Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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traou, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 4 février 2007

2005 – Une découverte

15 août. Je rentre chez moi après trois semaines de vacances bretonnes, familiales et solitaires. Reposée, heureuse de retrouver mon boulot, Paris, les amis. J’envisage cependant cette rentrée de façon un peu morose : Fox et moi nous sommes séparés début juin. Jusque là je n’ai pas eu le temps de m’en rendre vraiment compte au quotidien, mais je sais qu’à partir de maintenant, les soirées vont se faire plus silencieuses ; il va me manquer. J’en suis à un stade de ma vie où je préfère être accompagnée que seule, même d’un simple agréable compagnon et pas d’un amoureux passionné. Je connais le prix d’un quotidien harmonieux à deux. Moi qui ai tant aimé la solitude, elle me pèse aujourd’hui.

Je ne sais pourquoi ce jour-là trotte dans ma tête la première phrase d’une prière, celle de Saint Augustin : « Ne pleure pas si tu m’aimes », qui dit que la vie ne s’achève pas avec la mort et qu’il convient de ne pas s’affliger de la fin de ceux qu’on aime, et au contraire de s’en réjouir pour eux. C’est aussi la première phrase d’un poème de Charles Péguy, inspiré de ladite prière, qui parle d’un simple passage « de l’autre côté ». Ces deux textes m’ont souvent réconfortée au cours des dernières années et ce jour-là j’ai envie de me les remémorer. Impossible de les retrouver dans ma mémoire, ni dans les tiroirs de mon bureau. Je tape donc cette première phrase dans la barre de recherche de mon navigateur. Sans imaginer une seule seconde où cela va m’entrainer.

Dans les premiers sites qui me sont proposés, l’un d’eux affiche derrière cette phrase la mention rageuse : « Pure connerie ! ». Alors j’y vais, forcément.

Et je découvre là une histoire, une vie, des mots, des émotions, un chagrin, des coups de gueule, une souffrance extrême et une énergie incroyable, des visages d’enfants. Je vais de page en page, de mot en mot, de larme en larme. Et je pleure, et je ris, et j’entre toute entière dans cet univers qui n’est pas le mien, qui m’évoque des sentiments connus pour certains ou parfaitement éloignés de moi pour d’autres, mais qui provoquent une profonde empathie, sympathie, compassion, je ne sais, tout cela mêlé et encore beaucoup plus. Quand j’arrive au bout de ma lecture, que je relève la tête, un peu sonnée, la nuit est tombée, je n’ai pas défait mes valises, je reprends le boulot dans quelques heures. J’ai l’impression d’avoir été aspirée dans quelque vortex mystérieux qui m’a fait perdre toute notion du temps et de la réalité extérieure.

Le jour d’après, et ceux qui suivent, je reviens sur ce site. A partir de celui-là j’en découvre d’autres, et d’autres encore. Un merveilleux jeu de marabout’ficelle m’entraine de blog en blog, puisque c’est de cela qu’il s’agit, alors que j’ignorais jusqu’à ce mot. Je lis avidement, émerveillée de découvrir tous ces univers enchevêtrés, émue par certains, amusée ou agacée par d’autres, me retrouvant dans certains écrits, fascinée par des vies si loin de moi. Je me laisse bercer par le talent d’écriture d’aucuns, moi qui aime tant les mots.

Un jour, je m’enhardis à laisser un commentaire sur ce premier site découvert, à poser une question anodine – je n’ose pas autre chose - sur un terme typiquement « bloguesque » que je ne comprends pas (je crois que c’était « trackback »). On me répond gentiment. Un autre commentateur me suggère bientôt d’ouvrir mon propre blog. Je suis effarée devant mon écran : Quoi ? Moi ?! Un blog ?! Mais qu’est-ce que c’est que cette secte ? Dans quoi veulent-ils m’entraîner ?

Quelques jours plus tard, je dépose le nom de domaine traou.net. Je passe quelques week-ends les mains dans le cambouis dotclearien, et le 13 octobre mon blog à moi est en ligne. C’est le début d’une très belle aventure.

Celle à qui je dois cette « révélation », je l’ai croisée depuis à quelques reprises, lors de rencontres de blogueurs. Il nous est arrivé d’échanger quelques mots amicaux. Ce que je raconte ici, je l'ai dit à quelques-uns, jamais à elle, c’est drôle. J’ai ici aujourd’hui l’occasion de la remercier : Tarquine, je vous dois beaucoup.

samantdi, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 26 février 2007

Ricochets 2002: 41 - Le plaisir en moins

2002 semble appartenir à un passé lointain, ce sont les dernières lueurs d'une autre façon de vivre au quotidien.
En 2002, j'habite dans un autre appartement, je sais que je vais devoir le quitter parce qu'il est à vendre.
Mes amis Maureen et Niel se sont séparés et ont déménagé.

Je termine une histoire d'amour finissante, lourde, dans laquelle je ne suis pas heureuse.
Pour une fois, il est libre dans son état-civil mais ni dans sa tête, ni dans mon corps. Malgré tout, je reste accrochée à ses yeux bleus.
Avec le recul, je me trouve bête et masochiste.
Le plaisir en moins.

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 23 décembre 2007

1999:41 Sauvée des eaux par le filet

Je me suis inscrite à quelques listes de discussion sur Internet. Il y a très peu de choses en français, le tour est vite fait. Ceux qui sont branchés dans le monde de l'autisme sont québécois, mais sur la toile on n'entend pas nos accents. Les quelques français de France deviennent rapidement mes amis et lors de mon passage en France durant l'été, on se rencontre, brièvement mais c'est toujours ça. Je suis contente d'assister à mon premier congrès sur l'autisme à la Défense, je me sens tellement compétente, c'est comme si j'apportais enfin quelque chose de valable, comme si ce que j'écrivais au fil des jours avait enfin du poids, servait à quelque chose et à quelqu'un.

Un jour, je trouve une de ces petites notes que me laissait souvent Estac puisqu'on se croise plus qu'on ne vit ensemble dans la grande maison. En cela, rien n'a vraiment changé. Sur la note, il me dit qu'il est temps que je rentre définitivement en France avec les enfants. Cela fait un peu plus de six mois qu'on vit tous ensemble. Il me demande quand est-ce que je sèvre le bébé. Il vient de moins en moins souvent aux rendez-vous d'évaluation, et jamais aux thérapies. Il ne met même pas un pied dans la chambre d'enfants mais projette tout de même la commercialisation d'un programme logiciel pour l'apprentissage des enfants autistes, qui ne verra jamais le jour, en tout cas pas grâce à lui. Il me reproche d'être la cause de l'arrêt définitif de sa carrière, moi, l'autisme, les enfants.

Je me réfugie dans le cliquetis de mon clavier et je regarde les arbres par la fenêtre.