Petits cailloux et ricochets

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
S'abonner

année 1994

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

Fil des billets - Fil des commentaires

Kozlika, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 20 novembre 2006

1994:34 en terre étrangère

Juillet 1994. La sœur de mon compagnon, femme de notable normand en villégiature estivale, m'invite au festival d'Aix-en-Provence pour assister à ma première représentation d'opéra. Tout m'impressionne. La suave douceur du soir, le charme des rues étroites bordées de bâtiments discrètement bourgeois, les terrasses des restaurants juste avant le spectacle garnies de dames fort bien (dé)vêtues et d'hommes très élégants, l'Archevêché et sa première cour intérieure où bruissent les conversations et les robes du soir, les parfums capiteux, la cour intérieure enfin, où se déroulera le spectale à ciel ouvert, plafond garni d'étoiles. C'est La Flûte enchantée. Les décors sont superbes, la musique enchanteresse, les chanteurs extraordinaires [1]. La cantatrice qui tient le rôle de la Reine de la Nuit est visiblement enceinte. Elle s'appelle Natalie Dessay.

Une soirée hors du temps, qui ne m'a pourtant pas poussée à me ruer sur les opéras parisiens. Pourquoi ? Parce que tout cela ne pouvait m'être que d'accès exceptionnel, rustresse provinciale invitée au mariage du prince et de la princesse. L'opéra c'était des robes du soir et des coupes de champagne à gogo, des oreilles élevées à la Grande Musique, des spectateurs distingués qui connaissent les prénoms de tous les chefs d'orchestre. Qui sont capables de resituer chaque œuvre dans leur contexte historique et musicologique. L'opéra est réservé aux riches ou aux spécialistes. L'opéra n'est pas pour les nuls.

Ce qui m'a fait y retourner enfin c'est une proposition du comité d'entreprise de mon lieu de travail pour des abonnements. On s'adressait donc bien à nous autres, les musicalo-incultes, en spectateurs potentiels.

Dans ma famille, la culture c'est, laaargement au-dessus de tout : les livres. Loin loin derrière, les arts plastiques (et les livres sur les arts plastiques) et plus loin encore, mais vraiment très loin alors, la musique. J'ai découvert, comme beaucoup, la musique symphonique au collège, avec Dvorak et La Symphonie du Nouveau Monde, les concertos pour piano avec L'Empereur de Beethoven. Et voilà. D'opéra point. D'ailleurs on changeait de chaîne dès l'apparition d'un orchestre, alors une cantatrice, je ne vous dis pas. Sauf bien sûr « Le Grand Echiquier », Jacques Chancel étant agréé culture par la familiae lex. C'est ainsi que j'avais été émerveillée par l'Ave Maria sarde interprété par Maria Carta, qui resta longtemps pour moi le summum du chant sacré[2].

Le problème de la faible fréquentation des concerts ou des opéras n'est pas, je pense, une question de tarifs : les concerts classiques ne sont pas plus chers que les autres, beaucoup s'en faut : je rappelle qu'on peut aller à l'opéra pour 5, 9 ou 20 euros, que les concerts de la cité de la Musique sont fort peu chers et que presque toutes les salles offrent des prix attractifs aux jeunes et/ou aux chômeurs. L'Italie, le Royaume-Uni, la Hollande, l'Allemagne ont un public de « classique » bien plus hétérogène que le nôtre. Je ne suis pas sociologue mais intuitivement il me semble que cette musique est plus marquée socialement et intellectuellement comme réservée au dessus du panier chez nous.

Si je cherche à entraîner le plus grand nombre à l'opéra parmi mes amis blogueurs, ce n'est pas seulement par désir de créer des interlocuteurs supplémentaires pour nous extasier (de concert, ha ha), ni seulement parce que je trouve ça trop dommage de passer à côté. C'est également parce que je sais qu'on a souvent besoin d'un passeur pour entrer dans un monde où l'on se sent étranger.

Notes

[1] Non, je n'embellis pas mes souvenirs !

[2] D'ailleurs si quelqu'un avait un mp3 sous la main...

matthias, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 3 février 2007

1994-Tout vas bien

J'ais décidé de participé à petit cailloux et ricochet de Kozlika et donc je vais retracé ma vie au ritme d'un billet par semaine ( un billet = un an de ma vie ) de ma naissance à maintenant.

Ma mère est revenue de l'échographie, tout vas bien. Apparament il est normale. Matthias, c'est un beau nom.

Mon frère ne fait que urler tout le temps epar ce que mamant est partit, il vas avoire un petit frère mais il sens fout, maman est partit.

L'hopital est calme, mon père est mon frère viennent souvent la voire.

Quand je suis née, on ne voillaient que mes pied. Mon frère vient nous voirent:

- Il a la tête ronde comme le trou des chiote.

- C'est ton frère !

Mes parent on déménagé exprès pour que quand j'arrive on soient dans une autre maison. Comme si j'étais la cérémonie d'inoguration.

Cool, je suis normale, à par une tache de naissance sur la cuisse gauche. Je suis en bonne santé. Maleureuseument j'ais l'impression que sa ne vas pas duré.

sicaliptic, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 25 mars 2007

1994 : 28 ans la séparation et les loukoums

C'est une année douloureuse, Il finit par prononcer "je ne t'aime plus"
Je prends les mesures qui s'imposent, séparation et consigne pour ne plus se voir.
Cela me sauve de prendre en mains les choses, je suis toujours amoureuse , blessée mais au moins je ne subis pas.
Cet homme qui m'est toujours cher, a su régler les turpitudes matérielles de notre séparation sans drame. il m'a laissé la majorité de nos biens j'ai racheté sa part, il m'a laissé l'appartement avec la bénédiction de ses parents chose que n'auraient pas fait les miens il a réglé sa part d'impôt et s'est fait aussi discret que je le lui demandais.
Une amie vient habiter à la maison, on se met à faire des projets d'asso artistique féminine. Le hasard nous fait rencontrer un groupe de rockeuses qui a les mêmes idées, quelques mois après nous fusionnons et l'aventure des "Loukoums rebelles" peut commencer.
Nous organisons des évènements où tous les arts sont représentés expos concerts activités para-artistiques suivant un thème. Sur une journée nous mettons à contribution chacune d'entre nous pour mettre en valeur ce que nous savons faire.
Du coup j'ai l'impression que ma séparation a libéré des désirs que j'étouffais
Au bout de 9 mois, je cède aux sirènes du passé mais la situation est rééquilibrée, je ne saurais jamais résister à mon coeur,
C'est une année heureuse, je me retrouve et mes amours s'enflamment comme feux de paille

traou, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 29 avril 2007

1994 - Dizaine triste

J’ai 30 ans. Je me sens si fragile. L’année précédente a labouré ma vie. Détruisant tout. Laissant une friche. Une terre aride ou repoussera peut-être quelque chose un jour, mais pour l’instant…

Mes amis me font une fête surprise et maladroite. Je me souviens très précisément comment j’étais habillée ce jour-là. Toute en noir, avec une jupe très courte. J’affiche très haut mes jambes fines. Trop. J’ai perdu 10 kilos dans les six derniers mois. Le chagrin est mon régime express. Les nuits peuplées de cauchemars aussi. Il m’arrive de bloquer devant un simple yaourt. Manger pour me maintenir en vie m’apparaît assez superflu.

Ils m’offrent pour cet anniversaire triste mon portrait chez Harcourt. Fantasme de cinéphile. A l’heure où j’écris ces mots, ce portrait me regarde du haut d’une étagère de ma chambre. J’y ai l’air fier. Je me souviens de la séance de pose, de la lumière violente dans mes yeux que je gardais difficilement ouverts. De l’étrangeté de ce cadeau luxueux alors que je commençais à batailler pour essayer de retrouver du boulot, de retrouver une vie, confrontée à l’inadmissible pour la première fois.

On passe parfois de l’état adolescent à celui d’adulte en un tournemain, peu importe l’âge que l’on a quand cela se produit.

Je recommence à fumer.

valclair, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 7 juin 2007

1994: "Traces"

« Traces » c’est, à ce jour, mon texte le plus accompli. Il a été commencé en 1993, terminé et mis en forme en 1995 mais l’essentiel de sa rédaction, le choix de ce qu’il serait en définitive date bien de 1994.

C’est un retour à l’écriture après un temps très long où j’avais totalement mis sous le boisseau l’idée même d’écrire. Ecrire, dès lors que je n’étais pas écrivain, que je n’envisageais pas de le devenir m’apparaissait comme quasi illicite.

C’est un besoin simple d’expression qui m’a fait reprendre la plume. Je me sentais mal ces années là, j’étouffais, j’ai ressenti l’absolu besoin de faire le point avec des mots sur moi-même, mon histoire, mes impasses. J’accordais donc très clairement à cette écriture quand je l’ai reprise une fonction thérapeutique bien plus que littéraire.

Je suis parti des malaises du présent, je les ai confronté à mon histoire récente. Puis j’ai senti le besoin d’aller plus loin dans le passé, à la recherche d’éclats de souvenirs. Je n’ai pas cherché à construire une continuité chronologique, à raconter mon histoire. J’ai donc écrit des fragments au fur et à mesure qu’ils se présentaient à moi. C’est en avançant que j’ai trouvé du sens à les organiser et du coup à les compléter pour qu’au final cela tout de même fasse histoire. Mais j’ai aussi pris un grand plaisir à écrire ces fragments, ou plus exactement à les voir terminés, à voir que du magma confus et au prix parfois d’une douloureuse maïeutique sortait un texte ciselé, agréable à lire, authentique, exprimant avec justesse une certaine vérité de moi ou de mon passé.

Il y a dans cet ensemble des pages vraiment douloureuses, des cris, que je ne relis pas sans trembler non d’ailleurs tant dans les fragments eux-mêmes évocateurs du passé que dans ce qui les environne, des textes d’ambiance sur le moment, des « postscrits » remettant en cause le sens de ce travail au regard des douleurs vécues dans le présent.

Il y a eu des moments d’ailleurs où j’ai eu la pulsion de tout détruire. Tout en sachant parfaitement que je ne le ferais pas. Parce qu’au fond je ne suis pas destructeur mais conservateur à l’extrême (de même que je ne suis pas suicidaire mais plutôt, à l’excès, terrifié par la mort). Et puis parce que je ne pouvais m’empêcher de trouver beau certains de ces textes. Et ça c’était la victoire comme l’était aussi le plaisir que j’avais pris à l’écriture et qui en vérité suffisait à lui donner sens.

J’ai réorganisé cet ensemble il y a deux ou trois ans, j’ai conservé l’ensemble des fragments sans modifier une ligne mais mis de côté certains postscrits, je l’ai doté d’une préface, je l’ai relié, ça fait un ensemble de 120 pages en petits caractères, j’ai le projet de le déposer dans quelque grenier autobiographique. C’est même une des raisons qui m’a fait adhérer à l’Association pour l’Autobiographie il y a quelques années mais pour l’instant je me dis que rien ne presse, mes « Traces » attendent tranquillement dans mes tiroirs…

Lorsque je remets le nez dans ces textes ce qui me donne le vertige c’est d’y trouver des phrases comme celles-ci : « Mais toi, mais nous… L’étincelle que j’y vis ne brille plus dans tes yeux. Nos corps se plombent et nos cœurs se racornissent. Les étreintes se font rares et presque honteuses. Les rires s’éteignent. Le silence s’installe, ce silence gris de tant de couples vieillissants… »

Vertige à voir que tout était déjà là, que le silence était déjà là et que la volonté de le rompre était déjà là, et vertige à voir que douze ans après, tout est encore là, immobile…

Alors me vient la lancinante interrogation : qu’était-ce donc ces pages et ces pages noircies, sinon un substitut de thérapie, une ruse habile de l’inconscient pour m’empêcher d’y avoir recours, une façon d’éviter par peur panique du changement d’affronter vraiment les problèmes et de pouvoir ensuite, peut-être, grandir, seul ou ensemble ?

Quoiqu’il en soit tel a été mon chemin. C’est ainsi que ce fut. Il n’y a rien à y redire. Les regrets sont inutiles et dépourvus de sens. Il y a seulement, et même s’il est tard désormais, à éviter de reproduire encore et encore, à l’identique …

Thomas, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 21 août 2007

1994, année 17 -- Tchao, banlieue

Je me suis levé tôt ces matins de juin. J'ai planché avec tant d'autres. Attendu, avec un peu d'anxiété que certains ont sans nul doute jugé déplacée. Enfin je suis allé chercher ma collante. De l'impression, au moment où le jury m'a tendu la feuille, que mon dossier n'était pas passé complètement inaperçu, j'ai tiré une certaine fierté.

Ça y est, me voilà étudiant d'une prépa parisienne. J'achète ma première carte orange. Je ne reverrai plus mes anciens camarades, ceux que j'ai cotoyés jusqu'ici. Enfin je fuis le béton gris de la banlieue nord et mon passé ; ici je renais, vierge.

Mes plus anciennes amitiés d'aujourd'hui datent de ce jour de septembre où j'entre dans les vieux murs de l'ancien couvent des capucins. Il n'y a plus de moines en capuchon ici, comme cet ecclésiastique condamnant Gilles de Rais que j'incarnais sur scène en février (dernier spectacle pour l'heure – la prépa ne me laissera guère de temps pour cela, je prends deux ans de pause). À leur place, khâgneuses et taupins envahissent la cour du cloître.

Ame, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 30 septembre 2007

1994 :16 En attendant

ça fait longtemps que je n'ai pas écrit. Parce que le présent m'a un peu rattrapé à ces périodes, parce que mes souvenirs sont assez flous ou douloureux.

De mes 16 ans, je me souviens quelques brides, impressions qui se mélangent d'ailleurs aux années alentours.
C'est comme si je me revoyais dans un état de semi-conscience, c'était sûrement le cas. Après le grand chamboulement alors que j'avais 14 ans, je recommençais à me poser dans un nouveau lieu plutôt inhospitalier. Je m'étais faite à l'idée que ce temps de lycée était "incompressible", je devais le passer, je devais passer mon bac, ce qui me permettrait de faire mes choix.
En attendant, il y avait une petite bande de copains. J'ai jamais eu de groupe de copains à proprement parlé mais c'était les personnes que je voyais souvent à cette époque. Nous avons perdu le contact assez vite après le lycée.
En attendant, il y avait les cours d'éco qui me passionnaient (en 1ère, je me souviens qu'on avait étudié la comptabilité nationale et j'avais trouvé ça intéressant...!). Il y avait les sorties ciné, solitaires ou non. Il y avait des tensions à la maison, j'en voulais beaucoup à mon père de certains propos, certaines réactions. J'en voulais aussi à ma mère de ne pas être là pour moi, pour nous. Et ma grande soeur, avec laquelle j'étais complice, partait peu à peu de la maison...
Moi, j'attendais.

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 17 décembre 2007

1994:36 Régressions sans fond

André et Claudette ont décidé d'arrêter les tentatives de procréation assistée et de partir au Vietnam. Ils reviendront avec Romain. Pendant ce temps, Estac s'est lancé à corps perdu dans son grand oeuvre. Il s'enferme pendant des heures et des heures et moi, je tremble. Je l'entends parfois piquer de telles crises que j'ai l'impression qu'il va briser son archet.

Un jour, nous sommes dans la chambre, et il attrape la petite lampe japonaise au pied du lit qu'il balance à travers la fenêtre. Elle atterrit trois étages plus bas dans la cour. Je la récupère, persuadée que tout l'immeuble a entendu le fracas, mais apparemment il n'en est rien.

Philippe et sa femme attendent un bébé. Je décide d'arrêter la pilule. Estac n'est pas d'accord. Il m'impose alors l'abstinence, rompant le contrat qu'il avait accepté six ans plus tôt en me laissant la responsabilité de la contraception, à moi seule la corvée, que j'avais acceptée en disant que cela signifiait qu'il me confiait aussi la décision de la conception. C'était sans compter sur son désintérêt évident pour le devoir conjugal.

Plus Estac m'ignore et m'isole, plus je m'accroche à l'idée que je ne suis capable que de pas grand-chose. Mes missions professionnelles me semblent de plus en plus difficiles à accomplir, j'accepte de plus en plus des boulots qui n'ont rien à voir avec mon projet professionnel, et je délaisse ce pour quoi j'ai tellement mis d'énergie pendant des années, tout en rationnalisant tant et plus. Je ne sais pas où sont mes amis, l'univers de ma belle-famille m'apparaît comme totalement psychotique et Sidonie a un cancer mais personne ne le lui a dit.

Je me sens horriblement séparée de l'homme que j'aime.

La seule qui me reste fidèle quoi qu'il advienne, c'est l'amitié de mon petit oiseau blessé de Montreuil.

shayalone, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 26 avril 2008

1994- 17 ans: Dénouement du transfert

Deux ans et demi que toutes les semaines, deux fois par semaine au début, je vais la voir, que je m'installe dans le grand fauteuil.

Deux ans et demi que je refuse de payer et que mes parents font le chèque, 120 francs, sans sourciller sans rien demander. Comme ça les choses sont claires. Je fais le boulot qu'ils ont merdé, mais c'est eux qui payent, puisqu'ils refusent de venir.

Deux ans et demi, qu'invariablement elle ouvre la séance d'un "Alors?'

Deux ans qu'elle a éclaté de rire devant mon coming-out, un bon gros rire, ponctué d'un "Mais non" et d'un point final. Je repars honteuse, coupable, et blessée.

J'ai 17 ans, les hormones en folie, les filles sont si belles, et je commence à remarquer qu'elle n'est pas trés jolie. Je vois les couleurs ternes de ses habits, les mi-bas couleur chair qui plissent, son air fatigué... même qu'elle se trompe, un jour, oui, pouff, comme ça, elle me dit de venir à 12h30 jeudi, alors qu'on se voit toujours à midi... Je ne dis rien, et j'attend l'heure dite, à la terrasse d'un café. Je la vois partir excedée à midi 20. Je vérifie tout de même, à midi trente, je vais sonner. Bonne fille que je suis.

Je reviens la séance suivante à l'heure habituelle, sans même l'avoir appellée, et je lui offre mon plus angélique sourire. "Vous m'avez dit 12H30. Celà m'a surprise mais je vous ai écoutée".

Elle me dit qu'il est peut-être temps d'arreter. Je n'y ai absolument pas réflechi, mais je lui dis oui, et la quitte, sans un regret, sans un regard. Déchue, tombée du piedestal, faillible, elle n'a plus d'interêt, la psychanalyste. Sa pseudo-vérité non plus.

Deux mois plus tard, je sors du placard.