Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 2006

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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sicaliptic, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 13 février 2007

2006 : 40 ans Déjà!

Cette année sans doute à cause du chiffre rond j'ai eu des envies de recentrage, retrouver le temps passé et réunir les amis que je me suis fait au long de la vie. C'est vrai que déjà l'an dernier j'avais repris contact avec ceux que je pensais avoir négligés et je m'étais mise dans la tête que pour pallier au manque de contact quotidien, qui est le fort de l'amitié, il suffisait de donner des nouvelles régulièrement et j'avais donc mis en place une newsletter perso, où je parlais de tous ces petits riens que l'on confie à ceux qui nous sont proches et que l'on oublie quand on communique une fois l'an.

Les réactions ont été diverses, quelques amis ont vraiment apprécié et certains ont même réagit ponctuellement au gré des non-évènement de ma vie. D'autres ont continué à garder le silence en se disant sûrement que j'étais toujours aussi bavarde, d'autres encore se sont mis à parler de ces nouvelles entre eux sans jamais me faire de retour. Heureusement, parce que le jour où l'un d'entre eux m'a proposé lors d'une visite éclair, de pimenter un peu mon récit pour tenir en haleine mes lecteurs, j'ai bien ri mais j'ai aussitôt arrêté ma newsletter. De toutes manières les gens ne passent pas autant de temps que moi sur leur ordinateur et finalement je sais que ce n'est pas la vraie vie, d'ailleurs pour mon anniversaire au lieu de cette grosse fête que j'imaginais sous le soleil marseillais, j'ai dîné en tête à tête avec mon amoureux en regardant la mer, et c'était très bien comme ça.

lilylalibelle, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 14 février 2007

2006 : 31 – Je suis née cette année…

31, 30 + 1… L’arithmétique de la vie est parfois étonnante… ou simplement évidente. Comme s’il m’avait fallu trente ans de gestation pour arriver enfin à être moi-même – ou plutôt à trouver ce que je suis réellement.
J’ai passé trente ans à essayer de concilier mon appétit pour les mots, la vie intérieure, le rêve, la folie des artistes, les douleurs des idéalistes, bref un monde à moi… avec les nécessités de la vie sociale, de la « vraie » vie. J’avais besoin des deux pour être bien. Besoin de la stabilité de l’une, avec ses rassurances et ses refuges, et besoin de la folie de l’autre… parce que c’est profondément moi. J’avais deux vies, une intérieure et une extérieure. J’ai passé des années à jouer au yo-yo entre les deux, sans trouver le juste équilibre.
En 2006, je parviens à trouver la lumière qui me permettra de marier mes deux vies… Etre au monde sans s’en extraire. Vivre avec ceux que j’aime sans renier qui je suis. Apprendre à dire mes envies et savoir les écouter sans culpabiliser.
J'ai fait des choses folles - en me rendant compte que c'était seulement des choses dont j'avais profondément envie... des choses que je me serais interdites avant. Une fois dans ma vie, me dire que j'aurai vécu quelque chose pleinement. Tout donner, tout recevoir. Me découvrir en même temps que je me révèle.
Je suis née cette année...
J'ai vu le jour cette nuit où j'ai mis mes mains sur un coeur qu'on m'offrait avec une sincérité bouleversante.
J'ai vu le jour lorsque les rivages d'une île m'ont adoptée, comme si j'avais été issue d'ici, de toute éternité.
J'ai vu le jour au pied d'une cheminée, dans une chapelle improbable entre ciel et mer où un archange terrasse un dragon en bénissant les serments muets de deux errances qui s'accompagnent, dans une barque instable perdue au milieu d'un marais, entre deux rochers battus par les vagues rageuses d'une mer sans fin...
J'ai vu le jour chaque jour, en écrivant ce livre d'Heures enluminé de sourires et de béatitudes, en prenant la vie à pleine brassées. Embrasser les heures précieuses et chaque sourire comblé que mon bonheur fait naître sur ces lèvres aimées (et aimantes).
Je suis née cette année... et à présent je peux (enfin) grandir.

erin, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 15 février 2007

Saint Claude, 2006-2007 : 40 - Vagues...

Ma quarantième année... que de choses cette année là... Difficile de choisir un moment, un fait marquant...

Il y eu ma varicelle, mon premier Paris-Carnet, plein de belles rencontres qui se poursuivirent l'été entre Paris, Senlis et le Cantal...
Quand la réalité rejoint le virtuel. J'ai découvert des gens généreux, des personnes ayant eu des impacts insoupçonnables... et insoupçonnés !

Il y eu aussi mes soucis financiers, des galères pas possibles qui me donnèrent cette impression... terrible impression... que la roue était, au mieux immobile, au pire qu'elle tournait à l'envers.
J'ai tatonné dans ma "philosophie" de la Vie... essayant d'appliquer ces pensées qui me paraissaient évidentes... sans jamais y parvenir vraiment, complètement... Recherche de ce que je suis ?
Plutôt je cherchais à assumer ce que j'avais enfin trouvé... Pas toujours facile de se découvrir complètement différente de ce que l'on a été pendant si longtemps.
Et puis une nouvelle voie professionnelle... comme une raison supplémentaire de croire en moi avant tout...

Il y eu beaucoup de périodes de découragement, de déprime, jusqu'à envisager de tout arrêter... Et toujours ces sursauts d'énergie... Volonté de me battre ? Force ? Réveil de ma raison ?

Mais cette année, comme d'autres avant, est liée à une autre... celle d'un autre... mon Espoir...
J'ai, il a, nous avons vogué sur nos propres montagnes russes, celles de l'autre, celles du Nous... Passant de l'espoir le plus fou au désespoir d'y parvenir... des percées à l'immobilisme... de la frénésie à l'amertume...

C'est durant ma quarantième année que j'ai passé les 40e rugissants, dans ma coque de noix... Et au bout...

Au bout ... mon Espoir est devenu mon Compagnon...

tompous, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 15 février 2007

2006 - à 25 ans - les fesses entre deux continents

2006 se termine comme elle a commencé: à Valparaiso, un verre de champagne à la main, pour le feu d’artifice du Nouvel An. Elle se termine comme elle a commencé, tout au moins en apparence. Ce qui n’était que pétillement, joie et découverte le 1er janvier 2006 s’est un peu terni 364 jours plus tard. Entre les deux, une année partagée entre France et Chili, entre Bordeaux et Quilpué. Une année à travailler dur jusqu’à avoir suffisamment d’argent pour acheter un billet d’avion et rejoindre ma belle au Chili. Trois fois j'ai fait l'aller-retour à Santiago avant de me décider et quitter la France pour de bon, en septembre.

Jusque-là, ç'avait été une année à vivre déchiré, à me ruiner la santé à passer des heures avec elle sur Skype jusqu’au petit matin, avant d’aller travailler. Une année à faire l’élastique entre la France et le Chili, à 12.000 kilomètres l’un de l’autre. Usant. Une année à vivre ainsi, pour finalement se retrouver à Quilpué, "ciudad del Sol", enfin, et… que ça ne se passe tout à fait aussi bien que prévu. Ironie de la vie…

Mais j'ai beaucoup appris. J’ai appris l’espagnol, partant de zéro. Et plus j’apprenais l’espagnol, plus j’oubliais l’allemand. Je crois qu’il n’y a pas de place pour quatre idiomes dans ma petite tête… Une année pour apprendre à vivre à l’étranger, apprendre à vivre avec quelqu’un, avec sa famille, apprendre à vivre autrement. On apprend toujours quelque chose.

Ah , et puis il y a mes premiers pas dans la blogosphère. J’ai l’impression que c’est un monde de possibles qui s’ouvre à moi. Le virtuel, c’est la fenêtre ouverte à tous les possibles, à tous les matériellement irréalisables, les concrètement inconcevables. Et ça me plaît.

valclair, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 15 février 2007

2006: L'homme immobile

Non pas si immobile que ça !

Il s’en passe des choses en 2006, de cheminements secrets en d’autres qui le sont moins, de textes écrits et mis en ligne en rebonds qu’ils ont suscités (tiens déjà les rebonds, les ricochets), de rencontres en ligne à d’autres très réelles et même pleinement incarnées.

Mais puisque ça bouge un peu il faudrait que ça bouge plus ! C’est cette conscience sans doute qui me renvoie cette image d’immobilisme laquelle soudain m’agite en profondeur, me fait ressentir des désirs, des envies que je croyais appartenir au passé, créant de la frustration mais aussi ramenant en moi le sentiment d’être vivant.

Jusque là je m’étais installé peu à peu dans la conscience d’une espèce de fatalité, d’une vie sans aspérités mais non dépourvue de satisfactions, dans laquelle je savais qu’il y aurait certes encore de biens beaux jours mais engagée tout de même dans un lent affaissement, dans une lente descente vers l’ombre et dans lequel l’essentiel était de conquérir l’acceptation de l’inévitable et la sérénité. Je m’étais fait à cette idée d’être installé sans remise en cause possible dans mon couple tranquille, triste sans doute que n’y pétille plus guère de désirs mais satisfait tout de même qu’il existe quand je le compare à la situation de certains de mes amis chahutés d’histoires douloureuses en histoires douloureuses ou souffrant de leur solitude. Il existe, ce couple, avec ses habitudes ancrées, sa présence réconfortante, ses complicités partagées, ses restes de tendresse. Je m’étais fait à son silence sur l’essentiel, inscrit de longue date comme son mode de fonctionnement dominant.

Mais ce silence là c’est le nœud, le lieu véritable de l’immobilité !

Je me regarde dans la glace : oui bien sûr il y a des signes de vieillissement concrets, ces ridules incontestables (ridules ! allons pas de coquetterie : rides) au coin des yeux, mon front plus haut, cet affaissement léger de mes chairs, autour de mes hanches cette ceinture qui s’épaissit. Mais il y a aussi un sourire, un regard qui est vivant, il y a par moments des étoiles qui s’allument dans mes yeux. (Et je me souviens de cette expression qu’elle avait autrefois, jadis, ma compagne : « tiens, tu as mis tes petites lumières ; j’aime quand tu mets tes petites lumières »).

J’ai le sentiment que ce changement de mon aspect est apparu d’un coup. Sans doute est-ce plutôt que j’ai soudain commencé à le voir. Jusque là je gardais invariablement malgré les années mon air de gamin prolongé, ma petite bouille lisse, mon corps mince et léger à la sveltesse quasi adolescente. Illusion sans doute. Mais renvoyant à une réalité psychologique profonde, à ce sentiment de n’avoir jamais été tout à fait un véritable adulte, un véritable « Monsieur ». (Tiens ça fait ricochet, ça, n’est-ce pas Anna Fedorovna?)

J’ai eu très longtemps un sentiment d’incongruité à m’entendre appeler « Monsieur » (et je l’ai même encore dans certaines circonstances). Il m’est arrivé même un peu plus jeune d’avoir ce sentiment avec une telle force que j’en tournais la tête pour voir à qui peut-être derrière moi on s’adressait. J’ai toujours eu cette impression de n’être jamais tout à fait dans la vie d’un adulte responsable, affirmé, ayant métier et famille, construisant avec sérieux et détermination sa « carrière », sachant saisir ou provoquer les opportunités de changer, de progresser, de s’élever. Je les ai joué à peu près ces rôles sociaux et familiaux pourtant, et apparemment assez correctement, mais ça n’empêche toujours avec ce sentiment d’en être un peu à distance. Etrange dédoublement ! Pourquoi ? Sûrement que ça me mènerait loin d’y réfléchir. Est-ce la figure interposée du père, comme si lui seul pouvait être adulte, que toujours je restais son petit garçon ? Pas impossible !

Allez souris devant ta glace, Valclair 2006 (et même 2007 puisque c’est le moment où tu écris). Tu repenses soudain au film « La vieille dame indigne ». Souvenir flou, film vu il y a si longtemps, mais souvenir fort, qui te parle plus qu’au moment où tu l’avais vu, elle était chouette cette mamie et que sa leçon était belle. Non bien sûr tu n’es pas encore « le vieil homme », on n’est plus vieux désormais dans sa cinquantaine, (mais tu es dans le temps où tu sais que ça va vite, très vite !). Il serait temps de jouer sans attendre la partition de ce renouveau dont tu t’es convaincu qu’il est possible sous une forme que tu ignores et dont tu ne dois pas avoir peur. Il faut l’acceptation certes de ce qui est inévitable, il faut de la sérénité oui, mais qu’il y ait place aussi pour de l’intensité encore…

lepotdefleur, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 18 février 2007

2006 (l'année de mes 24 ans) : Mes premiers pas d'adulte

Mon année 2006 commence à Metz. C’est la première fois que je mets les pieds dans cette ville. J’y ai retrouvé quatre amies pour passer le nouvel an. On décrète que 2006 sera une année pleine de délices et de caprices. Et pour moi, ce fut plutôt vrai. En janvier, je me suis inscrite sur meetic, pour voir et pour rencontrer des gens. Premier caprice. J’étais à Rouen depuis quelques mois et je ne connaissais personne. Après quelques essais plus ou moins fructueux, j’ai rencontré mon actuel petit ami, fin février. Premier délice. Fin mars, après 7 mois de CDD, mon entreprise a décidé de me faire signer un CDI. Une grande surprise car la tendance de la boîte n’était pas au beau fixe. Et dans le journalisme, c’est rare de trouver un poste stable si rapidement, quelques mois après la sortie de l’école. Je répète que j’ai eu de la chance, on me dit que c’est du talent et mes capacités qui m’ont permis d’être embauchée. Alors je fais mes premiers pas d’adulte : un travail, un appartement avec plusieurs pièces et non meublé (ça change des mes chambres d’étudiante), mes meubles, une télévision, une machine à laver... et quelques petits caprices… Que des choses très matérielles, j’en conviens, mais on s’accroche à ce qu’on peut pour apprendre à devenir adulte. Je dois également m’habituer à la Normandie et à son ciel gris. Mon deuxième délice est en Sardaigne : mes premières vacances en congés payés. J’y pars d’ailleurs avec les amies qui étaient à Metz le 1er janvier 2006. Quinze jours d’émerveillement, de fous rires, de découvertes, de plages magnifiques, d’eau turquoise, de fromage, de saucisson, de bière et d’accent italien. Mes proches aussi deviennent adultes. Deux amies de fac sont enceintes (elles accouchent en mars 2007). J’ai mis plusieurs jours à me remettre de cette nouvelle. Une année 2006 qui annonce j'espère une bonne année 2007.

hellojosie, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 20 février 2007

(1bis) 2006

Année mouvementé j'allais dire, mais en fait les 5 dernières années furent mouvementées, et celle ci sans doute moins que les précédentes.

Les deux premiers mois j'étais sur mon île, les difficultés rencontrées l'année précédente m'avaient fait prendre la décision de m'éloigner quelques mois du « climat » dans lequel je vivais. Je ne parle pas du climat européen par rapport à celui de l'Amérique centrale, mais du climat psychologique dans lequel je vivais depuis quelques années déjà.

Je continue. En février je décide de re-rentrer en France, mon chéri me manque et je sais qu'il a besoin de moi pour régler les derniers problèmes avant notre départ.

Ce retour ne me rempli pas de joie, mais je le décide tout de même, parce qu'il y a pas que lui qui a besoin de moi, mais sa fille aussi, elle me réclame et je dois l'aider à se construire, elle a déjà dans sa petite vie bien trop souffert.

Les mois qui suivent m'apporteront pas mal de satisfactions, la petite va mieux, elle progresse à l'école, elle est plus stable et plus sereine. J'en suis heureuse pour elle, et pour lui.

Dans ma petite vie française je me sens toujours aussi seule, heureusement que j'ai eu l'idée d'ouvrir mon blog il y a quelques mois déjà, et j'ai le soutient de quelques bogueurs et blogueuses qui m'aident dans mes moments de déprime. J'en rencontrerai quelques uns. Rencontres très agréables, on à l'impression de se connaître depuis toujours, et ça me donne un sacré bol d'air pur. Depuis deux ans ils sont un peu mes béquilles et je ne leur dirai jamais assez merci pour avoir été là.

Fin juin c'est les vacances, trois semaines en Espagne en famille (recomposée), cette année ça se passe bien. Depuis quelques temps déjà nous avons un projet, celui de faire de beaux voyages sur notre voilier, j'attends avec impatience ce moment.

A la fin de ce mois de juillet, ce que j'attends depuis trop longtemps arrive enfin. Début août nous partirons lui et moi pour vivre su mon île.

Après une querelle hors du commun, (son ex nous a encore fait des siennes), nous partons enfin.

Ce n'est pourtant pas ce que j'attendais, l'ambiance est lourde, lui, à du mal à se sentir bien. C'est normal, on ne quitte pas un pays comme ça. Je suis bien placée pour le savoir.

Les jours filent peu à peu et l'ambiance se détends, nous ne passerons cependant pas les fêtes de Noël ensemble, en France le devoir l'appelle...Il reviendra me rejoindre mi janvier 2007.

sam, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 1 mars 2007

2006 :: Rencontres

Des rencontres. A rendre compte. Ici. Rencontres avec des ils. Rencontres avec des elles.

Si je devais classer tout ça, je ne saurai vraiment pas de quelle manière commencer. Mais je n'en ai pas envie. Pas envie de classer. Le rangement n'a jamais été une réelle partie de plaisir. Se faire dépasser est tellement plus grisant. La lenteur de l'accumulation donne au sursaut d'énergie (celui de l'urgence pas forcément justifiée) une dimension héroïque.

Je crois donc que je vais laisser s'accumuler les rencontres de cette année 2006. J'aurais voulu poursuivre certaine. Ne délaisser aucuns. Ne pas m'éloigner d'autres. Ma nature est ainsi faite qu'il m'en a été impossible, la proximité ou la distance jouant en leur défaveur.

Rencontre résonne normalement comme un rapprochement... Mais quand l'écho est trop violent, la résonnance se fait évidemment destructrice. Bien-sûr, avec les ils, tout est plus simple. La simple camaraderie fait bien l'affaire. On ne se cherche pas les poux façon macaque. Tout serait malheureusement trop facile ainsi ! Et peut-être plus triste aussi... sans elles...

Dans cette ville qui commence à devenir mienne (dans tous les sens du terme), je fais le point. Le menton dans les miens. Les yeux dans le fleuve et le fleuve au bord de mes yeux, j'imagine ce qui m'attend, ce que ce 2007, à peine commencé, m'a préparé. Des rencontres, encore des rencontres. Plus riches, plus fortes. Ou peut-être LA rencontre... qui sait...

perle, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 5 mars 2007

2006 - Là-bas si j'y suis

Je n'aime pas l'hiver, ou plutôt je n'aime plus l'hiver. Ou alors il faudrait ne rien y faire.

A l'aube d'un demi siècle, je ne sais pas encore si je suis moi ou une autre, inventée de toutes pièces, aux réactions conditionnées. Difficile de se faire une idée par soi-même et l'image renvoyée par les autres est trop subjective.
Fille du printemps, je me sens décliner. Ma voix, entâchée par trop de cigarettes, le souffle court, ne m'obéit plus au doigt et à l'oeil, comme avant. Je conduis plus lentement. Je me conduis plus décemment. Parfois, cela me plait, d'avoir réussi, par tant d'efforts voulus ou non, à me discipliner, à me compartimenter. Parfois, aussi, me vient l'idée d'envoyer tout promener. Au hasard, d'un tournant, sur la route, me dire que finalement, je vais continuer, mais ailleurs. Laisser tout. Ne rien conserver. Abandonner cette vie douillette et me confronter à l'aventure. Recommencer. Renaître.
Et puis, deux tournants plus tard, me viennent des langueurs. Vivrais-je sans voir mes enfants? Combien de jours, de nuit, sans entendre leur voix, leurs pleurs? Pourrais-je boire un chocolat sans apercevoir la bouche de ma fille, cette grosse bouche aux lèvres roses, aspirant son lait, le matin? Pourrais-je chanter, danser, respirer comme si de rien était sans les yeux de mon fils, sans sa tignasse mal peignée? Ces deux-là, chacun à sa manière, je le sais, pâtiraient de mes abandons. Mon mari aussi qui tourne et retourne quand, parfois, je suis malade. Son sourire, ses soupirs, quand je vais mieux.
De ces langueurs, mes mains ne retiennent que le retour au bercail. Elles tournent le volant et remettent la vie dans le droit chemin. Là où, finalement, j'aime à pointer mon nez. Là où, aussi, je suis aimée.
Et même si cette aventure n'est pas digne d'être contée, tant elle est morne et disciplinée, je crois que j'y suis à l'aise. A l'aise d'avoir accompli ce petit miracle sans y être prédisposée. A l'aise d'être cernée.

Mes grands espaces sont ridiculement petits. Mais j'ai des projets. Aller voir la mer, sentir les embruns sur ma peau, respirer l'iode et m'en emplir les poumons. Chasser la brume qui, parfois, pervertit mon âme. Renâitre mais en gardant mes constructions instables. Un beau challenge pour une fille du printemps qui ne sait pas être, sans faire table rase de sa vie.

mnesiloque, sur le chemin de 2006 à 19xx,
vendredi 9 mars 2007

2006 : Zen

Bientôt quarante ans. Sauf accident ou maladie qui hâterait la traversée, et compte tenu de l'espérance de vie moyenne par chez nous, je crois pouvoir raisonnablement supposer que je suis à égale distance des deux rives.

Pourtant, j'ai l'impression de seulement commencer à profiter du voyage. C'est qu'auparavant, piètre capitaine que j'étais, je menais ma barque d'une main de fer. Sans cesse en alerte, à lutter contre les éléments, à m'inquiéter outre mesure des récifs (parfois imaginaires) affleurant sous la surface, à craindre exagérément la proximité des autres embarcations, à paniquer au moindre signe de fatigue de mon navire, je m'épuisais vite, je vivais à peine. En pure perte d'ailleurs, puisque ce qui-vive permanent ne me permettait même pas d'éviter mieux que d'autres les écueils.

En 2006, je comprends enfin qu'en pleine tempête, il vaut mieux laisser filer, quitte à être emporté dans une direction inattendue, plutôt que lutter contre la houle et risquer de casser le navire. Et la traversée devient tellement plus agréable ! Oh bien sûr, j'ai encore de bonnes raisons de ne pas me sentir tout à fait à l'aise. Des amis très chers naviguent désormais loin de moi, Latone parce qu'elle m'en veut encore de mes maladresses passées, Bacchus parce qu'il a définitivement sombré dans l'alcool, Uranus parce qu'il a dû s'expatrier à l'étranger. Mes parents ne s'habituent pas à l'idée qu'ils ne deviendront jamais grands-parents - et si je leur refuse ce plaisir, ce n'est pas uniquement parce que je suis un garçon qui aime les garçons (enfin surtout un garçon, le beau Priape) et que ça complique singulièrement la reproduction, c'est aussi parce que je suis intimement persuadé qu'élever un enfant est totalement hors de ma portée. Mon patron Crepitus m'insupporte par son incompétence, au point de rendre pénible un boulot pourtant passionnant. Ma situation financière n'est pas glorieuse et surtout, je n'ai aucun espoir de la voir s'améliorer à moyen terme. Mais malgré tout, je gère. Ou plutôt non, je ne gère plus : je laisse aller, et je m'en porte étonnamment bien.

Zen. Enfin.

Bientôt quarante ans. A égale distance des deux rives, le moment est idéal pour se poser un peu et jeter un oeil en arrière.

marine, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 4 avril 2007

2006 : 36 - my lucky number

Quelle joie le jour de mes trente-six ans ! 36, un beau nombre, tout rond, qui se partage en plein de parties entières. Un bon nombre pour moi qui m'accepte enfin partitionnée. Pleine de contradictions, mais entière au sein de chacune d'elles. Ce que je suis ? La réunion de toutes ces parties, ma cohérence est là. Rassurée, je peux aller de l'avant.

Quelle joie le jour de mes trente-six ans ! 36, c'est le double de 18. De 0 à 18 ans, j'ai eu une vie drôlement riche. De 18 à 36 itou. Si je m'octroie encore la même durée de vie (raisonnable, non ?), il me reste mille choses à découvrir. Endiamo alors, droit devant !

Mai 2006. Gare Saint-Lazare. J'attends le bus 80 qui me conduira chez moi. Je viens de partager le déjeûner de mon amoureux. Un gars bien, stable dans sa tête, qui aime ce que j'aime, auprès de qui je peux me sentir moi sans faire d'effort... Un gars auprès de qui je peux à nouveau envisager de me poser, moi qui étais lasse de papillonner à la recherche du moi parmi les autres. Le soleil brille sur les immeubles et l'asphalte parisien, témoin de celui qui rayonne en moi. J'attends le bus en m'extasiant sur la vie. Elle est belle. Je regarde les gens qui passent sur le trottoir d'en face, puis le magasin de vêtements cheap décor de la scène qu'ils traversent. Sur le portant en devanture, des T-Shirt. Sur les T-Shirt en lettres blanches : 36 – My lucky number. Au diable mon bus, je ne peux m'empêcher, je traverse la rue, rejoins le décor. 6 €. Ce T-Shirt est pour moi. Ma vie est belle aujourd'hui.

Mars 2006. Bretagne. Un week-end de folie a conduit 44 roadies sur les routes de Bretagne pour supporter trois joyeux groupes de musiciens. J'en suis. Rires et délires non-stop au rythme du muscadet englouti. La belle vie, une colonie de grands jouant à être petits. Sur le quai d'un petit port au bord de la mer, dernier arrêt avant le retour sur Paris.. Hé, les gars et les filles, on s'est bien marré, mais on a oublié de se baigner ce week-end ! Qu'à cela ne tienne, me voici à l'eau. 13 °C. Embarquée par cette trop forte marrée descendante. Inconsciente du courant qui m'emporte, je nage en souriant. Arrête de sourire lorsqu'ils arrêtent de rire, les spectateurs au bord du quai... Bordel, la mer, c'est dangereux quand on est inconscient. Quand serais-je suffisamment grande pour arrêter de mettre ma vie en jeu ? Quand arrêterais-je de faire rire les autres au péril de moi-même ? Telles sont mes réflexions dans mon demi sommeil, à l'avant de ce bus qui nous ramène vers la capitale...

Eté 2006. Les Cévennes. J'y suis allée en juillet avec mes enfants. Nous n'avons plus de maison là-bas. Qu'à cela ne tienne, nous avons investi un emplacement au camping du Moulin du Pistou au milieu des joueurs de boules. Quel bonheur de nager dans la Cèze, de sauter des rochers inlassablement sans observer le ciel qui menace, de remonter le chemin des cabris sous des trombes d'eau, de traverser une ville en sautant dans les flaques sous des serviettes de bain et l'orage grondant du 14 juillet, pour manger une pizza aussi dégoulinante de mauvais fromage que nos vêtements le sont. Trois enfants en vadrouille ? Non quatre, j'en suis aussi. En août, je retourne dans la région sans mes enfants, avec mon amoureux et les siens. L'histoire n'est plus la même. Je n'ai pas envie de rire. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être les prémisses de la fin de cette histoire ? J'élude la question, je profite de l'air et des bruyères du Mont Lozère, c'est si bon, suffisant à mon bonheur égoïste.

Octobre 2006. Londres. Week-end en duo amoureux. Plus de désir. Il s'est envolé, s'est perdu dans les Cévennes ? Mon amoureux mériterait-il toujours ce qualificatif ? Il faut s'y résoudre, la réponse est non. Incapable de mentir, je prends la fuite. Tristesse. Je ne suis pas encore capable de mener une histoire à deux, à moins que lui n'ait pas été le bon... Je ne sais pas. Mais... La vie continue.

Décembre 2006. Banlieue parisienne. Le 17, c'est mon anniversaire. 37, ce n'est pas un beau nombre... ça se partage en rien. J'aimais mieux 36. Ce fameux jour, je suis chez ma mère. Chaque année, elle oublie de m'appeler pour mon anniversaire. De nombreuses fois, je lui ai dit que cela me blessait. Je ne peux imaginer oublier le jour de naissance de l'un de mes fils, ce moment merveilleux, où cette petite chose que je portais en moi est devenu un être à part entière. Cette année, je suis chez elle ce fameux jour, elle n'aura pas à m'appeler, je suis avec elle... Cette année, je ne serai pas triste le jour de mon anniversaire ! Chouette ! Et bien si, car cette année comme les précédentes, elle a oublié. Chaque minute de cette journée, j'ai attendu qu'elle s'en souvienne. A chaque fois que je la croisais dans cette grande maison ancestrale, j'espérais qu'elle réagisse. Il a fallu que je me résolve à oublier que nous étions le 17 décembre. L'oubli semble parfois la seule solution quand le dire fait trop mal. Le soir même, je me suis fait mal au dos en aidant mes voisins à déménager une cuisinière. Trois jours plus tard, une fièvre incompréhensible me clouait au lit. Trois semaines plus tard, mes jambes refusaient de me porter. Les analyses ? Rien, rien de rien. Tout est psy, ma bonne dame ! Et ben, nous y revoilà ! Et cette fois-ci, faut tout reprendre à zéro... Le ciment qui rassemblait toutes mes partitions ne semble plus tenir le coup. A moins que ce ne soient les briques du démarrage qui ne tiennent pas le choc parce que d'entrée de jeu pourries ? Jusque-là j'ai fait ce que j'ai pu de cet édifice. D'abord ignoré, puis réalisé, alors consolidé... Mille fois, j'ai raisonné pour l'empêcher de m'empêcher... Mais il semble que mon corps en est eu assez de ma raison. Cette fois-ci, c'est lui qui a pris le dessus : il a dit STOOOOP ! Moi, je refuse d'avancer dans ces conditions. Bon... Ben... Je vais t'écouter. Tu ne me donnes pas le choix. Je vais déconstruire. Pour reconstruire du solide. Pfff, ça m'épuise d'avance... Ça fait beaucoup d'années à déconstruire.

Je savais bien qu'il fallait que je profite de 36 - My lucky number. Du bien engrangé pour supporter le pire. Allez, 37, c'est peut-être un beau nombre ? Un nombre premier, un qui ne se partage pas en petits bouts, un nombre absolument ,définitivement, entier... C'est peut-être un bon moment pour redémarrer ? Qui vivra verra, j'en serai ! En 2007...

alain, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 10 août 2007

Et de 2, la grande migration commença:1974-1954

1974:Et de 2,un peu déçu tout de même, une fille encore! mais dès le premier coup d'oeil je vis que celle-ci me ressemblerait:ouverte curieuse mais aussi têtue et capable de tout pour arriver à ses fins.... Et comme un bonheur n'arrive jamais seul quelques jours après j'appris ma réussite au concours de cat A (10ème sur 50 et 500 inscrits),pour moi l'horizon s'éclaircissait.....

1954:

Et la grande migration de la tribu allait commencer par moi évidemment puisque j'étais l'aîné,et pour commencer du travail beaucoup de travail pour réussir ce concours d'entrée en 6ème qui déterminait également le montant des bourses!.Ainsi le soir notre chère institutrice gardait 3 élèves pour les faire travailler:moi et 2 "closques":Christian et Josette car ces 2 là devaient réussir leur certificat d'études ,elle l'avait dit et y mettait son point d'honneur et à la fin de l'année scolaire j'ai eu mon concours d'entrée en 6 ème et Christian et Josette ont eu leur certificat d'études.

Et au début d'un octobre pluvieux je me retrouvai pensionnaire pour 3 mois dans un grand établissement aux pierres noires où je ne connaissais personne.....Heureusement en face sur la colline il y avait la voie ferrée et je tordais le cou pendant les cours pour voir passer les trains ,les trains qui rythmaient mon enfance lorsque je gardais les brebis et quel bonheur pendant les récrés!, car je n'étais pas bon au foot seul jeu pratiqué dans la cour avec de petits ballons en mousse!

Il me fallut 2 mois pour m'habituer et me faire de vrais copains et ne plus étouffer mes larmes le soir dans mon lit lorsque les lumières étaient éteintes.j'allais passer 7 ans ds cet établissement :toute mon adolescence et si les débuts furent rudes de bons souvenirs demeurent....

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