Petits cailloux et ricochets

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
S'abonner

année 1985

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

Fil des billets - Fil des commentaires

Kozlika, sur le chemin de 2006 à 19xx,
vendredi 1 décembre 2006

1985:25 stars

simone fume 30 septembre 1985. J'apprends le décès de Simone Signoret et j'en suis très attristée. Tout en elle me la rend attachante, ses rôles, sa vie, ses avis. Au-delà de sa présence irradiante, une sincérité profonde dans ses engagements et une grande franchise même pour reconnaître ses plantages. La prise de risques professionnelle : ses participations à des premiers films, des films peu susceptibles de passer en tête du box-office, des films dont les images la montrent sans fard, veillie et marquée par l'alcool. La prise de risques dans sa vie, pour ce que j'en connais bien sûr. Dans La nostalgie... et Le lendemain... j'aime aussi la façon dont elle parle de Marylin Monroe et de la liaison de celle-ci avec Yves Montand, ou de sa façon d'assumer et expliquer son rôle de « pétitionnaire de service » ou encore leur rencontre avec Krouchtchev.

Et puis il y a l'indiscible : la forme des yeux (j'en pince grave pour ces yeux dont je ne sais plus comment on les qualifie, d'ailleurs mon Monsieur Premier en avait de la même forme), la belle voix rauque et douce à la fois et ce léger défaut de prononciation, le regard d'une forte personnalité laissant transparaître une grande fragilité.

La voix. Une fois encore je me rends compte de l'importance que j'y accorde. Mon premier grand amour, ma passion de petite fille, c'était Haroun Tazieff, sa voix rocailleuse, son accent russe. Dans mon esprit d'enfant, sa voix, son rythme de parole – sa musique – étaient en parfaite harmonie avec « ses » volcans, on y entendait la lave. Françoise Sagan, sa voix fluette, son débit précipité dans lequel s'intercalaient de grandes plages de silence, ses balbutiements : tout sauf l'arrogance. Fabienne Courtade, dont j'ai déjà parlé ici, presque un murmure porté sur un souffle haletant, qu'on la lise ou qu'on l'entende la forme mélodique est la même. Il paraît que le violoncelle est l'instrument dont le son est le plus proche de la voix humaine. Et tiens, justement, le violoncelle est mon instrument préféré.

La dame du mardi avait la voix de Simone Signoret et ses yeux aussi.

Parmi mes plus beaux souvenirs d'enfance, m'endormir au son indistinct des conversations entre adultes. Je me surprends parfois dans une conversation à ne plus écouter que le son des voix et oublier de porter attention au sens des mots, comme ça, un « switch » soudain sans avertissement et sans lien avec l'intérêt porté au sujet évoqué. Erm... ce n'est pas toujours socialement très facile quand mes interlocuteurs attendent une réponse et que je cligne des yeux, ahurie : « Pardon ? » Comment dire « oh pardon, désolée, j'écoutais votre musique », je ne tiens pas à ce qu'on m'enferme tout de suite...

Alors l'opéra, forcément...


(A écouter l'entretien de Simone Signoret avec Jacques Chancel dans « Radioscopie » sur France-Inter, en novembre 1976, peu après la sortie de La nostalgie.)

Crédit photo : Simone Signoret par Jane Bown, 1966.

Laurence, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 9 février 2007

1985 : 02 - Arrêter la clope

Aux alentours de nos 2-3 ans (avec mon grand frère, qui n'était pas si grand que ça à l'époque), on avait une grande passion. Plus fort que le quinté+, la bronchite. Plusieurs fois par an, chaqun son tour, avec ou sans cagoule. Des bronchites un peu trop régulières.

A l'époque, tout le monde fume. Au travail, à la télévision et forcément aussi à la maison. Un jour le médecin de famille a la précense d'esprit de demander à mes parents : "Mais vous fumez?". Oui. "A l'intérieur?". Oups. Il fallait prendre une décision, une décision de toutes une vie, qui allait couter un paquet d'efforts. Mais il fallait le faire.

Mes parents ont donc arrêté de fumer, chacun son tour, je ne sais pu dans quel ordre. Et hop, fini le tabac à la maison 7 jours / 7. Fini les brochites!

Quand j'y repense, je me dis que c'est une chance d'avoir grandi dans une famille sans tabac. Bon il faut aussi dire que ma mère m'avait montré des photos de coupe de poumons goudronnés et que ça ne donnait pas envie. Avec tout ça et mes problèmes de briquets, je n'ai jamais eu envie de fumer.

chulie, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 30 mars 2007

1985 : 5 - Guillaume, je suis grande.

On a assez attendu le petit frère. Un matin de juin, c'est la voisine qui me réveille et qui me donne mes tartines, Guillaume arrive, mais c'est un secret.

En rentrant de l'école, papa m'emmène à l'hôpital. J'y trouve une petite boite avec une gourmette dorée. C'est mon petit frère qui me l'a apporté, il l'avait avec lui dans le ventre de maman, ha bon.

Donc Guillaume est là. Il est tout petit. Je pose avec lui dans mes bras pour la photo, mais j'ai peur de le casser. Un jour maman l'allonge sur le grand lit et sors de la pièce vaquer à ses occupations. Je dois le surveiller. Il bouge, il roule, j'ai très peur qu'il tombe et que maman croit que c'est ma faute. Je chuchote comme une incantation "tu es un petit coquin" et il ne tombe pas.

On me dit déjà que je suis très grande. Pour les photos de classe, on me met toujours au dernier rang.

J'ai 5 ans, je ne sais toujours pas lire l'heure, ni faire mes lacets, mais c'est certain, je suis grande.

caco, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 17 avril 2007

1985 (11) : de l'école au collège

Titre initial : 1984 (10) : de l'école au collège

Je suis en haut d'un lit superposé. Le soleil entre par la fenêtre. Il fait bon dans la pièce. Je suis seule, par choix. Ajourd'hui je n'avais pas envie de suivre mes camarades de classe sur les pistes de ski, j'ai préféré me morfondre toute la journée au lit. Pas d'envie aujourd'hui, pas d'élan. Juste envie de changer de journée sans remplir celle-là. J'ai souhaité rester sur mon lit superposé.
Mon instituteur s'inquiète.
Ça m'amuse un peu, que croit-il qu'il peut m'arriver, là perchée ?
Et de toute façon, je ne sais pas dire où je suis triste.
Il y a bien ce garçon, amoureux d'une autre, dont je suis vaguement éprise. Mes sentiments sont avoués, ils ont été entendus et accueillis avec beaucoup de douceur. Nous sommes tous trois, entre autres, dans la même classe. S'y trouvent aussi ma meilleure amie, avec qui je partage aussi mon prénom, et cette autre née quelques heures après moi, à l'autre bout de la France. L'amitié est douce, la cour de récré un hâvre où nous pouvons, en tant que plus grands, voler au secours des petits malmenés. Je me souviens du partage des goûters, des jeux de bille, d'une discussion sur la vie après la vie en déambulant sur la pelouse.

Je changerai d'école à la fin de l'année. Le beau-père est bourgeois, notre standing change, le collège polyvalent n'est pas assez bien pour nous, semble-t-il. On m'a savamment dressé un tableau apocalyptique du "Poly". J'imagine un lieu informe, gris et sale, où les professeurs n'en sont pas, et où l'on n'apprend rien.
Je dis au revoir à mes amis. Sans douter une seconde de retrouver des êtres aussi lumineux que ceux-ci dans mon nouvel environnement. Sans un mot de contestation à l'égard de Maman et du beau-père.

*

En septembre, à 10km de là, dans le collège-lycée privée toulousain où je resterai 7 ans.
Je suis comme une provinciale qui débarque à la capitale. Tous les autres collégiens se connaissent. Ils portent tous des vêtements griffés. Parlent haut, bousculent fort. Je comprends rapidement que les codes sociaux ne sont pas les mêmes, ici.
Elle est bien loin, ma cour de récré et ses discussions vibrantes. Devant le spectacle de leurs retrouvailles, la solitude m'écrase le coeur.
J'aurai tout de même une amie dans cette classe, je rencontrerai le Petit Prince, et j'apprendrai d'une excellente professeur, les rudiments de la langue anglaise.

sicaliptic, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 10 mai 2007

1985 : 19 ans mon bac

J'ai passé une belle année, j'ai de nouveaux amis, je sors je vais parfois en boite et j'arrive même à découcher. l'internat m'a donné la liberté dont je ne disposais pas chez moi.
Je passe un concours pour devenir professeur d'art dans les écoles d'art, la crème semble t il, j'ai trouvé ça en consultant les brochures du CDI, une copine s'est lancée avec moi, je serais prise pas elle. Mais finalement j'ai d'autres projets, je ne compte pas avoir mon bac et j'aimerais m'installer avec une copine en ville.
D'ailleurs je ne me déplacerais pas pour les résultats, c'est elle qui ira et elle devra moduler son enthousiasme suivant le degré de l'échec, en espérant ne pas aller à la repêche (on est parfois inconscient à cet âge, on pense qu'on a tout notre temps pour avancer.) Bien sûr elle ne peut s'empêcher d'être heureuse pour moi, j'ai obtenu mon BAC avec mention assez bien du premier coup. Moi ça ne m'arrange pas, ça perturbe mes projets.
Va falloir que j'aille vivre à Toulouse et je ne sais même pas ce qu'est vraiment une classe prépa.

Thomas, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 17 juin 2007

1985, année 8 -- Là-bas, au Connemara

Cet été-là, on est partis tous les quatre, Papa, Maman, P’tite sœur et moi, passer quelques semaines en Irlande. Le premier soir, arrivés à Cork, on a mangé du poulet-frites avec des bananes et des fraises. C’est tout ce que je retiens, avec grand délice, de la gastronomie locale telle que je l’ai goûtée à cette époque-là.

On avait loué une maison à Cork où on jouait au Monopoly entre deux balades au bord de la mer. Et puis on est allés passer quelques jours avec des amis qui, eux, s’étaient installé pour quelques temps d’été dans le Connemara. Une verte contrée où il était d’usage de saluer de la main tous les gens qu’on croisait sur la route – pratique qui paraissait bien exotique à mes yeux de petit parisien.

C’est un de ces jours-là qu’il fut décidé que toute la smala – les deux familles, huit personnes en tout – partirait randonner pour une journée entière dans les tourbières.

Je ne voulais pas y aller. La perspective d’une si longue marche me paraissait proprement insurmontable, il n’y avait que de l’herbe verte qui ondoyait à perte de vue, rien à faire que marcher dans ce paysage d’une monotonie mortellement ennuyeuse. J’avais enfilé de mauvaise grâce mes petites bottes en caoutchouc, et je m’étais perché sur un gros rocher dès le début de la balade. Je ne voulais plus avancer. Mais j’ai dû me résigner devant la menace de devoir patienter là jusqu’au soir, abandonné seul et perdu en pleine nature.

La suite fut un calvaire. Je suivais, dépité, le groupe qui avançait dans le marécage. À chaque pas nos bottes s’enfonçaient un peu plus dans l’eau boueuse et les végétaux en décomposition. Chaque pas était un effort, pour arracher le pied de la gadoue collante, le poser un peu plus loin et s’apercevoir qu’on s’enfonçait encore plus.

Jusqu’au moment où on s’est enfoncés presque jusqu’au genou (quand on fait un mètre trente, ça va vite). J’étais au désespoir, les bottes pleines d’eau glacée. Maintenant à chaque pas un obsédant floc-floc accompagnait notre lente avancée et venait saper ce qui me restait de moral. C’est à ce moment critique que mon père a pris ma petite sœur sur ses épaules. Elle n’avait pas tant râlé que moi, mais elle était de deux ans plus jeune, et bénéficiait là d’un traitement de faveur, à l’occasion peut-être du franchissement d’un ruisseau. Et il a trébuché, s’est étalé de tout son long dans le marais boueux, ma sœur avec. Instant fugace où j’ai dû perdre un peu du sérieux qui caractérisait mes bouderies appliquées, retenant mon fou rire à grand’peine.

Nous avons marché comme ça vingt et un kilomètres. Après sept heures de tourbières, nous avons enfin regagné les voitures pour rentrer enfin à la maison. De ce jour j’ai conçu une haine tenace pour le concept de randonnée qui m’a duré jusqu’à l’âge d’homme.

hiverdupiano, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 20 août 2007

1985

J'ai 2 ans. Je marche. Nous sommes à Granville. Je n'ai aucune idée de là où nous sommes, mais mes parents sont là, et tout va bien. Un gentil vieux monsieur nous regarde nous éloigner de sa maison. Nous promenons son chien, qui est plus grand que moi. Nous allons au bord de la mer, qui est juste devant la maison.

J'aime bien ce chien, j'aime bien ce monsieur.

Je joue sur le grand tapis blanc, dans le bureau au premier étage de la maison. J'empile des cubes colorés et j'entasse des gros ronds en plastique. Le tapis est doux, et j'aggrippe souvent ses longs poils blancs. Parfois même il arrive que j'en arrache ! Mon père joue avec moi souvent. Je ne me rappelle pas à cette époque avoir jamais joué avec ma mère. Nous faisons aussi des puzzles, dont l'un représente des perruches perchées sur une branche. Les couleurs sont jolies.

Simplicité des choses.

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 28 novembre 2007

1985:27 Développements

Ah quelle année que celle-là ! pleine de tant de nouveautés, j'ai surmonté tant bien que mal, et à coups de tablettes de chocolat blanc à la noix de coco (je suis sûre que vous vous demandiez, vraiment, pour le titre), la désillusion de cette liaison avortée, d'autant plus qu'on se voit au moins toutes les semaines, et qu'il multiplie les amourettes sous mes yeux à qui rien n'échappe, mais je préfère ces petites jalousies ravalées à l'idée de perdre son enseignement qui est précieux, et le plaisir de nos groupes d'études.

Et puis, j'ai commencé à chanter aussi, dans une chorale à Montreuil, et c'est une autre forme de coup de foudre, encore plus platonique, et tout aussi durable. Ce sont les filles de Classées X qui m'ont incitée à cette nouvelle aventure, et très rapidement le chef de choeur a le béguin, un béguin pour les filles à homos comme il dira lui-même, pour moi qui le surprend et qu'il prend sous son aile musicale. Son autre pilier est une talla[1] de première classe, et je chante dans son pupitre, elle, elle connaît la musique et surtout a une de ces voix naturelles qui vous donnent immédiatement la chair de poule tant elles sont pures et belles.

De cette totalement improbable rencontre va naître la plus solide des amitiés qui dure à ce jour et se manifeste par des emails quotidiens. D'un accord tacite, nous ne parlerons jamais de Jésus qui nous aurait irrémédiablement séparées, et nous choisissons plutôt de nous rallier autour de Gérard, le chef de choeur homo, dont elle est très peu ouvertement éperdument amoureuse.

Nous créons une association loi 1901 pour matérialiser cette union des carpes et lapins, une bien belle aventure qui finira par faire vivre Gérard, même s'il y a maintenant plus de dix ans que la vie nous a tous éloignés les uns des autres.

La même année, ma cousine, enthousiaste en diable, m'entraîne chez Weight Watchers®. Et puis on raffolait de Marcia Baïla et les Rita Mitsouko[2].

Notes

[1] ceux qui vont "talla" messe...

[2] hommage posthume à Fred Chichin, dont j'apprends à l'instant la mort, alors que ce billet était rédigé depuis plusieurs jours.

cassymary, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 12 mai 2008

1985

2 déménagements, un mariage, une grossesse difficile. L'année 1985 est pleine de rebondissements.

En janvier, mon ami est muté à Lyon. Il fait ses valises. Je suis déboussolée. Je n'avais jamais envisagé de quitter Toulouse. Cette ville m'a apprivoisée, et je l'ai adopté avec l'idée de ne jamais en partir. Les changements ne sont pas très bénéfiques pour la grande anxieuse que je suis. Si ma phobie sociale ne m'envahit pas trop encore, c'est que justement je veille à garder les mêmes repères, les mêmes frontières. Mais là, une question fondamentale se pose. J'aime cet homme? Oui. Je veux faire ma vie avec lui? Oui. Je veux partir de Toulouse? Non.

Pourtant il va falloir encore une fois faire un choix. Le suivre et partir ou bien rester et peut être le perdre. Je ne sais pas choisir. Je me donne un temps de réflexion. Il part sans moi, faisant des allers retours un week-end sur 2, attendant patiemment que je décide. Je décide, après 3 mois que oui, je vais le rejoindre, la-bas ou ailleurs. Je fais donc mes cartons à mon tour, la peur au ventre de quitter ma ville. Ces cartons, je vais d'ailleurs passer mon temps à les faire et les défaire tout au long de ma vie.

Je quitte Toulouse sous un beau soleil. J'arrive à Lyon sous une pluie battante. Le coeur n'y est pas. Je me sens loin de chez moi, loin de ma terre, loin de mes racines, loin des mes repères. Je garde ça pour moi et fais bonne figure. Mon compagnon à 4 pattes nous a suivi. Je n'aime pas l'appartement où nous vivons. Je n'aime pas le quartier, ni cette ville dortoir à quelques kilomètres de Lyon.

J'aime la vieille ville, le quartier de fourvière, et la campagne alentour. Je déteste les embouteillages, la pollution, la place Bellecourt En juin 1985, nous nous marions, chez moi, dans l'Aveyron, puis nous repartons sur Lyon, que je n'aime toujours pas. Toulouse me manque. Je trouve enfin un travail et fin Août j'apprends que je suis enceinte.

Cette merveilleuse nouvelle est aussitôt suivie d'une grande période d'angoisse. Après une hémorragie, on me signifie un repos forcé, allongée 3 semaines, sans pouvoir me donner la certitude que le foetus est encore vivant. Je vis ces 3 semaines en gardant l'espoir que lors de la prochaine échographie, le foetus aura grossi. Si ce n'est pas le cas, je n'aurai que la mort dans mon ventre.

Mais mon petit bout s'accroche et c'est avec un immense soulagement que j'apprends, 3 semaines plus tard, que je mènerai ma grossesse à terme, si je reste prudente. Je vis cette grossesse comme un cadeau inestimable. Je touche mon ventre, je suis attentive au moindre changement de ma silhouette, j'attends le 1er coup de pied avec impatience. Je m'extasie chaque jour d'avantage de vivre cet incroyable aventure qui consiste à porter un enfant.

Alors que je suis enceinte de 3 mois, et à peine sortie de mes nausées matinales et autres désagréments des 1er mois, mon mari est muté à Valence. Je ne suis là que depuis 6 mois et il faut déjà refaire les cartons.

En novembre de la même année, nous emménageons dans une petite maison, à quelques kilomètres de Valence, en Ardèche, au pied du crussol. J'y retrouve la campagne que j'aime. L'Ardèche est une département magnifique, que je n'aurai malheureusement pas le loisir de le visiter bien longtemps.

Nous passons Noël à 2, loin de nos familles respectives. Un Noël un peu triste (je suis malade) mais nous sommes ensemble et Marie donne ses 1ers coups de pied pour nous assurer de sa présence.