Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 1953

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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zub, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 18 février 2007

1952, 1953, 1954 petits et grands événements.

15 février 1952
Il ne pleuvait pas
Triste jour
Ma grand-mère, mère de la mienne, part à tout jamais.

Septembre 1953
Je rentre à l’école. Mais comme je suis de janvier et que je n’aurai 6 ans qu’au début de l’année prochaine, l’école de la république ne peut pas m’accueillir.
A force de discutions ma mère, qui est particulièrement obstinée quand elle à décidé quelque chose, obtient que j’y sois pris le jour de mes 6 ans à la condition que je sache lire.
Alors, sans hésitation, je me retrouve dans une école religieuse, l’institution Saint Thérèse.

Février 1954
Je me retrouve donc dans un lieu mythique de la ville : l’école Martini.
J’y découvrirai un enseignant sadique qui aime bien donner des coups de règle sur les bouts des doigts réunis. Ses victimes sont choisies dans les classes des petits et exécutées dans la classe du sieur enseignant, devant ses élèves hilares.
Heureusement que depuis, les châtiments corporels sont interdits.
Nous avons abandonné notre campagne pour retourner à Brégaillon. Je me rends à l’école à pied.
Pour ce faire, je dois traverser un énorme rond point avec une forêt vierge au milieu, puis de longues rues entourées de palissades qui cachent les maisons tombées sous les bombes américaines.
L’entrée de l’école se trouve juste sur le côté de l’église. Un grand portail ouvre sur la cour de récréation. C’est la partie basse de l’école qui regroupe le primaire. La partie haute, qui possède sa propre entrée, héberge les secondaires et les classes du bac.

Une dizaine d’années plus tard, je me retrouverai dans ces lieux abandonnés des enfants, mais abritant l’école des Beaux Arts ainsi que les classes de CAP et les ateliers des sections techniques du lycée tout proche.

andrem, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 28 février 2007

1953, sept ans - Les femmes, premier épisode.

J’ai maintenant 7 ans. C’est la difficulté du sagittaire plus que des autres ; il ne peut faire la ‎soustraction de l’année en cours avec l’année de naissance pour connaître son âge, puisqu’il lui faut ‎parcourir la quasi-totalité de l’année en cours pour atteindre l’âge qu’il doit avoir à la fin de celle-ci.‎

Si tu ne comprends pas, c’est que tu n’as pas assez sagittaire pour servir. Je suis décalé d’un an, voilà ‎tout. J’ai 7 ans pendant toute cette année là, et je ne deviendrai huit qu’à la tombée de la nuit hivernale. ‎Anniversaire crépusculaire, l’automne est à bout. Je ne sais pas pour toi, mais rien n’y fait, chaque fois ‎que j’entends, lis, prononce ou écris le mot décembre, chaque fois que simplement j’y pense, ‎l’obscurité m’entoure qu’il fasse plein soleil ou que mille projecteurs m’illuminent. Il n’en est rien ‎pour janvier tout aussi nocturne que décembre et parfois plus gris ; vas comprendre. Janvier est clair. ‎Décembre est noir.‎

Sœurette, lieu commun, disputes.‎

Le problème de robinet.‎

C’est qu’il me faut un souvenir, pour 1953. Sinon le ricochet sera rond dans l’eau, bulle de savon sans ‎savon, échec et mat. Un souvenir ? Voilà voilà j’arrive.‎

En 1953 je découvre le mystère féminin. L’absence de robinet là. Ma sœur est née, et nous la ‎contemplons sous toutes ses fossettes, je ne vais pas dire coutures, il n’y a pas de couture qui tienne ‎avec ma sœur, dans tous les sens du terme. En ces temps de pudibonderie galopante, il n’y avait pas de ‎mot prononçable, alors entre garçons nous disions robinet. Mais sans robinet, comment désigner ?‎

La fratrie est au complet maintenant. Elle était supposée l’être avant la venue de Sœurette, mais il est ‎des désirs sur les corps entre mai et juin qui oublient les programmes, quand le soleil nouveau ‎réchauffe les peaux et les esprits. Mes parents ont accepté le cadeau, ont décidé de l’aimer, et se sont ‎résignés à avoir un quatrième garçon. Ce fut ma sœur. Il y aura pour le restant des siècles des siècles ‎les deux grands et les deux petits, peu importe que je sois le plus petit de tous, je suis un des deux ‎grands, je suis l’aîné, et j’aime les lentilles.‎

J’ai découvert que l’appartenance à une fratrie était une des structures les plus décisives de l’enfance, ‎en lisant tous ces ricochets tendres ou tenaillés où tous en parlaient mieux les uns que les autres. Qu’ils ‎soient doux ou bruts, ils dépassent le rôle de souvenir d’enfance et deviennent un piédestal nécessaire. ‎Que ce soit la découverte de la concurrence, de la solidarité, de la séduction, de la domination, la ‎fratrie nous enseigne par sa seule existence tout ce qu’on doit savoir de l’existence, justement. Nous ‎nous construisons à la fois avec eux et contre eux, et les haines qui en résultent peuvent devenir aussi ‎définitives que l’amour qu’on leur porte.‎

Bon, je suis un peu lieu commun, là, non ? Et que vont dire les enfants uniques, structurés pourtant eux ‎aussi, et souvent beaucoup plus attentifs au monde extérieur, le seul à leur portée ?‎

J’ai découvert aussi, des milliards d’années plus tard, rien de tel que les temps géologiques pour me ‎stratifier, que nous n’avions pas les mêmes parents, mes frères et sœur et moi. Nos différents parents ‎sont bien pour le père Concordance et pour la mère Verbehaud, l’état civil et les têtes de mules en ‎témoignent. Mais aucun de nous n’avons connu la même Verbehaud ni le même Concordance. Les ‎souvenirs que ma fratrie en a, les jugements qu’elle leur porte, les traumatismes qu’elle subit les ‎pauvres chéris et moi aussi d’ailleurs, ne sont pas les mêmes que les miens. Et si parfois un souvenir ‎commun survient, il est ressenti positif par certains et négatif par les autres, et tutti frutti.‎

Du coup, j’en ai déduit que nous n’avions pas les mêmes frères et sœur. J’ai observé : dans le mille, ‎chacun juge les deux autres autrement que moi, et l’inverse ne me surprendrait pas davantage.‎

Malgré l’existence inévitable des deux grands et des deux petits, j’ai rapidement noué une relation ‎particulière de connivence et de complicité avec Sœurette : si petite, si fille, si maligne. Nous ne ‎jouions pas ensemble et nos activités étaient inconciliables. Il n’empêche : à la moindre tension dans ‎l’air, j’argumentais pour elle, elle se battait pour moi, elle détournait l’attention, je la cachais. Bien ‎plus tard, nous nous dresserons l’un contre l’autre avec violence, mais ne serait-ce pas toujours la ‎même histoire ? Encore plus tard, nous nous réconcilierons.

A suivre.‎

andrem, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 28 février 2007

1953, sept ans - Les femmes, second épisode.

J’ai oublié un épisode. Le second, bien qu'il précède le premier, l'ordre des souvenir fait désordre, parfois.

Il date de l’été précédent, et j’ai trop de retard pour un retour en arrière. Il est ‎pourtant lié à celui-ci par ce fait certain : la découverte du genre, de l’autre genre. Mon nouveau-né ‎Sœurette côté plomberie, et l’été précédent côté cœur.‎

Premier amour.‎

L’autre genre avait en effet commencé son travail de conquête un an plus tôt.‎

Pourquoi ne serait-on pas amoureux à six ans d’une vieille de neuf ? Deux ou trois choses que je sais ‎d’elle : elle m’avait adopté, au milieu du monde impitoyable de la colo de Lacanau, encore Lacanau à ‎la colo Les Hermines, le dernier Lacanau. Elle avait joué avec les autres sans me laisser. Elle m’avait ‎laissé le cadeau de son prénom, jamais oublié.‎

Elle s’était intéressée au petit chétif encore convalescent. Qu’on jette un œil sur moi et soudain ‎l’émotion me submerge, alors vous pensez, la jolie châtaigne qui me parlait au milieu des aboiements ! ‎Je me souviens de cet étrange goût de reviens-y quand elle me parlait puis repartait pour de nouvelles ‎aventures. Elle jouait avec les autres vieux de son âge à des jeux qui me surprenaient, ils jouaient à se ‎marier.‎

Je me demandais comment ils s’organisaient dans le jeu pour les enfants qui vont avec forcément, ‎quand on se marie il y a des enfants, déjà je n’avais pas tout compris des histoires de graine dans le ‎ventre visiblement des bobards pour me faire taire. Comme d’habitude, je me taisais et guettais le ‎passage de la vérité, surtout ne pas rater l’occasion d’en savoir plus. Mais à ces jeux rien ne fut clarifié, ‎et pas question de servir de poupon, la belle s’y opposait. Il me fallut attendre encore beaucoup ‎d’années avant que la graine trouve le bon chemin, et ce ne fut guère que par des travaux pratiques très ‎tardifs que les points décisifs ont été réglés pour de bon.

Les bonnes vieilles années soixante de blocus ‎ont fini par sauter, et moi aussi.‎

Pourquoi amoureux, franchement ? Une seule raison explique cette certitude. Aujourd’hui que me ‎restent seules la clarté de ses cheveux bruns et cette affaire de graine, l’inconscient vous dis-je, je me ‎souviens de son prénom avec la certitude qu’il s’agit du vrai prénom de mon vrai souvenir : Hélène. ‎Elle aura toujours neuf ans, la vieille. En voilà une preuve qu’elle est irréfutable.‎

Et je n’avais pas encore traduit l’Iliade.‎

Assez bavardé, je pourrais écrire deux cents billets sur mes frères et sœur, juste pour cacher mon ‎incapacité à me souvenir de rien cette année là, le CE1, et l’été qui suivi, mauvais en classe, été de ‎devoirs de vacances, quand je vous disais traumatisme. Je ne suis rien qu’un pauvre chéri.‎

Année 1953. FIN‎

alain, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 25 juillet 2007

1973-1953 de la naissance à la Fac

1973,la fac:

-Bravement à 30 ans j'entame un cursus universitaire à l'Institut des Sciences Sociales et du Travail(dépenadant de Paris1 la Sorbonne). Ce dispositif mis en place quelques années plus tôt permettait à des salariés d' accomplir un cycle universitaire tout en travaillant et tous les soirs depuis l'Essonne où j'habiatais et je travaillais je venais à la Sorbonne pour mes 2 ou 3 heures de cours

J'en garde un bon souvenir même si je n'ai pas beaucoup profité de mon statut d'étudiant: marié avec un enfant je passais mon temps à courir alors les discussions sans fin et sorties au cinéma étaient limitées quoique...

De solides amitiés se sont nouées qui perdurent aujourd'hui

1953,naissance et la plus grosse honte de ma vie:

-Donc une de mes cousines eut la bonne idée de naître cette année-là. Ses parents habitaient une ferme un peu à l'écart et pour se rendre chez eux il fallait passer devant notre porte.Donc dès que la nouvelle se répandit touutes les femmes du village vinrent aux nouvelleschez nous.Et çà papotait ,moi je n'en perdais pas une miette mais je savais parfaitement de quoi il retournait: je me rappelais de la naissance de mon dernier frère quelques années plus tôt.Une phrase revenait régulièrement: "lo louisa a comprès sa jornada" (Louise a compris réussi sa journée)....

Le lendemain à l'école l'institiutrice me demande des nouvelles: moi tout fier j'annonce l'arrivée de ma cousine et j'ajoute:Sa mère a compris la journée.La maîtresse d'abord interdite a éclaté de rire et m'a demandé ce que je voulais dire par là.Et là mes amis toute la classe s'est mise à rire spécialement les cancres trop heureux de voir un des meilleurs élèves se faire moucher.....Je suis devnu tout rouge puis tout gris et à la récré je me suis enfermé dans les toilettes pour échapper aux moqueries de mes petits camarades.

Quand j'y pense encore j'ai mal