Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 2006

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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Thomas, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 11 novembre 2007

2006, année 29 -- Pris de vitesse

J'étais arrivé seul au rendez-vous. Illes étaient presque tou-te-s là. On allait ensemble au spectacle. J'étais ravi de les revoir. Eux et elles. On est entrés et on s'est répartis dans les rangs successifs de fauteuils, rouge velours. Elle m'a attendu, s'est assise près de moi. Rien encore n'était dit, un regard extérieur n'aurait vu que deux spectateurs sur deux sièges voisins.

À la sortie le groupe a rejoint un bistrot du quartier. Il y a eu un instant suspendu avant qu'on prenne place tous autour de la table. Du coin de l'œil essayer de prédire chacun quelle place l'autre choisirait. S'attacher à ce que fortuitement l'on se retrouve côte à côte.

Puis on a commandé nos bières et parlé de choses et d'autres. J'ai souri, sans doutes. J'élaborais des stratégies subtiles, évaluais les signes, conjecturais les réactions prochaines. Je me demandais si...

C'est à ce moment-là qu'elle a posé sa main sur la mienne.

shayalone, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 15 novembre 2007

La Maison

Il faut partir de chez nous, du chez nous à quatre. C'est l'heure des grandes décisions. J'en ai marre de partir, toujours, un jour, comme une nouvelle preuve à l'inquiétude intrinséque que je trimballe depuis toujours.

J'ai besoin de me poser, je ne veux pas repartir dans un an... Chou, on achète? On a un petit apport à nous deux, elle est au RMI et moi je suis toujours étudiante... on envisage de louer une partie pour augmenter nos revenus, et je passe des heures en calculs savants pour savoir quel est notre budget. Des heures aussi sur les sites d'annonces immobilières, à retaper sans cesse les codes postaux des villages qui nous bottent, pas trop loin de la ville, voir en ville. On commence à visiter... et la première maison dans nos prix, on n'y rentrerait même pas nos meubles. Elle est trés sympa, avec son salon sous verrière. Mais elle donne sur un canal plein d'ordures, je crains les odeurs l'été. Et puis c'est trop petit. Mais c'est dans nos prix.

Je dépasse ma phobie du téléphone pour appeler les agences, déployant une énergie que je ne pensais pas avoir. Il y a cette annonce, là, pas loin, pas trop cher, un bout de jardin, trois chambres à l'étage... Mercredi 16h30, j'appele l'agent immmobilier, toute charmante, rendez-vous est pris pour 19h. Ellle nous conduit dans un petit lotissement, la maison est là, se dressant toute blanche dans le ciel bleu. J'adore l'extérieur, ce petit porche trés américain, les lattes de bois qui lu servent de murs!

Il fait bon à l'interieur, c'est déjà chaleureux, cette fraicheur dans cet été qui nous brule, malgré les meubles épars qui trainent encore ici ou là. Je commence à fouiller partout, m'émerveille de chaque détail, imagine la disposition de la salle, et ceci, et celà.

Elle pose quelques questions sur notre solvabilité, et je la rassure, tout me semble si simple!

Je demande si beaucoup de gens sont interessés, c'est secret... mais demain à 17h il y a une autre visite! J'y pense toute la nuit. J'essaie de savoir ce qu'en pense chou, qui exprime toujours moins que moi! Jeudi, 9h30, je fais une proposition de prix à la gente agent immobilier... 12h elle me rappelle me donnant le prix des propriétaires.14h30, on signe le compromis de vente.

Et c'est d'ici que j'écris.

Otir, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 30 décembre 2007

2006:48 Ecrire pour exprimer

S'il y a un domaine où j'arrive encore toujours autant à faire illusion et bonne figure, c'est à l'écrit. Pourtant je me suis lassée des forums, sans doute parce qu'on y parle trop de choses douloureuses, que j'y vois arriver de nouvelles jeunes femmes découvrant l'autisme de leur enfant, et que je n'ai plus rien de plus à apporter que ce que j'ai déjà mis en ligne, pour les débuts, pour l'inspiration, pour les encouragements. Pour ces derniers, je suis tellement moi-même dans une phase de découragement, avec un enfant qui n'est plus dans la tranche de la folle énergie pleine d'espoir que tout va s'arranger dans un temps donné, et que je ne veux vraiment pas donner cette image à quelqu'un qui a surtout besoin d'y croire. On ne peut pas se permettre de baisser les bras d'emblée.

Je continue bien sûr de participer aux listes de discussion, qui me demandent nettement moins de temps que les forums. Je me lance dans le weblog, d'abord timidement, puis avec amusement, et enfin sans plus pouvoir décrocher de la blogosphère qui me permet de renouer avec tout ce qui se passe dans le monde en dehors des miens. Et puis surtout, cela me permet d'écrire un peu, sur tout, comme je le veux, comme je l'entends, comme je le sens.

Mes carnets délaissés depuis près de dix ans sont enfouis dans un désordre indescriptible. Je sais très bien ce que ce désordre sur lequel je n'arrive pas à mettre les mains vient me dire, chaque couche tente d'enfouir des mots que j'essaye alors de récupérer autrement, les imprimer sur l'écran, et les envoyer pour qu'un écho m'en revienne peut-être, choisir de parler de la différence, mettre un nom sur ce que je ressens, pour essayer enfin de ressentir ce que j'ai toujours refusé de nommer.

Aujourd'hui mon blogue existe toujours, et je n'ai à ce jour pas encore l'impression d'avoir approché mon but. C'est une bonne chose puisque cela me permet de continuer à avancer, un jour à la fois, à sa poursuite inlassable.

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