais Marie, elle est conne aussi ? Si tu le penses, tu ferais mieux de la quitter plutôt que de lui faire supporter ton alcoolisme et d'attendre qu'elle ne parte. Elle déguste à tes côtés, je pense. Elle déguste parce qu'elle t'aime. Elle t'aime avec ce qu'elle est : ses défauts et ses qualités. Si tu ne la supportes plus, tu pourrais au moins avoir le courage de lui dire à elle, plutôt qu'à moi. Parce que je ne vois pas bien ce que je peux faire de ces mots... Rien d'autre que de te demander de les assumer.»

Il pleut de plus en plus fort, des rafales de vent hurlent autour de nous... Je suis désemparée : sa vie n'est effectivement pas très gaie vue sous cet angle...
«– Tu es la première femme avec qui je parle.
– ... ! ... Et bien je ne suis pas et ne dois pas être une femme pour toi : je suis ta fille ! »

Je suis dépitée parce qu'il ment : je veux bien croire qu'il n'ait pas beaucoup échangé avec ma mère, mais sa conjointe actuelle, psychothérapeute de profession, je ne peux croire qu'elle n'ait pas tenté la discussion avec lui. Je ne peux supporter qu'il la dénigre ainsi, quelle qu'elle soit... Mais ce n'est pas mon histoire. Par contre, je suis plus qu'embarrassée que mon statut de fille soit dépassé par celui de femme à ses yeux...

Une silhouette traverse la route en courant abritée sous un manteau. Elle se dirige vers nous, tape furieusement au carreau. J'ouvre la fenêtre, reçois des trombes d'eau sur les genoux...
«– Qu'est-ce que tu fous ! Ça fait deux heures que vous avez quitté l'appartement !
– ... Excuse-moi, je n'ai pas fait attention au temps qui passait... Nous parlons... Ce n'est pas simple... Mon compagnon n'avait pas été très chaud pour qu'on invite mon père pour ce dîner. Comme moi, il n'en pouvait plus des déjeuners dominicaux... Comme moi, il avait peur en montant dans la voiture de mon père chaque dimanche passé chez lui. Il a juste eu peur... J'arrive bientôt. Je rentrerai à pied, rassure-toi. »
Il s'éloigne en colère ou inquiet, je ne sais...

Il est temps de clore cette discussion.Sans aucune certitude, j'espère que mes mots porteront leurs fruits, je ne peux vivre à sa place... Je ne peux que lui témoigner encore une fois mon désarroi et mon amour, à lui de vivre.

« – Tu fais absolument ce que tu veux de ta vie, mais n'oublie pas qu'il en est plein qui t'aiment et aimeraient pouvoir t'aimer encore. Je me limite à parler pour moi et mes enfants : nous sommes tristes, parce que celui qu'on aime vraiment, celui qui est mon père, qui pourrait être un chouette grand-père, aujourd'hui, nous ne faisons plus rien d'autre avec lui que de constater son autodestruction. Voilà ce que j'ai à te dire ce soir : je t'aime, on t'aime, et tu gâches cet amour que tu pourrais recevoir. Voilà pourquoi j'aimerais que tu fasses une cure. Ainsi, nous retrouverions un réel plaisir à être à tes côtés, et toi-même retrouverais du goût à vivre. On n'a qu'une seule vie. »

Je l'embrasse.

« Sois prudent sur la route. Et appelle-moi demain matin pour me rassurer. »

Je quitte l'habitacle de la voiture. La pluie transperce mes vêtements lorsque je regarde les feux arrière disparaître lentement dans le rideau d'eau. Le vent fait se courber la cime des arbres. Il a toujours été extrêmement prudent lorsqu'il conduit en état d'ivresse... J'espère que cette fois-ci comme les précédentes, il arrivera à bon port. Je rentre chez moi avec une tristesse infinie, un sentiment d'impuissance monumental, une fatigue éprouvante. J'aimerais en parler avec mon compagnon... Mais « chacun sa famille » me dit-il. Il n'a pas tord...

Le lendemain, nous apprenons que ce n'est pas un simple coup de vent qui s'est abattu sur le 18ème arrondissement. Une tempête a traversé la France. Et la traversera à nouveau quelques jours plus tard.
Le lendemain, je vais au cinéma : Le vent nous emportera... Je m'endors dans la salle obscure. Il me fallait une histoire d'autres pour me reposer de la mienne.

Aujourd'hui, je n'attends vraiment plus grand chose de cette fête... Mais j'aime toujours quand les étoiles brillent dans le ciel et dans les yeux des enfants le soir de Noël.

matthias, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 30 avril 2007

1999-Cérémonie

Ce qui m'as marqué cette année là c'est la cerémonie qu'on à fait pour ce dire au revoire, comme l'année prochaine j'allais à l'école maternel je devais dire au revoire.

On était tous allongé sur de coussins et il on ammené un gros sac, il on sortie une dinette et l'on donné à Samuel, chaque enfant reçevais ainsi un jouet, comme j'arrive vers les dernier dans l'alphabet avec mon nom de famille je regardais les autres.

La plupart était super content et ils riaient mais moi j'avais une grosse boule dans la gorge.

Il on dit mon nom, on regardé dans le sac est on sortie un lion.

Un lion en plastic, un beau lion, plutôt grand e qui faisait un peut peur.

J'ais dit merci à Eliane qui me le tendais et je l'ais pris. Sur le lion il y avait une étiquette avec écrit mon nom, je l'ais enlev et j'ais regardé ce lion.

Pourquoi un lion, je ne sais pas. Je suis le seul a avoire eu un animal. Tout les autres avais des balles, un cerceau, un faux fer à repassé pour faire comme si. Moi, j'avaismon lion, j'étais super fière et je le suis toujours.

J'avais eu le roi des animeaux. Ce lion, il est dans ma chambre et il tronne sur mon étagère.

- page 1 de 2