Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

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Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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perle, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 10 mars 2007

2005 - Je n'aime pas le chiffre 5.

2005, je la déteste. Une année fausse, une année pour rien. Une année de chien.
Mon fils qui entre en seconde, ma fille à l'école maternelle. Avec toute l'amertume que toutes ces entrées nous font subir. L'école, j'y suis, j'y reste. J'en souffre, et toutes les incohérences que j'y trouve en professionnelle heurtent mon coeur maternel. Pourtant, mes enfants réussissent plutôt bien. Alors, je ne sais pourquoi j'y sens un malaise, sans doute parce que le système est vrillé à la base. Pas de vis foutu, chevilles inadéquates, papiers peints en lambeaux. Il faudrait entamer de nouvelles fondations et traiter les murs pourris. Il faudrait.....
2005, la souffrance de perdre un ami cher. Une tumeur qui grignote le cerveau, c'est terrible, c'est indécent, c'est de la douleur à ne plus savoir qu'en faire. Je pense aux vivants. J'attrape les coeurs qui saignent, que puis-je faire d'autre?
Et pourtant, et c'est là le paradoxe, on continue. De travailler, de conseiller, d'aimer, de manger, de gronder. Même si l'esprit n'y est pas. Même si les pensées sont ailleurs.
Et, j'aimerais tellement y être, ailleurs.

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 28 décembre 2007

2004:46 Une expatriée mère célibataire

L'invitation que je reçois est calligraphiée et vraiment si bien personnalisée que je suis curieuse de savoir comment cette organisation a eu mes coordonnées. La jeune personne qui me répond au téléphone n'en sait rien, mais elle est vraiment accueillante, suggère que j'aie pu moi-même un jour remplir un formulaire comme quoi j'étais intéressée par des occasions de créér un business et m'incite avec un talent évident à ne pas laisser passer celle-ci qui ne me coûtera rien, que le temps d'assister à l'événement.

Effectivement, je serai entièrement défrayée, et aucune arnaque ne se fait jour derrière la proposition qui s'avère une voie très tentante. Je sens que je vais devenir une entrepreneuse et je dépose le nom de ma petite entreprise sous les ailes d'un ange que je voudrais tellement protecteur de mes nouvelles aventures. J'achète trois machines, et je les paye cash, pas question que je m'endette avant de savoir à quelle sauce le divorce va me manger.

Quelques jours plus tard, le jugement de divorce est rendu. Il stipule bien sûr que je devrai vider les lieux du domicile marital dans les trois mois qui suivront la notification. J'ai fini de manger mon pain blanc. Dans cette charmante petite ville de haut standing, ce ne sont pas les locations que l'on trouve sous le pas d'un cheval, et Estac s'impatiente, assez mal à l'aise à l'idée que je serai passive-agressive au point qu'il aura à nous véritablement mettre à la rue. Je n'ai nulle intention de le griller à ce point-là, je déménagerai avec dix jours de retard certes, mais j'ai vidé les lieux, il peut vendre sa propriété et en tirer les bénéfices qu'il escompte et sur lesquels je ne toucherai pas un centime.

Ce qui ne l'empêche pas de pousser des hauts cris quand il apprend de ma bouche que j'ai créé ma petite entreprise, comme si j'utilisais l'argent que je lui aurais extorqué selon lui à des élucubrations hasardeuses. Il va lui en falloir des mois et des années pour cesser de croire qu'il a haute main sur toutes mes décisions, et il va m'en falloir encore quelques semaines d'exercice à ne pas monter au créneau quand il manie l'humiliation verbale et ne surtout pas réagir.

Il finit par se rendre aux Etats-Unis au début de septembre, pas tant pour voir ses enfants que mettre en vente sa maison. Il en profite pour les voir, parce que cela se saurait trop facilement dans le village s'il y avait coupé, mais ne daigne quand même pas aller jusqu'à vraiment s'en occuper plus qu'une demie-journée, et encore, avortée parce qu'il a laissé Monsieur Ziti se précipiter dans le lac avec son vélo et qu'il me le ramène tout dégoulinant d'algues avant l'heure dite.

J'ai quelques mois pour me construire un historique bancaire et faire fructifier au mieux le petit bien qu'il me reste. C'est à ce prix que je peux envisager un avenir pour mes deux petits garçons qui n'ont jamais autant été épanouis que cette année dans la petite maison verte que nous louons. Nous revivons.