Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année à 39 ans

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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sicaliptic, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 13 février 2007

2005 : 39 ans Spleen en stock

Le blues, le cafard, la desespérance, la sale petite bête qui fait faire la grimace dès le réveil, l'insidieuse qui ôte le goût à tout et enlaidit le reste. Je ne m'explique pas vraiment pourquoi c'est arrivé là, rien n'allait de travers, peut être juste un peu trop droit, les copines diraient sans doute crise de la quarantaine qui sait?
Peut etre un bilan difficile à accepter,une grosse fatigue rien qu'à imaginer le chemin encore à parcourir, une mise en doute des objectifs. J'ai décidé de mettre de l'ordre dans ma vie pour qu'elle tienne moins de place, tout m'étouffait, je songeais même à y mettre fin mais la preuve est que je ne savais pas vraiment ce que je voulais ni ce qui m'arrivait.
Niveau santé j'ai morflé comme on dit chez moi, les dents, mal de dents mal d'amour, ai je quelque chose à me reprocher ? Cette année a été rythmée par des abcès dentaires au moins trois et des rendez vous chez le kiné parce que je n'arrivais plus à respirer, ni à dormir. Chaque nuit des éléphants se donnaient rendez vous sur ma poitrine pour y jouer au poker sans doute, bon faut bien essayer de faire sourire le docteur quand on n'arrête pas d'aller le voir.

J'ai lu un livre sur le feng shui et j'ai balancé tous mes souvenirs pesants à la poubelle, photos lettres et petits riens accumulés, j'ai vidé le mausolée, le musée personnel que je construisais pour les générations futures, ça fait bizarre mais ça m'a soulagée, le kiné m'a expliqué comment désarmorcer mes blocages (massage et respiration), je songe à m'inscrire au yoga et à changer de dentiste. Respirer... je respire.

erin, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 15 février 2007

Saint Claude, 2006-2007 : 40 - Vagues...

Ma quarantième année... que de choses cette année là... Difficile de choisir un moment, un fait marquant...

Il y eu ma varicelle, mon premier Paris-Carnet, plein de belles rencontres qui se poursuivirent l'été entre Paris, Senlis et le Cantal...
Quand la réalité rejoint le virtuel. J'ai découvert des gens généreux, des personnes ayant eu des impacts insoupçonnables... et insoupçonnés !

Il y eu aussi mes soucis financiers, des galères pas possibles qui me donnèrent cette impression... terrible impression... que la roue était, au mieux immobile, au pire qu'elle tournait à l'envers.
J'ai tatonné dans ma "philosophie" de la Vie... essayant d'appliquer ces pensées qui me paraissaient évidentes... sans jamais y parvenir vraiment, complètement... Recherche de ce que je suis ?
Plutôt je cherchais à assumer ce que j'avais enfin trouvé... Pas toujours facile de se découvrir complètement différente de ce que l'on a été pendant si longtemps.
Et puis une nouvelle voie professionnelle... comme une raison supplémentaire de croire en moi avant tout...

Il y eu beaucoup de périodes de découragement, de déprime, jusqu'à envisager de tout arrêter... Et toujours ces sursauts d'énergie... Volonté de me battre ? Force ? Réveil de ma raison ?

Mais cette année, comme d'autres avant, est liée à une autre... celle d'un autre... mon Espoir...
J'ai, il a, nous avons vogué sur nos propres montagnes russes, celles de l'autre, celles du Nous... Passant de l'espoir le plus fou au désespoir d'y parvenir... des percées à l'immobilisme... de la frénésie à l'amertume...

C'est durant ma quarantième année que j'ai passé les 40e rugissants, dans ma coque de noix... Et au bout...

Au bout ... mon Espoir est devenu mon Compagnon...

traou, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 18 février 2007

2003 - repos ?

Il y a des années qui ne servent à rien d'autre qu'à se reposer de la précédente. A creuser un trou un peu plus confortable pour s'y installer, lécher ses plaies encore fraiches, et essayer d'affronter la suite du mieux qu'on pourra.

Il y a des années qu'on démarre la peur au ventre après les tourments de la précédente. L'impression d'entrer dans un champ de mines. Qu'est-ce qui va encore m'exploser à la figure ?...

Il y a des années de changement de décor. Vraie différence ou simple illusion. Pour tromper l'ennemi. Pour tromper l'ennui.

Déménagement. Des semaines de travaux, cartons, plans, aménagements, projets pour s'étourdir. Un autre cadre. Une autre vie ? Pas sûr, mais il faut bien avoir cet espoir-là quelquefois.

samantdi, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 19 mars 2007

2000: 39 - à un siècle près...

Le 1er janvier 2000, à 0 heure j'étais sur la place du Capitole avec mon vieil ami Paul, sa compagne, leurs deux fillettes dont l'une était encore dans la poussette. Il y avait aussi Louis, 13 ans, le fils que la compagne de mon vieil ami avait eu d'un premier mariage.
Je me suis toujours bien entendue avec ce garçon, que j'ai connu quand il avait 6 ans, en 1993.
Nous nous sommes tous embrassés alors qu'autour de nous les gens faisaient de même.
Je ne me souviens plus s'il y avait un feu d'artifice, je revois des gens qui buvaient du champagne, qui trinquaient...

Assez rapidement, mes amis ont voulu rentrer pour coucher les petites, alors nous sommes restés Louis et moi, nous avons décidé de faire le tour de la ville et de nous laisser porter par les événements. C'était un peu surréaliste, cette promenade. Tous les gens se saluaient, se souhaitaient la bonne année. C'était tranquille, joyeux.

Nous étions vivants et nous avions changé de siècle.

Mais en fait non, nous étions encore au XXème siècle. Je m'en suis rendu compte quand en janvier 2000, j'ai rencontré l'homme aux yeux bleus. Il m'a fallu quelques mois pour comprendre que c'était ma dernière histoire d'amour du XXème siècle.

... car aux lignées condamnées à cent ans de solitude, il n'était pas donné sur terre de seconde chance: la fin de "Cent ans de solitude" m'avait toujours un peu impressionnée.

En 2000, j'arrivais au bout des cent ans.
Mais mon XXIème siècle n'a commencé qu'en 2004.

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 20 décembre 2007

1997:39 Sereines inquiétudes

Le service des impôts me réclame une somme astronomique au titre de l'appartement que nous avions acheté et pour lequel il semblerait qu'une déclaration importante n'ait pas été faite en son temps. Je contacte Estac là où il est, et il m'envoie balader proprement en m'expliquant qu'il sait très bien qu'il n'a pas fait à l'époque cette déclaration et que je n'ai qu'à me débrouiller, étant sur place. Je panique littéralement, ayant pour l'instant un cerveau incapable de me concentrer sur la réalité du problème et je fais appel aux services sociaux de la Mairie pour m'aider, eux, au moins, sont là, même si ils n'ont pas trop l'habitude de traiter des problèmes de grosses sommes d'argent, après tout je suis propriétaire de mon logement à Paris !

Pendant ce temps, les inquiétudes face à la tranquille bizarrerie de mon garçonnet prennent de l'ampleur et là aussi, j'essaye d'en parler, avec quiconque veut bien m'entendre. Pas facile d'être inquiète quand tout concourt à chercher à vous rassurer : il paraît que je suis si sereine, si paisible, si épanouie, si bonne mère, si tout ceci et si tout cela. Comment m'inquiéter encore plus, cela devient difficile, à l'intérieur de moi, un bébé extrêmement apaisant et rassurant se développe, rarement je me suis sentie aussi bien physiquement et rarement aussi paniquée mentalement.

Mon grand frère va se marier, sa future attend elle aussi un bébé, mais qu'est-ce qu'elle est stressée ! Estac décide de leur offrir comme cadeau de mariage une Ellingtonia, cadeau superbe qu'il se met à préparer avec sa passion habituelle, recrutant ses musiciens et décidant depuis les States de toute l'organisation des répétitions avec une maestria qui montre sa motivation.

Cela compense pour l'absence de participation aux préparatifs de son propre mariage quelques années plus tôt. Ce qui ne l'empêchera pas de ne pas se pointer à la Mairie, après tout quel intérêt, ce n'est que son beau-frère et sa femme enceinte jusqu'au cou (moi) qui auront à gérer les tensions des situations diverses et variées qui ont lieu ce matin là. On n'en parlera pas. Pas plus que du sentiment de solitude et d'abandon à nouveau juste après le concert, où je n'ai pas pu échanger un mot avec mon époux qui passe tout son temps avec les musiciens, et moins encore avec son fils qui pourtant était ravi de le voir jouer.

Cette fois-ci, mon homme assiste à l'accouchement de son second né, un accouchement lettre-à-la-poste, et cette fois-ci, c'est moi qui choisis le premier prénom mais n'aurai pas mon mot à dire sur le faire-part en forme de pochette de CD assez ésotérique, au point que certains n'auront pas compris que j'avais accouché d'un bébé, et féliciteront Estac pour la sortie de son quatrième album un peu en avance sur la réalité.

J'ai proposé d'aller m'installer pour terminer l'été et démarrer sa petite vie à la campagne, où je suis nettement mieux qu'avec la chaleur et les étages parisiens. Mes parents nous ont prêté leur maison, mais je m'y retrouve seule à nouveau, et découvre que pendant ce temps Estac a fait évaluer notre appartement parisien qu'il aurait l'intention de vendre. J'apprends ainsi qu'il projette de nous faire venir vivre aux Etats-Unis, et que ses plans sont déjà bien établis.

La surprise est de taille et me met en porte-à-faux. Je suis heureuse et inquiète à la fois, mes bébés sont si beaux et je me dis que je m'en fais pour rien, d'ailleurs je n'ai aucun mot à mettre sur mes alarmes, je n'ai qu'un sourire peut-être béat, et des compliments admiratifs. Quand Estac m'annonce en octobre qu'il a trouvé LA maison de ses rêves, et que je sois d'accord ou pas, il va l'acquérir, je me décide tout de même à aller faire un saut, nourrisson sur les bras, de l'autre côté de l'Atlantique, pour voir de quoi il parle.

Dans la beauté incroyable de l'automne flamboyant, quand j'aperçois les biches au fond du terrain, j'éclate en sanglots, terrassée par la prescience de quelque chose, et Estac s'empresse de rassurer le courtier qui voit déjà l'affaire dans le lac, en lui disant que bien sûr, ce sont des larmes de joie.

C'est la deuxième fois que je sais parfaitement bien que je prends la décision que je ne veux pas prendre, et que je le fais à cause de ce que me dit l'homme que j'aime. C'est la deuxième fois qu'une amie chère soulève le lièvre avec tendresse et précaution, mais que je choisis de ne pas écouter la question qu'on me pose et croire en l'image de sérénité qui vient masquer l'inquiétude.