Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

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Les petits cailloux de : tompous

(Les billets sont présentés dans l'ordre chronologique de leur écriture.)

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tompous, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 12 avril 2007

2001 - à 20 ans - Noël noir, 11-Septembre indifférent

J’ai passé en 2001 le meilleur de mes Noël. Le 24 décembre, convocation dans le bureau de Grand chef, accompagné du rédac’chef. Chouette, ils vont m’annoncer officiellement que je vais être titularisé, après m’en avoir chacun parlé à plusieurs reprises. En CDI à 20 ans, en plus dans ce métier qui me plaît tant! Waouh! Ce soir on va ouvrir le champagne!

Je ne sais plus très bien ce que l’on s’est raconté lors de cet entretien officiel. Mais le soir du 24, je n’ai pas ouvert le champagne. Le 25 encore moins. J’étais sonné. Alors que depuis trois semaines, le CDI à partir du 1er janvier semblait acquis (c’est Grand chef lui-même qui me l’avait dit), la direction a finalement changé d’opinion la veille de Noël. Merci du cadeau!

Mon contrat court jusqu’au 31 décembre. Autant dire que la dernière semaine, je ne suis pas été très productif. C’est marrant, personne ne m’en veut! Je fait même n’importe quoi: un week-end, j’emprunte en douce pendant deux jours, à des fins personnels, l’une des voitures officielles de l’entreprise. Quand je reviens le lundi matin, «l’affaire» est dans la bouche de tous mes collègues. Une voiture a disparu semble-t-il le vendredi soir, la direction a appelé la police qui n’a pu que constater, et le lundi matin très tôt, quand les premiers employés sont arrivés, l’auto était miraculeusement de retour! (Evidemment, ç’aurait pas été prudent de ma part de me pointer au volant de la voiture à 9 heures du matin).

Suite à ce magnifique Noel, je fais une petite déprime d’un bon mois et demi, avant que le journal me rappelle: ils ont besoin de moi. Rien que par fierté, j’ai failli dire non. Et puis… j’y vais. Ma meilleure revanche serait de montrer à ceux qui n’avaient pas voulu de moi qu’ils se sont trompés à mon sujet.

C’est à ce moment, les tous dernier jours de 2001, que je commence à songer à une reprise d’études. Un long cheminement dans ma tête qui finira par me conduire à l’IUT de journalisme de Tours, près de deux ans plus tard. Un long cheminement, parce que les études que j’avais plus ou moins suivies avant ne me plaisaient pas et que je ne voyais pas ce que l’université pourrait m’apporter; parce que j’avais commencé à travailler avec un vrai salaire dans la branche que je voulais, et que je m’étais dit bêtement: tu vas leur prouver qu’aujourd’hui encore on peut très bien s’en sortir en ayant juste le bac.

Ben tiens! Prétentieux, va! Et puis, prouver à qui? Ta famille? Non, c’est pas le but. A tes vieux profs qui pensaient que tu étais trop glandeur et que tu n’arriverais à rien? A tes collègues de lycée qui voulaient faire des bac+5 et des grandes écoles et tout le tralala? Oui, c’est un peu de tout ça, j’avoue. Comme une envie de vengeance. Mais me venger de quoi? Je ne sais pas… de ne pas avoir eu véritablement d’amis ni de vie sociale quand j’étais au lycée, peut-être… J’en reparlerai…


***

Ca ne me plait pas beaucoup, mais il faut que je raconte ici «mon» 11 septembre 2001. Il se trouve que j’ai allumé la télé cet après-midi-là. Je me rappelle très bien, je voulais regarder je ne sais plus quoi, et au lieu de ce je-ne-sais-plus-quoi, j’ai vu un plan fixe de l’un des deux tours en train de flamber. «Zut, c’est quoi ce navet hollywoodien? ils ont changé la programmation». Soudain, la voix métallique de David Pujadas. Et là je me dis: tiens? ce serait un film français? (ben oui, ça arrive dans les films que l’on entende les vrais présentateurs de JT donner des fausses nouvelles). Curieux tout de même. Et puis en un éclair je comprends.

Eh bien ça m’a fait ni chaud ni froid! A mes yeux habitués aux images d’explosions, de violence, de films catastrophes, la vision des Twin Towers en flammes, percutées par deux avions, n’a rien d’extraordinaire. Même les gens sautant du 60e étage pour essayer désespérément de se sauver, petits corps ballotés par la vitesse de la chute, ne provoquent pas chez moi d’émotion particulière. Et pourtant, autour de moi, je vois des gens choqués, bouleversés par la nouvelle.

Sur le moment, je ne réalise pas la portée de l’événement. En fait j’ai autre chose à penser: j’attends avec impatience le coup de téléphone de mon rédacteur en chef, qui doit me confirmer mon affectation à un autre service pour octobre. D’une certaine façon, je vais monter en grade après mes trois premiers mois de CDD. A force d’impatience je finis par l’appeler pour lui demander confirmation, cet après-midi même. La chose à ne pas faire, évidemment. Avec les attentats, il doit être un peu occupé. Du coup, mon appel doit lui paraître bien futile et égocentré: «Tu as vu ce qui se passe à New York?» lance-t-il avec un ton un peu rude. Et moi je lui sors une réponse idiote du genre «oui j’ai vu ça, dis donc!» et puis rien de plus. Ca commence bien! Heureusement il n’a pas trop de temps à perdre, donc il ne relève pas la vacuité manifeste de ma réponse.

Insensible, moi? Non. Ce n’est qu’un peu plus tard ce jour-là, que je réaliserai combien, face à l’abondance de scène violentes que l’on peut voir chaque jour à la télé (ou dans les jeux vidéos), l’esprit humain devient peu à peu incapable de discernement. Pour moi, les images terribles que je voyais n’étaient pas plus (ni moins) réelles que celles d’un film catastrophe. Il a fallu que je reprenne mes esprits pour que je me rende vraiment compte de ce qui était en train de se passer réeellement. C’est plus cette prise de conscience qui m’a fait un choc que l’événement en lui-même. Dans notre société d’hyper-communication, les mots, les images, la musique perdent de leur sens, de leur force. La surabondance d’informations dilue notre capacité de réaction, notre sens critique. Alors depuis ce jour-là, le 11 septembre 2001, je regarde la télé autrement. Avec plus de distance. Ou je ne la regarde pas.

Mais pour moi, et je l’affirme aujourd’hui, le 11-Septembre n’est pas plus grave et choquant que les massacres au Kosovo ou la guerre en Irak ou le génocide rwandais. Les Etats-Unis ont récolté la tempête du vent de mort et de peur qu’ils avaient semé. Evidemment, la mort dans de telles conditions de milliers de personnes innocentes est toujours tragique. Mais dans mon for intérieur, je suis persuadé que si le même événement était survenu dans n’importe quel autre pays du monde, on n’en aurait pas parlé autant. Plus la cible paraît puissante et intouchable, plus l’on parle de sa chute. Et plus les cailloux sont grands, plus l’onde du choc des ricochets se répand…

tompous

tompous, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 24 avril 2007

2000 - à 19 ans - sauvé du trou noir par le journalisme

2000 est une année de transition, de dépressif inactif et solitaire à apprenti journaliste heureux de vivre. C’est le journalisme qui m’a sauvé. Au début je devais juste faire un stage d’observation dans le canard local, et puis très vite j’ai été accro. J’ai eu la chance de tomber sur une petite équipe qui était presque comme une famille. Ce sont eux, devenus amis, qui m’ont sorti de mon trou, sans même que je m’en rende compte.

Car si, avec le recul, je peux dire objectivement que j’ai fait une dépression, à l’époque, je ne m’en rendais absolument pas compte. On glisse petit à petit, et on finit par réaliser que l’on est tombé bien bas le jour où l’on touche le fond, pas avant. Et pourtant, ça crevait les yeux: pendant des mois, j’ai glandé tout seul dans mon petit appartement à Bordeaux, alors que j’étais censé aller en fac d’histoire (en réalité j’ai suivi les cours pendant deux-trois mois, pas plus). Je ne sortais que pour aller à la Fnac ou au ciné,dont j’étais devenu un boulimique (jusqu’à 20 séances en un mois!). D’ailleurs je rêvais de faire du cinéma. Quelquefois je retrouvais les autres membres d’un journal étudiant dont je faisais partie: c’était ma seule vie sociale. Je vivais par procuration, à travers ce que je voyais dans les salles obscures.

Parfois, même quand le frigo était vide, je préférais dépenser mes derniers francs dans une place de cinéma plutôt qu’aller faire le plein au supermarché. Certains jours, je ne m’alimentais que de céréales et d’eau sucrée. Pourtant je ne perdais pas de poids: je n’avais aucune activité physique. Mais j’avais une mine de déterré.

La radio était ma meilleure amie, ainsi que mon jeu de carte: je faisais des patientes pendant des heures en écoutant Rires et Chansons. J’alignais des statistiques imaginaires sur des joueurs de tennis ou des équipes de basket tout autant imaginaires. Je compensais ma misère sentimentale et sexuelle en triste séances de masturbation, après lesquelles je me sentais toujours mal. Pas coupable (je n’ai jamais considéré que se tripoter, c’est pas bien), mais seul. Pathétique. Avec une existence aussi misérable, pas étonnant que j’avais envie de m’évader vers le monde merveilleux du grand écran.

Et pourtant j’avais une (je ne trouve pas d’adjectif pour la qualifier) envie de vivre! Une envie qui étouffait, et ressortait par bouffées dès qu’elle en avait l’occasion, comme lors de ce fou week-end à Rennes avec le journal étudiant. Envie de faire entendre ma voix, aussi (c’est pour cela que je rêvais de faire du ciné, ou alors de la politique), même si c’est pour raconter des bêtises. C’est cette année-là que j’ai vraiment commencé à éprouver le besoin d’écrire. D’où le journalisme, que je n’ai jamais délaissé depuis.

C’est aussi cette année-là que je suis allé pour la première fois rendre visite à mon artiste de père, échoué depuis plusieurs mois dans un village perdu dans les monts du Beaujolais. Pour moi, ce fut, comme ce le sera désormais à chaque fois, une cure de nature et de méditation. Pour les autochtones, il restera un incompréhensible farfelu, dont les idées bizarres font peur. Mon père n’est pas dangereux, mais il remet en question beaucoup de choses sur le plan mystique notamment, et il est aussi difficile à suivre que Nietzsche pour un enfant de 10 ans. Il n’est pas comme tout le monde, et ça dérange. Moi-même j’ai souvent du mal à le comprendre, ou à accepter ses idées. Il en a toujours été ainsi. Mais je me dis que d’une certaine manière, j’ai de la chance d’avoir un papa pas comme les autres.

tompous

tompous, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 10 mai 2007

1999 - à 18 ans - Premières gâchées, expériences enrichissantes

1999 se termine par un magnifique pied-de-nez. Le coupable: Dame Nature. Le réveillon de Noel, « gâché » par la tempête de décembre, aura pourtant été le plus chouette que j’ai connu: aux chandelles, dans la distillerie de mon grand-père où l’alambic nous réchauffait, alors que l’électricité partout ou presque fait défaut. Forcément, les plans pour le 31 décembre ont changé un peu en catastrophe. Je me retrouve avec une amie et des gens que je ne connais pas, dans une grande maison au toit à moitié effondré suite à la tempête, où il faut se réchauffer, s’éclairer… et ce sera un grand réveillon, intime, différent, insolite. Et puis ça me fait bien rire, quand je pense à tous les préparatifs fastueux qu’on a fait pour le passage à l’an 2000. J’ai toujours trouvé ça ridicule, tout ce tintouin autour de l’an 2000, du troisième millénaire. Ce n’est qu’une date, que des chiffres, n’en déplaise à Paco Rabanne et ses prédictions foireuses (plutôt discret depuis, le garçon!). Et puis c’est pas l’an 2000 pour tout le monde.


***

Plus sérieusement, 1999 est une année de première fois. Pour le meilleur et pour le pire. 18 ans. Le permis de conduire. Premiers contacts avec le milieu professionnel. Premier amours véritables…

Elle est douce, belle, élancée, souriante, intelligente… trop bien pour moi, et pourtant on s’aime. Et moi, avec mes sautes d’humeur dépressives de l’époque, je finis par tout gâcher. Encore aujourd’hui je le regrette. Elle me quitte alors que j’effectue un stage dans une entreprise où l’on m’a confié des vérifications de chiffres et de statistiques. Passionnant. Et bien des fois, je pleurerai en silence derrière mon écran d’ordinateur, en tapant dans le vide sur mon clavier pour ne pas attirer l’attention.


***

Je vis depuis octobre 1998 à Bordeaux, seul dans un petit appartement sombre. Je suis venu ici pour étudier dans une école de commerce privée, et me suis rendu compte au bout de quelques mois que ça ne me plaisait pas, que je n’étais pas fait pour ça. Alors j’ai cessé d’aller en cours. Sans rien dire à ma mère. Je culpabilise de sécher alors qu’elle fait de gros efforts financiers pour me payer cette école.

La seule chose qui m’ait fait rester dans ce fichu institut, c’est le club théâtre. En six mois à peine, nous avons monté une pièce, ou plus exactement un ensemble de sketches d’André Dubillard, orfèvre méconnu du théâtre humoristique, du non-sens, de l’absurde. La fin de l’année universitaire approche, je ne viens plus aux cours, mais tous les soirs de répétition, je suis là, assidu, passionné. Nous jouons finalement dans un joli petit théâtre de Bordeaux, devant 400 personnes. Et je me souviens avoir scandalisé la salle lorsque, alors que je jouais un personnage en train de se confesser à un drôle de curé, j’ai soudain improvisé le mouvement d’une prière musulmane. J’aime provoquer. Et ça contraste tellement avec le reste de ma personnalité (je crois) que chaque fois, ça surprend.

Mais en dehors du théâtre, je sors peu, et c’est à cette époque que je commence à me morfondre dans mon appart’. Je ne répons plus au téléphone, je sais que c’est l’école ou des collègues de promo qui m’appellent pour savoir ce que je deviens. Ils s’inquiètent, viennent sonner à ma porte. Je réponds jamais. Et puis un soir, alors que le téléphone et la porte ont sonné plusieurs fois sans réponse de ma part, j’entends de grands bruits dans l’escalier, qui me tirent un peu de ma léthargie. On frappe à la porte, et fort. Je prends peur, je reste immobile et silencieux. Une voix forte, mâle, appelle : « Y’a quelqu’un ? Ouvrez sinon je défonce la porte ». Pas envie d’avoir à expliquer à ma proprio pourquoi on a défoncé la porte : j’ouvre. Devant moi, une demi-douzaine de pompiers, l’un d’eux muni d’une hache, prêts à intervenir. Lorsqu’ils comprennent qu’ils ont affaire à un post-ado mal dans peau et qu’ils se sont déplacés pour rien, je vois bien la colère dans leurs yeux. Je bredouille des excuses, ma mère alertée par l’école arrive peu après aux abois. Séance d’explications honteuses et larmoyantes de ma part : mon année universitaire et bordelaise s’achève là. En avril.


***

De cette année de premières fois (qui n’est pas si malheureuse que ce que l’on pourrait penser), il y aurait plein d’autres choses à raconter, mais je n’ai pas envie de vous parler de tout ça. Plutôt d’un petit film brésilien, « Central do Brasil », dans lequel une dame d’âge mûre, bourrue et solitaire accompagne un enfant des rues de Rio à la recherche de son père, quelque part dans la pampa. Un film beau et tragique, où la pudeur et la fierté empêchent les sentiments de s’exprimer. Tragique, parce qu’à la fin le petit garçon ne retrouvera pas le père qu’il espérait, et la vieille d’âme, devenue au fil du voyage une sorte de mère adoptive, s’en retourne à la grande ville sans lui.

Je suis allé voir ce film avec ma copine de l’époque, et en sortant de la séance, j’ai dit : « j’aurais aimé vivre une histoire pareille ». Elle n’a pas compris. Pourquoi aurais-je aimé vivre ce qu’a vécu ce gamin des rues, cette histoire si triste et poignante ? Elle se met presque en colère, et moi je n’arrive pas à expliquer. Expliquer que l’intéressant dans la vie, ce sont les expériences fortes, qu’elles soient joyeuses ou dramatiques. Expliquer pourquoi je suis content d’être triste parfois, parce qu’il faut avoir été malheureux pour apprécier le vrai bonheur.

« Le malheur est un privilège », a écrit Lilylalibelle dans un précédent Ricochet. J’y souscris entièrement. C’est ce soir-là, en sortant du cinéma, que j’ai commencé à considérer tout événement nouveau comme une expérience enrichissante. Et bien je peux vous dire que lorsqu’on arrive à voir les choses comme ça, ça facilite grandement la vie! Ca permet de relativiser sur les malheurs qui nous tombent dessus, par exemple. Ce n’est pas rien.

tompous

tompous, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 29 mai 2007

1998 - à 17 ans - pas gay mais pas triste

Fin 1998 ou début 1999, je ne sais plus, je rencontre de plein fouet l’homosexualité (sans mauvais jeu de mots). Il faut que je raconte ici la croquante anecdote qui m’a valu une réputation équivoque quatre ans plus tard.

Je suis arrivé depuis quelques semaines à Bordeaux, à tout juste 17 ans. Je viens de quitter le giron familial, j’ai mon petit appart’ rien qu’à moi, au cœur de la grande ville. J’ai décidé en arrivant ici que j’allais en profiter un maximum pour m’ouvrir, moi le timide renfermé, pour me faire de nouveaux amis, pour faire de nouvelles expériences… Je suis peut-être allé un peu vite en besogne…

Dimanche soir, je rentre de chez mes parents et de la gare Saint-Jean avec mon gros sac. J’attends le bus place de la Victoire, le centre névralgique de Bordeaux. Soudain une petite échauffourée éclate parmi une bande de jeunes qui trainait par là. Rien de bien méchant, A côté de moi un type ne peut s’empêcher de faire je ne sais plus quelle remarque tout haut, bien fort. J’ai dû acquiescer d’un hochement de tête. Il n'en fallait pas plus pour que le type en question commence à engager la conversation. Sympa, mais voilà mon bus, allez au revoir. Mais attends, je prends le même bus! Ah bon, ben alors on peut continuer à discuter dans le bus.

Eric, il s’appelle. Il a une trentaine d’années, jeune d’esprit et dynamique. Et avant que je descende du bus, coupant court à une discussion pourtant bien engagée, le voilà qui me dit: « Zut j’aime pas arrêter une conversation en plein milieu comme ça… tiens si tu veux je te file mon téléphone, tu n’as qu’à m’appeler un peu plus tard, on va se prendre un café. » En fait c’est lui qui m’appellera le premier, à peine une demi-heure plus tard (oui je sais, je lui ai donné mon numéro alors que je le connaissais depuis 10 minutes, mais n’oubliez pas que je suis dans mon trip « je-suis-ouvert-je-rencontre-des-gens »). « Je pensais: pourquoi tu viendrais pas manger chez moi plutôt? » Trop heureux d’éviter de me préparer une délicieuse platée de nouilles-jambon, ni une ni deux j’accepte.

Une demi-heure plus tard je débarque dans l’appartement très cosy d’Eric. Un chat angora se frotte contre mes jambes. Rapide coup d’œil: Eric vit tout seul. Célibataire soigneux. L’endroit est plutôt coquet et propret, des chemises sèchent bien étendues sur le rebord de la mezzanine. Apéritif, blablabla, et on passe à table. C’était sans doute bon, aucun souvenir. Par contre je me rappelle être allé aux toilettes, et avoir remarqué les nombreuses revues sur comment élever un enfant, des revues de jeunes parents. Pourtant il a bien l’air célibataire… Bizarre…

Après le dîner, on continue à papoter sur le canapé. Et puis soudain, Eric me dit: « Tu as l’air tendu… » Et moi, un peu surpris, je bredouille quelque chose comme: « Ben euh oui, c’est possible, je suis plutôt timide de nature, c’est pour ça. » Et lui de me dire qu’il a été kiné et de me proposer un petit massage pour me détendre. Bon, pourquoi pas?

Et c’est ainsi que je me retrouve, vers 23 heures un dimanche soir, à plat ventre sur le canapé d’un type que je connais depuis à peine 4 heures, dos nu, en train de me faire faire un massage. Mais j’ai 17 ans, je suis naïf. Et quand il me propose de me retourner pour continuer le massage sur le torse, le vin du repas aidant, je ne bronche pas et me dis que c’est la suite normale du massage. En plus, il masse vraiment bien, alors je me laisse aller les yeux mi-clos. Et puis, malgré la fatigue et l’alcool, je me rends compte qu’il se concentre peu à peu sur mon abdomen, puis que ses mains descendent peu à peu. « Tu devrais enlever ta ceinture, ton jean a l’air bien serré, ça te détendrait un peu plus ». Et moi d’accuiescer sans réfléchir… Vous devinez la suite, il a pas tardé à descendre encore un peu. Quand il arrive aux poils, je commence à me demander si c’est normal pour un massage. Mais bon, je suis dans mon trip je-suis-ouvert-je-fais-de-nouvelles-expériences, alors je laisse faire.

Je suis un peu bourré et endormi, mais je me rends quand même compte assez vite qu’il s’est mis à me masturber. Et là… ben rien. Je crois bien que je laisse faire une ou deux minutes, et je finis par me relever sur les coudes: « Je suis désolé, mais là ça me fait rien. » C’est pourtant un très bon masseur. Mais à cet endroit-là, il faut plus qu’un massage pour faire de l’effet.

Je mets fin au massage, me rhabille tranquillement, continue à discuter comme si de rien n’était, et m’en vais une heure plus tard. Sans vraiment avoir bien compris ce qui vient de se passer.

Eric me rappelle le lendemain. Je ne suis pas disponible pour sortir. Il remet ça un peu plus tard dans la semaine. « Non là je peux pas, je suis avec une copine ». En réalité, j’étais avec ma copine. Il ne m’a plus jamais rappelé.

Je suis repassé plusieurs fois devant chez lui. Parfois j’ai pensé sonner. Il était sympa après tout. Et moi, avec ma naïveté, je refusais de penser qu’il avait tenté de coucher avec moi, et même qu’il puisse être homo. Toutes ces revues sur l’éducation des enfants dans les toilettes, je me disais, il peut pas être… Je me demande encore aujourd’hui ce qu’il a pensé…

Suite à cette (més)aventure, il m’arrivera souvent d’attirer les hommes (dont un immigré-homo-catholique pratiquant et astrologue, détonant mélange!). Mais pourtant j’ai rien demandé moi! J'ai beau être ouvert, c'est pas mon truc. Heureusement, je n'attire pas que les hommes...

tompous

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