Petits cailloux et ricochets

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
S'abonner

année à 15 ans

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

Fil des billets - Fil des commentaires

Kozlika, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 12 décembre 2006

1975:15 cépajuste

Quelque part en 1975, mais me souviens plus quand exactement. Rha les salauds, ils ont collé Claire en prison ! Oui, non, d'accord, en pension, mais c'est tout pareil. Claire a fugué une paire de semaines, un tout petit voyage de rien du tout à Amsterdam avec un situationniste barbu, et à son retour ses parents l'ont envoyée loin très loin dans les Alpes-Maritimes. Heureusement ils n'interdisent pas le courrier, mais qui sait s'ils nous lisent ? Soyons prudentes.

Elle dit qu'elle ne risque pas de faire le mur (et je vois bien que c'est vrai, pas pour si on intercepte nos lettres) parce qu'une fois de l'autre côté il n'y aurait rien de plus. Elle est dans le trou du cul du monde et là-bas il n'y a rien, mais alors rien de rien qui rend la vie intéressante. Et les gens sont tous des cons, très très cons. Ses lettres sont désespérées et colériques. A la réflexion peut-être plus colériques que désespérées, mais c'est bien normal, on a toujours raison de se révolter.

En fait quand elle est partie elle ne m'avait pas prévenue. Au début, j'étais vexée, j'ai cru que c'est parce qu'elle n'avait pas confiance en moi, mais après elle m'a expliqué que c'était pour qu'«ils» ne puissent pas me faire parler. Je me demande s'ils seraient allés jusqu'à la torture ? Non, je crois pas quand même, mais sait-on jamais, les réacs c'est des fois prêts à tout pour nous empêcher de vivre. Enfin, je sais pas trop, en même temps. Je ne sais pas si je peux dire à Claire que quand elle était partie, sa mère m'a téléphoné presque tous les jours et qu'elle me faisait de la peine. Elle avait l'air vraiment inquiète, vous voyez, je crois qu'elle était vraiment inquiète, pas seulement pour des histoires de bonne morale, juste savoir si sa petite fille allait bien. Elle me disait que je savais sûrement où Claire était vu qu'on était meilleures amies et qu'elle ne me demandait pas de lui dire où, mais de lui dire de revenir. Et puis aussi elle me demandait de lui parler de Claire, de lui expliquer pourquoi elle était partie, ce qui n'allait pas dans la famille qui faisait qu'elle préférait partir loin plutôt que leur parler. Et moi j'étais bien embêtée avec tout ça, j'aurais voulu ne pas me sentir malheureuse pour elle, j'aurais voulu lui dire aussi pourquoi Claire était partie, mais il aurait fallu que je sache vraiment pour pouvoir expliquer. Je lui ai dit « Elle disait que c'était invivable chez vous. Et que c'était insupportable. » « Mais quoi ? quoi exactement ? » et je répondais « Je ne sais pas en fait, je ne sais pas. C'est tout qui est insupportable je crois. Vous êtes trop sévères, trop autoritaires, enfin elle peut pas respirer quoi. »

Alors après sa mère elle faisait un genre de négociation avec moi, elle argumentait, m'expliquait que non, c'est pas du tout comme ça, tu le sais bien Anne, non ?, me demandait encore des pourquoi et des comment. Elle disait que Situ-Barbu était un sale type, et là je ne pouvais pas lui donner tort, je ne l'aimais pas ce mec. Mais Claire c'était mon amie alors je ne savais pas si je devais du coup le défendre ou dire à Maman-de-Claire que j'étais bien d'accord avec elle.

Et quand elle est rentrée ils l'ont jetée en prison en pension. J'étais malheureuse sans elle, malheureuse pour elle. Mais en même temps je l'enviais. Son exil faisait d'elle une héroïne, une martyre, et moi je restais bêtement chez Maman, on ne s'engueulait pratiquement jamais. Vous imaginez la tuile que c'est ? Rien, pas une prise pour partir en claquant la porte, si je râlais on discutait, on parlait et à la fin on se mettait d'accord. En plus elle était souvent malheureuse à cause de Papa alors je n'allais pas en rajouter une couche. Et puis elle se serait retrouvée toute seule. Tandis que là c'était toujours maison ouverte chez moi, je pouvais débarquer avec qui je voulais, elle était toujours d'accord, et d'accord aussi pour que des copains viennent dormir à la maison et d'accord pour qu'on emmène Claire en vacances, et d'accord pour emmener toute la bande en week-end à la campagne. Tout ce qu'elle me demandait c'était de ne pas la laisser en dehors, je pouvais faire à peu près tout ce que je voulais pourvu que ce soit avec elle ou au moins que je lui raconte tout. Et comme elle était super sympa, tous mes copains l'aimaient bien.

Moi, j'aurais tant voulu qu'elle se fâche sur des trucs de réacs, qu'elle m'interdise d'aller à une manif, qu'elle m'interdise de voir tel ou tel copain. J'aurais tant voulu pouvoir me mettre en colère.

Plus tard, une chanson d'Anne Sylvestre disait :

Merci ô merci, de n'avoir jamais rien compris,
De m'avoir laissée libre.
Merci ô merci, de n'avoir jamais rien compris,
De m'avoir laissée libre, libre, libre
D'arriver jusqu'ici.

krazy-kitty, sur le chemin de 2006 à 19xx,
vendredi 16 mars 2007

2000 : 15 - La rencontre

J'ai quinze ans. Toi aussi.

On s'est rencontré par hasard, ici, ailleurs, ou autre part.

Un feu d'artifice. L'écho de mes pensées qui trouve enfin où résonner. Des rires, des larmes, des discussions que tu suspens de tes lèvres sur les miennes. Des papillons dans mon estomac, l'insouciance, je me fous de tout, tout est possible si tu existes, là, dans mes bras. La vie prend sens, et tant pis si une horrible confusion la lui retire momentanément et me précipite dans la détestable habitude de croire en mes intuitions les plus pessimistes : il est hors de question que ta compréhension m'échappe.

Plus de six ans plus tard : elle m'est toujours acquise.

gabriel, sur le chemin de 2006 à 19xx,
vendredi 16 mars 2007

2000 (15) : Séparation

Tu avais quinze ans. Moi aussi.

Je t'ai rencontrée par hasard, au détour d'un couloir.

Un éclair aveuglant. L'évidente clarté de communes pensées. Des rires et des larmes, des discussions sans fin qui épousent nos lèvres. La peur au creux des reins, l'insouciance, ta voix qui dit tout est possible si tu existes, là, viens, je me fous de tout, viens prends moi dans tes bras. La vie nous appartient ; tant pis si, arrogants, nous voulûmes deux fois contraindre le destin ; et si, précipités par un serment idiot et un facteur malin dans de sombres pensées, nous pleurons, côte à côte, sur la loi des jardins : il est hors de question de te perdre deux fois.

Plus de six ans après, tu restes là pour moi.

sicaliptic, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 29 mai 2007

1981 : 15 ans début d'adolescence

Je suis relativement bonne élève, je suis déléguée de classe ça fait longtemps que j'ai compris que c'était une place où il était possible de se défendre en même temps que les autres. Les profs tempèrent leurs propos face aux élèves présents.
Rien de vraiment marquant cette année là je me souviens juste d'une anecdote : un cancre dont le nom m'échappe faisait la vie à une des meilleures élèves parce qu'elle était raide comme un piquet et ma foi d'abord un peu froid. Il la taquinait un peu méchamment sur son expérience hypothétique des garçons. Je lui ai demandé de laisser tomber, il m'a alors gentiment proposé de sortir avec moi juste pour que je ne me sente pas cruche le jour où je voudrais embrasser un garçon dont je serais amoureuse. J'ai bien ri et lui ai répondu que je me débrouillerais bien le moment venu. On est resté copain et c'était bien ainsi, d'ailleurs à cette époque embrasser qui que ce soit ne m'intéressait guère je préférais rêver en observant certains, c'était plus instructif.

Cette année là ou la suivante je ne sais plus

J'ai le souvenir d'une lettre adressée à ma mère un exutoire qui n'était pas destiné à être lu par elle. J'y expliquais mon malaise la sensation d'être un poids pour les autres, de vivre aux dépens de mes parents, être dépendante signifiait alors pour moi que si on me lâchait je risquais de tomber dans un puit sans fond un peu comme Alice mais sans avoir espoir que cela s'arrête autrement qu'en tombant sur le dos de quelqu'un d'autre.
Je comprenais que j'étais lourde à supporter mais je ne voyais pas le moyen de sortir de cette situation.
En fouillant dans mes affaires, elle s'appropria la lettre mais ne me parla jamais de ce que cela soulevait comme problème, et je l'ai moi-même récupérée en cherchant dans ses placards des vêtements qu'elle m'avait confisqués en douce. Ces drôles de pratiques inavouables empêchaient ensuite la possibilité de dialogue. Chacune prenant connaissance des avancées de l'autre sans pouvoir faire le pas nécessaire au rapprochement.

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 12 juillet 2007

1973:15 Le tableau périodique des éléments

Ou la table de Mendeleiev...

Il y a des souvenirs qui s'accrochent à des années, je n'y peux rien. 1973, c'est indiscutablement Le Gaou Bénat, Lip, le Larzac, le putsch de Pinochet et la mort d'Allende, et encore tant d'autres choses qui feraient aisément croire à mon lecteur que je recopie pour partie les éphémérides de cette année-là. D'ailleurs, c'est le billet de Kozlika sur cette année-là qui m'a probablement décidée à participer aux Ricochets quand par la suite, la fée nous a lancé le défi de la suivre sur cette aventure étonnante qu'elle avait menée de son côté.

Peut-être parce que de la lire évoquer ses révolutions, les miennes ont surgi avec une force surprenante. Cette année-là je suis tombée amoureuse éperdue d'un des copains de mon grand frère, mais une amoureuse transie, qui ne va jamais oser faire le moindre pas vers lui, et va confier à son journal ses émois d'une façon assez pathétique. Pendant ce temps, ma cousine me confie les siens, en tous points égaux aux miens. Mais je me couperais la langue plutôt que de dire à quiconque de vivant ce que je vis, ressens et traverse. Une sorte de honte me paralyse. C'est un secret que pour rien au monde je ne peux trahir, et je ne saurais jamais que je vais désormais beaucoup plus souffrir de mes cachotteries que de mes amours elles-mêmes.

Je me réfugie sur le haut des rochers où personne ne peut me voir pleurer et frémir de toutes mes fibres exacerbées au delà du possible. Je me sens totalement incomprise alors que je ne suis qu'incompréhensions. Ce qui m'arrive est difficile à supporter, mais je le supporte grâce à mon silence, du moins je le crois. J'ai peur que si je dis la vérité à quiconque, je vais mourir immédiatement foudroyée, mais je ne sais pas pourquoi j'ai cette angoisse terrifiante et terrassante en permanence.

Je m'enflamme alors facilement pour toutes les causes qui en valent la peine. Je n'y comprends pas grand-chose, mais je sens confusément qu'elles ont besoin de la passion qui bouillonne en moi, alors que c'est moi qui ai besoin qu'elles assouvissent ce besoin de m'exalter. Mais là encore, il y a des vetos, des barrières qui se dressent, je suis jugée trop jeune par chacun, on refuse de me donner les clés pour comprendre et pour vraiment m'engager en connaissance de cause, je suis les mouvements et ne me sais pas utilisée. Je crois être au coeur de choses importantes, et déjà je me sens rejettée, repoussée, négligée. Je compte pour du beurre, alors que je bous d'une eau forte et sincère.

Dans la petite Daf rouge l'un des trois garçons me dit "Tais-toi, tu chantes faux", ou bien m'a-t-il dit que je leur cassais les oreilles ? Je n'ouvrirai plus la bouche jusqu'en 1984.

Thomas, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 7 août 2007

1992, année 15 -- Arcadie

D'abord il y a eu un jeu de mots. Un enchaînement de rebonds, une passe à dix de libre association sauvage. Entre un exercice de voix et une impro, dans la grande salle de vieux béton nu où se réunissait l'atelier théâtre, chacun à son tour proposait le premier mot qui lui venait en tête. Ça a commencé absurde et drôle, et puis ça s'est tressé de plus en plus serré jusqu'à ce qu'on contemple l'évidence et qu'on voie se dérouler, presque malgré nous, l'Amour, la Mort, le Désir et l'Interdit. On en a presque eu peur.

Et puis de ces mots bruts, on a fait un texte, une pièce de théâtre. Arcadie, mon amour, une pièce de jeunes révoltés dans une société où l'amour aurait été interdit. On l'a jouée dans notre petite salle polyvalente de banlieue. Et puis on a emmené le spectacle tourner au Québec, avec un autre groupe de l'association. Eux jouaient L'Art de la chute de Guy Foissy.

On est partis, donc, une trentaine de jeunes, de moins jeunes. Quelques jours à L'Acadie, puis Montréal. Trois représentations pour chaque spectacle. Et pour finir, quelques jours au bord d'un lac : trois semaines au Québec.

J. et C., mes camarades de scène, n'avaient pas traîné pour se trouver des copains sur place. A. la jolie petite blonde de l'autre spectacle, elle, n'avait sans doute pas trouvé de jeune montréalais à son goût. Ça tombait bien, elle me plaisait. Ce soir-là on rentrait en petit groupe, à pieds dans Hochelaga-Maisonneuve, d'une balade à la fraîche. On s'était arrêtés à l'étal d'un marchand acheter quelques pêches juteuses. J. marchait près de Doug, C. près de son cheum à elle, j'ai oublié son prénom.

A. était tout près de moi et dans un élan de courage ou d'inconscience, j'ai passé mon bras autour de ses épaules. Elle n'a rien dit et nous avons continué à marcher le long d'Ontario Est dans le soleil couchant.

pierre, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 15 décembre 2007

1976 (15 ans) - Ambivalence

Au fil des mois je deviens très intéressé par Laura, cette fille qui attire de plus en plus souvent mon regard. Je ne sais plus comment je me suis arrangé pour me trouver le plus souvent possible à proximité, mais me voila inséré dans le même groupe qu'elle. Avec un effet inattendu : je commence à trouver un intérêt à aller au collège. Visiblement je me sens mieux et parviens même à me faire une petite place dans cette classe. Être redoublant me permet aussi de hisser ma moyenne... juste au dessus de la moyenne. Une certaine légereté revient. Maix mon père ne se prive pas de me rappeller que ma petite soeur, de trois ans ma cadette mais ayant "sauté" une classe, est juste derrière moi... Ce n'est pas tant cette proximité qui me dérange (en fait je m'en fous) que le rabaissement constant qui m'est seriné. Devant mon père je me sens en échec permanent.

Les cours particuliers de maths continuent, ainsi que la surveillance rapprochée de mes devoirs. Mais le fait de passer des heures à "travailler", c'est à dire à essayer de me concentrer sur des leçons ou des exercices n'implique pas que cela soit efficace. Lourdeur des silences, chez la dame qui essaie de m'aider, pendant que je cherche à comprendre en sentant bien mon incapacité à y parvenir... Par contre, l'avantage d'avoir des copains me permet de bénéficier de quelques aides discrètes pour les exercices qui remontent mes résultats.

Depuis quelques années mon père effectue des voyages professionnels à travers le monde. Il est alors longuement absent et j'apprécie le répit que cela me laisse. Une seule fois il m'aura écrit, depuis l'avion qui l'emmène vers le Japon. Une carte postale. L'unique que j'ai reçue de lui de toute mon existence (mais il a toujours contresigné celles de ma mère). Pourtant mon père n'est pas un mauvais bougre. Il est seulement incapable d'exprimer des émotions, ambitieux pour ses enfants, et très exigeant. D'ailleurs, suivant les prescriptions du psychologue, il m'encourage à bricoler, développant ainsi une curiosité et une habileté naturelles. À quinze ans nous faisons ensemble ma chambre dans ce qui était une "salle de jeux". Je détapisse à la vapeur et enlève le revètement en lino au chalumeau. Dans ces odeurs bizarres je me prépare une pièce neuve que je vais pouvoir m'approprier. J'apprends à tapisser, poser du carrelage. Mon père me montre comment construire l'escalier en bois qui mène au grenier. C'est moi qui pose le parquet, lui qui pose l'éléctricité avant de m'inviter à essayer. J'apprends, je construis, je réalise. Une certaine fierté m'habite et je sais que je la lui dois. Seuls mes talents de bricoleur semblent offrir une passerelle entre mon père et moi. C'est trop peu, mais c'est déjà énorme. Je reste méfiant vis à vis de ce père aux colères imprévisibles, tout en étant admiratif de son savoir. Ambivalence. Malheureusement, la confiance qui s'est mal construite dans l'enfance, puis qu'il brise trop impitoyablement dans l'adolescence, ne peut s'installer. (Trente ans plus tard je craindrai toujours mon père... Pourtant, je finirai par comprendre qu'il nous a aimés à sa façon. Il agissait en pensant bien faire, et en nous offrant tout le confort matériel possible. Son affection passait par le matériel. Elle se sentait, mais il y manquait de la proximité, de la chaleur, du contact, du relationnel.)

Mon père m'impressionne par ses capacités de réflexion et d'analyse. Redoutablement rapide et intelligent, à côté de lui je me sens incroyablement bête. (Je crois que j'étais simplement un lent. Quelqu'un qui apprend, comprend, et évolue lentement. Qui prend son temps.)

Eté 76, celui de la canicule. Je suis en Irlande, exceptionnellement chaude et sèche, immergé en famille d'accueil, et je ne peux parler qu'anglais. C'est efficace. Là-bas je découvre l'autonomie : je me déplace seul dans Dublin, suis libre de mes journées que je consacre à de menus achats dans de grands magasins. Je vais au cinéma voir Jaws, qui me privera pendant longtemps de l'insouciance des bains de mer.

Septembre. Alors que je suis dans ma ville à attendre un bus, je vois, comme dans un film au ralenti, passer Laura devant moi. J'en deviens instantanément... fou amoureux. Un coup de foudre à retardement, en quelque sorte. Elle ne me voit pas, et je reste hébété, tremblant. Cette émotion exacerbée ne me quitte pas à la rentrée, où je crois défaillir en reconnaissant sa longue chevelure. Sans le savoir cette fille va me sauver en redonnant sens à mon existence.

Repères 1976 :

  • Chirac, premier ministre, laisse la place à Raymond Barre. Christian Ranucci, dernier condamné à mort à être éxécuté. Concorde devient avion de lignes régulières. Nadia Comaneci triomphe aux jeux olympiques de Montréal. Mort de Mao tsé toung...
  • "Oxygène", de Jean-Michel Jarre - "Cupidon s'en fout", de Brassens - "Hotel California", The Eagles - Je t'aime, moi non plus, Gainsbourg...''