Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 2006

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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Kozlika, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 6 novembre 2006

2006:46 - Fille

Dans une semaine exactement j'aurai quarante-six ans. Ça me semble totalement saugrenu.

Quarante-six ans et quand je me décris je dis « fille » et toujours pas « femme » (et les sorcières de me reprendre en chœur l'autre jour). Je m'étonne qu'on m'appelle Madame (Ah tiens, je n'ai pourtant pas les gosses avec moi !) Je ne me sens pas jeune fille non plus notez bien, euh... ni vieille fille d'ailleurs.

Fille.

Ce n'est pas une relation douloureuse au fait de vieillir, plutôt le sentiment que je n'ai pas fini de grandir et qu'on est femme quand on est une grande personne. J'avais prévu que quand je serais femme j'aurais plein de certitudes et de sagesse, de l'assurance, quelque chose, un truc, une aura d'adulte. Nada. Fille.

2006. C'est bizarre, je ne saurais dire pourquoi ni depuis quand précisément mais j'ai l'impression de ne plus avoir peur de la vie et que c'est récent. C'est arrivé quelque part dans cette année 2006. Je me sens prête à prendre des risques. Est-ce depuis que j'ai (un tout petit peu) moins peur de la mort ou l'inverse ? Ça a dû commencer avec les Dialogues qui me sont tombés dessus quand j'étais sans défense dans un fauteuil en velours. Blanche de la Force c'est moi, jusque dans la mort de la mère supérieure, si exactement moi, c'est ahurissant. A la/me voir et entendre sur scène ça m'a crevé les yeux que la peur de la vie était l'autre face de la peur de la mort. Je ne sais rien de l'œuf et de la poule en revanche.

Samedi j'ai mis mes belles nouvelles bottes pour le repas de famille. J'ai baissé le revers, puis j'ai pensé à une paire d'yeux bleus estomaqués qui ne jugeaient pas mais s'étonnaient quand j'expliquais que je ne les mettrais pas façon cuissardes parce que ce n'était pas « ma case » dans notre ordonnancement du puzzle familial. Pourquoi pas ?, disaient les yeux bleus. Pourquoi pas, ai-je décidé en relevant les revers ce matin-là. « Tu as bien choisi, toi qui es si frileuse, ça te tiendra bien chaud cet hiver », a commenté ma mère. Pas ma case, j'vous dis.

J'ai toujours été « la petite », pas seulement pour ma taille. Dans la famille, presque treize ans d'écart avec ma sœur, trente-six avec ma mère, cinquante-quatre avec mon père. Dans mon militantisme : une poignée de lycéens avec des tas de vieux de trente ans et plus. Dans mon couple : onze ans entre mon ex-compagnon et moi. Au boulot : jusqu'à très récemment la plus jeune d'un service d'une centaine de personnes.

Boute-en-train, mascotte, clown, vent frais, copine. Fille toujours.

Ah tiens, bizarrement doyenne ou quasi aux Paris-Carnet, doyenne largement dans la dcTeam(), doyenne au congrès des sorcières.

Ben ça alors ! Quarante-six ans dis donc, tu te rends compte ? Allez, répète après moi : tu es une f...

krazy-kitty, sur le chemin de 2006 à 19xx,
vendredi 26 janvier 2007

2006 : 21 - Les instants heureux

Le restaurant surplombe la vallée. De la fenêtre à côté de laquelle nous avons été idéalement installés - la terrasse semble trop fraîche pour la robe sans manches qui m'habille -, on peut voir toutes les lumières des villes avoisinantes, celles du stade où se dispute un énième match de baseball, et même les feux d'artifices du parc d'attraction, au loin. Il y a aussi de grandes zones d'ombre ; ça, c'est le désert.

Les serveurs sont, comme à l'accoutumée, un peu trop obséquieux et envahissants à mon gré. Je déteste les sentir surgir à mon côté pour remplir mon verre qui est encore loin d'en avoir besoin.

La conversation est enjouée, presque fiévreuse. Nous parlons de mots. Du plaisir de jouer avec eux, de noircir les pages de phrases où ils s'assemblent, de dévorer les agencements qu'en ont fait des plus doués que nous. Du plaisir qu'il y a, aussi, à raconter des histoires. Pour la première fois, je m'exprime vite, avec souplesse ; des mots me viennent dont je ne soupçonnais pas connaître l'existence ; je ne bute plus sur leur prononciation. Quant à lui, habituellement si réservé, il répond avec enthousiasme, il développe, il raconte, il s'ouvre. J'écoute. Je l'écoute se dévoiler plus intimement qu'il ne l'a jamais fait. J'écoute ce qu'il évoque à propos de Camus, de l'écriture comme échapatoire. J'écoute l'accent de la côte est que j'aime tant dérouler sans hâte les mots, les phrases, les pensées. Je souris, et à mon tour, je parle de Camus, de l'Etranger, et de mon père.

Plus tard, après le dîner, nous savourons sur la terrasse la fin de la soirée. Des airs d'opéras passent dans les hauts-parleurs et je m'amuse à les reconnaître. Parfois, je ne sais pas, alors j'invente, et il me regarde d'un air vaguement incertain ; alors, d'un rire, je reconnais l'imposture.

Ce soir-là, je virevolte comme une petite fille ; je tourne et je vire dans ma robe rouge ; je ris aux éclats et son rire se fait écho du mien.

Ce soir-là, il devient vulnérable. Il se dévoile sans être sûr de ne pas être à ma merci. Chaque sourire, chaque baiser, chaque effleurement de ma main le réconforte, mais au fond, une crainte sourde l'envahit. Je ne le sais pas encore, mais son chemin a été jalonné de manipulatrices, d'arrivistes, d'insincères. A vrai dire, je ne le soupçonne même pas ; nous sommes si jeunes, et je suis encore naïve... Elles en voulaient à l'argent de sa famille, à son désir et sa capacité de s'arracher à la petite ville de Pennsylvanie, à son statut de président des élèves, à ses bons résultats présageant d'un salaire alléchant, à la bourse obtenue pour entrer en troisième cycle dans une prestigieuse université. Moi, je suis partie il y a bientôt sept ans de ma petite ville de province, j'ai plus de diplômes que lui et une meilleure bourse pour le même programme. Je ne compte que sur moi-même pour assurer mon avenir - et même mon présent. J'en veux aux bons mots qui me font rire, à ceux qui me réconfortent, à nos conversations, aux reflets du soleil dans ses cheveux blonds et à la douceur de ses lèvres. Eblouie par son sourire et trop occupée par mes propres insécurités, je ne remarque rien.

Alors, inévitablement, quelques jours plus tard, j'agis inconsidérément et sans penser à mal. Il est préoccupé par son travail, les échéances qui s'accumulent, et a prévu de passer son dimanche à plancher. Alors je ne le préviens pas que je vais me promener à la plage avec un ami, je ne l'invite pas. Quand, à mon retour, je le sens sur la défensive au récit de mon après-midi, je mets ça sur le compte de la fatigue.

Il me faut plusieurs jours pour comprendre qu'il m'a enfouie dans le même panier que celles dont je n'avais aucune idée qu'elles avaient été les précédentes. Qu'il m'en veut d'avoir réussi à lui faire autant baisser sa garde avant de lui asséner ce coup-là. Qu'il s'en veut de s'être laissé prendre au piège. Qu'il me prête les pires intentions - j'en voudrais à sa nationalité, à sa connaissance du pays, à sa voiture, à l'argent qu'il ne manquera pas de faire alors que je m'obstinerai par plaisir dans la voie moins lucrative de la recherche universitaire...

Pendant ce temps, je me soucie de mes projets, qui n'avancent pas ; de mon père, dont le dos est dans un piètre état ; de moi-même, qu'un ex s'obstine encore à détruire même si ce n'est pas son but. Quand il m'accuse, je tombe des nues. Plus rien ne tient debout que mes doutes, mes peurs et mes angoisses.

« Je croyais qu'il y avait quelque chose entre nous, que je comptais » me dit-il. « Je croyais qu'il y avait quelque chose entre nous, que tu me faisais confiance » répliqué-je. Il ne sait pas par quoi je passe, me croit satisfaite ou heureuse. Je m'enfuis en courant dans la nuit. Je me déteste. Je le déteste de ne pas comprendre, de ne rien voir. Chaque jour, chaque soir, j'attends un signe de lui qui ne vient pas.

Et puis, un jour, je le vois de loin sur le campus. Je n'ose pas aller vers lui. C'est lui, cependant, qui vient vers moi, un peu plus tard : je le précède sur le chemin du retour, et de me voir abattue, traînant ma patte récalcitrante - j'ai une sciatique pseudo-psychosomatique -, il commence à douter. Ou alors, une bouffée de tendresse l'envahit. Ou de pitié. Il m'aborde et me laisse l'occasion de lui dire ce par quoi je passe, en dehors de lui. Je n'arrive pas à lui parler du mal qu'il nous fait et de celui que je n'ai jamais voulu lui faire. Il esquisse un sourire, ne m'embrasse pas, ne me touche pas, et je pars en pleurant.

Je ne me sens pas le droit de revenir vers lui, de rajouter mes soucis aux siens ; mais je ne peux pas ne pas essayer de me justifier, de lui faire comprendre. Alors j'écris. Puisque je n'arrive pas à parler, que j'y perds ma dignité en sanglots, puisque la force des mots et le pouvoir de l'écriture. Je m'habille élégamment et me maquille de mon mieux, pour me donner du courage. Et je sonne à sa porte, ma lettre à la main. J'avais l'intention de la lui donner et de partir, mais c'est son colocataire qui m'ouvre et me fait entrer. Alors je monte les escaliers jusqu'à sa chambre en souriant - pour le colocataire. Et je le regarde lire ma lettre.

Il me regarde étonné : « Alors, tu veux continuer ? ».

Alors, on a recommencé. Ca m'a pris des semaines pendant lesquelles je tremblais de faire un faux-pas. Ca lui a pris des crises de larmes, la peur de ne pas pouvoir faire confiance, la peur de ne pas pouvoir aimer.

Et puis un soir, dans ma robe rouge, j'ai à nouveau virevolté dans ses bras.

samantdi, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 27 janvier 2007

Ricochets 2006 :45 - Réalisations

En 2006, j'ai 45 ans. Quand sonnent les dernières heures du 31 décembre, je me dis que c'était une bonne année. Peut-être même la meilleure que j'ai vécue.

Une année de réalisation.
Une année de réalisations.

En 2006, j'ai aimé et je me suis sentie aimée de la tête aux pieds, du sol au plafond, aimée comme une femme, corps à corps, peau à peau. J'ai senti dans toutes les cellules de mon être la montée du plaisir, du désir, la réalisation de nos envies, de nos émois. Et pourtant, en même temps, je sais que c'est la fin de la liaison passionnée qui me noue à D. depuis plus de deux ans. Nous avons tourné nos scenarios dans tous les sens, il n'y a pas d'autre alternative. D. et moi nous savons la force mais aussi les limites de notre attachement. Nous avons vécu pleinement ce que nous avions à vivre et nous savons aussi que nous aurions aimé faire un but de chemin ensemble. Mais ni l'un ni l'autre ne sommes prêts à payer le prix de l'exploration de ces terres inconnues. Pour lui, démanteler sa famille, pour moi, changer de ville, n'avoir plus que lui pour point d'ancrage. Nous ne nous sentons pas capables de nous rendre heureux dans ces conditions.
Pendant deux ans, le destin nous a été clément. En cette fin 2006, D. décroche enfin le contrat de travail dont il rêvait, mais au prix d'un déménagement qui met fin à nos petits arrangements de vivants.
Pour la première fois de ma vie, j'accepte une rupture. Nous nous accompagnons l'un l'autre sur le chemin, nous nous disons les mots de l'amour et acceptons de regarder les choses en face sans que ni lui ni moi ne nous sentions abandonnés ou lésés.
C'était une belle histoire. J'en sors plus forte, plus audacieuse et sûre que la vie me réserve encore d'autres belles surprises, comme le fut cette rencontre.

En 2006, j'ai réglé le problème du logement de ma mère. Du coup, j'ai remis ma mère à sa place. Je ne vis plus avec l'angoisse de la savoir mal logée, dans une maison qu'elle était incapable d'entretenir, qui m'appartenait et dont je me sentais responsable. Nos relations se déploient autrement. En rangeant et triant ensemble, nous dénouons et renouons autrement nos liens.
Ma mère me fait un cadeau inespéré : elle me donne deux cartes postales que mon père lui avait envoyées au tout début de leur rencontre. Tout le reste, correspondance, photos, elle l'avait brûlé en apprenant qu'elle était enceinte. Voir l'écriture de mon père, regarder le nom de ma mère écrit par lui me donne le sentiment d'une réparation intérieure.

En 2006, j'ai mis en route et presque terminé un autre processus de réparation : j'ai décidé de faire soigner mes dents. J'avais des dents de pauvre, réparées de bric et de broc avec de grands trous, des béances et des fragilités. J'investis dans la pose d'implants puis, dans la foulée, je refais à neuf toutes les dents soignées un peu, bricolées, branlantes, pour prendre un nouveau départ du côté des mandibules.
Ce n'est pas anecdotique pour moi. Je paie cher, mon dentiste devient presque mon analyste, au fil des semaines, la reconstruction avance. Je pleure beaucoup chez mon dentiste, je m'évanouis même deux fois. Pourtant c'est l'homme le plus doux du monde, et ma mâchoire est endormie. Je sais bien que la question est ailleurs, dans le mot même de "reconstruction". Quitter la peur et aller de l'avant. Je retrouve le plaisir de croquer et je renonce à mes chicots : j'ai assez de cicatrices comme ça à contempler les jours de vent neigeux.

luciole, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 28 janvier 2007

Ricochets et petits cailloux. 2006, le test ...

Cela fait une semaine que j'attends. Je m'ausculte, tiens j'ai mal au ventre, elles vont arriver. Tiens, j'ai mal à la tête, elles vont arriver. Elles ont une semaine de retard, enfin je crois, je ne suis plus très sure de la date des dernières. Je n'ose pas y croire, j'ai peur d'y croire. Elles sont ponctuelles en générale, mais j'ai tellement voulu ce retard que peut être je me le suis créé. Sait on jamais la puissance de l'esprit sur le corps. Je pourrais faire un test pour être sure, mais je n'ose pas, j'ai peur d'être déçue. Je connais cette déception, je l'ai déjà vécu. Je me souviens très bien de cette époque où chaque mois il y avait un nouvel espoir et une nouvelle déception. Je me souviens très bien de mes larmes et j'ai très peur de pleurer encore. Alors j'attends.

Je vois une de mes soeurs, je lui en parle. Elle me dit qu'au bout d'une semaine, il est plus que légitime d'espérer. Mais je n'ose pas encore. Je téléphone à mon Il qui est rentré chez lui à Paris. Je suis encore dans le sud. Il me dit de faire le test, pour être fixé, pour moi, pour lui, l'attente a assez duré. Comme j'ai son feu vert, en partant donner mon cours de théâtre, je m'arrête à une pharmacie. J'en choisi une où je ne vais jamais. Une où je suis incognito, pas de regard de connivence surtout. Puis je reprends mon chemin vers mon cours. Il est 19 h, les élèves arrivent, j'ai le test dans mon sac. J'ai le coeur qui bat. Je ne sais pas comment j'ai donné ce cours, je ne me souviens de rien. Trois heures plus tard, je rentre à pied chez moi, je danse presque, l'espoir monte à chaque pas.

Je suis chez moi, je fais comme si de rien n'était, je prends le temps de poser mes affaires, de boire un peu d'eau. Je fais comme si il n'y avait pas d'urgence. Je triche avec mon espoir, j'ai encore peur d'être déçue. Et puis je n'y tiens plus. J'ouvre la boîte du test. J'en relis deux, peut être trois fois la notice. Je veux être sure de tout bien faire. Je vais dans la salle de bain, je fais pipi dessus.

Je retourne dans le séjour, je pose le test sur la table. Je fais semblant de faire autre chose, je ne me souviens pas de ce que j'ai fait. J'ai tenté de ne pas fixer le test, mais mon regard se porte sur lui malgré moi. Je vois la petite ligne apparaître. Je n'arrive pas encore à y croire. J'attend encore, on ne sait jamais, elle pourrait disparaître. Elle ne disparaît pas. Mon coeur commence à danser, à chanter, mon corps ne tient plus en place. J'ai une envie de hurler tant la tension est grande. Je n'arrive pas à me le dire encore... "Je suis enceinte". Je n'arrive pas à y croire.

Je me décide fébrilement à téléphoner à mon Il. J'ai un peu peur. C'est un peu tôt pour nous, on a décidé de laisser mon corps décider du moment. On ne pensait pas qu'il se déciderait si vite, lui qui pendant si longtemps n'avait pas voulu. Mon il décroche, je ne sais plus du tout comment je lui ai dit mais je me souviens de ce qu'il a dit :" Tu te sens comment ?" Moi : " J'ai envie de danser tellement je suis heureuse ". lui : " ALors je suis heureux aussi ". Et puis un peu plus tard, le temps que l'information lui parvienne vraiment il dit : " On se lance dans une sacrée aventure. " J'entends comme une envie de rire. Puis encore un peu plus tard : " Je me demande quel type de maman tu vas faire". Voilà, ça y'est, là je commence à y croire, je vais être maman.

Nous sommes en avril 2006. Elle est née le 25 décembre 2006. WOW, 2006, ça a été une merveilleuse année.

Ame, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 28 janvier 2007

2006 : 28 Juste une mise au point

Un coup d’œil à ma « check-list » : passeport, billet, piles appareils photo et médocs… Il fait beau. J’ai appelé quelques personnes hier pour les « au revoir » de circonstances. Ce matin, je pars.

Je me souviens de cette idée qui m’était venue un an plus tôt. De partir loin en voyage. Itinérant en « sac à dos ». En Asie. Une amie était enthousiaste. Puis elle s’était rétractée. Des annonces pour trouver des compagnons de voyages ensuite. Quelques réponses et puis la décision qui s’est imposée à moi début janvier. Je partirai seule. Le plus dur est pour moi d’affronter un regard de surprise quand j’en parle. Partir seule m’est déjà arrivée. Moins loin, moins longtemps, ça correspond à mon tempérament à mes envies d’indépendance et de solitude. J’ai 28 ans, et plus les années passent et plus j’ai l’impression que la solitude, le célibat sont mal vus. J’ai 28 ans. 28, C’est mon chiffre bonheur. Un bon cru, m’étais-je dit et pourtant, tant de doutes, de déceptions en cette année.
Un coup d’œil à ma montre alors que j’attends la navette pour l’aéroport. Je suis en avance. Comme pour ce billet, acheté en janvier pour ce voyage, économisé et rêvé les mois suivants. Ce sera en Thaïlande. 3 semaines. Je me suis préparée quelques points d’itinéraires, certains touristiques, d’autres beaucoup moins. Mais je le découvrirai plus tard.
Pour l’instant, je me dis que j’y suis finalement dans cette file d’attente pour l’enregistrement des bagages. Pas la peine d’utiliser l’assurance annulation pour ce trajet.
L’assurance et l’angoisse. En janvier, lorsque j’avais pris le billet, je traversais une période d’angoisse, d’insomnies. Avec le recul, je comprends mieux ce qu’il m’est arrivé. Pour la première fois, j’allais travailler pour un seul et même employeur pour l’année à venir. Pas de possibilité d’être le cul entre deux chaises, de jouer sur plusieurs tableaux. Il faudrait que je fasse avec. Dans une ambiance de boulots morose et avec des collègues très fatalistes, pessimistes. Je commençais à être contaminée. Et il y a eu l’achat du billet, sans prendre l’assurance annulation. Et la peur. Irraisonnée, cette peur, d’avoir jouer mes économies sur un coup de poker. Le lendemain, je trouvais une autre compagnie pour m’assurer, et me rassurer.
Je monte dans l’avion. Escale à Rome. L’Italie est mon deuxième pays. Je m’y sens bien, je pars en confiance. Peut-être aurais-je le temps d’acheter un magazine, d’y boire un caffè macchiato.
L’avion décolle et je réalise les attentes que je me suis faite autour de ce voyage. Une semaine plus tôt, à une copine, je parlais même de voyage initiatique. Juste une mise au point, pour reprendre les paroles d’une chanson. Aller vers un endroit inconnu où je ne connais personne et voir comment je me débrouille. Faire le point sur mes projets, ma vie actuelle, mes doutes. Vivre en retrait selon un autre rythme, me poser dans un endroit et y prendre mes habitudes. Réfléchir sur le tourisme prêt à consommer. Communiquer. Observer. Essayer de comprendre ce qui est différent ou pourquoi ça ne l’est plus. Ce sera un peu tout ça et bien d’autres choses encore.
Mais à ce moment-là, quelque part dans le ciel au-dessus de la Méditerranée, je me dis que j’ai de la chance. Je pars loin, je pars en vacances.

kaa, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 29 janvier 2007

2006:33 - Le Tour de la Terre

42 000 km.
La circonférence du globe, paraît-il.
La distance que nous avons parcouru cette année-là.

Neuf mois passés entre deux villes, entre deux vies, dans des trains qui se traînent, dans des voitures qui roulent trop vite.
Neuf mois à hurler de distance.

Notre amour a eu un accouchement difficile.
Je me demande encore si je ne suis pas stérile.

Je t'ai voulu tellement fort que j'ai fini par te rencontrer.
C'était l'été d'avant.
C'était un rêve d'enfant.

Un rêve que les kilomètres transforment en cauchemar.
Je suis plus seule que jamais, loin de toi.

Je m'éloigne, je me protège.
On ne peut pas m'aimer.
Je ne veux plus risquer.
Je mets 42 000 Km entre nous, à l'intérieur.

J'aime ailleurs, un lutin aux pieds ailés qui combat les mêmes démons que moi, mais avec élégance, le rire au bord des larmes.
Et ça me fait encore plus peur, ces ailes.
Elle.

Elle te sait.
Tu l'acceptes.
Je suis perdue dans tant d'amour.

Ca ne peut pas être moi.
Je ne suis pas aimable.
J'attends que vous vous rendiez compte de votre erreur.
Mais ça ne vient pas.
Et je ne sais plus quoi faire de tous ces kilomètres.

Elle sait.
Elle sait mieux que moi mon désir d'enfant.
Elle m'aime trop pour avoir peur que je sois heureuse, ailleurs.
Elle coupe les amarres.

Je pars.
Ce sera tous les changements d'un coup, ville, travail, amis, vie de couple.
Je ne me souviens déjà plus de tout ça.

J'ai encore le coeur qui bat trop fort.

traou, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 29 janvier 2007

2006, année floue

Il y a des années qui semblent incertaines quand on y pense trop tôt. Quand le projecteur de la mémoire est encore trop près pour qu’on puisse en déterminer la couleur. Comme ces vêtements que l’on doit exposer à la lumière du jour pour en être sûr : Noir ou bleu marine ? Rouge ou rose ? Bleu ou vert ? Blanc ou beige ?

Mon année 2006 m’a d’abord parue trop fraiche pour la qualifier précisément. Le premier mot qui m’est venu à son sujet, c’est « flou ». Une année floue, c’est ça. Trop près de mes yeux, sans doute. Et dépourvue d’évènement tellement marquant qu’il en serait la définition à lui seul. Ce n’est pas avec évidence « l’année de ce mémorable XXX, tu te rappelles ! ». Non, c’est l’année de plein de petits riens, ou de petits quelques choses, dont certains s'avéreront peut-être fort importants un jour, tissés entre eux pour faire 12 mois, voilà.

A bien y réfléchir, ce serait plutôt une de ces années qui ressemblent à un nettoyage de printemps, de celles où on vide les tiroirs, on aère les placards, on attrape des vêtements plus portés depuis longtemps en s’interrogeant : « Est-ce que je le remettrai ? Est-ce bien utile de le garder ? ». J’ai fait du rangement.

Une année qui démarre étrangement, avec une amitié qui semblait si précieuse brusquement tombée en panne pour des raisons mystérieuses. Dont on s’aperçoit qu’elle n’était plus sous garantie. Et qu’une amitié ne se remplace par aucune autre. C’était pendant ma première extase de l’Inde. Drôle de période de vœux, qui augurait de pas mal de bouleversements, infimes ou importants, au rayon des autres, tous les autres.

2006 a vu la remise en question ou la rénovation d’autres relations. Et l’invention de nouvelles. Il y a eu d’autres ruptures ou éloignements, surprenants ou attendus, soulagements ou chagrins. Et puis de l’huile remise dans certains rouages grinçants : même l’amitié a parfois besoin d’être rénovée, mais l’on sait bien qu’on ne se lâchera jamais la main. D’autres relations sont comme des verres d’eau dans lesquels il y aurait eu tempête. Alors il faut laisser reposer, jusqu’à ce que le sable retombe au fond et que l’eau soit claire à nouveau. Et on fera bien attention à ne plus le secouer si violemment. Il y a eu un coup de foudre amical au féminin, rareté que je n’avais plus connue depuis longtemps, la sensation de rencontrer un complément essentiel à soi-même, si différent, si semblable. Il y a eu un regard plus aigu sur quelqu’un qui était là, tout près, depuis longtemps, mais je n’y avais pas prêté attention, ou pas assez. Il y a des gens qui m’ont vraiment épatée, d’autres agacée franchement. Et sans doute réciproquement. Dans tout ce fatras d’émotions et de sentiments divers, j’ai essayé de mettre un peu d’ordre. Sans y parvenir vraiment, évidemment, et je n’y tiens pas tant que ça : ce serait un peu triste de pouvoir régenter ses sentiments.

Il y a eu des inquiétudes violentes sur la santé de gens que j’aime. Apaisées à la fin de l’année. Je les guette du coin de l’œil, quand même, si fragiles.

C’est drôle, j’ai l’impression que 2006 était une charnière, une année de révision, un passage au garage. Pour aller où ensuite, je n’en sais trop rien, ma foi. Je ne déteste pas cela.

gabriel, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 31 janvier 2007

2006 (21) : Naufrage

Elle survit à peine, emportée par les flots. Remonte, hésite, aspire. Recrache en un soupir. Elle voudrait plutôt ou mourir, ou partir, mais reste entre deux eaux. Lui parlant allemand, je crois la soutenir et découvre en son coeur, l'esquisse d'un sourire... accablé de douleur. Elle, me maudissant, s'emporte, disparaît en sanglots effrayants que la nuit reconnaît.

Les accalmies ne sont qu'illusions, l'avenir qu'un plus sombre horizon. Nous ne nous voyons plus au-delà de demain ; aux cordes de marin, on usa bien des mains. Les espoirs échoués terminent en lambeaux. Mais, perdu pour perdu, je maintiens le flambeau.

Autant qu'elle égaré, je n'en fait rien paraître : faute de rien pouvoir, me contenterai d'être. Je la guide au travers des hoquets et des pleurs, esquivant les récifs vers une autre couleur. Animé d'une foi que la raison déplore, j'écope sans répit en espérant un port.

Ma propre vie n'est plus que l'ombre d'un combat, mené dans des contrées qui ignorent mes pas. Puisant toute ma verve au mât de la grand vergue, je l'entraîne - folie - dans un ultime cri, au creux de l'océan, qui nous jette mourants sur la plage au jusant.

Ai-je eu tort ou raison ? Que seront ces passions, la tempête passée ? les vit-on fracassées dès le premier rocher ? sont-elles ressorties de l'épreuve grandies ?

Les plaies des combattants, dans l'eau de mer plongées, mettent bien plus longtemps à ne plus les ronger - il arrive qu'on meurt des suites d'un naufrage qui, ayant moins d'ampleur, n'en est que plus sauvage - mais si, cicatrisées, ne laissent qu'une trace, l'amour traumatisé retrouvera sa place.

pistil, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 31 janvier 2007

2006 : Phénix

Premier et dernier ricochets, 1981 et 2006 : deux naissances. Deux fois mes naissances.

Je n'arrive plus à manger, je n'arrive pas à pleurer. J'écris, sans arrêt, sur mon blog, sur des cahiers, à des amis. Je prends des photos. Quand la panique monte, je me réfugie au bord de la rivière, des heures à regarder l'onde serpenter, en attendant qu'en moi aussi le barrage se brise et que l'eau coule.

La rivière paresseuse me sussure des vers tronqués :

Je sors au bras des ombres, Je suis au bas des ombres, Et des ombres m'attendent.

Le désespoir n'a pas d'ailes, L'amour non plus, Mais je suis bien aussi vivant que mon amour / et que mon désespoir.

Commencer à vivre soi-même/ importe davantage que de naître. D'ailleurs j'ai mis une petite annonce :/ vends maison /où je ne veux plus vivre.

Je suis en train de quitter ma vie. Je me dénude, en silence, malgré les mots jetés sur le papier, aux oreilles des proches. L'impression qu'une voix intérieure s'est tue, parce qu'une autre cherche sa voie dans ma gorge, déchirant tout sur son lent passage. A vif, mais vivante. Douloureux et exaltant, je me laisse enfin toucher par la beauté du monde.

Je ne sais pas encore que je tombe amoureuse, mais je sais déjà que je me prépare à un envol aussi inexorable que la chute qui suivra.

Mais pour le moment, je ne m'envole ni ne tombe - je suis assise au bord de l'eau et j'attends, immobile, que quelque chose bouge en moi.

(Les extraits de poèmes sont de Paul Eluard et de Viola Fischerova)

meerkat, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 31 janvier 2007

Descente vers l'a-pesanteur

Je lance moi aussi mon caillou dans la grande rivière de la vie dont Kozlika a libéré le cours.

L'idée des petits cailloux est chère à mon coeur. Les petits cailloux me sont comme des porte-bonheur, j’en conserve précieusement deux comme des talismans, j’en ai relâché d’autres dans mon jardin mais je garde un œil sur eux. Et si les contes en général me font peur car les mésaventures des enfants y sont souvent horribles, le Petit Poucet m'a toujours accompagnée. Des cailloux dans ma poche, et me voilà préservée des abandons et prête à m'amuser sur le bord d'une rivière. Cailloux, ricochets, ruisseaux, de vivants souvenirs d'enfance.

J'ai choisi le chemin de la descente, de 2006 vers ma naissance, du moi un peu bancal du présent vers le bébé tout neuf du passé. Ce chemin là me parle tout particulièrement, je suis toute emplie de mes jeunes années et je veux prendre le loisir de m'en rapprocher doucement pour les savourer encore. Dans cette descente, je ne suis pas toute seule. La petite fille que j'étais me tient la main et me botte les fesses. Elle veut se faire entendre, elle veut que je la ramène en surface, elle veut me rappeler combien j'étais joueuse, débordante d'énergie, amoureuse de la vie, assoiffée de liberté.

L'année 2006, je voudrais la poser comme une borne. Qui clôturerait les années de plomb que j'ai vécues, des années grises et desséchantes. Et comme une promesse, qui pourrait ouvrir vers d'autres rivages.

J'espère que les espoirs que j'y place se concrétiseront. Je le crois. Le grand vent du large m’a soufflée d’ouvrir toute grande la porte.

J'ai la sensation d'avoir à nouveau envie de vivre, de ressentir, de me faire plaisir, d'être en compagnie. Peut-être ai-je enfin franchi une étape dans mon histoire semée de séparations et de ruptures. Ma découverte récente de la blogosphère, de cette parole qui court comme un ruisseau et qui s'échange, a été une invitation à dégager mon esprit des carcans de réflexion que m'impose mon travail, à laisser courir mes idées, à ne plus formater mes pensées dans des cadres conceptuels étriqués. Un premier affranchissement, un heureux présage pour demain.

Je peux dès lors entamer mon avancée et accepter que les premières marches soient pesantes à descendre. C'est un retour à moi. Et je suis bien contente de le tenter en compagnie, de courir avec d'autres sur ce chemin.

piloue, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 5 février 2007

2006:26 - XX + XY

L'année commence avec une grande nouvelle : j'ai trouvé assez d'estime en moi pour avoir l'envie de me reproduire.

Première fois de ma vie que je m'imagine mère, que je me sent assez forte et que je ne vois plus cela comme une épreuve. Avant, je détestais les nourrissons, la pensée d'être mère me dégoutait et m'effrayait : j'avais une peur indéfinissable de gacher la vie de ma progéniture.

Décembre 2005, nous avons donc décidé, l'un et l'autre de lancer le projet bébé: nous voulions un enfant. Et à notre retour du Mexique, tout début janvier, ce projet commençait.
J'ai des papillons dans le ventre à l'idée d'être enceinte, à imaginer G. ému devant mon ventre, à nous imaginer tous les trois, petite famille heureuse et comblée.

En 2006, je comprends cruellement qu'avoir le choix et les moyens de ne pas tomber enceinte c'est bien pratique et ça facilitela vie, mais ça ne marche pas dans l'autre sens de la même manière pour tout le monde.

Je connais l'attente de fin de cycle, le test de grossesse négatif au 29ème jour, la déception d'en voir commencer un autre, les heures passées sur les forums de conception pour me rassurer et l'énervement de voir autant de niaseries colportées, parfois le calme et la sérénité, les courbes de températures, les tests d'ovulations, un cycle de 38 jours sans grossesse, l'acceptation d'ovulation anarchique et de mon dysfonctionnement, et j'en passe...

Une grosse partie de cette année se résume à ça : espérer être enceinte puis espérer ovuler et enfin espérer être médicalement suivi pour enfin faire ce que tellement de femmes font, parfois sans le vouloir, tomber enceinte.

Aglaï, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 7 février 2007

2006 : 26 - le temps de reconstruire

Avant de me lancer, une précision (peu utile pour vous, importante pour moi ! )

Sachant que je n'ai vécu que les derniers jours de ma première année - ouh la ! ça ne commence pas très clair - pour moi, 2006 = 26. C'est-à-dire qu'en deux mille six, j'avais vingt-six ans, du moins les trois cent quarante-six premiers jours !

Année ressource... et canalisation, année exploits et repos, année tissage et métissage (mais pas toujours très sage !), année partage, année cocon, année convalescence.

J'ai avancé, forgé ma forge de forgeronnette, tissé, retaillé, cintré ma blouse de jeune bleue, à coup d'encres et de textes, encre bleue, encre noire, encre rouge, textes à inventer, textes à étudier, textes à corriger ; et des heures passées à ravauder mes trous de blues, à ne pas fuir la classe où on m'attend, où on attend la prof. Heure après heure, redresser peu à peu la stature de ma fonction, et y trouver appui, comme en une structure, une ossature.

J'ai redressé la tête hors d'un dernier trou noir où je ne veux plus sombrer. Quelques personnes, quelques marques de confiance, quelques réussites, ont tapissé mon nid dénudé d'une mince mais douce foi en moi, faite de plumes et de brindilles, d'acceptation et de sourires.

J'ai donné de grands coups de ciseaux dans les excès de mon verbiage dévasté, j'ai progressé dans le sage art de se taire, et l'impulsive sagittaire que je suis a moins sauvagement bandé son arc, patiemment retenu quelques flèches...

J'ai assisté, heureuse, émue, et fière, à deux mariages. L'un, impromptu et léger, à six, avec champagne à minuit sur le quai d'une gare. Elle, témoin, lui redira ce qu'Il lui avait dit : J'ai toujours rêvé d'assister à ton mariage... d'un côté ou de l'autre ! L'autre, festif et chaleureux, avec parmi trente fois plus de convives, onze témoins fidèles, vraiment presque tous là : retrouvailles et bonheur d'être ensemble. Elle, ravie que Lui, qui détestait tant les mariages, ait si merveilleusement réussi le sien !

Petite remarque algébrique, aglaïcentrée assurément mais assez amusante : le nombre d'invités était en fait proportionnel au temps partagé avec chacun de ces deux merveilleux mariés : mes deux meilleurs amis, mes deux plus proches, et surtout, surtout, mes deux amours d'avant...

J'ai voyagé, de corps et de coeur, deviné des amis, déchiffré un pays, et me suis vue vibrer de contrées en rencontres. J'ai accompli le grand saut dans le reste du monde, à tout petits pas de mes tout petits pieds. La terre rouge, le rythme des trois thés, l'Afrique étrange, vive et crue. Je suis rentrée pleine et vidée, enrichie autant qu'épuisée. Et je repartirai.

Et finalement l'une de mes flèches, aidée sans doute d'un archer mieux ailé, a atteint un but, inespéré.

Dans ses yeux je voyais l'inflexible miroir de ma volonté - grandir, oui, grandir pour devenir adulte et m'en montrer digne. Et au coeur de l'année, alors que je n'osais pas - encore - y repenser - grandir et devenir plus forte, plus femme, plus la même, être un jour prête pour... - cette motivation secrète a rencontré, dans un de ses gestes, une douceur, une émotion inattendues... et le désir et le plaisir ont fait le reste.

Depuis le temps s'écoule au rythme subtil de nos saisons revisitées, été secret, coeurs incrédules, sieste étoilée, heures émerveillées, automne de bourrasques, longues journées de pluie, éclaircies chatoyantes, soirées parées de teintes dorées et profondes, hiver au coin du feu, blottis douillettement dans la chaleur de nos tendresses. Pour le printemps qui vient reste l'espoir...

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