Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 2005

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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Kozlika, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 7 novembre 2006

2005:45 collectif

8 février 2005. Olivier Meunier, créateur de DotClear, annonce la création d'une équipe autour du projet.[1] Si on m'avait dit quelques mois plus tôt que je me retrouverais embarquée dans un projet web, je n'y aurais pas cru. Quoique... un projet web précisément peut-être pas, mais un projet collectif, c'est déjà beaucoup moins étonnant.

C'est peut-être parce que je suis frileuse et que la chaleur humaine il n'y a que ça qui vaille mais je suis facilement partante pour des initiatives de groupe. Prédisposée à l'agrégation depuis toute petite en quelque sorte. Mon rêve d'enfant pas vraiment enfui : un immeuble avec chacun son appart et des pièces communes. Depuis il y a eu le militantisme avec les gardes de nuit du local (c'était le meilleur ;)), Brin d'Filles, une troupe de théâtre de lycéennes féministes, une revue littéraire, les chouquetteurs lyriques, une colocation parfaite, l'hôtel des blogueurs et autres collecritures, une maison à deux étages / deux familles à Marseille...

Et un procès préparé en bonne et due forme par une garde rapprochée de trois garçons trois filles l'année de la quatrième.[2] On avait tout prévu, de l'avocat au procureur en passant par les témoins à charge et à décharge, et bien sûr l'arrestation. Ça nous a tenu des mois. L'accusé : mon père.

Lycéenne, notre appartement accueillait rarement moins d'un ou deux invités par nuit. Les réunions se faisaient neuf fois sur dix chez nous. Il y faisait bien chaud mais je crois que ça ne m'a pas beaucoup appris à tenter les sorties en territoires inconnus. La médaille et son revers.

Je déteste autant travailler-faire seule que j'aime faire équipe. Je suis souvent déçue que le groupe consiste plus en la réunion de talents ou compétences ou projets individuels qu'en une réelle collaboration au sens où je l'entends, une élaboration commune, une grosse marmite pour mélanger les ingrédients. Shaker vs. puzzle. Jusque dans une cuisine où je participe volontiers à la confection d'un authentique taboulé libanais dans les règles de l'art (genre deux-trois heures à quatre personnes pour un plat mangé en quatre minutes chrono) mais renâcle à préparer trois steacks toute seule dans la cuisine. Du coup, je suis également souvent celle qui râle que les autres m'abandonnent. Oui je sais, je suis chiante, fallait pas m'appeler.

En même temps, je dis ça pour vous : moi je me suis habituée, ça fait bientôt quarante-six ans ;)

Notes

[1] Pas de lien vers le billet en question entre-temps il y a eu table rase.

[2] euu... ou c'était l'année suivante ? Claaaaaaire, dis-moi !

luciole, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 30 janvier 2007

Petits cailloux et ricochets. 2005, la rencontre.

c'est un mois de septembre si clément à Paris. Je suis là pour passer l'écrit d'un diplome. Je ne suis pas vraiment convaincue de la necessité de passer cet examen, mais je me dis que comme ça, se sera fait. C'est ma soeur aînée qui m'héberge. Je passe des heures à me faire coiffer par mes petites nièces. On adore ça.

Je me ballade dans Paris. Je retrouve des parfums de nostalgie. Ici je venais souvent avec... Là c'est quand j'étais avec ... Comme si ces quartiers de Paris gardait le souvenir de mes amours d'adolescentes.

Ma soeur est très contente que je vienne justement à cet période là, elle veut m'emmener à un Paris carnet. Là je rencontrerais Vroumette avec qui j'ai déjà sympathisé par blog interposé. Mais aussi, Tarquine dont j'admire le style à la fois tendre et rude, Kozlika que j'ai connu grâce au jeu d'écriture qu'elle propose, Anne Chiboum que je perçois déjà comme une soeur d'esprit... Ce soir là, le premier mercredi du mois de septembre 2005, nous arrivons tard. Le café est petit et enfumé mais comme il fait incroyablement doux, on s'aère régulièrement sur le pas de la porte. Ce soir là, tout le monde joue aux devinette car tout lété il y a eu "l'hotel des blogueurs" et chacun veut savoir qui à écrit ceci, qui à écrit cela. Les paris vont bon train, certains se dévoilent sans faire d'histoires. Je n'ai pas suivi l'hotel des blogueurs et je m'en mords les doigts car c'est le sujet principal des conversations que je croise.

Ma soeur et moi même, sommes réfugiées dans un recoin du bar. Un monsieur souriant aux yeux pétillant vient lui parler. Il a un rire sonore. Ma soeur dit : " tiens un frère Granger " Il rale, pour la forme, il aimerait apparemment ne plus être une part d'un binome. Je souris, j'ai toujours été agacée d'être appelé comme ça : " tiens les soeurs machins !". Son frère arrive, il est aussi souriant et les yeux petillent également. Ma soeur avoue qu'elle les confond tout les deux. C'est étrange, ils se ressemblent sans se ressembler vraiment. Ils sont frères à n'en pas douter en tout cas. J'apprendrai un peu plus tard que le premier s'appelle François.

Vroumette est allée nous chercher des bières, mais comme elle ne revient pas je la rejoins au bar. Elle parle avec François, justement. Je suis timide, je n'ose pas me mêler vraiment de la conversation.

Plus tard, le café s'est un peu vidé, l'ambiance est plus calme. Ma soeur, vroumette et moi même discutons. François passe devant notre table et Vroumette l'interpelle : " He, François, vient donc t'assoir avec nous, regarde, une table de trois nana rien que pour toi ! Allez fait pas ton timide !!" . Intimidé, il l'est justement, j'insiste de concert avec elle, je joue la fille super détendue, mais je ne suis pas si à l'aise. Il s'assied à mes côtés, très près. Je me dis que nous n'avons pas beaucoup de place sur cette banquette.

Plus tard, je croise son regard, ou plutôt, nos regards se croisent, longuement. Quelques choses se passent, de lui à moi, dans ce moment de silence. Puis la soirée suit son cours.

Nous nous sommes dit au revoir, nous n'avons pas échangé plus que quelques mots. Avant de partir il me demande quel est mon blog, je lui dit, il me dit qu'il ira lire.

Durant la semaine qui suit, il me laissera quelques commentaires discrets, m'enverra quelques mails concernant la mise en page de mon blog que je cherche à modifier. Je trouve ce monsieur vraiment adorable.

Puis vient le temps du pique nique. Nous nous retrouvons avec quelques blogueurs. Il fait un temps magnifique. En arrivant, je reconnais son frère, lui n'est pas là.

Plus tard, je le vois arriver de loin, il a une démarche sautillante, il tient dans la main un carton dans lequel nous découvrirons des tartelettes. Je suis vautrée sur une couverture, il s'installe à mes côtés.

De tout l'après midi, nous ne nous serons écartés l'un de l'autre que quelques minutes. Nous aurons échangés trois mots. Mais ...

Je minaude comme une adolescente en me demandant ce qui me prend. Je rie fort aux facéties de mes nièces, je fais la femme enfant, la femme lascive au soleil, bref, je sors le grand jeu et je m'étonne moi même. Je sens son regard sur moi, tout le temps. Il ne dit rien. Je ne lui parle pas non plus. Le temps passe et le moment de partir approche. Je n'en ai pas envie, pas du tout.

C'est en se disant au revoir, que nous trouvons l'occasion de nous parler, un peu. Machinalement, j'époussette une peluche sur son pull rouge, alors il me serre soudain dans ses bras, comme si mon geste avait dévérouillé un désir réprimé tout l'après midi, il me murmure un secret à l'oreille et s'en va, s'enfuit presque. Je reste quelques secondes surprises, idiote, puis je rejoins la bande pour continuer les au-revoir.

Sur le chemin du retour ma soeur me dit : " On dirait que t'as fait une touche ", elle rit. Je crois bien avoir rougis. Je dis : " on dirait ... Je le trouve charmant... Non ?" Elle me dit : " tu vas faire des jalouses " moi : " ah bon ? ". Elle rit, je ris aussi et je rentre rêveuse à la maison.

La suite, je ne la raconterais pas, c'est notre jardon secret. Mais ce monsieur charmant est devenu mon Il, mon merveilleux, le papa de ma fille. 2005 finissait en beauté et annonçait une année 2006 merveilleuse.

samantdi, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 30 janvier 2007

Ricochet 2005: 44 - Road movie

Juillet.
En route vers la ville de N.
Jules conduit, Coloc à côté de lui. Je suis derrière et je rêve, je suis la seule à savoir que je vais rejoindre D. Officiellement, nous allons à l'anniversaire de Fricotin.
Je suis dans ma bulle de silence et de jubilation.
Le fait que ce soit Jules qui m'amène là où je vais m'amuse beaucoup. Jules a été mon compagnon puis il m'a quittée parce qu'il ne m'aimait plus, il y a neuf ans. J'ai cru en mourir de chagrin mais finalement, je ne regrette rien et nous sommes mêmes redevenus bons copains. Il y a entre nous cette complicité un peu ambiguë des gens qui se connaissent de l'intérieur, buffet de Tante Agathe et repas de famille compris.

A une halte sur une aire d'autoroute, Jules annonce le déroulement de notre séjour : lundi, nous sommes invités chez Stéphane et Nathalie, puis le lendemain chez Pierre et Marie, et le mercredi...
"Mercredi, dis-je, l'air de rien, je ne serai pas là."
Les deux têtes se tournent vers moi en même temps.
"Ben quoi ? Tu seras où ?"
"A M."
"A M. ? Mais qu'est-ce que tu vas faire à M. ? C'est la ville la plus triste du monde."
"Peut-être mais c'est là que je vais passer trois jours, je reviendrai pour l'anniversaire de Fricotin, vendredi."

Jules s'impatiente.
"C'est quoi c't'affaire?"
Coloc subodore :
"T'as un rendez-vous?"

Je ris, je suis heureuse, tout mon corps est ouvert comme une fenêtre au ciel d'été.

"Je vais rejoindre D."
Coloc me sourit et lève les yeux au ciel.
Jules est stupéfait.

Le mercredi, je marchais dans les rues de M. avec mes jolies salomés beiges, on aurait dit des chaussures de mariée, j'allais vers ma lune de miel, mon amour clandestin.

M. reste la ville de ce bonheur-là, inentamé, inoublié, une pépite précieuse.

"Si tout est moyen
Si la vie est un film de rien
Ce passage-là était vraiment bien
Ce passage-là était bien."

Alain Souchon.

krazy-kitty, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 30 janvier 2007

2005 : 20 - Les grands chambardements

Deux ans, trois mois, vingt-quatre jours. Mais maintenant, j'étouffe, je me sens entravée par le carcan posé plus ou moins malgré lui par un garçon maladroit qui, à force de vouloir se rendre indispensable, m'a rendue incapable d'affronter le monde seule. Je me rappelle de la petite fille que j'étais, pleine d'énergie, de projets et de rêves. Qu'est-elle devenue ?

Alors, forcément, la peur au ventre, je pars à sa recherche. Et je pars seule. Ma mère, à l'annonce de la fin que j'ai mis à ce premier amour qui dure, me répond un simple « Tu seras heureuse, ma fille ». Mais je sais qu'au fond elle est soulagée que je me sois enfin libérée de cette cage que mes proches voyaient bien mieux que moi.

« Tu seras heureuse, ma fille ». Je réalise soudain qu'elle n'a pas tort. J'ai vingt ans, l'âge où l'on « croque la vie à pleine dents », où l'on « profite de sa jeunesse », où l'on se « fout du tiers comme du quart on s'en balance on est des lions »[1]... alors, que fais-je à me noyer dans mes peurs, mes angoisses et mes incertitudes ?

A vingt ans, je retrouve enfin Paris, pour un stage en banlieue. Un stage décroché avec l'aide de mon oncle mais certainement aussi pour mon C.V., un stage où je ne peux pas me permettre de ne pas être à la hauteur. Je suis à la hauteur. Big time. Et au bon endroit, aussi, avec l'un des chercheurs les plus émérites de mon domaine en France. Je découvre un potentiel en moi auquel je ne croyais pas : non seulement je réussis dans mon travail, mais en plus il me plait, et j'ai une vie sociale.

Une vie sociale, moi qui étais paralysée par le regard des autres, moi qui préférais me terrer chez moi plutôt que de devoir aller vers d'autres gens ? Je n'en reviens pas. Je sors une ou deux fois par semaine ; je revois des amis quelque peu négligés, je me lie à quelques collègues, je me rapproche de gens rencontrés ces deux dernières années. Je me balade dans Paris, vais au théâtre, au musée, au cinéma, assiste à des concerts, et le tout bien accompagnée.

Et puis, il est temps de penser à la suite, à la thèse. En France, je trouve des sujets, des professeurs, mais pas de financements. Et puis mon directeur m'annonce qu'un professeur américain cherche des étudiants ayant mon profil. Un professeur américain émérite et reconnu dans le domaine. L'expérience des Etats-Unis, d'une université réputée : parler anglais, me frotter à une autre culture, à une autre émulation intellectuelle. En ramener un PhD dont la valeur sera supérieure à n'importe quelle thèse française. Et partir loin de mon pays, de Paris retrouvé, de mes amis, de ma famille. J'hésite. Mais je ne peux pas résister à une telle opportunité, à un tel défi : pas maintenant que je suis libre, battante, indépendante.

Tout va très vite : la conversation avec mon futur directeur, les formalités, la fin du stage, le cauchemar du visa, les au-revoir. Je serre dans mes bras mes amis, ma famille, et un garçon dont le regard bleu un peu troublé qui semble dire « dans d'autres circonstances... » me fait chavirer.

A Roissy, mon violon-alto en main et sur l'épaule le plus grand sac que j'aie trouvé qui puisse se prétendre sac à main, mes deux grosses valises enregistrées, je monte l'escalator qui mène aux portes d'embarquement sans me retourner. Ce n'est que dans l'avion pour Chicago que j'autorise deux larmes à rouler sur mes joues, puis beaucoup plus, quelques seize heures plus tard, en Californie, quand la fatigue et le sentiment d'insécurité renforcé par ma difficulté à comprendre la rapidité de l'accent local jointe à la disparition d'une de mes valises m'empêchent de faire fonctionner correctement le téléphone public pour appeler ma mère...

Et je m'installe. J'absorbe le décalage horaire, investis mon nouvel appartement, mon nouveau bureau, m'habitue à parler et comprendre l'anglais toute la journée, rencontre des personnes fabuleuses, prends ma place dans un labo en constante ébullition. Et ne lâche pas le sentiment d'avoir relevé ce dernier défi.

Notes

[1] Léo Ferré, Vingt ans

gabriel, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 3 février 2007

2005 (20) : Combattre pour la beauté

Chercher, à l'heure des ombres, un chasseur paré d'étoiles que l'aurore, dans son voile, dissous parmi les décombres d'une année en demie-teinte que l'angoisse et l'espérance, formant une étrange alliance, parsemèrent de jacinthes.

Blesser celle que l'on aime, quand, piégé par sa passion, on accouche d'un poème, empli de contradictions, qu'on offrira chancelant à ceux qui voudraient entendre l'appel, tragique et troublant, à renaître de ses cendres.

Lutter, subrepticement, contre l'envie s'asseoir ; contempler son désespoir s'effilocher doucement ; regarder son corps, troublé, apprivoiser le chaos ; retrouver dans le Tao, la voie des danses tremblées.

Choisir, entre deux chemins, l'un ardemment désiré, l'autre convoité mais craint, celui de facilité ; l'emprunter pour découvrir des illusions trépassées ; plonger dans ses souvenirs, vouloir changer le passé.

Pleurer contre la folie d'un concert assourdissant, en sortir tout frémissant d'haineuse mélancolie ; pleurer pour la pureté, cristalline, diaphane, d'une mélodie profane perdue depuis cinq étés.

Imaginer, dans le ciel, un oiseau quadrimoteurs, qui cacherait, sous ses ailes, un soleil si prometteur qu'il devrait, pour mieux briller, aller jusqu'aux Amériques, de ses larmes, féconder des acides nucléiques.

Combattre pour la beauté, la tendresse, l'émotion ; briser les compromissions, inventer la nudité, craindre déjà la démence, le naufrage de l'esprit, flirter avec l'incompris... combattre pour le silence.

Ame, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 4 février 2007

2005 : 27: Ose Hannah

  • 1er janvier : Il me demande de lâcher nos apparts pour en prendre un, ensemble.

Sensation de souffle coupé. J'hésite entre deux extrêmes : angoisse normale de type excitation ou flip total de type effondrement.
N'y vas pas, je t'en prie resaisis-toi...ça marchera pas, cette histoire, tu le sais...depuis quelques temps déjà...
Je lui dis que je dois y réfléchir, qu'il faut qu'on en reparle.
Mon appart, c'est pas juste un toit, c'est mon indépendance. Partager un toit avec lui...je sais pas, je me demande.
Levant la tête et regardant nos murs avec ses affiches, son canapé, ses CD, sa musique...et toi, tu seras où? N'y vas pas...
Un rêve, la nuit suivante : mon psychanalyste d'un côté d'une table, moi de l'autre, ma mère sur une chaise en arrière. Le psy note des questions, les essentielles, celles qui reviennent dans les silences de chaque séance, je les auraient oubliées pour la plupart au réveil. Puis, il note Hannah, me demande si je sais ce que ça veut dire. Je lui parle de la chanson de Noir Désir "en route pour la joie" et j'écris Hannah=joie."Comme ils disent dans le refrain lui dis-je".
Lendemain matin, main dans les poches, poches sous les yeux, yeux dans la rue, quelque part, ailleurs. Il faut que j'y réfléchisse et qu'on en parle, on parle pas assez, depuis quand y pense-t-il d'abord?
N'y vas pas! ce rêve, tu veux pas le voir? ces questions, tes questions, tes thèmes tout ça...Et Hannah=joie? Ah bon? C'est dans la chanson de Noir Désir?
Non, la petite voix a raison, c'est pas ça qu'il dit dans la chanson, il dit " Hosanna, Hosanna".
J'en reste stupéfaite : Ose Hannah.

  • Courant janvier : ...

Il faut que tu lui parles que ça s'arrête, le plus tôt sera le mieux, pour lui, pour toi, ce sera moins douloureux...

  • Courant février :

(à une amie) "Tu sais, je m'étais dit que dans le doute, ce serait non. Quand il me l'a dit, je me suis dit, si c'est oui, tu fonces, si c'est non, on stoppe tout parce que je crois que ce sera clair, non? Mais si je doute vraiment encore, ce sera non aussi...
-Et là t'en es où?
-Ben, c'est un jour oui, un jour non. Je suis ou super excitée et j'ai hâte ou speedée et je déprime, je me sens mal. Et c'est très difficile d'en parler, comme si c'était jamais le moment. ça doit être dur aussi pour lui, que je sache pas."

  • Courant mars : je l'ai quitté dans le doute, un matin, en pleurs.

Il a paru surpris, j'ai été mal. Je le quittais à reculons, je croyais douter.
ça va être dur au début, bien sûr, mais ça viendra...Souviens-toi, cette ivresse que tu as ressentie l'autre soir en rentrant chez toi, l'impression d'être libre, ça reviendra d'autres fois...

  • Courant avril :

un sentiment de malaise qui s'estompe. On se reverra en amis. Il est plus désarmé que moi face à la solitude.

  • Mai-juin :

je me croyais indépendante et je réalise petit à petit l'emprise qu'il a eu sur moi, en douceur, à l'usure. Toutes ces chansons que je n'écoutais plus, ces amis perdus de vue. En douceur. A l'usure. Je suis fâchée. Contre lui, contre moi...Et je n'ai rien vu, je me suis apperçue de rien. Comment ai-je pu? Je n'étais plus moi, il faudra que je me retrouve. C'était pas la bonne personne. Et puis, on parlait pas assez, il ma culpabilisée, m'a fait prendre la décision seule finalement. Il était lâche mais je l'ai aimé.
Et pourtant tu garderas longtemps ce goût amer, cette impression de t'être laissée avoir...qui laissera la place plus tard à cette hypothèse : avoir voulu vivre une presqu'hstoire pour te prouver que ça pouvait t'arriver, à toi aussi...

traou, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 4 février 2007

2005 – Une découverte

15 août. Je rentre chez moi après trois semaines de vacances bretonnes, familiales et solitaires. Reposée, heureuse de retrouver mon boulot, Paris, les amis. J’envisage cependant cette rentrée de façon un peu morose : Fox et moi nous sommes séparés début juin. Jusque là je n’ai pas eu le temps de m’en rendre vraiment compte au quotidien, mais je sais qu’à partir de maintenant, les soirées vont se faire plus silencieuses ; il va me manquer. J’en suis à un stade de ma vie où je préfère être accompagnée que seule, même d’un simple agréable compagnon et pas d’un amoureux passionné. Je connais le prix d’un quotidien harmonieux à deux. Moi qui ai tant aimé la solitude, elle me pèse aujourd’hui.

Je ne sais pourquoi ce jour-là trotte dans ma tête la première phrase d’une prière, celle de Saint Augustin : « Ne pleure pas si tu m’aimes », qui dit que la vie ne s’achève pas avec la mort et qu’il convient de ne pas s’affliger de la fin de ceux qu’on aime, et au contraire de s’en réjouir pour eux. C’est aussi la première phrase d’un poème de Charles Péguy, inspiré de ladite prière, qui parle d’un simple passage « de l’autre côté ». Ces deux textes m’ont souvent réconfortée au cours des dernières années et ce jour-là j’ai envie de me les remémorer. Impossible de les retrouver dans ma mémoire, ni dans les tiroirs de mon bureau. Je tape donc cette première phrase dans la barre de recherche de mon navigateur. Sans imaginer une seule seconde où cela va m’entrainer.

Dans les premiers sites qui me sont proposés, l’un d’eux affiche derrière cette phrase la mention rageuse : « Pure connerie ! ». Alors j’y vais, forcément.

Et je découvre là une histoire, une vie, des mots, des émotions, un chagrin, des coups de gueule, une souffrance extrême et une énergie incroyable, des visages d’enfants. Je vais de page en page, de mot en mot, de larme en larme. Et je pleure, et je ris, et j’entre toute entière dans cet univers qui n’est pas le mien, qui m’évoque des sentiments connus pour certains ou parfaitement éloignés de moi pour d’autres, mais qui provoquent une profonde empathie, sympathie, compassion, je ne sais, tout cela mêlé et encore beaucoup plus. Quand j’arrive au bout de ma lecture, que je relève la tête, un peu sonnée, la nuit est tombée, je n’ai pas défait mes valises, je reprends le boulot dans quelques heures. J’ai l’impression d’avoir été aspirée dans quelque vortex mystérieux qui m’a fait perdre toute notion du temps et de la réalité extérieure.

Le jour d’après, et ceux qui suivent, je reviens sur ce site. A partir de celui-là j’en découvre d’autres, et d’autres encore. Un merveilleux jeu de marabout’ficelle m’entraine de blog en blog, puisque c’est de cela qu’il s’agit, alors que j’ignorais jusqu’à ce mot. Je lis avidement, émerveillée de découvrir tous ces univers enchevêtrés, émue par certains, amusée ou agacée par d’autres, me retrouvant dans certains écrits, fascinée par des vies si loin de moi. Je me laisse bercer par le talent d’écriture d’aucuns, moi qui aime tant les mots.

Un jour, je m’enhardis à laisser un commentaire sur ce premier site découvert, à poser une question anodine – je n’ose pas autre chose - sur un terme typiquement « bloguesque » que je ne comprends pas (je crois que c’était « trackback »). On me répond gentiment. Un autre commentateur me suggère bientôt d’ouvrir mon propre blog. Je suis effarée devant mon écran : Quoi ? Moi ?! Un blog ?! Mais qu’est-ce que c’est que cette secte ? Dans quoi veulent-ils m’entraîner ?

Quelques jours plus tard, je dépose le nom de domaine traou.net. Je passe quelques week-ends les mains dans le cambouis dotclearien, et le 13 octobre mon blog à moi est en ligne. C’est le début d’une très belle aventure.

Celle à qui je dois cette « révélation », je l’ai croisée depuis à quelques reprises, lors de rencontres de blogueurs. Il nous est arrivé d’échanger quelques mots amicaux. Ce que je raconte ici, je l'ai dit à quelques-uns, jamais à elle, c’est drôle. J’ai ici aujourd’hui l’occasion de la remercier : Tarquine, je vous dois beaucoup.

kaa, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 5 février 2007

2005:32 La bascule (1/3)

Je commence l'année en découvrant que je fais partie d'un harem.
Je me revois lire cette lettre, m'écrouler sur le lino de la cuisine, en hurlant.

Je dis non.
Puis j'accepte.
Je crie.

Je ne serai jamais assez spéciale pour quelqu'un.

Au début je résiste, je ne veux plus être son amante, sa chose.
Puis je craque, mon corps me trahit.
Et mon coeur se recroqueville.

Les mois passent, je profite de tout et de tous.
Je ne veux plus me regarder.

Puis il y a ce concert, un soir de déluge.
Il n'est pas venu, bien entendu, mais les autres sont là.
Ceux qui m'aiment malgré moi.
Et leur chaleur me donne des ailes, et de la voix.

Ce soir, je chante,
devant eux,
pour eux,
avec eux.

Je chante en choeur, en rouge et noir, la Résistance et la Liberté.
Je chante la libération des camps.

Les mots sont de Ferré, mais les coeurs sont à nous.
Pour eux.

kaa, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 5 février 2007

2005:32 La bascule (2/3)

Rouge

Ils sont là, on les sent, on les sait,
dans le noir, là,
juste derrière les spots aveuglants,
brûlants.

Ils sont là, tendus vers nous,
attentifs,
aux aguets.

Il fait trop chaud.

Ils sont là mais ne savent pas encore.

Alors on prend le temps,
la note, l'accord,
la respiration.

Le silence tombe.
Ils sont prêts.

Pas moi.
Je ne vais jamais y arriver, jamais.
Trop d'attente,
trop d'émotion à porter,
trop d'images dans ma tête.

Je ne peux plus respirer.
Je voudrais hurler mais je suis paralysée.

Je m'accroche à une main,
une autre me saisit,
nos regards se croisent enfin.
Je ne suis plus seule.

Mon tremblement peut voyager,
de moi à nous,
à eux.

Nous sommes prêts.

Vingt et trois,
en coeur.

kaa, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 5 février 2007

2005:32 La bascule (3/3)

L'émotion laisse place à la fête.

Vous êtes là, avec nous.

Vous, c'est l'autre chorale, celle qui vient de loin, 500 km plus au Nord.

Une ville minière et des gueules, des vraies.

Quand je m'agenouille pour chanter, le poing levé, je ne te vois pas.

Puis, soudain, une vague de chaleur me submerge, m'envahit.

Ta voix chaude résonne, moi je ne peux plus chanter.

Je t'ai trouvé.

pistil, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 10 février 2007

2005 : Bête à concours

Dans une semaine, je passe les oraux du concours.

Une année que j'y pense, que ma vie tourne autour de ces deux jours où je devrai soutenir les regards et les questions d'un jury qui décidera si oui ou non je suis capable d'exercer le métier que j'ai choisi. Une année où j'ai travaillé souvent bêtement, souvent scolairement, la tête dans le guidon, des dates et des théories par coeur, vingt par pages résumées en trois lignes, quinze pages en tout, et rebelote le lendemain. De la méthode, de l'entraînement, la tête pleine à craquer, les loisirs en pointillés, et de temps en temps la rupture et des jours sans me rendre en cours, à culpabiliser sans pouvoir ni travailler ni penser à autre chose.

Les vraies brèches trop rares et desquelles j'attends peut-être trop pour qu'elles puissent tenir leurs promesses, quelques terrasses entre copines, les soirées en amoureux, les ballades dans une ville que j'habite sans connaître et que je ne découvrirai qu'après l'avoir quittée.

Je n'apprends pas, je me remplis de connaissances, je cherche à valider un contrat. Rien de ce que j'ingurgite ne me transforme, galimatia indigeste de ce qu'il faut savoir pour prétendre au titre.

Une année où je n'ai rien laissé entrer dans ma vie, ni personne. Mes camarades de galère ne sont pas mes concurrents, mais les connaître demanderait du temps, et de l'énergie.

Bête à concours - le double sens y est.

Et puis, à une semaine des oraux, quelque chose se passe. Mon esprit tout d'un coup s'affute et se libère, et ces concepts que je manipule depuis des mois deviennent soudain lumineux, chacun remarquable dans sa fine compréhension du monde. Je me sens changée, et pour la première fois depuis trop longtemps, éveillée. Intelligente de tout ce que je sais, et consciente de tout ce que j'ai à relier encore.

A une semaine des oraux, un miracle très ordinaire s'est produit, et c'est moi, et non un clone de candidat idéal, qui vais défendre mon envie de faire ce métier.

piloue, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 10 février 2007

2005:25 - Mariage et thérapie

Prise au piège. Le matin je me lève, je me prépare, je vais travailler, je rentre à 18h épuisée, il fait nuit, je dois faire la sieste, question de vie ou de mort, je n'ai envie de rien, tout m'indiffère et quand ce n'est pas le cas, me terrifie.

Aller au ciné ? Mais si j'étais trop fatiguée, au bord du malaise ? Ciné, repas chez des amis, shopping, tout cela va me tuer, j'en suis certaine. Je reste chez moi, à survivre, en ayant oublié que la vie peut être autrement.

Heureusement G., lui, s'en rappelle.

Pshychatre hebdomadaire et anxiolitique quotidien, je redeviens vivable, pour moi et pour G., je soigne ma depression, je déterre de vieux démons et leur fait la peau, des erreurs de jeunesse, mes doutes, mes angoisses, mon agressivité chronique envers G.

J'ai l'espoir de m'accepter, de laisser les gens et principalement G. m'aimer. Je n'arrive simplement pas à me faire à l'idée qu'on puisse m'aimer telle que je suis, moi qui ne m'aime pas.

Je me rends bien compte que si je ne change pas, G. ne me supportera pas toute sa vie. Et je continue de croire que G. va m'épouser pour de mauvaises raisons.

Quand le beau temps revient, les choses s'arrangent, je trouve mieux à faire que la sieste et mes séances psy. La préparation du mariage se passe très bien et plus un instant je doute de ce que nous sommes en train de faire : G. est heureux et ce mariage il en a envie autant que moi.

C'est la tête hors de l'eau que nous célébrons, G. et moi, un mariage à notre image, simple et merveilleux. Je vais mieux, je vais bien. Il y a encore (et il y en aura toujours) des choses à améliorer, mais je remonte la pente.

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