Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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de 19xx à 2006

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

Fil des billets - Fil des commentaires

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 27 janvier 2007

Ricochet 1960:02 une silhouette à l'infini

Elles sont grandes les tentations. Déjà, lorsqu'elle avait descendu l'escalier de sa démarche d'écriture somptueuse, ces quarante-six marches monumentales, nombreuses avaient été celles-là (et parfois assouvies de commentaires en commentaires parsemés, sans jamais se transformer en véritables récits personnels). La tentation de se mêler à la cour des grandes pourtant était sans doute trop intimidante.

Et voilà qu'elle reprend, la fée Kozlika, une ascension ? Elle nous parle de petits cailloux, pourrions-nous être les frères et soeurs du petit poucet dans cette grande forêt de la nostalgie introspective, des souvenirs qui remués font des ronds dans l'eau ? Ricochets déjà repris par la belle Samantdi, dès sa conception, c'est décidément encore plus tentant, encore plus impressionnant à la fois.

Et pourtant.

Déjà, lors de ma lecture des billets sur les années soixante, moi qui suis d'à peine deux ans leur aînée, je m'étais demandé comment on pouvait refabriquer ces souvenirs d'enfant, comment s'impressionne notre mémoire, si ce n'est sans mots, uniquement en sensations et en images.

L'année 1960 est faite de ces souvenirs-là, de la rue que j'habitais - mais que j'ai eu l'occasion d'arpenter encore par la suite, alors ils se sont aussi refabriqués, de l'immeuble et sa cour, traversée aussi plus grande, parce que mon amie Nette y habitait toujours et que j'y serai donc retournée de nombreuses fois, de l'ascenseur et de sa grille, mais surtout des miroirs qui se faisaient face dans ce hall d'entrée, permettant de renvoyer à l'infini ces reflets comme une plongée dans un insondable démultiplié.

C'est cela les souvenirs d'enfance, on se regarde et on se voit aussi de dos, sans jamais pouvoir arrêter le regard sur ces multiples visages qui s'enfuient avec la ligne d'horizon.

Petite fille de deux ans que je retrouverai sur les photos, mais dans mon regard intérieur, il y a ces sensations, un possible infini, un peu inquiétant aussi, mais tellement excitant !

pierre, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 27 janvier 2007

1960:00 Pour la vie !

En 1960 un austère jeune homme de 28 ans, au crâne passablement dégarni, déclare sa flamme empressée à une mince et rougissante jeune fille. Elle n'a que 22 ans mais il l'a vue grandir depuis qu'elle est née, leurs parents étant de proches collègues de travail. L'inverse est moins vrai puisque six ans d'écart, vu depuis un regard d'enfant, c'est autant qu'une génération. Très impressionnant. Le regard de l'un sur l'autre n'était pas équivalent.

Très pragmatique et sûr de son coup, le brillant jeune homme n'attendit pas trois jours pour transformer sa déclaration, acceptée, en demande en mariage. Il aurait bien aimé que ça se fasse dans la quinzaine qui suivait (« pourquoi attendre puisqu'on s'aime ? »), mais la farouche et timide jeune fille avait quand même osé demander un peu plus de temps de réflexion. C'est que... c'était pour toute la vie ! Et tout cela allait si vite...

Trois mois plus tard ils se mariaient. Gaieté un peu triste puisque la jeune épouse venait de perdre sa mère, soit un tiers de ce qui restait de sa famille. Son frère, immuablement âgé de huit ans, était mort alors qu'elle n'avait que quelques mois. Auréolé de cette innocence idéalisée, ce décès précoce avait laissé planer une ombre sinistre sur celle qui resterait à jamais fille unique. Elle n'égalerait jamais ce frère inaccessible et irremplaçable, choyé et sanctifié de son vivant en attendant son trépas. Sa maladie ne se soignait pas, à l'époque.

A 22 ans, celle qui se mariait portait donc déjà deux deuils marquants, mais aussi la charge d'un père sénéscent de soixante-dix ans, perdant la mémoire et ses facultés mentales. Sans parler de la grand-mère acariâtre et aveugle, qui constituait le troisième élément de cette lignée restreinte. Toute sa famille de limitait désormais à ces deux vieillards.

Un jeune homme sérieux, plus âgé qu'elle, ne pouvait être qu'un soutien efficace face à ces trop lourdes responsabilités...

Le besoin de vie était très puissant pour celle qui avait toujours souffert de sa solitude parmi un entourage de vieux. Son rêve unique était d'être mère de nombreux enfants, et de les aimer sans limite. Depuis qu'elle avait été en âge de jouer à la poupée elle imaginait déjà ses futurs enfants. A douze ans elle prévoyait que le premier serait un garçon, et il s'appellerait Pierre.

En se mariant alors que sa mère venait de mourir, le besoin de transmettre la vie n'en devenait que plus impérieux. Deux semaines après son mariage elle était enceinte, tandis que sa grand-mère mourrait. Mes premières cellules commençaient leur division...

anita, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 27 janvier 2007

1960 : histoire ici, préhistoire là.

Il y a une véritable ironie à prétendre pouvoir m'inscrire dans un chemin si clairement balisé par les dates. Mon sens du temps se dérobe aux calendriers, mes strates, comme la plupart des archéologies, s'imbriquent et parfois même se confondent, je compte les échéances en battements de coeur, et mes mutations en chemins parcourus. Les années se condensent parfois dans un fragment minuscule, et des instants se dilatent encore à l'infini, pour le pire, le meilleur ou l'indicernable. Commencer alors que je ne suis pas née, qu'il s'en faudra encore de trois ans, n'est pas plus choquant que de prétendre que la chronologie parlera plus précisément de moi que la géographie.

Encore qu'à ce stade là, il s'agisse d'eux, ces deux jeunes gens que j'imagine un peu raides, attentifs à dompter l'émotion.
Fervents.
Je ne peux les voir que comme celà, d'une ferveur qui les sauvait, au moins temporairement, de l'arrogance. Pas spécialement beaux, mais je suis prête, partialement, à pouvoir leur trouver du charme, lui, en forme de chat efflanqué, au bord du roux, tributaire encore de sa pipe et de ses lunettes pour se trouver un peu de poids, elle, la bouche longue et belle, un peu trop grande, l'iris large d'un saisissant bleu gris.
Ils avaient enduré tous deux des familles dont la prodigieuse complexité leur apparaissaient encore extraordinaire-Ils passeront leur vie à découvrir que les histoires de familles proprement délirantes sont d'une constante banalité. Pour l'heure, ils ne percevaient des lignes à haute tension enterrées dans leur propre champ, que de crépitants éclairs de passion, souvent dissimulés sous la joute d'idées.
Je peux à la rigueur scruter leur visage. Leurs voix juvéniles ne me sont pas parvenues, mais cela n'importe pas. Je peux m'avancer en toute certitude : ces deux là se sentaient une mission. Pas forcément sauver le monde, encore qu'il y ait eu de cela, sans doute, quinze ans après un chaos qu' ils interrogèrent longuement.
Peut être juste prouver à celui-ci qu'on pouvait être jeunes, supérieurement intelligents, mythiquement drôles, et s'aimer passionnément la vie entière.

Mais de tout cela, je ne sais finalement rien. Leur histoire n'est pas entièrement superposable à ma préhistoire. Je ne suis pas dupe du regard que je porte sur eux, je sais d'avance que j'en choisirai ce qui fera fondation à ma naissance. Je suis, depuis longtemps, bien plus vieille que ces deux là, qui n'ont plus rien à voir non plus avec d'autres, qui eux, ont vieilli près de moi, me regardant grandir et mûrir.
Peut-être, d'ailleurs, est-ce à cela que je peux mesurer l'âge que j'ai aujourd'hui, et percevoir que je suis désormais près de mon équateur : à cela, cet éprouvé de tendresse envers ces deux jeunes gens qui levaient le menton, et qui se marièrent cette année-là.

zub, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 28 janvier 2007

1948 : Le grand départ

Bien sûr que je ne m’en souviens pas, et plus personne pour m’indiquer le chemin. Si je connais certaines choses sur la vie de mes deux parent avant qu’ils se rencontrent, je ne sais rien de ladite rencontre. Ni même quand ils se marièrent. (Ah, si j'avais mieux cherché!!! Ce grand événement eu lieu le 12 octobre 1946).

Mariage.jpg

Je sais que mon père fut engagé volontaire pour la durée de la guerre. Qu’il fit la campagne d’Italie, le débarquement de Provence et reçut pas mal de médaille.
Ma mère quant à elle, 4° d’une famille de 12 enfants, fut chargée du ravitaillement. Ce qui lui valu de nombreuses plaintes de la part des plus jeunes, récriminations toujours en vigueur.
Ce que je connais, c’est l’adresse de la maison : 10 rue Franchipani.
Située en plein centre ville, les rues avoisinantes portent encore les stigmates de la guerre. Que voulez-vous, pour être sûr d’atteindre l’arsenal et les troupes allemandes, les avions américains lâchaient leurs bombes bien avant, et il ne leur restait pas grand chose arrivés sur place.

1948.jpg

Mais heureusement, j’étais un beau bébé, et mardi c’est mon anniversaire.

gateau, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 28 janvier 2007

Ce que je sais d'eux en 1961

Six ans de mariage et pas l’ombre d’un soupçon de grossesse à l’horizon. L’amour qu’ils ont l’un pour l’autre les aide à ne pas baisser les bras et à s’affairer sans cesse dans cet espoir, celui d’un petit qui viendra. Mais le petit se fait attendre et ne vient pas. Médecins et spécialistes se succèdent sans succès.

Combien d’interrogations, de réflexions, et peut-être même de moqueries ont-ils subi ? Combien d’interrogations, de réflexions et peut-être même de moqueries se sont-ils infligés ?

Ils voient tous les ventres de la famille s’arrondir, les enfants naitre, les enfants grandir. Et eux, ils restent deux. Ils souffrent en silence dans les cris des enfants des autres qui les entourent.

L’été est là, une nouvelle fois, avec un espoir qui s’amenuise, un peu chaque jour. Elle ne pense plus qu’à une chose, cet enfant qui ne vient pas, qui lui prend tout son temps toute sa vie, toutes ses pensées. Ce matin, son cœur trop lourd la fait chavirer. Parler à quelqu’un, dire son effroi, sa peine, son espoir qui s’éteint. Elle court chez son médecin, une nouvelle fois. Mais ce matin-là, le médecin perçoit l’équilibre instable de sa jeune patiente et hésite à lui avouer son impuissance. La larme qu’il voit naître au coin de l’œil de la jeune femme lui fait prononcer cette phrase : - Ecoutez, mon petit, on va tenter le tout pour le tout. Partez en vacances, faites du vélo, autant que vous pourrez. Mais si vous n’êtes pas enceinte en rentrant, il faudra penser à l’adoption. Elle rentre, le vide a envahit sa vie.

Quelques semaines plus tard, la mort de sa grand-mère la sort d’une torpeur envahissante bien que le chagrin qu’elle éprouve à la disparition de cette aïeule chérie n’est pas à la mesure de l’affection qu’elle lui porte, l’absence d’enfant envahissant le quotidien. Le temps des vacances arrive et ils partent à l’île d’Oléron. Elle passera quinze jours sur un vélo, n’en descendant que pour les repas et les nuits.

La mort de la grand-mère a-t-elle sonné le glas d’une nouvelle ère ? Le vélo a-t-il des vertus thérapeutiques ? Je ne sais pas, mais de toute évidence, ma mère de retour à Paris était enceinte.

Et pour clore l’histoire du vélo mainte fois contée, mon père disait "Ah, ça, on a attendu, mais ça valait la peine, quand on voit le résultat" avec un clin d’œil dans ma direction.

Bamalega

lalene, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 28 janvier 2007

1979 : 00 ?


Tout a commencé un vendredi saint. Le vendredi saint 13 avril de 1979... Un de ceux-là même de la période du Carême, où on doit se priver,  s'abstenir de se divertir (et même jeûner, interdiction de manger de la viande, en particulier ce jour) etc...

Eh bien j'en connais deux que ne se sont pas abstenus ce jour-là. Et pour cause, c'était période d'ovulation ! Donc j'ai commencé ma vie dans le pêché. D'un côté, mes parents n'étaient ni croyants, ni praticants (mais chut, il ne faut peut-être pas le dire à ma grand-mère). Donc ça n'était pas si grave.

Je vous passe les longs mois qui ont suivi avec les nausées, douleurs lombaires et vergetures au programme.

Le 31 décembre 1979, 2h30 du matin : ma mère perd les eaux. 5h30, débarquement à la maternité Sainte-Claire. Ma grand-mère paternelle est semble-t-il arrivée vers 8h en chaussons et avec son Scrabble sous le bras (faut savoir s'occuper dans ces moments là). Mes parents préparaient leur réveillon : le soir même ils devaient aller chez la soeur de mon père pour fêter dignement l'arrivée de 1980. Il y avait donc du champagne dans la voiture. Mon arrivée était prévue pour le 13 janvier 1980. Mais j'avais décidé qu'il en serait autrement. Les paris sont lancés : bébé de 1979 ou de 1980 ?

Il parait que les médecins ont laissé trainer le travail, tout ça pour que je n'arrive pas le 31 (dommage pour la demi-part en plus sur la déclaration des impôts sur le revenu) et que je sois un des premiers bébés de l'année (ou pour fêter tranquillement la Saint Sylvestre ?). Et ils ont réussi leur coup. Après beaucoup d'heures de travail (je vous laisse faire le calcul), j'ai pointé le bout de mon nez à 11h le 1er janvier 1980.

C'est mon père qui choisira mon prénom. J'aurais pu m'appeler Julie, Sonia ou Audrey et j'ai même entendu parler de Jennifer. On me donnera comme deuxième prénom Ginette (celui de ma grand-mère paternelle) et comme troisième prénom Violette (celui de ma mère).

Un des premiers bébés de l'année, ce qui m'a valu d'avoir ma trombine en photo dans le journal local.

florence, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 28 janvier 2007

1982:0 Désirée

L'hiver est très rude en 1982... Mon papa est cheminot et travaille en trois-huit. Tout l'immeuble se réjouit de la grossesse de ma maman et chacun est prêt à lui rendre service. Le 4 Avril. Ma maman est enceinte jusqu'aux dents. Un petit repas familial se déroule le soir dans l'appartement de mes parents. Un bébé très désiré, dont on ne connait pas le sexe "pour la suprise", devrait arriver pour la fin avril, pour l'anniversaire de ma maman justement. La soirée se passe avec du vin ... Ma grand-mère prévient "tu n'en as plus pour longtemps, ton ventre est bas". Les invités partent, mes parents vont se coucher, tard. Vers 3h, ma mère prévient mon père :
- Je suis en train de perdre les eaux.
- T'es sûre ?.

Un bébé très désiré... Mes parents se sont mariés en 1971, et ils ne voulaient pas d'enfants tout de suite. Mais quand ils se sont décidés, les machines n'étaient pas très bien huilées : problèmes de stérilité chez les deux ! Ma mère a alors suivi des traitements lourds pour y remédier, sans succès. Au bout de trois ans, elle abandonne. Mes parents parlent alors d'adoption. Et là, miracle (ou pas), elle est enceinte. Son gynéco tente de l'avertir :
- Restez calme, pas trop de sport, ménagez vous.
- S'il veut tenir, il tiendra, sinon tant pis, j'ai déjà fait trop d'efforts.

Et je tiens. En mars, le gynéco est alarmiste. Je suis anormalement petite, et il prescrit des piqûres cencées m'engraisser dans le ventre de ma mère. Et j'ai tenu, mais je viens avec 20 jours d'avance. Le lundi 5 avril, j'hurlais à plein poumons, à 9h50, et pesait déjà 3kg.

J'ai dormi ma première nuit en pouponnière. Et lorsque l'infirmière m'apporte à ma maman, le lendemain matin, j'ai le visage ensanglanté. Maman en pleure... J'ai les ongles fort longs, et je me suis griffé la joue gauche. Le médecin précise qu'on ne coupe pas les ongles des nourrissons avant un mois. La plaie aura énormément de mal à guérir, si bien que j'aurai une cicatrice qui grandira avec moi.

Je suis une fille. Il me faut donc un prénom. Si j'avais été un garçon, cela aurait été Laurent. Mais je suis une fille. Ma maman souhaite m'appeller Anne-Laure, mais papa trouve cela trop snob. Ils prennent donc un petit calendrier de coiffeur : 1er janvier : jour de l'an. 1er février, Ella.... 1er décembre, Florence "tiens c'est pas mal". 2 janvier, Basile... etc. Et ils resteront sur Florence. Pas d'autre prénom, ça ne sert à rien d'en avoir d'autres, hormis le fait de faire plaisirs aux parrains/marraines ou aux grands-parents. C'est le défilé dans la chambre de la maternité Sainte Croix de Metz... Sauf ma grand-mère, qui ne viendra que le dimanche suivant... Pas très pressée de voir sa première petite-fille...

Lorsque mes parents rentrent avec moi de la maternité, ma mère se pose et fond en larmes, le syndrome du baby-blues que l'on appelle ça. Elle ne sait pas par où commencer. Elle commence par ne pas écouter les médecins, et à me couper mes ongles trop longs, plus fin que des lames de rasoirs.

Ma marraine travaillant dans une pharmacie, ma maman me bichonne avec les produits "Poupina", et j'étais un beau bébé tout rond, tout chauve (pas un poil sur le caillou comme on dit), et qui sentait bon. Lors de la première visite chez son gynécologue, ma maman me ramène dans un couffin. J'ai tout de suite profité, je suis tout en rondeur. La secrétaire et le médecin se réjouissent "c'est très gentil de venir nous montrer votre bébé". Et à ma maman de répondre "non, je viens vous montrer le bébé ANORMALEMENT PETIT". Elle lui en voudra énormément de lui avoir fait si peur pour son bébé aussi près du terme.

caco, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 29 janvier 2007

1974 - au commencement

J'ai passé neuf mois de cette année dans le ventre de ma mère. Nous aurions voulu plus - on ne nous a accordé qu'une journée. Le 2 octobre, le bloc était prêt, l'équipe au complet, les scalpels aiguisés. Il fallait y aller, disait-on.
Je n'aurai pas eu l'assaut des doutes, ni l'ivresse de la décision qui se concrétise.
Je suis née par surprise.
Dans les lumières trop vivres, le froid inconnu, sous ces regards scrutateurs et inhumains.

A son réveil, l'infirmière a roulé le petit berceau jusqu'à son lit. Un seul regard lui suffit : "Ce n'est pas elle. Ce n'est pas ma fille."
Car elle savait depuis le début, du fond de son âme et de son corps, qu'elle portait une fille. En ce matin d'octobre, ses chairs malmenées, exsangues, lui crièrent le malentendu.

Neuf mois et un jour avaient tissée la trame délicate et solide de la relation qui s'amorçait. Nous n'aurions pas assez de toute une vie pour y déposer nos couleurs...
Pour l'heure, une mère trop faible et un nourisson trop petit pleurent l'éloignement que la rigueur de l'époque leur impose. Trois semaines plus tard, elles sortiront ensemble de l'hôpital.La mère était épuisée ; sa minceur extrême la faisant paraître encore plus jeune, sans qu'elle lui permette de reporter une reprise de travail imminente. La fille, à demi vaincue, alignait déjà de longues nuits de sommeil. Peut-être retrouvait-elle dans ces trèves solitaires le réconfort et la chaleur qui s'en étaient allés sans prévenir ? A moins que ne s'exprime une propension qui ne la quittera plus, un besoin fondamental de se ressourcer par le repos ?

Les jeunes parents décidèrent de confier tendrement leur toute-petite à la grand-mère paternelle, pendant que la mère put alléger ses horaires de travail avec la bénédiction de son employeur bienveillant.

La vie sera toujours douce dans les bras de Maman...

fauvetta, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 29 janvier 2007

1952 - Une Nouvelle Fille Ogino

29 novembre 1952.

Au petit matin, elle a senti quelques douleurs. Trop tôt normalement, la naissance est prévue 3 à 4 semaines plus tard... Maman ne dit rien, et laisse mon père partir travailler... Dans la matinée, Grand-Mère qui habite dans la maison mitoyenne vient la saluer. Austère et presque silencieuse comme d'habitude, elle ne remarque rien, et emmène les petits avec elle, l'aîné est parti à l'école. C'est que l'enfant qui s'annonce et déjà le cinquième... Un bébé Ogino de plus dans le quartier...

Tenir, tenir... Maman serre le dents, elle veut se débrouiller seule, ne pas se sentir confisquée comme les autres fois... Elle sort couper le bois pour la cuisinière, elle s'active malgré la souffrance qui se fait de plus en plus vive... Elle s'arrête lorsqu'elle a trop mal, elle transpire, marche un peu courbée, reprend son souffle... Ce bébé imprévu qui arrive déjà, encore une surprise de la méthode Ogino sans doute... Quatre enfants en cinq ans, que de fatigue. Elle est obligée de s'aliter, trop mal. Elle monte tout doucement l'escalier ciré qui rejoint la chambre. Elle souhaite rester seule,... Accoucher en paix, crier ou pas, pousser comme cela lui chante, à son rythme, sans agitation autour d'elle.

En fin de matinée, visite de ma Tante Margot, elle partage la grande maison de Grand-Mère avec Tonton et ses enfants. Elle raccompagne les petits pour le déjeuner. Elle trouve Maman en train d'accoucher ! Contrariée, elle ronchonne un peu, pfff, jamais je ne vous comprendrai vous ! Elle renvoie les petits, et fait prévenir la sage-femme en urgence. L'eau chauffe, Margot s'active pour les préparatifs, ah rien n'est vraiment prévu, mais elle ne panique pas. La vieille sage-femme calme et joviale arrive en vélo, juste à temps pour me mettre au monde ! Une petite fille c'est une fille Greta ! Ma mère épuisée sourit, me regarde et, me dira-t-elle plus tard, j'ai su tout de suite que tu étais un bébé facile et gentil.

Rentrant lui aussi déjeuner, mon père me découvre, tout content d'avoir une nouvelle fille, Cocotte ma jolie Cocotte me dit-il. Les petits sont revenus, Grand-Mère, Tonton, les cousins tous rappliquent joyeusement. Tante Margot, fausse dure, sera ma marraine, elle l'a bien mérité non ? Elle m'aime déjà je le sais bien ! Papa décide de m'appeler Anita, ma cocotte Anita, refusant le prénom proposé Monique. Il tranche, cela sera Anita, sa cocotte. Et c'est vrai, jusqu'à la fin de sa vie, un autre 29 novembre, j'ai été pour lui Anita-Cocotte !

fredp, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 29 janvier 2007

1979:0 Musique !

Comment vous êtes vous rencontrés ? Sur une piste de danse chauffée par Gloria Gaynor ? Dans une soirée plongée dans l'ambiance sonore de Pink Floyd ? À un concert de Maxime Le Forestier ? Je ne connais pas cette histoire d'avant ma naissance, je n'ai que des indices, le souvenir d'un vinyl de Dark Side of the Moon ou de comment bébé vous m'aviez amené à un concert où il avait chanté Parachutiste...

Mais 1979, même si c'est YMCA, I will survive et The Wall, même si c'est l'année du London Calling des Clash que vous n'écoutiez pas, ça je le sais, même si, même si, même si... Pour vous deux, après 1978 « Mariage », c'est 1979 « Naissance », un midi du mois de juin, ensoleillé pour l'histoire.

Sortie de la maternité, déménagement dans un appartement plus grand, je n'ai aucun souvenir mais ma vie commence.

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