Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 2004

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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lepotdefleur, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 24 février 2007

2004 (année de mes 22 ans) : Rupture

Je commence l’année 2004 à Rome, presque en tee-shirt car il fait un temps magnifique. Je suis en vacances avec mon petit ami de l’époque. Jolies vacances (j’adooore l’Italie), mais quelques différends qui resteront gravés. Je suis étudiante à Tours, en journalisme, depuis presque deux ans. Je m’habitue bien à cette ville. Mais la fin de l’année scolaire est bizarre. Le temps est venu de se spécialiser : je choisis la radio. Les cours professionnels deviennent plus intéressants. Des amitiés se disloquent pour de stupides raisons. C’est dur à vivre : je ne sais pas de quel côté pencher jusqu’à comprendre que je n’ai pas un camp à choisir. Heureusement, on s’explique et tout rentre dans l’ordre avant l’été. C’est également une époque où je dois enfin prendre un peu confiance en moi. J’accepte de m’investir au sein du bureau d’une radio associative étudiante. Ce n’était pas la première fois mais lorsque la présidente (et responsable d’antenne et de plein de trucs dans cette petite structure) part en Angleterre pour devenir assistante de français (une opportunité qu’elle ne pouvait pas laisser passer), je prends la suite. Pourtant je n’étais pas sûre d’être à la hauteur. Mais j’ose ! Je passe l’été en stage au Havre. « Tu te complais dans les villes pourries » m’assure une camarade de promo (j’avais passé l’été précédent en stage à La Roche-sur-Yon en Vendée). De prime abord, Le Havre n’est pas une belle ville pourtant on peut vite s’y attacher. Surtout c’est grâce à ce stage que j’ai trouvé mon actuel emploi ! Et c’est également sur cette côte normande que je m’interroge. Je m’interroge sur mon couple : jusqu’où est-il prêt à aller… et pour moi, est-il le bon… Des questions qui finalement me pousse vers l’irréparable : l’infidélité. Je fais « ma crise de la vingtaine » et décide que j’ai des choses à vivre avant de m’engager. Je brise le cœur de mon petit ami. Cette rupture et sa souffrance vont me hanter pendant presque un an. C’est également une déchirure pour moi, un tournant. En le quittant (ça faisait trois ans et demi), je détruis un repère important dans ma vie. C’est peut-être ma première décision d’adulte (même si j’ai fait « ma crise de la vingtaine »). Je souffre, je suis un peu perdue. Alors je me lance à corps perdu dans la radio : je retourne à Tours où je m’investis dans mes études et dans « ma » radio étudiante. J’apprends à prendre des responsabilités et à devoir prendre moi-même des décisions. C’est parti pour des mois de folie.

Aglaï, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 27 février 2007

2004 : 24 - apprendre la solitude

Première année sans lui ! Libération... Année voyage, La Rochelle, Madrid et Portugal, projet d'écriture, plaisir de l'amitié... et mon premier bal !

Mais avant ce nouvel envol, il y a les soirs de février.

La chanson qui sanglote
Me renvoie mes violons
Mes notes bleues et sombres
De temps qu'on pensait révolus

La nuit tombe sur moi
La peur de m'endormir
Elles reviennent vite
Les heures longues et seules

J'égrène mes amis
Perles d'un chapelet
Pour ne pas en hurler
Ne pas céder aux cris

Je flambe mes amours
Dans un creuset d'oubli
Souvenirs étouffés
Dans un feu acre et sourd

Au feu la nostalgie
Et au feu la douleur
Au feu la jalousie
Et au feu tous ces pleurs

Au feu !!!

Le froid me brûle
Le mois des morts pèse sur moi
Février gelé
Coeur de glace
Ame amère à brûler

Ma boîte d'allumettes suffira-t-elle ?
Combien, combien de secondes de lumière ?
Si peu, si court, l'instant d'une étincelle
Chacune, une à une, réchauffe et éclaire

Puis s'éteint
Quand la tonalité résonne infinie
Quand la fenêtre s'obscurcit
Quand il a fermé la porte

Pour partir.

Il en faudra des pages
Des regards échangés
Il faudra des voyages
Et des mots partagés

Pour que la flamme tienne
Pour que la vie reprenne
Pour que le feu de froid
Devienne feu de joie.

valclair, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 1 mars 2007

2004: L'envol

C’est la fin juillet. Nous sommes ici, dans ce même petit appartement où à l’heure qu’il est j’écris ces mots. Taupin et sa Taupine viennent d’arriver. Nous leur avons loué pour une semaine un appartement au dessous du nôtre. Ils s’y installent en petit couple amoureux. Cela nous fait drôle. Ils se sont vus bien sûr au cours de l’année, ils avaient même eu déjà l’occasion de passer de petits bouts de vacances ensemble mais jamais avec nous et dans l’étroite mesure des loisirs limités que laisse une année de prépa dans sa phase finale de préparation et de passage des concours.

Dès leur arrivée Taupin nous annonce que c’est aujourd'hui même l’anniversaire de son amie. Vite ! Je débouche le champagne que j’avais de toute façon mis au frais en prévision de leur arrivée et des résultats aux concours. Le bouchon saute. Taupin offre un joli bijou à sa Taupine. Il a l’air profondément amoureux. Cela a tout d’un engagement et j’ai le sentiment que c’est ainsi qu’il le conçoit. Les résultats connus pour le moment sont satisfaisants et assez homogène entre elle et lui, laissant présager qu’ils ont de bonnes chances d’intégrer tous deux une des écoles qu’ils souhaitent en région parisienne. Les jours qui viennent sont un temps d’attente, un temps d’attente plutôt confiant et donc plutôt joyeux, le premier appel des écoles doit intervenir dans les tous prochains jours.

Ces jours nous les partageons et ce sont des moments de bonheur familial. Ils sont comme une justification de tout le reste. Nous prenons certains repas ensemble, d’autres chaque couple de son côté. Nous nous retrouvons à la plage, nous faisons des promenades communes et ils en font d’autres en amoureux. Nous parlons peu de projet puisque beaucoup de choses dans l’immédiat sont liés aux résultats des concours encore en attente mais l’avenir pourtant semble porté par l’impatience joyeuse qu’ils ressentent au moment où s’ouvre ce chapitre nouveau de leurs jeunes vies.

C’est un bonheur pour les parents de voir les enfants bien dans leur peau, plein d’attente et d’enthousiasme pour leur vie telle qu’elle se présente. Et profondément valorisant aussi. Des choses ont pu être ratées dans la vie. Mais tout ne l’a pas été. Si les enfants se sont développés de façon harmonieuse c’est sûrement qu’au moins on a été capable de leur offrir un environnement tel qu’ils puissent s’épanouir ainsi.

Et c’est curieux. Relisant les pages de journal de ce mois de juillet je trouve plusieurs entrées et un climat dominant extrêmement sombre. Comme quoi, tout est mêlé…

Les résultats des concours sont conformes au meilleur de leurs attentes. Dés le premier appel ils sont pris tous les deux à Centrale Paris. Champagne à nouveau !

Par un beau dimanche de début septembre, nouvelle étape. L’école accueille sa nouvelle promotion. Taupin y est parti dès le matin, il doit procéder à diverses formalités administratives et recevoir la clé de sa chambre. Nous l’y rejoignons l’après-midi avec la voiture chargée de son barda, de tout ce qu’il souhaite emmener avec lui sur le campus.

L’accès aux allées qui desservent les bâtiments d’habitation est quelque peu embouteillé de voitures aux immatriculations provenant de partout en France. Des étudiants d’une année antérieure, armés de talkie-walkie, tentent avec un succès modéré de réguler l’accès mais ça n’entame rien la bonne humeur dominante. Ça emménage dans tous les sens dans une joyeuse cohue. Les chambres sont tout ce qu’il y a de plus modestes et très exigues d’autant qu’en première année les étudiants se partagent une chambre à deux. Les chambres ne sont pas mixtes mais les bâtiments le sont. Taupine est au même étage, à trois chambres de distance de Taupin, ça baigne ! Il règne une ambiance qui rappelle celle d’un départ en colonie de vacances. Les parents sont là, un peu émoustillés, fiers de leur « grands » et de leurs « grandes », heureux mais partageant tous sans doute une pointe de mélancolie au moment où il va falloir se quitter, la conscience d’une page qui se tourne…

Taupin comme on dit a « intégré » mais aujourd'hui il intègre de façon concrète, c’est à dire qu’il « détègre » le domicile familial.

Les enfants qui prennent leur envol c’est aussi une autre étape qui s’ouvre pour les parents. Là ce n’est que le début. Il garde sa chambre à la maison, avec l’essentiel de ses affaires qui ne peuvent entrer dans sa piaule du campus, il y viendra régulièrement, y passera ses week-end, sauf ceux où il a mieux à faire et puis il y a Bilbo qui est lui là encore pour quelques années mais n’empêche c’est une première étape. Des modes de fonctionnement qui impliquaient nécessairement quatre partenaires n’en impliquent plus que trois, bientôt ils n’en impliqueront plus que deux.

Peut-être d’ailleurs ces modes de fonctionnement me les étaient-je mis en carcan. Je repense au fait que deux-trois ans plus tôt j’ai eu l’opportunité de pouvoir prendre un poste intéressant dans la belle ville de province, lieu d’une partie de mes racines, pas loin de là où je dispose d’une maison et où j’ai plus ou moins le projet de m’installer lorsque je prendrai ma retraite. J’y voyais aussi l’occasion d’un renouvellement professionnel dont je sentais bien que je commençais à avoir très sérieusement besoin. La lassitude, le sentiment de tourner en rond dans mon activité professionnelle n’a fait que s’accroître depuis. J’avais hésité. La complexité de l’organisation de la transition familiale même en l’effectuant sur deux ans et l’hostilité très forte des garçons à quitter leur Paris m’avait dissuadé. Je me dis maintenant que sans doute c’était un prétexte. Qu’est-ce qui m’empêchait de me lancer, d’y aller moi, de louer là-bas un studio, d’y mener une vie plus indépendante qui en réalité aurait mieux correspondu à mes besoins tout en revenant régulièrement à Paris ? Je me souviens l’idée m’en avait traversé. Je m’étais même dit mais sans creuser :« il y aurait aussi à coup sûr d’autres avantages ». C’était juste une pensée passante, cela n’avait pas été plus loin, je n’avais pas cherché à analyser ce que pouvaient être ces « autres avantages ». Je n’avais pas creusé cette idée d’avoir un coin vraiment à moi, de disposer d’une autonomie pour développer et organiser de nouvelles relations. Je n’avais qu’entraperçue et tout de suite mis sous le boisseau cette idée qu’il y avait là peut-être une opportunité à saisir, celle d’une séparation à demi, d’une séparation en douceur, d’une séparation qui ne se dirait pas…

Non ça n’avait pas été plus loin. Le coût financier de l’opération, l’idée que ça ne se fait pas, que si l’on est une famille à priori on habite ensemble, m’avait tout de suite fait écarter cette hypothèse sans que je la creuse plus. Enfin c’est ce que je m’étais dit. Plus vraisemblablement c’est tout simplement la peur du changement qui d’emblée m’avait fait enterrer cette possibilité sans même l’explorer…

mnesiloque, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 13 mars 2007

2004 : Au boulot

Il m'aura fallu du temps pour affiner le diagnostic, mais j'en suis maintenant persuadé : mon patron Crepitus est un branleur incompétent. Tout dans l'apparence, berline allemande montre précieuse tchatche facile ; mais à l'intérieur, un néant insondable. Crepitus promet à tour de bras à ses clients ou à ses salariés, mais rien ne se concrétise jamais. Inutile de le placer devant ses contradictions et ses promesses jamais tenues, c'est un champion de l'échappatoire verbale, de la désignation de boucs émissaires et de l'invocation du dieu des impondérables.

Avec moi, les relations sont épouvantables car Crepitus n'a absolument aucune compétence technique sur le projet dont je suis responsable. Incapable de discerner le faisable de l'infaisable, il exige des modifications délirantes sans comprendre qu'elles remettent en cause les fondements du projet ; à l'inverse, il omet de me transmettre des réclamations de clients parce qu'il est persuadé qu'en tenir compte ferait perdre des semaines, alors que ce sont des broutilles qui ne demanderaient qu'une heure tout au plus. Comme il ne comprend pas la majeure partie des tâches que j'accomplis, il affirme que je perds du temps sur des détails qui ne servent à rien, ce qu'il résume en me traitant d'universitaire (une grave insulte dans sa bouche). Il invoque d'hypothétiques faiblesses techniques pour justifier nos ventes déplorables alors que nos produits sont unanimement reconnus comme étant les meilleurs du marché ; mais il ne tique pas lorsque des clients se plaignent de son marketing indigent ou lorsque d'autres sociétés accusent publiquement notre service commercial d'incompétence.

C'est surtout ce dernier point que je digère mal. Lorsque je rencontre Crepitus en 1999, je suis ébloui par ses talents (apparents) de vendeur, lui est ébloui par mes compétences techniques. Nous passons rapidement un contrat : à moi la charge de créer des produits « qui déchirent », à lui la charge de les vendre. On prévoit de faire un tabac ! Cinq ans après, il faut se rendre à l'évidence : j'ai bossé dur et j'ai tenu mes engagements tandis que lui n'a fait que me mettre des bâtons dans les roues et multiplier les erreurs de marketing. Nos ventes ne décollent pas. Certes, je suis contractuellement intéressé à hauteur de huit pour cent du chiffre d'affaires ; mais huit pour cent de presque rien ne nourrissent pas son homme, et après une engueulade mémorable où je me casse la voix (je resterai aphone une semaine...) je décide de ne plus faire le moindre effort pour ce pauvre type au-delà de mes trente-neuf heures réglementaires.

Il ne faudrait toutefois pas en déduire que je suis blanc comme neige. Les torts sont partagés. Mon intransigeance et mon perfectionnisme me rendent assez difficilement gérable, en tout cas par un chef qui n'est pas lui-même irréprochable. Que mon supérieur fasse preuve d'incompétence ou de je-m'en-foutisme, qu'il me donne des instructions ineptes, et je sors aussitôt les griffes ! Certains obéissent à ces chefs qu'ils savent mauvais, au prétexte qu'ils se croient exonérés par leur position dans la hiérarchie de toute responsabilité quant aux conséquences. Je trouve cela terrifiant. On a vu des Reich se construire sur ce principe ! Bien sûr, le contexte est différent, obéir aux délires de Crepitus ne me transformerait pas en criminel de guerre. Mais on a les névroses qu'on peut, et une des plus angoissantes en ce qui me concerne est d'être victime du syndrome Stanley Milgram. Alors je discute souvent les ordres, j'y désobéis parfois, ça m'ôte toute chance de me voir un jour décerner le titre d'employé modèle ; mais je suis en paix avec ma conscience.

En fait, pour que ma vie professionnelle se passe bien, il faudrait que j'exerce des métiers dans lesquels je ne serais pas assez compétent pour déceler les errances de ma hiérarchie, ou bien des métiers où la prise de décision ne réclamerait pas la moindre subtilité. Je l'ai fait parfois : aide-cuisinier, plongeur, coursier, monteur de meubles préfabriqués... Malheureusement, le peu que j'y gagnais en sérénité au boulot était loin de compenser ce que j'y perdais en épanouissement personnel !

perle, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 18 mars 2007

2004- Beslan

De l'Ossetie du nord, ce 1er septembre 2004, je ne savais rien. De Beslan, rien non plus.

Je n'étais que la vieille jeune mère d'une petite fille de 2 ans et celle déjà aguerrie d'un jeune homme de 14 ans.
Je ne savais pas que dans cette petite ville d'un petit état de la Fédération de Russie, oubliée du monde, on vénérait l'école au point d'en fêter la rentrée. Chez nous, on fête la sortie.
Ce jour-là, et les deux qui ont suivi, j'ai eu honte. Honte d'être humaine. Honte de ne pouvoir rien faire. Honte que nous en soyons encore là. Honte que l'Histoire ne nous apprenne rien.
Des images ont envahi mon âme, l'ont scarifiée à jamais. Ce soir, en revoyant les images du drame, j'ai pleuré. Pleuré, quand cette mère, agenouillée devant les cadavres de ses deux enfants, a tendu la main pour caresser les cheveux de son plus grand. Pleuré pour ce garçon qui ne voulait qu'une chose, revoir sa mère, et qui la savait morte.
J'ai pleuré avec rage. Avec hargne. A 45 ans, malgré la sagesse et la sérénité dûes à l'âge, je ne suis pas fière de moi, de nous.
J'ai peur. Peur d'avoir à me faire une raison. Peur de ne plus croire en rien.

erin, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 1 avril 2007

Saint Claude 2004-2005 : 38 - Fuir... Partir...

2004... Cette année là je découvris le net autrement...

Ayant des problèmes de tolérance à un médicament, j'allais sur un site "médical". En fouillant un peu dans le menu, je découvris les salons de chat. J'allais sur celui concernant mon problème... J'y discutais longuement. C'était en avril.
J'étais en arrêt maladie, je n'avais pas le moral, j'étais dans une phase "anorexique" (une pomme et quelques tasses de thé par jour), mon couple partait à vau-l'eau depuis longtemps, mon agoraphobie n'avait jamais été aussi handicapante (j'arrivais parfois à descendre au courrier seule, mais au prix de quels efforts !!!).
Aussi, je passais mes journées derrière mon écran...

Un jour, le salon que je fréquentais était vide... J'allais sur un autre, toujours plein. Je commençais une correspondance électronique avec un suédois... jusqu'à prendre un aller-retour pour la Suède quelques semaines plus tard.
J'ai pris sur moi pour affronter l'extérieur, l'aéroport, l'avion que je n'avais jamais pris, un pays et une langue inconnus... et j'allais rejoindre, dix jours, un homme que je n'avais jamais vu...

Fuir... Partir... Disparaître...

Je revins dix jours plus tard, début juin. J'acceptais de prendre des AD et des somnifères... et retournais sur le chat, de jour comme de nuit... Là, je rencontrais des personnes qui participèrent à mon retour parmis les vivants...
Je me sentais morte de l'intérieur !

Un homme devint mon confident, mon meilleur ami, mon complice... et me sauva de mes envies de suicide. Nous passions tellement de temps ensemble... Puis, un jour de septembre, il fit près de deux cents kilomètres pour me rencontrer...
Depuis nous sommes liés... Nous avons eu confirmation que notre inclination par écran interposé était plus que virtuel... Réel... Si réel... C'était trop beau... magique...

Depuis l'été mon mari avait accepté la séparation. Je faisais chambre à part, dormant sur un lit de camp. Nous ne partagions plus que les disputes, où je me montrais de plus en plus silencieuse... Seul l'argent faisant défaut me gardait là...

Après la deuxième rencontre avec mon Arc-en-ciel, je pris la décision d'accélérer les choses. Par chance, il n'habitait pas trop loin de ma fille... Aussi je décidais de m'installer près de lui.
Durant trois mois je fis des aller-retours en train, pour chercher du travail et un appartement...

Je déménageais le 4 mars 2005 dans mon navire que nous occupons tous les deux aujourd'hui...

marine, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 5 avril 2007

2004 : l'ami-amant

L'année du brouillard. Cette année-là, je ne savais pas où j'en étais. Et je tentais de l'accepter. Aucune envie d'avancer, je me cherchais en moi. Peur de blesser alentour. Incertaine, j'écoutais les autres, je les regardais, sans m'investir. J'écoutais surtout cet autre, cet ami-amant.

Je le connais depuis mes 18 ans. Il était le meilleur ami de mon petit copain. Ils partageaient leur salle de bain dans l'internat où je passais mes week-ends après être discrètement passée devant la loge sous le grand porche. Les gardiens étaient aveugles ou certains que les jeunes gens qu'abritait le noble bâtiment avaient besoin de quelque détente pour donner le meilleur d'eux-même. Peu nous importaient les raisons, à nous, les filles qui passions rapidement devant la loge au milieu de la nuit après un ciné et quelques verres.

Dans le brouillard, cette année-là, je m'interrogeais sur ce groupe d'amis qui avait été le nôtre, jeunes et insouciants, des relations codifiées pour longtemps au gré des premiers élans amoureux. La copine du meilleur pote est toujours intouchable. Dans ce groupe d'amis, comme d'autres filles, j'avais été la copine de... Rien que cela, peut-être... Triste certitude, qui étais-je auprès de ceux avec qui j'ai tant partagé ?

Les années ont soudé nos amours incertains : chacun de nos côtés, nous sommes devenus parents. Les années ont désoudés nos amours incertains, les parents que nous étions se sont séparés. Et tous nous nous sommes retrouvés, unis par le passé, mal dans nos présents, incertains de nos avenirs.

Les discussions introspectives sur nos vies, se sont substituées à nos anciens rêves d'entrée dans la vie. Nous mesurions peut-être l'écart entre nos mots passés et nos présents...

Un an que durait cette histoire d'ami-amant. A chaque fois que nous nous revoyions pour échanger quelques réflexions sur nos vies, nos envies inassouvies, nos blessures tues, la chair était trop bonne, le vin coulait à flot, le bien-être ne voulait plus s'arrêter, le besoin de tendresse se faisait plus fort que la raison. Nous passions la nuit ensemble. Chaque soir, j'étais heureuse de partager avec lui. Chaque aube de nuit, je ne pouvais me résoudre à le quitter. Chaque nuit, jétais satisfaite de répondre à son désir. Chaque matin, je m'en voulais d'avoir céder, d'avoir donné mon corps en échange de tant de mots à écouter, d'idées à réfléchir. De n'avoir pas su dire non, lorsque je n'avais pas envie. Chaque journée qui s'ensuivait je faisais de nouvelles résolutions. Nouvelles : non... Éternellement la même que je ne tiendrai pas la fois suivante.

L'été approchait. Des projets ? Dans mon brouillard, je n'en avais point. Suivre les siens plutôt que de rester seule. Peut-être la proximité quotidienne lui donnerait raison. Peut-être nous aimions nous d'un amour serein. Peut-être mes rêves d'amour passionnels n'étaient que déraison. Je le suivais en vacances, merveilleuse balade dans la France de nos enfances, dans la France de son présent... Je rentrais à Paris, certaine cette fois-ci qu'il était mon meilleur ami, que je n'en voulais comme amant. Pour respecter mes propres désirs, je le blessais. En réponse à cette souffrance reçue et infligée, nos chemins divergèrent à nouveau.

De ces magnifiques moments, quelques mots pour ne pas oublier :

Nous sommes en bateau. Nous revenons de l'île de Patiras au milieu de la Garonne. Île toute plate sur laquelle poussent maïs et vignes. Nous y avons goûté quelques cuvées. Assise à l'arrière du bateau, dans le vent pour seule compagnie, j'imagine le paysan s'engageant chaque matin sur les flots pour aller soigner son champs, à l'abri des autres. Isolé sur son île déserte. Je l'imagine, rentrant le soir retrouver sa famille, heureux de son escapade solitaire. Mais nous accostons, il faut quitter ses pensées, il est temps de redescendre. Un pied sur l'embarcation, un pied sur le quai, au risque de me foutre à l'eau, je refuse la main que le vigneron me tend. Et mon pote dans mon dos : « Celle-là, avant qu'elle accepte de se faire aider... Il passera de l'eau sous les ponts... » Je me retourne, je souris. Il n'en est nul autre qui me connaisse mieux que lui. C'est vers lui que je me tournerai en janvier 2007, c'est lui me rattrapera par le col du manteau, m'intimant à me taire lorsque mes mots ne sont plus audibles, sans juger ma personne tant que mes pensées ne sont que déraison. Grâce à ses anciens mots professés au bord de ce fleuve, au bord de nulle part, j'ai su crier « A l'aide ! » Il a répondu.

Nous sommes sur la route qui serpente entre le Pic Saint-Loup et le massif de l'Hortus. Tels deux monstres ancestraux les montagnes nous observent, tous deux pour une fois silencieux, à l'écoute de ce qui nous environne. La voiture roule vite, les Cramps hurlent dans les baffles, émue par la beauté, je filme par la fenêtre. Au visionnage : surprise, rien de ce que j'ai vu n'apparaît. Lorsqu'on regarde un paysage de la fenêtre d'une voiture, on se focalise sur l'arrière-plan. Le filtre de l'expérience masque ce qui est inutile. De ce que j'ai voulu filmé, des majestueuses rocailles, on ne distingue rien. Sur le petit écran, seules les herbes folles du bas côté défilent à toute allure. La vie est sûrement ainsi faite, d'apparences variées suivant le point de vue que l'on s'accorde. La caméra ne s'accorde avec rien de sensible, juste avec le réel... l'incontournable, l'intangible.

Nous dormons au mazet. Au milieu des vignes, dans la garrigue, ces petites constructions de pierre protègent le paysan des trop lourdes chaleur estivales. Il peut y faire la sieste lorsque le soleil est à son mitan. Entre la coupe de matin, et celle de l'après-midi. Nous y dormirons cette nuit. « Tu ne dors pas avec moi ? » Mon duvet sous le bras, je m'installe dans les vignes, sous la voûte étoilée. J'ai envie d'être seule, proche de lui, mais seule avec moi. Au petit matin, les rayons du soleil sécheront la rosée toute la nuit déposée. Au petit matin, la lumière sera toute rose autour de moi. Je m'extraie du duvet pour attraper mon appareil photo. J'immortalise cet instant. Longtemps je m'en souviendrai : ce sera mon fond d'écran une année durant. Là-bas, j'ai su dire : « Non ».

lilylalibelle, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 7 avril 2007

2004 : 29 - Pause avant les 30...

Reprendre le fil de la réalité : un défi quotidien, challenge anodin de chaque vie qui se rêve au détour d'une rencontre, d'un regard, d'une lettre. Echaffauder mille dénouements, écrire quelques suites, une continuité... : au final, ne rien vivre. Apprendre ses rêves, sublimer les désirs et les transformer en carburant - quand ce n'est plus que l'intangible qui pousse hors de soi...

2004 : J'ai l'impression de prendre du recul sur tout, y compris (surtout) sur moi. J'achève des incommencés, je tourne des pages, la vie continue...

Je range (définitivement ?) dans ma boîte à souvenirs mon étrange ami-aimé fantôme, devenu (enfin) père à l'orée du printemps, ultime défi pour cet écorché qui s'est toujours demandé ce qu'il avait à faire sur Terre. Je reste persuadée que c'est ce qui pouvait lui arriver de mieux pour donner un sens à sa vie... Il m'aura accompagnée quelques années, favorisé mon (r)éveil. Je ne pourrais sans doute jamais le remercier d'avoir été là quand j'ai eu besoin de me remettre en moi... mais il n'y a pas de hasard. Nous nous serons vus tout au plus une dizaine d'heures dans toute notre vie et passé des heures à "discuter" sur Internet. Il est retourné dans son intangibilité cette année-là, avec cette épaisseur fantasmagorique qu'il avait tout au début, mais les ecchymoses resteront encore quelques années de plus. Pas des plaies, non. Juste des bleus. Curieuse relation, pleine de démons à exorciser.

Je déménage dans le fin fond de la campagne dans un bourg de 300 habitants, premier achat immobilier (plus important symboliquement parlant pour mon chéri que pour moi - je ne dois pas avoir l'instinct grégaire...). Mes écritures prennent leur envol (signe de ma nouvelle "maturité" ?). Mon premier roman perd une bonne moitié de son épaisseur grâce à un travail sur le style mené avec un écrivain-linguiste que je n'aurais sans doute jamais rencontré sans Internet. Depuis un peu plus d'un an je suis modératrice d'un salon de discussion à thématique "littéraire" sur le Net et, nonobstant les aléas et les inconvénients des conversations virtuelles, ce mode de communication sera sans aucun doute une grande goulée d'air dans ma solitude intellectuelle (difficile en effet de "causer littérature" dans mon village de 300 âmes...).

Ce sont souvent des prémices de camaraderie, des oreilles plus ou moins attentives aux coups de blues impromptus, de grandes discussions existentielles sur le pourquoi du comment, le sens de la vie et autres questionnements métaphysiques dont nous sommes friands. Et beaucoup de délires et de fou-rires, aussi. Des amitiés se construisent quelquefois, parfois solides, souvent concrétisées par une ou plusieurs rencontres "en vrai". Je suis plutôt sélective dans mes rencontres de "tchatteurs". Pas n'importe qui, pas n'importe comment, pas tout de suite. Prudence est mère de sûreté.

Inévitables jeux de séduction, aussi, favorisés par le côté "inoffensif" du virtuel. Même si je suis toujours très claire sur ma situation maritale et familiale (ce qui suffit en général à calmer les ardeurs des séducteurs impénitents) et sur ce que je ne veux pas (ce qui pose tout de suite les limites), certaines relations tiennent du badinage élégant, voire carrément épistolaire. Au jeu de l'amour sans hasard, j'y brûlerais tout de même un peu mes plumes, avec un jeune jouvenceau qui avait extrapolé le marivaudage en promesse de liaisons plus dangereuses. J'ai congédié l'inopportun et ses fantasmes déplacés sans aucun état d'âme... ce fut ma seule désillusion avec les gens rencontrés via le salon Livres. Il en fallait bien une...

Dans le même temps (ou presque !), j'incommence une belle histoire de façon totalement inattendue au cours d'un déjeuner réputé amical qui tourne au coup de foudre unilatéral. Gentleman, l'amoureux éconduit (... malgré mes envies...) n'insiste pas et l'histoire qui n'a pas commencé se termine là, sur un trottoir de Saint-Germain des Près. Elle aurait sans doute été belle, simple, passagère surtout, sans lendemain. Une parenthèse. J'en ai eu envie, un moment, et puis... la raison reprend le dessus.

Je ne sais pas si un jour je saurais faire passer mes envies avant mes principes ("cette intégrité qui te donne une certaine luminance", m'écrira joliment plus tard une amie) mais l'aventure (ou plutôt la non-aventure, en l'occurrence !) m'apprendra que je ne sais toujours pas assumer le désir ou même les sentiments que je peux susciter chez l'autre (et particulièrement chez les hommes). Ne sachant pas l'assumer, je me retrouve toujours dans des situations au mieux frustrantes, au pire génératrices de souffrances. Et pourtant, je ne peux pas m'en empêcher, c'est quand je sais que je "plais" (au sens large) que je m'épanouis. J'ai besoin de me voir dans l'oeil de l'autre pour exister à moi-même...

2004 : Recul sur moi, changement de maison, je commence à chercher un autre boulot. Et j'entame une seconde grossesse. La vie continue...

Thomas, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 28 octobre 2007

2004, année 27 -- La mort ne rate pas le dernier métro

J'ai improvisé. Une proposition indécente. Un prétexte pour passer un moment dans la petite chambre, sixième étage, pas loin. Rater le dernier métro exprès. Oublier opportunément qu'il y a des taxis et des bus de nuits que je connais bien. Saisir la proposition de rester dormir : c'était la fin de l'année d'avant.

J'ai aimé et j'ai été aimé. Sondé des abîmes que je ne soupçonnais pas. Construit un amour autrement que ce que j'aurais imaginé. Souffert, pleuré. Reçu des blessures dont les cicatrices me rappellent que je sais maintenant ce que je ne veux plus jamais. Appris.

Quand tout a été fini j'ai choisi que ce soir-là je transgresserais la règle de conduite que je m'étais fixée.

— Allô, S. ? Salut. Ce soir je suis très déprimé et je veux boire beaucoup trop.
— Pas de problème, passe quand tu veux.

(Merci d'avoir été là.)

J'ai vu la mort ricaner de pouvoir me faire le même coup en trop belle répétition, à deux ans d'intervalle. Au décours de la rupture, réclamer le grand-père. Il n'a pas eu le temps d'écrire ses mémoires. Je n'ai pas pris le temps de le questionner. C'est trop tard.

Cette fois, je sais qu'il ne faut pas omettre de préparer la cérémonie. Je ne veux pas revivre le silence glacé de la dernière fois, et j'insiste pour qu'on prévoit que quelque chose soit dit. Je sais qu'il faut que je m'y colle. Personne d'autre ne veut, ou ne peut. Et puis j'y suis tenu, quelque part. J'ai accepté silencieusement cette charge, la dernière fois, à la sortie de ce crématorium où il entre aujourd'hui couché entre les planches. Dans la chambre mortuaire il a l'air décharné, frêle, petit comme il n'a jamais paru au temps de mon enfance. Les morts dans leur bière me font toujours cet effet-là. Certains leurs donnent un dernier baiser, une caresse. La simple idée de leur contact m'horrifie.

La veille au soir, au creux de la nuit, juste avant de dormir, j'ai ouvert mon carnet. Celui où je collecte de temps en temps des trop-pleins d'âme ou des morceaux de rêve. Couvert deux ou trois pages que je vais lire devant eux. À peu de choses près, parce que dans l'instant les mots rétifs s'ébrouent et les tournures s'égayent.

Le livre s'est fermé. Il est parti.

Ma gorge se serre. Mes yeux pleurent, je sais, qu'importe, je ne tente pas de contenir cela. J'ai des mots à prononcer alors j'avance à travers larmes et tant pis si un sanglot déforme ma voix qui se voudrait assurée et vivante.

Le livre reste ouvert. Inscrivons-y son souvenir et traçons-y notre futur.

C'est bientôt l'automne.

shayalone, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 1 décembre 2007

2004 - partir, rester

Les résultats de l'internat tombent, où vais-je atterrir avec un classement pareil? Je commence à classer les villes en partant du pire, là où je ne voudrais pas du tout être... les trous paumés où il fait moche, dans le nord est, où ils sont tous fachos... mais je veux partir, quitter Montpellier, ma vie qui m'étouffe un peu, cette image si parfaite que j'ai envie de faire voler en éclat. Les simulations m'apprennent que je pourrais quand même rester, où partir dans des endroits plaisants. L'idée choque mes amis, du coup je parle de ce besoin de m'évader;

Les choix arrivent; Chou a eu un entretien d'embauche la veille. Pas encore de réponse, il faut que je décide; Elle me dit qu'elle me suivra; Puis-je lui demander de quitter un job par pur caprice existentiel?

J'hésite jusqu'au dernier moment. Je reste.

Après tout, l'idée même de partir m'a permis de me libérer.

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 28 décembre 2007

2004:46 Une expatriée mère célibataire

L'invitation que je reçois est calligraphiée et vraiment si bien personnalisée que je suis curieuse de savoir comment cette organisation a eu mes coordonnées. La jeune personne qui me répond au téléphone n'en sait rien, mais elle est vraiment accueillante, suggère que j'aie pu moi-même un jour remplir un formulaire comme quoi j'étais intéressée par des occasions de créér un business et m'incite avec un talent évident à ne pas laisser passer celle-ci qui ne me coûtera rien, que le temps d'assister à l'événement.

Effectivement, je serai entièrement défrayée, et aucune arnaque ne se fait jour derrière la proposition qui s'avère une voie très tentante. Je sens que je vais devenir une entrepreneuse et je dépose le nom de ma petite entreprise sous les ailes d'un ange que je voudrais tellement protecteur de mes nouvelles aventures. J'achète trois machines, et je les paye cash, pas question que je m'endette avant de savoir à quelle sauce le divorce va me manger.

Quelques jours plus tard, le jugement de divorce est rendu. Il stipule bien sûr que je devrai vider les lieux du domicile marital dans les trois mois qui suivront la notification. J'ai fini de manger mon pain blanc. Dans cette charmante petite ville de haut standing, ce ne sont pas les locations que l'on trouve sous le pas d'un cheval, et Estac s'impatiente, assez mal à l'aise à l'idée que je serai passive-agressive au point qu'il aura à nous véritablement mettre à la rue. Je n'ai nulle intention de le griller à ce point-là, je déménagerai avec dix jours de retard certes, mais j'ai vidé les lieux, il peut vendre sa propriété et en tirer les bénéfices qu'il escompte et sur lesquels je ne toucherai pas un centime.

Ce qui ne l'empêche pas de pousser des hauts cris quand il apprend de ma bouche que j'ai créé ma petite entreprise, comme si j'utilisais l'argent que je lui aurais extorqué selon lui à des élucubrations hasardeuses. Il va lui en falloir des mois et des années pour cesser de croire qu'il a haute main sur toutes mes décisions, et il va m'en falloir encore quelques semaines d'exercice à ne pas monter au créneau quand il manie l'humiliation verbale et ne surtout pas réagir.

Il finit par se rendre aux Etats-Unis au début de septembre, pas tant pour voir ses enfants que mettre en vente sa maison. Il en profite pour les voir, parce que cela se saurait trop facilement dans le village s'il y avait coupé, mais ne daigne quand même pas aller jusqu'à vraiment s'en occuper plus qu'une demie-journée, et encore, avortée parce qu'il a laissé Monsieur Ziti se précipiter dans le lac avec son vélo et qu'il me le ramène tout dégoulinant d'algues avant l'heure dite.

J'ai quelques mois pour me construire un historique bancaire et faire fructifier au mieux le petit bien qu'il me reste. C'est à ce prix que je peux envisager un avenir pour mes deux petits garçons qui n'ont jamais autant été épanouis que cette année dans la petite maison verte que nous louons. Nous revivons.

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