Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 2004

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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Kozlika, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 8 novembre 2006

2004:44 écrire

Depuis 2001 environ (me souviens évidemment plus très bien), je participe à un forum de passionnés d'opéra. Je renoue par ce biais avec le web, que j'avais approché quelques années plus tôt en réalisant un site (tout en tableaux, wéééééé) associé à la revue littéraire dont j'assurais la maquette. Je vois beaucoup de spectacles mais ma fichue mémoire me fait toujours autant défaut. Je voudrais conserver la trace de ces impressions d'écoutes. Le forum n'est pas adapté à cela, je ne vais pas envahir un espace collectif avec mes trucs-machins à moi et mes copains doivent saturer de mes mails si naïvement enthousiastes. Il me faut un petit coin tranquille.

Sur le forum MacBidouille, je demande à un utilisateur avec lequel j'ai lié connaissance s'il connaît un outil simple pour faire des pages web, ça m'amuserait bien de profiter de l'occasion pour toucher à nouveau à de la mécanique ; le tricot commence à me lasser.[1] Angrave me suggère d'ouvrir un blog : essaie DotClear, c'est français, ça vient de sortir en bêta, c'est conforme xhtml css. Conforme ? Beurk, chuis pas conformiste moi. Ah, aux standards du web ? Aaaaaaaah boooooooon ! Ah uéééééé ben d'accord alors. Hum, dis... c'est quoi les standards du web ? Le premier plaisir fut celui-là : découvrir une nouvelle tribu, m'amuser avec le code, repeindre les murs et le plafond, me raconter Macbeth et Lucia pour y revenir.

Celui que j'avais oublié et qui me revient au galop en 2004, c'est écrire.

Oh, pas écrire « pour de vrai ». Pas écrire pour vivre, pas cette écriture qui fait urgence et déchirements, comme celles et ceux que j'admire tant[2] et dont je me vante à la moindre occasion d'être l'amie. Pas même écrire pour dire. Décidément dilettante, écrire pour jouer avec les mots, les tourner en bouche pour leur sonorité, les trousser pour en admirer les dessous, les tordre et les assembler.

Mouvement Devaquet Détourner Brel pour des manifestations et écrire des sketches pour Brins d'Filles au lycée. Jouer au jeu de massacre avec la prof de français en sixième. Clamer en français du Jose Maria de Heredia, petite fille sur les genoux de mon père qui le prononce avec quelques secondes d'avance en espagnol pour jouer à la traductrice simultanée.

Se tenir à carreaux en quatrième pour décrocher LA récompense si la classe était sage : la lecture de l'un des Exercices de style de Queneau. Quelques romans entamés dans les années lycée qui ne passèrent pas le cap des dix premières pages de mes cahiers Conqueror. Choisir un métier qui dissèque les mots, se régaler d'ouvrages typographiques et se pâmer devant une Linotype.

Et puis plus rien. Pas d'amis au loin auxquels écrire, plus d'amoureux à Menton, plus de manifs. Ecrire des lettres administratives et des recettes de cuisine (même pas).

Retrouver tout ça ici. A petits pas, puis jusqu'à la goinfrerie, s'en lècher les babines, s'en emplir la panse. Et les patates en plus. J'avais oublié ces délices. Merci mon blog.

Notes

[1] Oui oui, le tricot c'est comme les patates ou le html, je vous assure.

[2] Ecoutez-la, c'est elle qui lit l'extrait sur cette page.

luciole, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 1 février 2007

Petits cailloux et ricochets. 2004, Deuils.

Cette année là fût riche comme le sont les années de transition. Je continuais de me reconstruire, j'ignorais que j'avais encore à le faire. J'ai toujours tellement oscillé entre "tuer mon passé", et "ne jamais rien oublier".

Cette année là, je fît des expériences nouvelles. J'étais entourée de garçons qui se conduisaient comme des grands frères, je découvrais ce plaisir de me sentir protégée. Moi qui n'avait vraiment connu que le monde des femmes, j'acceptais soudain l'amitié masculine, jusque dans les confidences. J'apprenais à ne plus en faire des ennemis, j'apprenais à laisser ma méfiance au vestiaire, découvrais un début de lâché prise.

Cette année là, je fît le deuil de ce frère mort avant que je ne vois le jour. Le deuil de ce qu'il a représenté de regret. Le deuil que possible, ma mère n'a jamais fait finalement. J'ai allumé une bougie pour lui que j'ai laissé bruler, je lui ai dit au revoir à ce nourrisson qui n'a pas eu sa place parmi nous mais qui nous a hanté pourtant.

Cette année là aussi, j'ai commencé à accepter l'idée que peut être, jamais je ne serais maman et qu'il me faudrait vivre quand même. J'errai donc à la recherche d'un autre sens que celui qui m'avait semblé jusque là si naturel. Moi qui gardais précieusement tous mes souvenirs pour les transmettre.
Une envie qui me pris si tôt que j'en ai oublié l'origine. Sans doute avais je senti que le temps qui passe déforme la vérité émotionnelle d'un instant. Sans doute avais je senti la capacité que mes parents avaient de se re-raconter l'histoire, pas de bol, les deux ne correspondaient pas. Entre la version coup de foudre de ma mère, la version du piège de mon père, un tel grand écart. Comment pouvais je savoir si j'étais une enfant de l'amour ou si j'étais une enfant de trop. Oui, mon désir d'enfant, (je veux dire mon désir d'être mère) fût certainement, d'abord, un besoin de réparation. Alors j'écrivais tout ce que je ressentais et je gardais tout, que le temps qui passe ne trahisse pas l'enfant que j'aurais.

Seulement voilà, cette année là, j'ai accepté qu'il était probable que d'enfants, je n'en aurais pas. Alors à quoi bon écrire, à quoi bon se souvenir, à quoi bon se connaitre, à quoi bon... Mais en 2004, je sortais de mon désespoir, j'entrais dans la recherche d'autre chose.

Cette année là, j'appris que ma vie pouvait avoir un sens même si après moi, rien... C'est sans doute tout cela qui m'a poussé à écrire, (à finir d'écrire devrais je dire), cette pièce de théâtre totalement autobiographique. une plongé totale au coeur de mes vieux journaux pour retrouver la parole exacte de cette pré-adolescente qui traitait secrètement son père de salaud, qui trouvait dans l'écriture un soulagement à sa peur de lui. Mais aussi découvrir ce qui même là, ne pouvait se dire, surtout à propos de ma mère. C'est tabou la mère, ça ne s'abandonne pas.
Bref, cette année là, je mis le mot "fin" sur cet écrit, je me pris à rêver qu'elle se jouerait. Je l'ai fait lire à deux comédiennes qui m'ont dit "oui". Alors, finalement j'ai trouvé un sens à tout cela, toute cette peine de petite fille, ça valait la peine finalement...

Oui, cette année là, ce fût celle des deuils qui amènent l'apaisement...

krazy-kitty, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 5 février 2007

2004 : 19 - Les jours embrumés

Un brouillard m'enveloppe. Celui, bien réel, de Brest où je passe la majeure partie de l'année, de Strasbourg où je m'égare quelques jours, du Danemark où je m'ennuie pendant quatre mois oppressants, quatre mois de neige, de pluie, de froid et de désespoir. Celui, irréel et d'autant plus insupportable, dans lequel une fatigue cotonneuse me fait errer de jour en jour, poussée et tirée par les suggestions des uns, les avis des autres et les événements.

Au fond, je me déteste. Que je plaise à d'autres n'y change rien. Je souffre du syndrôme de l'imposteur jusque dans mes relations personnelles. Les bons résultats que je récolte à mes examens ne m'empêchent pas d'être très insatisfaite de mon travail. Je dors trop ou trop peu, mal en tout cas. Mon alimentation est déplorable. Je traite mon corps avec un mépris que je suis incapable de réserver à d'autres. Quand au reste, je me noie dans les contradictions et une auto-humiliation nimbée de rares sursauts de fierté ; je crois que j'attends vaguement de mourir.

N'y comprenant rien, le premier amour qui dure me tire vers le bas en espérant me pousser vers le haut ; il ne réalise pas que ma force est différente de la sienne et qu'il me mine avec mes propres faiblesses.

Quelques lumières, malgré tout, me permettent de me savoir encore vivante : la beauté de l'île de Mön, la lecture avide de Gabriel García Márquez ou Marguerite Duras, la Sicile où, seule avec mes parents, je me réconforte un peu à coups de lumière, de musées et de paysages époustouflants, quelques lettres ou retrouvailles émues, l'écriture, une pièce de théâtre enfin...

samantdi, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 10 février 2007

Ricochets : 2004 : 43 - sur la ligne de départs

2004 est une année faste pour moi, une année où je me retrouve après m'être perdue de vue, tout occupée que j'étais, depuis la fin de l'année 2001, à combler les attentes des autres.

Le 1er janvier j'arrête de fumer après 24 ans d'addiction ( 3 ans et 41 jours plus tard, je tiens encore bon)

En février, Neil et Maureen divorcent, épilogue salvateur de trois ans de folie. Je suis là, j'ai l'espoir ce jour-là que leurs relations pourront se pacifier mais il n'en sera rien. C'est l'une des dernières fois que je vois Maureen, je ne sais pas encore que je vais l'abandonner à son nouveau bonheur.

En mars, je rencontre D. C'est une liaison qui me fait rire, je le trouve ballot et incroyablement audacieux, il ne me fait pas peur. Nous nous amusons bien, tout d'un coup ma vie prend des couleurs.

En juin, encouragé par Coloc, j'ouvre mon blog, petit événement qui va modifier ma vie, me faire rencontrer des gens que je n'aurais jamais connus autrement. Je vais y puiser une grande énergie et goûter au plaisir d'écrire et d'être lue, de polémiquer, échanger des idées, de m'amuser. Je vais aussi me rendre compte que je ne suis pas la seule à avoir une drôle d'histoire. Ouf !

Le reste de l'année se passe entre mes vies secrètes. Je lâche mon costume de gentille, si gentille et complaisante Sylvie toujours là pour ses amis, pour sa famille, pour son cercle et je deviens la blogueuse Samantdi, geekette apprentie qui rit toute seule derrière son écran.

On m'avait si souvent dit : "pense à toi" avec un air de condescendance affligé, tout en me demandant de venir là, de faire ça, d'aider à, d'écouter les histoires, d'éponger les larmes, de tenir la main, de décider si...

2004, je prends tout le monde au mot : je pense à moi et cela change ma vie.

Comme j'ai bien fait ! Quoi qu'il arrive, je sais que je ne reviendrai pas en arrière.

traou, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 10 février 2007

2004 – Drôle de dizaine

J’ai 40 ans, et comme d’autres, je me sens plus « fille » que « femme ». Et pourtant. Cet anniversaire-là me fauche violemment. Je ne l’aurais jamais imaginé. Je m’en foutais de mes anniversaires, jusque là. Cette dizaine nouvelle me gifle symboliquement : 40 ans. Seule. Pas d’enfant.

Inutile. Sèche et stérile. J’ai vu défiler dans ma tête folle ces mois-là tous les monstres que j’avais refoulés les années d’avant. J’avais encaissé sans presque broncher la mort des uns et des autres, la dérive professionnelle et sentimentale, en désordre et en parant au plus urgent. Je me prends tout dans la gueule pour une lamentable petite porte ouverte sur la mélancolie d’avoir cet âge réputé difficile pour une femme. Merde, mes copines commencent à se ménopauser, c’est quand mon tour ?! C’est quand « trop tard » ?!

Je fais le vide autour de moi (lapsus d’écriture qui « m’amuse » toujours : j’ai tapé « vie » au lieu de « vide », spontanément…). J’avais toujours dit que ma vie professionnelle était un fiasco, ma vie sentimentale itou, toute de destruction et de larmes, mais que j’avais au moins réussi quelques belles histoires d’amitié… Cette année-là, j’inverse la vapeur : J’obtiens LE job dont je rêve depuis toujours, après des mois de quasi-harcèlement auprès des responsables de la boite en question. Je ne lâche pas l’affaire et ça paie. En même temps, je rencontre Fox, nous nous installons ensemble très vite, c’est harmonieux et gai, ça durera un an. Une jolie histoire qui me permettra de tenir… peut-être.

Parce que cette année-là, j’envoie au plus loin de moi mes plus belles amitiés. Mes deux amis-frères de plus de 20 ans que je soupçonne incapables de comprendre mon désarroi insondable. C’est leur faire injure, sûrement. C’est irréparable, peut-être. Au moment où je les ai balayés je n’ai pas mesuré les conséquences, je n’ai pas su faire autrement…Coup de lune. Câble sectionné dans mes sentiments les plus profonds. Je ne sais pas. 3 ans après, j’en paie encore le prix, eux aussi. J’essaie de mettre un baume maladroit sur deux amputations, deux arrachages. Pourquoi je l’ai fait, je ne sais toujours pas. Je sortais du fond d’un trou où personne n’avait pu m’accompagner, même pas eux, mes frères, mes semblables. De ce trou-là est ressorti une presque-inconnue pour moi-même, violente et amère, crachant du feu et de la lave autour d’elle.

Il y a toujours une raison… J’espère que je la trouverai un jour.

gabriel, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 12 février 2007

2004 (19) : Adieu

Pardon à celles et ceux qui ont peuplé mon année 2004 de leurs sourires et de leurs larmes. J'aurais tant préféré parler d'eux, de nos instants de vie communs. Je suis sûr qu'ils comprendront qu'aujourd'hui, c'est de lui dont je dois dire l'histoire ; lui qui ne la lira pas.

En mémoire de la nuit du 16 octobre.

C'est un pommeau, comme une lune qui luirait pleine dans la nuit ; c'est une garde peu commune, courbée comme un dos sous la pluie ; c'est un fourreau bien déroutant, qui sent le cuir et le passé ; c'est une lame sans tranchant, ignorée par les trépassés.

C'est un pavage minutieux, que le premier regard néglige, mais qui, pourtant, ravi les yeux quand on sait lire ses vestiges ; c'est un présent --- une stigmate où j'emprisonne l'indicible, mettant la mort échec et mat sur l'échiquier de l'impossible.

C'est une voilier, bien trop petit pour y étendre ta dépouille ; c'est un vaisseau du paradis --- neuf tonneaux, cinq voiles --- qui mouille dans la mémoire des vivants ; c'est un souvenir maritime, d'un vieil Alsacien résistant (aux médecins qui le raniment).

C'est une forêt, c'est un four : si ce tri-réacteurs, trente ans, trente semain's et trente jours après, n'est plus qu'un monument, dans les allées d'Ermenonville, je déroule ma pellicule, captant la trace indélébile, vos deux âmes au crépuscule.

C'est un périple translucide, que j'accomplirai solitaire ; c'est une fine chrysalide, qui laisse filtrer la lumière ; une mélodie allemande qui emplirait le cimetière ; un goût de croissant aux amandes, que je cherche comme un mystère.

kaa, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 13 février 2007

2004:31 - année pingouin

C'est bizarre, ce que tu nous fais faire là, Kozlika.
Secouant.

Tu disais qu'il était souvent plus simple de remonter le temps.
Maintenant que j'y suis, j'en doute.
Sans recul, j'écris comme on échappe à la noyade.
Les blessures sont trop fraiches, les moments toujours vivants.

Et la mémoire, déjà, me trahit.
2004 ? Mais il ne s'est rien passé en 2004. Si ?

Bien sûr que si.
2004 fut une transition.
La fin d'une période de libération, le début de mon histoire actuelle.

C''est l'année de ma plus belle histoire de sexe avec un homme que je croyais aimer, une histoire qui m'a déconstruite et laissée nue de moi.

C'est aussi l'année où un ami rare m'a présenté la femme dont je tomberai amoureuse.
Mais chuuut, pour l'instant, elle et moi on fait semblant. On a peur, alors on est amies. Et on rit. Tout le temps.

C'est l'année des pingouins, je me dandine maladroitement, poussée par l'instinct vers elle, à des centaines de kilomètres de moi.

Je revois encore la copine devant le cinéma, après deux heures de manchots empereurs, nous dire "bon, on va rester là longtemps, à faire les pingouines sur le trottoir ?"

Qu'est-ce que ça fait du bien !

Ame, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 13 février 2007

2004 :26 Celle qui (n') était (pas)...

Souvenirs brumeux de cette année (raisons évoquées en 2005). Mais un quand même dont je veux témoigner .

L'odeur de la mer.
Au loin les lumières de la Centrale.
Le bruit des pas sur les planches.
Ce chemin ne nous mène nulle part, il finit dans l'eau, plus loin.

Ma grand-mère me parle des gens qui habitent dans un autre quartier. Nous marchons lentement, il fait doux, presque nuit.
3 ans que nous ne nous étions vues.
Mon grand-père est resté à la maison. La nouvelle.
Ils ont quittés le village où ils avaient élus domicile depuis la retraite. C'était le village où était né ma grand-mère. La fille du pays, revenue y passer ses derniers jours. Mais lui,son Italien de mari n' a jamais vraiment été accueilli. Et puis, la maladie, la distance, les mêmes gens, toujours.
Ici, c'est plus simple. Leur rue ressemble à un décor de film. Tout est très polissé. Il y a des choses prises en charge par la mairie. Des navettes. Des commerces à proximité. Puis la mer...
Mon grand-père est malade et c'est pour ça que je suis venue. Relations tendues parfois mais envie de le voir peut-être pour la dernière fois. Et puis, j'ai toujours bien aimé ma grand-mère. Elle a pas eu une vie facile. Elle a pas un caractère facile. Mais je l'aime bien. J'ai envie de la connaître, toujours mieux.
Elle est contente que je sois venue. Elle me le dit.
Alors, nous nous baladons toutes deux ce soir de mon arrivée chez eux. Avec hâte, elle parle, me raconte. Je lui raconte aussi, je découvre sa nouvelle ville, je lui dis que c'est beau, qu'ils ont bien fait de venir ici.
Elle me parle de mon père, son fils. Me dit qu'elle ne comprend pas pourquoi il les a rejetés si violemment il y a trois ans. Je ne dis rien.
Je suis venue pour les voir, pour les connaître mieux, partager des moments.
Il fait si doux pour notre ballade.

L'odeur de la mer.
Au loin les lumières de la Centrale.
Le bruit des pas sur les planches.
Ce chemin ne nous mènera nulle part, il finira dans l'eau, plus loin.

Titre en référence à d'autres situations qui me sont sont revenues à force de me questionner sur cette année :
-un boulot manqué car je n'étais pas un homme
-une reprise d'études envers et contre les préjugés sur moi-même
-un amour où je n'étais sûrement pas celle-là...

sicaliptic, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 14 février 2007

2004 : 38 ans vie commune sans parole

Je devrais plutot parler d'expérience du machisme, mais un machisme insidieux qui ne dit pas son nom qui se veut loin de ses petites tracasseries mesquines. Pendant 6 mois j'ai du lutter avec les mêmes armes : l'indifférence et la mauvaise foi et me sentir salie par mes pensée de résistance. Ca a été une drôle de période, nous avons vécu avec le frère ainé de mon amoureux parce qu'ils s'étaient lancés dans une aventure culinaire commune, ils ont tenu un restau privé sur la terasse de notre immeuble.

Dans notre couple je m'efforce d'entamer le dialogue à la moindre crise et grâce à cela mon compagnon a compris les vertus de la parole. Il est de culture musulmane mais tout comme moi ne se sent pas concerné par la religion. Je suis féministe cela me semble naturel, parfois les choses me heurtent et je ne peux expliquer clairement où le bas blesse mais je sais qu'il y a problème et que les choses ne sont pas correctes. En général, c'est dans la discussion que se dégage la pensée à changer.

Mon amoureux n'est pas macho, il a parfois des pensées faussées par son éducation peut être, quand elles apparaissent j'essaie de les bousculer de les mettre à plat pour qu'il se rende compte qu'il n'y adhère pas vraiment que c'est juste un réflexe. Il fait de même quand je dérape, Je crois que nous avons trouvé un équilibre et que nous essayons d'avancer ensemble.

Son frêre étant l'ainé n'a pas l'habitude qu'on lui tienne tête, il ne discute pas il affirme. Mon amoureux s'est bientôt retrouvé entre deux feux, d'un coté l'ainé qui gérait les choses comme il l'entendait et moi qui demandait les raisons de ces décisions. Vous comprenez quand on vous dit qu'il est préférable que l'on lui laisse notre chambre et qu'on aille dormir dans le salon, il est pertinent de demander pourquoi.
Certaines incongruïtés sont passées celles qui ne me concernaient pas vraiment, surtout dans la répartition de leurs taches dans le travail, je ne m'en suis pas mélé, nous avons gardé notre chambre.

J'ai oublié une bonne partie des faits, c'était des détails qui clochaient, et les relever me donnait le sentiment d'être celle qui crée les problèmes. Je laissais glisser hors de ma vue la vaisselle du restau qui trainait 3 jours, j'appris à vivre à coté et pas avec. Jamais il ne me fut reproché quoi que ce soit mais je sentais que je ne faisais pas ce que j'étais sensé faire. Mais cest bien simple il suffit que je ressente une pression, que l'on cherche à me faire faire quelque chose sans que cela me soit clairement demandé et par principe je me bute et m'obstine à faire autrement. Un réflexe de protection ? Cela posait problème. la preuve, le silence s'installa. Pression maximum.

Le restau s'arreta avec l'hiver il réintégra son appart en terasse et nous reprimes le cours de notre vie où chacun fait en sorte que le quotidien pèse le moins possible, je fais la vaisselle mon amoureux fait la cuisine et parfois nous soulageons l'autre de sa tache. Je pense avoir évité le pire et conservé l'usage de la parole. pourtant c'est un constat d'échec, j'ai été incapable de faire évoluer la situation et il me semble que cela ne m'a pas appris grand chose en tout cas je n'en sors pas grandie.

piloue, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 17 février 2007

2004:24 - Besoin de garanties

Nous nous sommes pacsés il y a quelques jours, à ma demande.
J'ai besoin d'engagement, de preuves, de savoir qu'il m'aime, qu'il ne va pas partir, que tout ça n'est pas une farce.

Cette insécurité, ce sentiment que notre couple est éphémère, qu'il ne peut pas m'aimer parce que moi même me trouve insuportable me bouffe. Et me rend méchante avec lui.
G. me reproche souvent mon ton cassant et j'entreprends ma première thérapie, que j'abandonne après quelques séances : ce psychologue ne me convient pas du tout. Je deviens plus douce, un temps, mais j'ai toujours besoin de garanties.

Maintenant je veux me marier, rapidement. Même si je sais que ce n'est en rien une garantie, ni qu'il m'aime, ni que nous allons passer notre vie ensemble, ni que nous allons être heureux. Mais ça y ressemble.
G. préfererait attendre la fin de ses études, il touve des excuses à propos de timing, d'emploi du temps, de travail qui lui demande beaucoup d'énergie et pense que plus tard (quelques années) les choses seront plus simples.

Puis tout s'enchaîne et devient source de quiproquo. G. et moi disons des mots mais ils n'ont pas le même sens et nous ne nous en rendons pas compte. Il fini par accepter pour le mariage. Et pendant près d'un an je vais croire que c'est pour que je lui fiche la paix, qu'il n'en a pas envie, qu'il aimerait faire machine arrière mais que c'est trop tard.

C'est en novembre, lorsqu'à l'occasion d'un week-end en amoureux littéralement raté agrémenté d'engueulades et de pleurs, je crois qu'il est en train de rompre avec moi que je prends une douche froide.
J'ai touché le fond. Je suis arrivée à ce que mon inconscient essaie de me faire faire depuis le début : me rendre tellement insuportable que G. va partir et m'abandonner et que je n'ai que ce que je mérite.

pistil, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 19 février 2007

2004 : Fiançailles

Il est six heures du matin et nous nous sommes couchés il y a trois heures. L'homme que j'ai choisi, mon meilleur ami, a lové son corps dans le creux que le mien a marqué sur le matelas, quand je me suis levée. Il ne s'est même pas réveillé, trouvant d'instinct ma tiédeur. Ces gestes infiniment familiers que je veux pour chaque jour de ma vie. Ce soir nos amis, nos familles empliront la salle d'à côté. Tout à l'heure on y mettra des bougies, des couleurs, on choisira la musique. Toute la journée des urgences minimales se succéderont, la cuisine, le téléphone, qui placer où, s'habiller, se coiffer, indiquer la route à ceux qui se sont trompés d'embranchement. Ce sera une journée remplie jusqu'à ras bord, de celle où l'on se couche avec l'impression que le matin même date d'une autre vie, une journée où le souffle manquera, où je ne verrai pas filer le temps, entre la fatigue et l'excitation. Une journée dont le souvenir sera celui d'un flou joyeux et coloré, vivant, agité. Avant ce grand chambardement, je suis seule dans la cuisine. Dans l'aube qui se lève je mets des graines de tournesol sur la terrasse pour les mésanges et les gros-becs. Les chats me tiennent compagnie, et leur silence, après les rires des amis venus en renfort jusqu'à tard dans la nuit, inscrit cette journée dans une solennité toute neuve.

Je me fiance aujourd'hui.

lepotdefleur, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 24 février 2007

2004 (année de mes 22 ans) : Rupture

Je commence l’année 2004 à Rome, presque en tee-shirt car il fait un temps magnifique. Je suis en vacances avec mon petit ami de l’époque. Jolies vacances (j’adooore l’Italie), mais quelques différends qui resteront gravés. Je suis étudiante à Tours, en journalisme, depuis presque deux ans. Je m’habitue bien à cette ville. Mais la fin de l’année scolaire est bizarre. Le temps est venu de se spécialiser : je choisis la radio. Les cours professionnels deviennent plus intéressants. Des amitiés se disloquent pour de stupides raisons. C’est dur à vivre : je ne sais pas de quel côté pencher jusqu’à comprendre que je n’ai pas un camp à choisir. Heureusement, on s’explique et tout rentre dans l’ordre avant l’été. C’est également une époque où je dois enfin prendre un peu confiance en moi. J’accepte de m’investir au sein du bureau d’une radio associative étudiante. Ce n’était pas la première fois mais lorsque la présidente (et responsable d’antenne et de plein de trucs dans cette petite structure) part en Angleterre pour devenir assistante de français (une opportunité qu’elle ne pouvait pas laisser passer), je prends la suite. Pourtant je n’étais pas sûre d’être à la hauteur. Mais j’ose ! Je passe l’été en stage au Havre. « Tu te complais dans les villes pourries » m’assure une camarade de promo (j’avais passé l’été précédent en stage à La Roche-sur-Yon en Vendée). De prime abord, Le Havre n’est pas une belle ville pourtant on peut vite s’y attacher. Surtout c’est grâce à ce stage que j’ai trouvé mon actuel emploi ! Et c’est également sur cette côte normande que je m’interroge. Je m’interroge sur mon couple : jusqu’où est-il prêt à aller… et pour moi, est-il le bon… Des questions qui finalement me pousse vers l’irréparable : l’infidélité. Je fais « ma crise de la vingtaine » et décide que j’ai des choses à vivre avant de m’engager. Je brise le cœur de mon petit ami. Cette rupture et sa souffrance vont me hanter pendant presque un an. C’est également une déchirure pour moi, un tournant. En le quittant (ça faisait trois ans et demi), je détruis un repère important dans ma vie. C’est peut-être ma première décision d’adulte (même si j’ai fait « ma crise de la vingtaine »). Je souffre, je suis un peu perdue. Alors je me lance à corps perdu dans la radio : je retourne à Tours où je m’investis dans mes études et dans « ma » radio étudiante. J’apprends à prendre des responsabilités et à devoir prendre moi-même des décisions. C’est parti pour des mois de folie.

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