Petits cailloux et ricochets

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
S'abonner

année à 38 ans

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

Fil des billets - Fil des commentaires

sicaliptic, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 14 février 2007

2004 : 38 ans vie commune sans parole

Je devrais plutot parler d'expérience du machisme, mais un machisme insidieux qui ne dit pas son nom qui se veut loin de ses petites tracasseries mesquines. Pendant 6 mois j'ai du lutter avec les mêmes armes : l'indifférence et la mauvaise foi et me sentir salie par mes pensée de résistance. Ca a été une drôle de période, nous avons vécu avec le frère ainé de mon amoureux parce qu'ils s'étaient lancés dans une aventure culinaire commune, ils ont tenu un restau privé sur la terasse de notre immeuble.

Dans notre couple je m'efforce d'entamer le dialogue à la moindre crise et grâce à cela mon compagnon a compris les vertus de la parole. Il est de culture musulmane mais tout comme moi ne se sent pas concerné par la religion. Je suis féministe cela me semble naturel, parfois les choses me heurtent et je ne peux expliquer clairement où le bas blesse mais je sais qu'il y a problème et que les choses ne sont pas correctes. En général, c'est dans la discussion que se dégage la pensée à changer.

Mon amoureux n'est pas macho, il a parfois des pensées faussées par son éducation peut être, quand elles apparaissent j'essaie de les bousculer de les mettre à plat pour qu'il se rende compte qu'il n'y adhère pas vraiment que c'est juste un réflexe. Il fait de même quand je dérape, Je crois que nous avons trouvé un équilibre et que nous essayons d'avancer ensemble.

Son frêre étant l'ainé n'a pas l'habitude qu'on lui tienne tête, il ne discute pas il affirme. Mon amoureux s'est bientôt retrouvé entre deux feux, d'un coté l'ainé qui gérait les choses comme il l'entendait et moi qui demandait les raisons de ces décisions. Vous comprenez quand on vous dit qu'il est préférable que l'on lui laisse notre chambre et qu'on aille dormir dans le salon, il est pertinent de demander pourquoi.
Certaines incongruïtés sont passées celles qui ne me concernaient pas vraiment, surtout dans la répartition de leurs taches dans le travail, je ne m'en suis pas mélé, nous avons gardé notre chambre.

J'ai oublié une bonne partie des faits, c'était des détails qui clochaient, et les relever me donnait le sentiment d'être celle qui crée les problèmes. Je laissais glisser hors de ma vue la vaisselle du restau qui trainait 3 jours, j'appris à vivre à coté et pas avec. Jamais il ne me fut reproché quoi que ce soit mais je sentais que je ne faisais pas ce que j'étais sensé faire. Mais cest bien simple il suffit que je ressente une pression, que l'on cherche à me faire faire quelque chose sans que cela me soit clairement demandé et par principe je me bute et m'obstine à faire autrement. Un réflexe de protection ? Cela posait problème. la preuve, le silence s'installa. Pression maximum.

Le restau s'arreta avec l'hiver il réintégra son appart en terasse et nous reprimes le cours de notre vie où chacun fait en sorte que le quotidien pèse le moins possible, je fais la vaisselle mon amoureux fait la cuisine et parfois nous soulageons l'autre de sa tache. Je pense avoir évité le pire et conservé l'usage de la parole. pourtant c'est un constat d'échec, j'ai été incapable de faire évoluer la situation et il me semble que cela ne m'a pas appris grand chose en tout cas je n'en sors pas grandie.

erin, sur le chemin de 2006 à 19xx,
vendredi 23 février 2007

Saint Claude 2005-2006 : 39 - Audaces... liberté... attente...

Remonter le temps... 2005... L'année de toutes les audaces... Découvrir qui je suis... Prendre conscience de mes envies, de ce que je veux... Et assumer...

Partir... Quitter cette vie dont je ne veux plus. Sortir de cette histoire finie. Et voler de mes propres ailes. Décider de m'assumer entièrement... vraiment. Accepter de vivre seule, d'être la femme de l'ombre de celui que j'aime. Venir vivre tout près de lui...

Tout recommencer. Sentir le vent de la liberté... Liberté de penser, d'aimer, de vivre, de jouir de la vie, de la solitude... Sentir combien je lui apporte et en sortir plus forte, plus confiante en moi. Savourer ces moments d'intimité volés au temps, à la vie... Et commencer à espérer... Espérer en l'avenir... En l'amour fort et pur... Accepter ce don merveilleux, en savourer chaque seconde et... être heureuse... tout simplement... sacrée alchimie des sens et des âmes...

Et puis tout bascule... Perdre confiance en cette façon de vivre... Peur... Impression qu'il perd pied et je prends LA décision... le quitter... M'enfuir dans d'autres bras... pour me défaire de cette passion dévorante... jusqu'à son cri... Celui qu'il n'osait penser mais dont son coeur rêvait... NOUS ! Comment vivre sans ce Nous ? Quand tout me ramène à lui... Quand rien ne semble exister sans lui...

Et puis sa force lorsque je dois faire face à cette difficile épreuve que je traverse. Comprendre alors que rien ne pourra entraver cette histoire... Savoir ça au plus profond de mon coeur et le résumer ainsi... "C'est écrit !"

Alors attendre... encore et encore... moi l'impatiente... Portée par cette amour-passion... Faire mienne cette citation de Vauvenargues... Pour les jours sans... Pour les jours de doute.. de peur... "La patience est l'art d'espérer."...

traou, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 25 février 2007

2002 - "On court à la catastrophe"

Il y a des jours qui sont comme des semaines. Des mois comme des siècles. Des instants qui s’étirent pour exister à jamais peut-être. Il y a des rencontres exacerbées, des humains à peine croisés qui graveront une mémoire pour toujours. Il y a des amours ébauchées qui sont des unions intenses autant qu’éphémères. Il y a des mots d’amour qui n’ont pas eu le temps de franchir nos lèvres mais qu’on a exprimés par les pores de sa peau, par des regards muets, par des gestes arrêtés, par des balbutiements, par des peurs subites, par un rire partagé.

Il m’avait dit au tout début, alors que je ne savais pas bien encore détecter dans ses yeux malins s’il était sérieux ou rieur « Il vaudrait mieux qu’on ne tombe pas amoureux tous les deux. Tu sais à quel point ça serait catastrophique… »

Quelques semaines après, il y avait parfois l’un de nous pour dire, l’air de ne pas y toucher : « Là, je crois qu’on court à la catastrophe. » Et ça nous faisait rire. Et c’était bon.

Oh oui, on y courait, lui d’abord, moi à sa suite.

De cette année-là, je garde des frémissements d’émotions qui venaient du plus lointain de ma mémoire, la leçon réapprise doucement que mon cœur pouvait battre encore. Juste l’ébauche d’une histoire, une promesse qui se dessinait à traits pastels. Aussi surpris et émerveillés l’un que l’autre de se redécouvrir bouleversés par un être inattendu. Des projets timides, des élans tendres, des mots couverts, des palpitations oubliées. Un émoi plein d’espoir. Un émoi de quelques mois, c’est tout.

De cette année-là, je garde des nuits-gouffres, des spasmes de sanglots infinis que je croyais disparus dans le lointain, la souffrance hurlée dans le vide. Je garde le souvenir d’un étourdissement joyeux fracassé en une seconde. Un crématorium glacé et mon petit bouquet de roses tout seul posé sur une méchante caisse de bois verni. Et des efforts surhumains pour essayer de ne pas penser que cette peau douce qui allait partir en cendres et fumée était mon oreiller tendre quelques jours auparavant.

De cette année-là, je garde un non catégorique et si fragile au désespoir. Enfin, une tentative, de toutes mes forces abimées, de toute mon énergie tremblante rassemblée. Ne pas retomber. Par pitié, ne pas retomber dans ce puits sans fond encore une fois. Une bataille désordonnée, aussi vaillante que j’en étais capable. Certains jours au fond du trou. Des appels silencieux à l’aide. Des rencontres essentielles enfin, réelles ou de papier. Pour ne pas retomber, ne pas chuter si bas une deuxième fois.

De cette année-là, je garde une chanson vieillotte qui nous mettait en joie, l’odeur de la terre et des arbres d’un dimanche mouillé et amoureux. De cette année-là, je garde le terrible rasoir de tout ce qui n’a pas pu être. De cette année-là, je suis ressortie un peu plus fragile, un peu plus forte, un peu plus moi, sans doute, enfin je veux le croire.

De cette année-là, je garde la sensation d’avoir grimpé sans respirer une volée d’escaliers haut perchés. Haletante et hagarde d’avoir reçu le cadeau d’une perception accrue, d’une conscience aiguë de la Vie… sans fin… Je ne me l’explique pas encore, mais j’ai le sentiment indicible d’avoir vécu là, en marchant sur des braises cruelles et en tentant à toute force de les éteindre et peut-être d'en comprendre le sens, ... une des années les plus riches de ma vie.

samantdi, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 14 avril 2007

1999 : 38 - La soirée goutte d'eau

Un soir d'été chez Jeanne, dans le jardin de sa maison de campagne. Des bougies, un buffet joliment décoré, des gens que j'ai plaisir à retrouver, la soirée s'annonce joyeuse. Des convives passent de vieux 33 tours des années 80, que nous reprenons en choeur, l'ambiance est bon enfant. Maureen est excédée par cette musique qu'elle juge commerciale et déteste. Impatiente, elle commence par faire quelques réflexions, on lui répond, le ton monte. Quelqu'un éteint le son, l'ambiance devient électrique et c'est sous ce prétexte que commence une scène de ménage entre Niels et Maureen. Cette scène de ménage marque le début de la fin de notre amitié.

L'amitié reste un continent inexploré. Abreuvés d'histoires d'amour dès l'enfance, nous semblons croire que l'amitié, elle, va de soi, qu'elle s'écoule tranquillement au fil des années, dans la sérénité. Pourtant certaines de nos histoires d'amitié sont passionnelles et compliquées.

Mon histoire d'amitié avec Maureen était de celles-là. Maureen elle-même était passionnée, entière, passant de la joie la plus entière à un chagrin incompréhensible. Elle formait avec Niels un couple flamboyant, fatigant, sans concession. Je les aimais tous les deux et quand j'avais du mal avec ma propre vie, je me laissais glisser dans leur ombre, éternelle amie, pourvoyeuse de conseils et épongeuse de larmes. Leurs excès me reposaient des miens.

C'est lors de cette soirée chez Jeanne que pour la première fois Maureen m'a lassée. Une brèche s'ouvrait dans notre amitié : j'avais envie de m'amuser, de profiter de la douceur de ce soir d'été chez des hôtes charmants, j'en ai eu brusquement assez de l'atmosphère de drame qu'elle instaurait, une fois encore, la fois de trop.

Plusieurs années se sont écoulées avant que nous cessions de nous voir mais finalement, de l'année 1999, je retiens seulement ce moment là, cette sensation de froid intérieur et d'exaspération. D'un banal jeu de société était sortie à mon insu une lame de tarot, celle de l'ange noir de la rupture.

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 19 décembre 2007

1996:38 Nuits blanches et méningite

Après la naissance de mon premier bébé, j'étais rentrée dans une ère de pureté renouvelée et il me semblait que tout était enfin parfait, comme je l'avais toujours souhaité. Mon mari était attentionné et m'avait aidée à avoir une maison propre, accueillante, il était présent, en tous cas, sur les photos. Notre fils est magnifique, même si je lui trouve l'air trop vieux, pas assez bébé, il a l'air d'avoir déjà tout appris du monde et de la vie quand il vous regarde. Il est fasciné par la musique de son père qu'il reconnaît à tous les coups pour l'avoir tant entendue pendant ses neuf mois de vie intra-utérine.

Pour ne pas m'isoler quand son père se remet à l'écart dans sa pièce à lui, je rejoins La Leche League. Paterner n'intéressant décidément pas Estac, autant materner à fond. Estac est à fond pour l'allaitement qui lui donne l'occasion de n'avoir rien à faire, le seul jour où je lui demande un "droit de sortie", il me le refuse sous ce prétexte qu'il ne peut pas nourrir son fils, la tentative tourne au désastre, et je me fais copieusement engueuler quand je rentre de ma visite chez la gynéco : "La prochaine fois, tu emmènes le bébé, point barre".

Le bébé ne dort pas. Moi non plus, cela dure des mois et des mois, seule ma Lita est là pour m'empêcher de péter un plomb. Les professionnels n'ont rien d'autre à m'offrir que des conseils creux ou de me renvoyer à des consultations psy : je n'ai pas envie de parler, j'ai envie de dormir. C'est finalement Estac qui tombe malade. Il refuse d'abord d'aller consulter, et c'est en urgence que je le supplie d'aller à l'hôpital, appelant à la rescousse nos amis voisins pour qu'ils l'y emmènent : méningite.

Dès qu'il se retrouve à Bichat, il exige de moi une présence quasi constante. Je fais de mon mieux pour jongler avec cette exigence que je trouve légitime après tout. Par la suite le neurologue attribuera ses migraines au stress engendré par sa vie de famille, ce qu'il interprètera comme le signe qu'il faut qu'il s'en éloigne au plus vite. Je me sens à nouveau punie et désespérée de solitude.

Le jour de l'anniversaire de M. Ziti, c'est la scène parce que j'ai osé inviter sa famille à une petite célébration à la maison. Il m'informe qu'il s'en va, j'essaye de l'en empêcher, on se dispute, et brusquement il décide de rester mais m'entraîne alors dans la chambre. Je lui dis en riant qu'il va me faire un bébé, et il répond "tant pis". Le lendemain, je sais déjà que je suis enceinte.

Quinze jours plus tard, il prend ses meubles et m'annonce qu'il va s'installer à Brooklyn, New York, Etats-Unis d'Amérique. Je me retrouve seule et décide d'arrêter définitivement de tenir à jour mon journal quotidien qui existait depuis 1972 sous diverses formes.