Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 1989

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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Kozlika, sur le chemin de 2006 à 19xx,
vendredi 24 novembre 2006

1989:29 murs

9 novembre 1989. Un mur tombe pendant que nous achetons les nôtres, un appartement pour trois et bientôt nous l'espérons pour quatre. Des murs qui feront de nous des salauds de propriétaires, parce qu'on vieillit aussi – et peut-être que pour le coup on vieillit bien parce qu'est-ce que ça veut rien dire cette histoire hein, vous connaissez le prix des loyers en région parisienne ?

Un mur tombe et c'est fascinant ; je passe la nuit devant la télévision, la gorge serrée par l'émotion. L'euphorie des jeunes et moins jeunes juchés sur son faîte pour le jeter à terre, les joyeux cris d'encouragement, des gens qui ne se connaissent pas et tombent dans les bras les uns des autres en pleurant et de vraies retrouvailles, ces images, je les ai déjà vues dans des documentaires, ce sont les mêmes qu'à la Libération. C'est là aussi la fin d'une guerre. Good bye Lenin ! A quelques mois près, je suis pratiquement née avec le « mur de la honte ». Pas une semaine depuis que je suis assez grande pour comprendre ne s'est écoulée sans que j'entende à la radio ou à la télévision le récit d'une tentative de franchissement heureuse ou malheureuse.

Sur la place Tiananmen, en avril de cette même année 1989 un homme se dresse contre les chars, Bush (le père), déclarait la Guerre froide terminée tandis que partout dans les pays de l'Est les dictatures s'effondrent, Vaclav Havel est élu en Tchécoslovaquie, le Dalaï Lama reçoit le prix Nobel de la Paix, la fin de l'Apartheid frémit en Afrique du Sud, Pinochet a déjà un pied dehors. C'est sans doute l'une des années où j'ai le plus cultivé l'espoir de voir tous les murs tomber un jour.

Ha ha.

Un mur tombe mais certains ont horreur du sans-mur alors ils en referont un, onze ans plus tard, là-bas au loin et celui-là aussi fait honte.

audrey, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 13 février 2007

1989: 01. Comme les quatre doigts de la main.

1989. J'ai tout juste un an et je suis déjà bavarde.

Je sais pas marcher. J'invente des chansons.

Le ventre de Maman s'arrondit, comme un petit ballon. Je m'en étonne. Alors on m'explique ce qu'il y a à l'intèrieur.

Un bébé. J'ouvre des grands yeux. Comment un bébé a pu rentrer là dedans? Les adultes disent des choses bizarres des fois.

Je regarde le ventre de Maman. Je regarde ma poupée. Mouais. Pas convaincue.

Je suis si petite encore, et déjà si grande. Dans les yeux de mes parents je vais être l'aînée.

C'est moi qui annonce à Mamie, puis à toute la famille, que je vais avoir un petit frère.

- Ce sera peut être une fille tu sais Audrey - Une petite soeur c'est bien aussi...

Non. J'aurais un petit frère. Je le sais bien moi. Et ce sera mieux qu'un poupée: un bébé, un vrai.

Je leur explique comment le bébé est venu là. C'est Maman qui m'a dit. J'ai un an et demi et je comprends dejà tout.

Mais je marche à peine. Tout s'équilbre, finalement.

''(voilà pourquoi aujourd'hui je suis en hypokhagne et je rate mon permis) (toujours ce décalage, ce fossé entre les neurones et la motricité)''

Alors ça y est. Maman est partie à l'hôpital. Le petit frère arrive.

Moi je suis intenable. J'hurle dans le couloir : "le bébé le bébé le bébé le bébé!!"

Je veux le voir.

-Il n'est pas encore là.

C'est pas vrai. Il est forcément là. Ca fait un siècle que maman est partie.

Finalement je m'endors. Dès que je méveille je recommence mon cinéma:

- le bébé le bébé le bébé le bébé!

Enfin la porte s'ouvre. Maman me sourit.

Elle tient dans ces bras un petit machin tout rose. Je crois que je fais la grimace. C'est moche ce truc.

Alors c'est ça un bébé?

Je suis désespérée. J'explique mon problème à Papa. Mais comment est ce que je vais pouvoir jouer avec lui moi ? Il ouvre même pas les yeux, il a pas de cheveux.

Bon. Maman est l'air contente. Papa aussi.

Tous les eux s'extasient et me font assoir à côté du truc rose. - Regarde Audrey! -C'est Clément, ton petit frère.

Alors je souris, et je colle un bisou collant sur le front minuscule de cette chose qu'ils ont l'air d'aimer.

Va pour le p'tit frère.

Nous voilà, tous ensemble. Unis comme les quatre doigts de la main. On en a pris pour sept ans et un jour.

Parce que tout le monde sait qu'il manquait un. Bah oui. Ca a cinq doigts, une main.

Laurence, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 9 mars 2007

1989 : 06 - Primaire et cinéma

L'année de mes 6 ans, je rentre au CP, en primaire, chez les grands. Finallement c'est pas si drôle que ca, faut apprendre, travailler, apprendre à apprendre, apprendre à lire. Mais moi je préfère les chiffres, même si le calcul rapide c'est pas toujours mon truc. Cette année là (oui oui, je me corrige), je rencontre aussi ma premiere meilleure amie : Anne-Marie. Elle est chouette Anne-Marie, elle est belle, elle fait de la musique, son papa est musicien.

En 1989, y'a un évenement qui va déclencher des semaines, des mois, et peut être plus, de cauchemards. Ca a l'air de rien, mais voir "SOS fantômes 2" au cinéma à 6 ans, ben ca fout la trouille. Sisi!

Supplément sport : Malgrès mon entrainement intensif (une fois par semaine) de judo, je découvre avec horreur qu'il existe d'autres sports, dont un qui va me causer bien des soucis. Le cross annuel. Pour le tout premier cross de ma vie, j'établirais un record personnel historique : j'arrive première (en partant de la fin) alors j'aurais pas de médaille. Oui, faut bien un dernier mais quand même, c'est pas cool.

marionette, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 21 mars 2007

1989, 2 ans. En noir et blanc

'A y'est ! Je marche, et même plutôt bien.

Je continue de passer pour un garçon dans la rue... et mes cordes vocales me viennent bel et bien du côté paternel. Leur force et leur résistance épate du monde. Je chante pour m'endormir, je me marre pour beaucoup de choses, je dors un peu, et le reste du temps... je crie !

Les parents nous baladent, Florence et moi, d'une fête à une autre, le lit dans une chambre à l'étage ou calé dans le coffre de la voiture quand vraiment c'est pas possible. La sono ne nous empêche pas de dormir, les parents sont ravis. Quand ils le peuvent, ils nous laissent à la maison avec une baby-sitter. Ils le font de plus en plus, même. Maman n'est pas beaucoup là, ses études de médecine l'envoient souvent loin et longtemps. Florence m'en a souvent parlé, mais je n'en ai gardé aucun souvenir. D'aucune baby-sitter, d'aucune soirée, de rien. Il me semble avoir changé de chambre cette année-là : j'ai eu la mienne propre. Ca fichait la trouille et j'en pleurais souvent, mais j'ai fini par m'y faire. Enfin, je suppose.

Je me rapelle d'une photo en noir et blanc, affichée dans la chambre de mes parents. Je la vois très nettement. Mon papa, allongé sur l'herbe, un bob foncé vissé sur le crâne, me porte à bout de bras, comme pour me faire faire l'avion. Mon petit corps dépasse à peine de ses grandes mains qui me tiennent par la taille au dessus de sa tête. Tous les deux, on rit aux éclats. Les visages ont les mêmes traits, le même sourire, le même menton, les mêmes yeux et on entend presque les deux rires se nouer... mon papa...

Albertine, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 8 avril 2007

1989. (1) Le coup de foudre.

Ce qui compte le plus cette année-là. C'est ma rencontre avec Guillaume. Ce n'était absolument pas prévu au programme. Mon programme, il était simplissime: je me marie, tu te maries, on a beaucoup d'enfants et on est sûrement très heureux. C'est la vérité, je pensais ainsi, et je me demande encore comment c'est possible. Avais-je donc si totalement oublié tout ce que j'avais vécu? Comment se fait-il que le besoin de conformisme m'ait amenée, à ce point, à me renier ?

La réalité était tout autre. J'étais mariée et je n'étais pas heureuse. Je faisais un boulot idiot, que je détestais; je gagnais des clopinettes... Comme nous disions, au bureau. Je m'ennuyais. Oui. Je m'ennuyais dans ma vie. Cela ne m'empêchait pas d'aimer, non. Et je croyais que j'étais encore très amoureuse. Pendant les semaines, les mois, les années qui ont suivi ma séparation, j'ai réfléchi à ces années, remonté le cours du temps. Essayé de comprendre quand, à quel moment, la machine s'était grippée. Je n'y arrivais pas. Je n'y arrive toujours pas. Peut-être que les ricochets m'y aideront? Mais est-ce que cela servirait à grand-chose ? Ce compte n'est-il pas définitivement soldé? Tout est fini depuis si longtemps, et plus aucun de ces deux hommes ne compte. Si je pense parfois à eux, c'est différemment. L'un est le père de mon enfant, forcément, j'entends parler de lui au moins une fois par semaine. L'autre a disparu et, quoique j'aie pu écrire pour l'année 1990, je ne m'en porte pas plus mal.

Tout est venu de ce coup de foudre. Il est arrivé bêtement. Cela arrive toujours bêtement. Un soir, nous étions de sortie, Emmanuel et moi. Et tout contents. Nous avions une baby sitter, on allait à un vernissage, un vernissage important dans le si petit monde des profs de peinture et de dessin, et des anciens des Beaux-Arts. Nous allions au vernissage d'une expo rétrospective sur un peintre belge, ancien directeur aux Beaux-Arts. Mon grand-père et ma mère avaient rencontré ce peintre, Emmanuel l'avait eu comme professeur - ils ne s'entendaient pas... Bien sûr! Ai-je envie de dire. Les tableaux, paysages, portraits et compositions se trouvaient à l'hôtel de Ville, Grand-Place. Et les peintures et dessins de nus à "La Louve", récemment rénovée.

Nous y avions rendez-vous avec nos amis, Jean et Claire. Mais nous sommes arrivés en retard. A l'hôtel de ville, j'ai juste eu le temps d'admirer un portrait de l'épouse du peintre, immense, en robe rouge. Une merveille. Puis, nous sommes allés à La Louve. Là, nous avons retrouvé nos amis. Ils nous ont présenté un couple. Un certain Guillaume et sa femme, Godeleine. Dans mon souvenir, il était noir, de peau, d'yeux, de cheveux... De barbe. Et elle était blonde comme les blés. Lui était sombre, elle était lumineuse. Je n'y ai pas fait plus attention que cela, j'étais très pressée de retrouver Claire, que j'aimais beaucoup. Une Claire qui aimait lire. Qui était littéraire. Qui aimait la littérature française. La chanson française. C'était si rare, dans mon entourage ! Je me souviens même avoir bu un verre de champagne avec Jean. Nous avons trinqué, "à nos amours!" ai-je plaisanté. Où était donc Claire, à ce moment-là? Où était Emmanuel? Ce que j'aimais bien, chez tous ces profs, (artistes devenus profs, pour la plupart, parce qu'il faut bien gagner sa vie), c'était leur entrain, leur humour. Leur sens de l'auto-dérision. Leur non-conformisme. Du moins, ce que je croyais être un certain anti-conformisme.

Le groupe s'est reformé à la fin de la manifestation. Nous avons décidé d'aller au restaurant, un petit resto familial, dans l'Ilôt sacré. Nous étions six, j'étais assise entre Claire et Godeleine. En face de nous, nos compagnons respectifs. Nous avons parlé pendant tout le repas. Emmanuel et moi sommes partis les premiers, pour libérer notre baby-sitter avant 1h00 du mat. Mais avant notre départ, Guillaume et Godeleine nous ont invités. Ils organisaient une réunion entre amis, chez eux, deux semaines après.

Deux semaines après, nous étions en route pour leur maison. Avant de tomber amoureuse de lui, je crois que je suis tombée amoureuse de sa maison. Et de ses oeuvres. Chez lui, il y avait beaucoup de musique. Il commençait sa collection de CD, il vendait ses anciens 33 tours. Je lui ai racheté "Le Messie" de Haëndel et un coffret des Musiciens de Provence. Il a eu l'air surpris par mon choix. Sur la table de salon, en marbre rose, un beau marbre d'une qualité très rare, il y avait une statuette. En marbre elle aussi. Et puis, il s'est passé quelque chose de très étrange. En partant, j'ai effleuré une de ses statues, avec ma main. Longuement. J'avais l'impression de percevoir un fluide curieux, je ne peux pas très bien le qualifier. Sensation de froid? Ou au contraire, de chaleur? Ai-je ressenti des picotements au bout des doigts? Qu'est-ce que j'ai senti? Comment pourrait-on qualifier ça? Je ne sais pas. J'avoue mon ignorance. Mais j'ai senti quelque chose de physique. D'électrique. Cela ne m'était jamais arrivé. Cela ne m'est plus arrivé après.

Jusqu'à ce moment-là, tout va bien. Emmanuel et moi sommes conquis par ce couple, par le climat de bienveillance, de chaleur, d'accueil qui règne chez eux. On aime la bibliothèque, chargée de livres. Je me souviens d'une parole de Claire, au petit restaurant, elle avait dit "Guillaume aussi est un littéraire". Je l'avais regardé, étonnée. Cet homme qui parlait peu, me regardait à peine, cet homme-là pouvait-il être un littéraire, au même titre que Louis D*** et Elisabeth, mes références en la matière ?

Cela aurait pu en rester là. Mais non. Quelque temps après, Claire fêtait ses trente ans. Ils nous avaient invités, à nouveau. Emmanuel était définitivement rentré en grâce auprès de ses amis. Nous nous apprécions mutuellement. Le 7 avril, nous allons donc chez eux, il y a un apéritif gigantesque (et traître: vermouth, tequila avec une olive verte flottant sur ce mélange...) et puis, nous allons au restaurant. Je crois que j'étais saoûle. J'étais aussi très gaie et passablement déshinibée. Au resto, je me suis retrouvée entre Jean-Philippe A***, le sculpteur (le seul qui vivait de son art, et quel labeur il accomplissait dans son minuscule appartement, à F***) et Jean, juste en face de Guillaume. Et Guillaume m'a draguée. Bêtement ! Ai-je envie de dire, d'écrire, et de répéter. Je ne l'ai pas pris du tout au sérieux. Quand, à la fin du repas, il a insisté pour me voir, le lendemain, je lui ai ri au nez, mais j'étais un brin agacée. Quand il m'a demandé ce que je faisais le dimanche, j'ai répondu au moyen d'une pirouette: "le dimanche, je vais à la messe!" Il a eu l'air stupéfait. (J'ignorais que j'étais en face d'une "grenouille de bénitier", - ce n'était pas la moindre des contradictions de Guillaume).

A ce moment-là, Emmanuel est revenu, a sauté à pieds joints dans la conversation et, catastrophe, il était enthousiaste pour une visite le lendemain, au musée. Là, je n'étais plus contente du tout. D'abord, j'étais fatiguée. J'étais enrhumée, je toussais à fendre l'âme. Et puis, j'étais de mauvaise humeur, il était si tard! Ou si tôt... La perspective du lundi devait déjà me tourmenter. Donc, le lendemain, aller au musée? Pendant toute la matinée du dimanche, j'ai supplié Emmanuel de décommander cette sortie, il n'a pas voulu, il s'est même énervé (si on n'avait pas d'amis, c'était de ma faute...) J'ai finalement obtempéré, mais en signe de protestation, j'y suis allée décoiffée, pas maquillée, habillée n'importe comment, et j'avais la gorge sèche, en clair, j'avais la gueule de bois... Guillaume a joué le grand jeu, je ne sais plus ce qu'il a dit, ce qu'il a fait (je le revois, cependant, j'ai gardé un souvenir très précis de cet après-midi), et il a poussé son avantage plus loin... C'est à ce moment-là que j'ai vraiment ressenti du désir, c'est arrivé sans que j'y prenne garde, comme une houle qui me traversait le corps de part en part, j'avais (c'est risible, je le sais), un coeur qui battait la chamade. J'étais sous le coup d'une émotion très forte.

Le soir, indignée, (et épuisée), j'ai dit à Emmanuel qu'il m'avait draguée. Première erreur. Emmanuel a téléphoné à son ami, qui n'a pas tardé à descendre Guillaume en flammes. Deuxième erreur. Le lundi, Guillaume a téléphoné pour me parler, je n'ai pas décroché. Etait-ce encore une erreur? On a un peu commenté l'incident, sans plus, je me suis dit que j'avais eu affaire à un coureur de jupons, à un stupide dragueur et que cela ne valait pas la peine d'en faire un fromage.

Mais alors, qu'est-ce qui a fait que pendant une semaine, j'ai continué d'y penser, en regrettant vaguement quelque chose, je ne sais pas très bien quoi ? Pourquoi, le samedi après-midi, alors que nous sommes partis faire nos courses, me suis-je dit tout d'un coup, là, debout dans le métro... "Mais je suis amoureuse..." A ce moment précis, je sais que j'ai eu le choix. Le choix de dire non, ou de me laisser aller. A 30 ans, je croyais, naïvement, que l'on ne peut résister à une attirance aussi forte. Or, à cet instant, exactement, j'aurais pu dire "NON" et freiner des quatre fers. Puis penser à autre chose... Au lieu de cela, je me suis laissée aller, et un bonheur sans égal m'a inondée...

Eros avait gagné, le petit dieu grec tout mouillé des Odes anacréontiques, que j'avais tant aimées... Il avait extrait une flèche de son carquois et j'avais l'impression de l'avoir reçue en plein coeur. Du moins est-ce l'image qui s'est imposée à moi.

J'étais amoureuse, exactement comme si c'était la première fois de ma vie.

chulie, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 20 avril 2007

1989 - Laïcité contre religion.

En 1989, mon école fête le bicentenaire de la révolution française en inaugurant une fresque peinte par les élèves sous le préau. C'est une grande kermesse républicaine, tout le monde est invité, il y a des jeux, la pêche au canards, le chamboule-tout, une tombola. Je pose dans ma salle de classe avec Karen & Jean Pierre, nous sommes déguisés en sans-culottes. Mamie m'a cousu une jupe à rayures bleu-blanc-rouge, et ma marraine m'a donné des souliers rouges à brides qui font clac-clac quand je marche.

1989 est aussi l'année de ma communion privée. C'est la première année où je fais connaissance avec Dieu.

19891 La communion, c'est comme un mariage, il faut être habillée en blanc. On me trouve la plus belle robe du monde, avec de la dentelle anglaise. Mais pour les chaussures, c'est la galère. Je chausse déjà du 39. La veille du grand jour, maman tresse bien serrés mes cheveux mouillés. J'aurais des frisettes et je serais jolie pour recevoir l'Ostie. J'attends aussi avec impatience mes cadeaux : une paire de boucles d'oreilles, un appareil photo, et un grand sac de voyage. Pour me préparer à la communion, je vais au catéchisme après l'école avec les autres petits catholiques de mon âge. Ca ressemble à un gouter d'anniversaire, on mange des gâteaux, on chante, on fait des dessins, on lit des histoires. Il me faut aussi aller à la messe des enfants le mercredi matin, alors qu'il n'y a pas classe.

Je découvre les disparités entre les différentes religions. Par exemple, Stéphanie ne va ni au catéchisme ni à l'église et la croix qu'elle porte autour du cou est différente de la mienne. Pareil pour Nicolas qui me dit "une fois, avec mes parents, on a du s'abriter de la pluie dans une église catholique. Moi je suis protestant, alors j'ai foutu le bordel !". Quand à Mabrouka et Karima elles n'ont pas de cours de religion, et elles vont en récréation à la place. Je leur demande "vous n'avez pas de religion alors ?". Elle me répondent "Si, on est musulmanes et on prie à la maison."

A 8 ans et demie, je voudrais bien être musulmane, pour prier à la maison, aller en récréation, et dormir le mercredi matin.

sicaliptic, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 22 avril 2007

1989 : 23 ans la vie en colloc

Depuis l'an passé je vis en collocation à trois.
Les premiers temps nous n'étions effectivement que 2 (filles), lui passait son temps à découcher ce qui ne nous dérangeait pas vraiment. Il fallut tout de même le libérer de ses obligations envers nous, vint à sa place une étudiante inconnue qui fit basculer notre équilibre budgétaire dans un partage suspicieux du frigo, organisation assez classique mais qui est difficile à appliquer sans une réelle bonne volonté. Avant cela nous partagions tout malgré nos différences de gouts, je me rappelle qu'elle aimait les yaourts aromatisés que je ne peux avaler et moi ceux avec des morceaux, on achetait donc les deux et on divisait. Ce n'était pas prise de tête, il n'y avait que pour le téléphone que les calculs étaient un peu compliqués, on était sensé tout marquer et je vérifiais avec la facture détaillée. J'étais la seule à faire ça avec plaisir, c'était donc mon rôle, j'ai toujours été plus que réglo avec l'argent elles me faisaient donc confiance.
Puis une copine, une vraie est venue compléter notre duo. Les problème n'étaient pas vraiment les même et c'était plus facile d'en parler.
Il fallut apprendre à respecter les maniaqueries de l'une, les nombreux amis de l'autre et le rangement des parties communes où mon bordel finissait toujours par déborder.
Tant bien que mal la communauté a subsisté un an, elles ont même continué à vivre ensemble après mon départ pour Paris.

J'ai appris que je n'étais pas quelqu'un de facile à vivre, à cette époque je faisais souvent la tête sans raison, mais au grand dam de l'une d'entre elles j'avais le chic pour désamorcer les tensions au moment où elle se décidait à se laisser aller à son ressenti. Elle m'avoua plus tard que Je lui coupais systématiquement l'herbe sous le pied et nous n'eûmes jamais de réels affrontements. C'est une chouette époque, j'avais de l'espace, du temps pour travailler, ma licence s'est passée comme sur des roulettes, et je faisais souvent la fête.
Ce dernier été je rencontre plein de gens underground et je m'amuse beaucoup.

Albertine, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 22 avril 2007

1989 (2) Arrêts sur images

Je ne suis pas du tout satisfaite du "Caillou" que j'ai écrit pour la deuxième partie de 1989. J'ai voulu en finir avec cette année-là, vite et mal fait, alors que j'aurais dû prendre le temps de réfléchir, afin d'écrire quelque chose de valable. Non que le récit que j'ai écrit ne soit pas valable. Sur le fond. Mais c'est de la "récupération". J'ai quelque peu retravaillé un texte déjà écrit et publié ailleurs, et cela provoque une rupture de ton. Rupture de ton par rapport aux premiers billets, rupture de ton par rapport à l'ensemble des Cailloux. Or, une certaine unité, commune à ces récits, est une de leurs plus grandes qualités, je vais donc réattaquer cette fin d'année 1989

Il y a des bribes de souvenirs très précis qui reviennent, et des souvenirs que je ne parviens pas à dater correctement. Ainsi, quand est-ce qu'une délégation de Russes est venue chez nous? En 1989, en 1988 ou en 1990? Mais comme je l'ai lu dans le Caillou d'un autre auteur, est-ce si grave si je ne parviens pas à dater exactement? Je ne fais pas oeuvre historique. Bien qu'ici, ça ait son importance. Ces Russes étaient encore des Soviétiques - sous Gorbatchev, et même s'il y avait une forte détente (ils ne seraient pas venus en Europe autrement...) ils estimaient qu'ils manquaient encore de libertés fondamentales. Ceci demanderait à être développé, mais il faut que je résume.

C'était pendant les vacances de Pâques. Je parierais tout de même pour 89 ou 1990. Le centre informatique qu'IBM avait installé dans les "Galeries du Centre" était toujours en activité. Emmanuel y donnait cours régulièrement. Il a tout de suite accepté d'initier des Russes en séjour à Bruxelles à l'informatique et à l'infographie. Le dernier soir, il leur a proposé de venir à la maison, boire un verre. Ils ont accepté avec enthousiasme. Je l'étais aussi, enthousiaste. Ils nous ont apporté des cadeaux qui me font encore sourire aujourd'hui. Du champagne et du chocolat russes qui étaient infects. Vraiment. Une boîte peinte très jolie, était-ce de l'émail? Mais à l'intérieur, cela sentait très mauvais. Et des livres de poche avec les collections de la galerie Tretiakov. Tout le monde parlait anglais, et je ne participais pas vraiment, mais j'écoutais, j'étais heureuse.

Je me demande parfois si mes derniers souvenirs de grand, de vrai bonheur, ne datent pas de cette année-là. Plus tard, il m'est arrivé d'être heureuse, bien sûr, ou plutôt, de vivre à nouveau des moments heureux. Mais en 1989, à certains moments, j'ai été heureuse. Vraiment heureuse, même avec des moments de tristesse, de peur, de doute, d'inquiétude. Je commençais à éprouver des doutes sérieux quant à la vie de mon couple. Je dis vie de mon couple, mais non, je ne doutais pas de mon couple. La première chose que j'ai remise en question, c'est l'amour que j'éprouvais pour mon mari. Est-ce que ce n'était pas inquiétant d'être amoureuse, d'être tombée amoureuse, comme ça, d'un gars qui m'avait un peu draguée ? Si, inquiétant, ça l'était sûrement. Et j'occultais pas mal cette inquiétude (pour l'occulter totalement, je suis même allée jusqu'à la rupture).

Au début, ce n'était pas très grave. Cela pouvait s'apparenter à un jeu. Bien que je ne sois pas du style à jouer. Et pourtant, j'étais déjà un oiseau sur le chat. Si je succombais là, si facilement, c'est parce que j'étais affamée d'amour. Affamée. J'aurais donné n'importe quoi pour qu'on fasse un peu attention à moi. Ma vie était terne et triste. J'aurai peut-être l'occasion d'y revenir quand j'attaquerai 1988. Je faisais un boulot que je n'aimais pas pour un salaire dérisoire. J'étais pauvrement vêtue; de ce fait, je me négligeais un peu, juste un peu. Pour travailler, surtout dans une société privée, pour s'intégrer, il faut aussi être coquettement mise. Même si les vêtements ne sont pas très beaux (mes collègues n'avaient pas toutes bon goût), il en faut beaucoup, et ils doivent être à la mode. Quel supplice ! Surtout que la mode courante ne me va pas. A cause de ma taille. Il me faut des vêtements classiques - mais pas trop - pour ne pas faire non plus trop vieux prof "laissé pour compte"...

Donc, pour Guillaume, finalement, ce n'était pas bien compliqué. A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. J'étais presque à moitié rendue. Il lui a suffi de jouer un peu au chat et à la souris, vieille technique bien connue des séducteurs et hop! L'affaire était dans le sac. Mais quelle affaire? Il ne comptait pas avoir de liaison avec moi, c'est sûr! Je ne comptais pas non plus en avoir avec lui. Mais alors quoi? Je me contentais d'allusions, dont j'essayais de forcer le sens - dans un sens ou dans l'autre - de petits gestes, d'une main serrée à la dérobée, d'un effleurement.

Mais surtout, je renouais avec ma plume, abandonnée depuis trois ans, si pas plus. Une agonie. Vivre sans écrire est une agonie. Cela pourra même faire l'objet de mon Ricochet 1988. Chaque poème écrit, comme arraché à ma vie inintéressante, était une victoire, un bonheur. J'écrivais à nouveau! Je me lisais à nouveau! Et j'aimais. Je l'aimais. Je l'écrivais. Je pouvais faire lire ces écrits à mes amis, à Guillaume lui-même. Et de fait, je lui ai fait lire certains textes. Naturellement, ceux qui l'ont le plus intéressé (les seuls sans doute), sont ceux que j'ai écrits sur lui, pour lui.

Et puis, je me souviens de moments particulièrement heureux. De ces moments où je suis entrée toute vive dans le bonheur.

En été, le week-end du 21 juillet, nous avions été invités chez Guillaume et Godeleine. Nous avions arrêté le projet de faire une série de portraits croisés et donc, Guillaume projetait de modeler la tête d'Emmanuel. C'était un week-end de forte chaleur. Nous avions déjà été invités chez un autre ami, à la campagne. Durant ces trois jours (le 21 juillet, jour de fête nationale, devait tomber un vendredi), il y avait week-end portes ouvertes à la gare du Midi. Une locomotive à vapeur faisait des allers-retours toute la journée. Le sifflement de la locomotive ponctuait les heures. Il y avait la chaleur et le soleil, si rares, (qui me ramènent à mes lointains souvenirs provençaux), le bruit, inhabituel, de la vapeur, le plaisir d'aller chez des amis choisis. Chez eux, il y avait un barbecue, une cour ensoleillée, une conversation intéressante, des oeuvres, un jardin plein de pierres, de la musique, de la bonne chère, du vin. Je me sentais vivante.

Alors même que je traversais l'avenue que nous devions emprunter pour aller chez lui, je me suis sentie totalement vivante, totalement heureuse. Comme si je touchais à la trame même de l'existence. Est-ce à dire que ça ne m'est plus arrivé depuis? Si, parfois. J'ai encore vécu des moments importants, mais je n'avais plus cette innocence. Ni cette fraîcheur. Ni cette jeunesse. Ni cette confiance. Cet été-là, ce jour-là, cette minute-là, à la seconde où je traversais une rue, une bête rue bruxelloise, j'ai tout eu: amour, jeunesse, talent, beauté, confiance dans la vie, bonheur, fraîcheur d'âme et enthousiasme

Je ne peux pas expliquer ça. C'est ainsi.

Thomas, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 15 juillet 2007

1989, année 12 -- Révolutions

C'est l'année du bicentenaire. Dès le début de janvier, ça commence par un beau timbre bleu et rouge avec des oiseaux de Jan-Michel Folon. À cette époque je m'occupe encore assidûment de ma collection : il figure en belle place sur la page thématique « Révolution française » de mon album. Je réserve aussi une étagère de ma chambre aux divers memorabilia glanés au long de l'année, avec en fond une Marianne que j'ai décalquée. Et tant pis pour l'anachronisme s'il s'agit en fait d'une Liberté de Delacroix, égérie des barricades de 1830. Je négocie dur pour qu'aux premiers jours de juillet on puisse rester encore un peu à Paris, au lieu de partir tout de suite à la campagne. Ainsi je peux visiter PhilexFrance, le grand salon phlatélique, j'ai mes cachets spéciaux « Premier jour » sur le bloc-feuillet Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, je suis aux anges.

On rejoint donc la campagne. Une idée révolutionnaire elle aussi est sur le point d'infléchir un bon bout de ma vie. Avec les amis qu'on retrouve là-bas à chaque période de vacances, trois familles, six gamins, on va monter une pièce de théâtre. C'est Mickaël qui a eu cette idée brillante, probablement sans soupçonner (sans que je soupçonne moi-même) dans quoi il m'embarquait.

On a choisi un texte court, bien sûr, mais c'est quand même une vraie pièce : le Médecin volant de Molière. Au boulot ! On bosse sans compter, il faut apprendre nos textes, trouver des costumes et des décors en fouinant dans les malles et les granges des uns et des autres, imaginer une scène en plein air. Répéter jusqu'à ce que ce soit fin prêt, disposer la rangée de chaises du public, rameuter parents et voisins, et donner nos deux représentations. Franc succès. Le nouveau caméscope du grand-père immortalise le spectacle, et je crois qu'une cassette dort toujours aujourd'hui quelque part en banlieue.

Mes tout débuts sur les planches. Une histoire qui dure depuis dix-huit ans.

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 7 décembre 2007

1989:31 Nuits de la pleine lune

Je m'ennuie terriblement au bureau. La fusion de l'entreprise a entraîné d'importants mouvements de personnel et notre service de central devient redondant et condamné à terme. La situation est stressante et j'aurais rêvé de meilleures conditions pour pouvoir savourer ma liaison avec Estac. Malheureusement, celle-ci devient rapidement la source d'angoisses que je ne m'explique pas. Moi qui voudrais exulter, je suis comme étouffée, réprimée et punie pour des crimes qu'on ne me dit pas.

J'écris : "j'ai besoin de vigilance, pour ne pas sombrer dans le piège que je me tends et en premier dans celui d'avoir peur de l'autre. Parce que de cette peur devient implicite que je suis vulnérable, fragile".

Je cache donc cette fragilité pour ne pas montrer à Estac quel oiseau capable d'être broyé et anéanti je suis, du moins, je m'en persuade, alors que c'est justement cette qualité qui l'a fait me choisir et qu'il cultive soigneusement, la mettant scientifiquement en cage pour qu'elle reste disponible à la demande.

Dans le même temps que je me débats dans le piège, je me confie à Octave malgré l'interdit qui pèse sur la révélation de ma liaison avec Estac. ll a cette suggestion absolument terrifiante pour moi : "Peut-être qu'il a honte de toi ?" parce qu'elle vient renforcer l'idée que je me fais de moi qu'il faut me taire et me cacher, et surtout parce qu'elle m'éloigne de la seule décision qui aurait été sage et aurait mis un terme à cet enfermement programmé. Je décide de lui prouver ma valeur par tous les moyens, et pour cela, il faut bien que je reste auprès de lui, et que je me rende complaisamment à tous ses désirs.

Je l'aide à obtenir sa bourse aux Etats-Unis, me rendre aussi utile est bien sûr une victoire pour moi quand elle ne fait que m'aveugler encore plus sur la stratégie de l'oiseleur. Je chante pour lui en cage, mais je chante de mieux en mieux.

Quand il part pour un trimestre, je revis, même si j'échoue au concours que je présente pour une reconversion professionnelle que j'avais pourtant préparée dans le même temps que sa bourse. Peut-être que je ne voulais surtout pas éclipser sa valeur en l'égalant. Je pars à Saint-Céré en stage de chant choral, et c'est du bonheur pur et simple, je ne me rends pas compte de l'importance de ma liberté alors qu'elle devrait me sauter aux yeux, et je n'attends plus qu'une chose, vivre indépendante et faire ce que je veux et non plus ce que quelqu'un veut de moi.

Ce qui ne m'empêchera pas de retomber sous le charme dès son retour et me précipiter là où il voudra de moi. A la fin de l'année, seulement quand je chercherai à m'échapper à nouveau, et mettre un terme à ce qui me semble un échec total de communication harmonieuse, il me rattrapera par les basques et acceptera de me reséduire et viendra s'installer chez moi comme si de rien n'était.

Johann, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 7 février 2008

1989:3

Premier janvier. Le réveillon. Papa n’est pas là. Aucun souvenir de ma part. Ma mère se sent un peu mal. Elle n’a jamais tenu l’alcool. Mais, problème : elle est enceinte de sept mois - son réveillon, c’est au jus de pomme qu’elle le fête. Champs sur Marne, un premier de l’an, c’est désert, surtout lorsqu’on accouche sans son mari avec deux mois d’avance. Sans doute les huîtres qui n’étaient pas fraîches.

Mon petit frère est né à Brou-sur-Chantereine, Seine-et-Marne, le 2 janvier 1989. Il était si rapide que ma mère ne le sentit presque pas passer : d’après elle, la sage-femme l’a attrapé au vol. C’est quand même fort, de commencer sa vie sur Terre en boulet de canon, non ?

Les premiers temps sont difficiles et en couveuse, et il restera de santé fragile pendant quelques temps, puis finalement, deviendra comme moi : en bonne santé, et vivace. Il nous faudra des années pour voir apparaître nos différences génétiques. On se ressemble. Les frères Grimm, c’est prédestiné.

Je ne sais pas si mes parents ont un jour pensé à un troisième. Une fille ?