Petits cailloux et ricochets

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
S'abonner

Les petits cailloux de : tompous

(Les billets sont présentés dans l'ordre chronologique de leur écriture.)

Fil des billets - Fil des commentaires

tompous, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 15 février 2007

2006 - à 25 ans - les fesses entre deux continents

2006 se termine comme elle a commencé: à Valparaiso, un verre de champagne à la main, pour le feu d’artifice du Nouvel An. Elle se termine comme elle a commencé, tout au moins en apparence. Ce qui n’était que pétillement, joie et découverte le 1er janvier 2006 s’est un peu terni 364 jours plus tard. Entre les deux, une année partagée entre France et Chili, entre Bordeaux et Quilpué. Une année à travailler dur jusqu’à avoir suffisamment d’argent pour acheter un billet d’avion et rejoindre ma belle au Chili. Trois fois j'ai fait l'aller-retour à Santiago avant de me décider et quitter la France pour de bon, en septembre.

Jusque-là, ç'avait été une année à vivre déchiré, à me ruiner la santé à passer des heures avec elle sur Skype jusqu’au petit matin, avant d’aller travailler. Une année à faire l’élastique entre la France et le Chili, à 12.000 kilomètres l’un de l’autre. Usant. Une année à vivre ainsi, pour finalement se retrouver à Quilpué, "ciudad del Sol", enfin, et… que ça ne se passe tout à fait aussi bien que prévu. Ironie de la vie…

Mais j'ai beaucoup appris. J’ai appris l’espagnol, partant de zéro. Et plus j’apprenais l’espagnol, plus j’oubliais l’allemand. Je crois qu’il n’y a pas de place pour quatre idiomes dans ma petite tête… Une année pour apprendre à vivre à l’étranger, apprendre à vivre avec quelqu’un, avec sa famille, apprendre à vivre autrement. On apprend toujours quelque chose.

Ah , et puis il y a mes premiers pas dans la blogosphère. J’ai l’impression que c’est un monde de possibles qui s’ouvre à moi. Le virtuel, c’est la fenêtre ouverte à tous les possibles, à tous les matériellement irréalisables, les concrètement inconcevables. Et ça me plaît.

tompous

tompous, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 22 février 2007

2005 - à 24 ans - Insouciance

2005. Une grande année. Belle, enrichissante, inoubliable. Une année Erasmus. Je suis parti en Allemagne célibataire, et je dois bien avouer que je pensais me trouver « une petite Tchèque » là-bas. Ce que je peux être con des fois! J’y ai trouvé une Chilienne adorable, qui allait changer le cours de vie.

L’idée était, évidemment, de progresser en allemand, et aussi, évidemment, de faire la fête, rencontrer des gens, visiter... De ce côté-là j’ai été servi. Par contre, pour la langue… je me suis retrouvé en colocation avec un Belge francophone, un Rwandais francophone (dont l’histoire vaut la peine d’être contée, mais pas ici) et un Bulgare. Vous allez me dire, « ah, au moins avec lui, il pouvait parler allemand ». Ben non. Le Bulgare était rien-du-tout-phone. En cinq mois de coexistence, je n’ai pas pu tirer de lui autre chose qu’un « hallôô » forcé, comme s’il parlait avec un yaourt entier (bulgare, évidemment) dans la bouche. Asocial le garçon. En plus, la majorité des étudiants Erasmus étaient anglophones ou francophones. Bon, au moins, j’ai progressé en anglais. De toutes façons, l’allemand, j’en ai oublié la moitié depuis que je suis au Chili et que je parle espagnol tous les jours.

Erasmus, c’est l’insouciance, une paranthèse enchantée. Un semestre sans avoir de comptes à rendre à personne, la liberté quoi. Erasmus, c’est faire des choses qu’on aurait pas pu ni osé faire chez soi, la faute aux contraintes sociales. Et puis si on se fait réprimander, « euh, je suis pas allemand, je savais pas… » J’ai lu quelque part qu’Erasmus avait été créé dans le but de rapprocher les futures élites européennes. Si on entendait par « rapprocher » faire la nouba et boire de la bière, c’est très réussi! Vivant comme en communauté en pays étranger, on avait la sensation d’être en vacances prolongées en Allemagne, pas vraiment d’y vivre.

Et pourtant! Dortmund, Ruhrgebiet, Nord-Rhein Westfallen, Deutschland. L’endroit ne fait pas rêver, à part peut-être les amateurs de foot. Par rapport à mes collègues qui allaient en Angleterre ou en Andalousie, Dortmund, ça faisait même un peu looser. Dortmund, peut-être, mais Nuremberg l'historique, la vallée du Rhin, Berlin la fascinante, le luxueux palais de Sans-Souci à Potsdam, Bruxelles la cosmopolite, Bruges la belle carte postale, Amsterdam l’enchanteresse…? Tous ces lieux je les ai visités, ils m’ont donné le goût du voyage. Ca c'est inestimable.

Et puis après ces mois festifs, plouf! petit caillou, plongée directe et sans transition dans le monde du travail. Heureusement, ricochet, je connaissais déjà. C’est là qu’a commencé cette période d’accordéon entre la France et le Chili, qui a duré jusqu’à septembre 2006. Mais ça, j’en ai parlé la semaine dernière…

tompous

tompous, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 15 mars 2007

2004 - à 23 ans - quand je me prenais pour Laurent Ruquier

Je suis entré à Radio Campus par la petite porte. L’antenne de Tours venait de naître, un bébé des étudiants en journalisme. Ca tombe bien, j’en faisais partie. C’est curieux, j’étais venu à l’IUT pour apprendre la radio, ce projet me plaisait, mais j’hésitais à m’y impliquer. J’étais comme un chat craintif de se faire échauder. A vrai dire, le direct, les horaires à respecter à la seconde prêt, la complexité du matériel technique, tout ça me faisait un peu peur. Et puis aussi, devoir se lever de temps en temps à 5 heures et demie du mat’ pour assurer la «tranche info» du matin. Ca oui alors, j’ai rechigné!

Et puis j’ai franchi le pas. Et j’ai adoré ça. Au bout de quelques semaines, je faisais partie des piliers de la radio. A la rentrée universitaire (septembre 2004), j’étais devenu trésorier, directeur des programmes, je coprésentais une émission et participais à deux autres. Je dis pas ça pour me vanter, c’est la stricte vérité. En fait, c’était trop. Voire beaucoup trop. J’ai commencé à sauter les cours. Ma vie tournait autour de la radio. J’en ai même (un peu) délaissé ma copine de l’époque et les sorties entre potes. J’étais accro. Même pendant les vacances, lors de mon stage à Beauvais ville fleurie, sa cathédrale au toit écroulé et son usine Spontex qui pue, je pensais Radio Campus.

Pourquoi cet envoûtement radiophonique, cette attraction pour le micro? Pour plein de raisons. Ce pouvoir enfantin de pouvoir lancer un jingle quand on veut, de faire découvrir une musique. Etre une voix qui rit ou chuchote à l’oreille de l’auditeur (peu importe s’ils n’étaient qu’une poignée à nous écouter), qui lui parle directement, comme s’il était juste à côté. Se retrouver entre copains autour d’un café et d’un micro, faire des émissions entre amis. Et puis surtout, enfin, parler librement de ce qui nous tient à cœur, sans être contraint par une ligne éditoriale, un format strict, ou un chef de rubrique asphyxiant.

J’adorais faire des chroniques piquantes, avec un peu d’humour. Je me rêvais Laurent Ruquier, je faisais vraiment ce qui me plaisait. J’ai même pensé lui envoyer une démo à Europe 1 - et puis je l’ai pas fait. Je sais, tout ça est un peu préntentieux, mais ça m’a permis de prendre de l’assurance. J’ai grandi, je me suis responsabilisé, épanoui… Et puis c’était une chouette expérience de groupe. On a vécu des galères, on a passé des semaines entières sur les rotules, mais ça valait la peine.

Et puis début 2005, je suis parti de l’IUT pour Dortmund et la radio s’est brutalement arrêtée pour moi. Jingle. Générique de fin. Silence radio.

tompous

tompous, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 26 mars 2007

2003 - à 22 ans - à l'école de la vie

2003. Tours, l’IUT de journalisme. Au début, c’était plus fort que moi, je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir un peu supérieur aux autres étudiants, avec mes deux ans d’expérience professionnelle. Ca m’a joué des tours, et j’ai dégonflé le melon assez vite. J’ai même viré à 180°, hop là tout d’un coup, et j’ai commencé à rire de moi-même. L’autodérision, ça vous rend plus populaire… et parfois aussi plus ridicule. Je suis tombé dans l’excès inverse, ça m’a joué des tours là aussi. Raconte un jour une anecdote croustillante à ton sujet, et quelques mois plus tard ça te reviendra dans la figure modifié-amplifié-exagéré-transformé. Et là, quand ça t’arrive, tu comprends pas, tu tombes des nues. Et puis c’est tellement gros comme ton histoire a été métamorphosée que tu finis par en rire. Tu te dis que le téléphone arabe, vraiment, c’est pas un très bon moyen de communication.

Bref, l’IUT, ça a surtout été l’école de la vie pour moi. Parce que les cours… dans le contenu, c’était aussi inégal que 2 et 2 font 5. J’aurais bien envie de vous faire une galerie de mini-portraits des profs, mais je ne voudrais pas être attaqué pour diffamation. Je retiendrai surtout les douces folies de la vie étudiante, la vie en quasi-communauté, dans notre joyeuse bulle. On partageait tout ensemble, ou presque: les cours, les révisions, les sorties, les bouffes, les galères, les histoires de cœur et de fesses… Je ne le savais pas encore, mais ça allait me faire bizarre quand j’allais sortir de cette bulle, qui s’éclate tout d’un coup à la fin des études. Sensation de manque, de solitude, d’être orphelin parfois… Jusqu’à la bulle suivante, plus petite, plus sage… différente en tous cas.

Avant l'IUT, il y a eu la fille. La fille qui m’a fait reprendre confiance en moi, en matière de sexualité notamment. Mais comme cela déclenche beaucoup de choses, ça m’a aidé en général. Oh ça n’a pas duré longtemps, juste suffisamment pour me faire sentir bien. Merci à toi, si tu me lis.

Arrivé ici, je m’interroge. J’ai choisi le chemin descendant, donc j’ai commencé à 2006 pour terminer en 1981 (ou peut-être avant, qui sait…) Du coup, il me semble un peu étrange et illogique de raconter une année depuis le début jusqu’à la fin; mais il est difficile de raconter une année à rebours, de fin décembre à début janvier, 12 mois avant. Intéressant exercice littéraire que miss Kozlika nous offre là…

Continuons à rebours donc. Avant l’IUT, en huit mois, j’ai bourlingué. Sur cette courte période, j’ai travaillé à Angoulême, Mont-de-Marsan, Jonzac, Royan, Langon, Saintes, Condom, Auch et Blaye. Ouf! J’ai découvert les charmes de l’estuaire de la Gironde, des fins-fonds de la forêt landaise, l’ennui d’une cité balnéaire en pleine hibernation, le calme et les douceurs de la vie gersoise... J’ai appris des choses étonnantes, entendu des choses surprenantes aussi. Comme ces pauvres paysans dont le troupeau de moutons avait été ravagé par une meute de chiens errants, que j’étais venu interviewer, et qui m’ont demandé combien ils me devaient à la fin de l’entretien!

Par trois fois, à Langon, Condom et Blaye, j’ai débarqué dans des endroits que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam ni d’Abraham, et où il fallait tout de suite se débrouiller tout seul, apprendre illico à se repérer dans la ville, à savoir qui sont les gens importants, les sujets-phares... En plus, je suis arrivé à Condom après que l’agence ait subi un léger incendie, et à Blaye, le lendemain d’un dégât des eaux. Démerde-toi avec ça Coco!

Oui, pour les gens qui n’ont jamais touché au journalisme, tout ça peut ne pas paraître sérieux, et sembler mauvais pour la crédibilité du journal. Mais en fait, je me suis rendu compte que bien des fois, les p’tits jeunes qui débarquent ainsi se débrouillent tout aussi bien que les journalistes titulaires, écrasés par la routine. Les p’tits jeunes comme moi, ils ont l’envie, la curiosité, ils ont un œil neuf…

J’ai ainsi parcouru tout le Sud-Ouest dans ma p’tite voiture. Knut elle s’appelle ma voiture, depuis qu’une Allemande l’a baptisée ainsi. C’est mignon non? Combien de fois, durant des périples hasardeux dans des coins désolés, j’ai craint la panne sèche, et combien de fois tes ressources m’ont étonné, petite Knut! Combien de kilomètres as-tu pu faire presque à jeun, assoiffée de carburant? Tu me connaissais, tu en gardais toujours un peu en réserve, au cas où.

Désormais doté d’une conscience écologiste, je limite au maximum les déplacements en voiture, et Knut est au garage en France tandis que je suis au Chili, mais je la remercie pour son aide et sa fidélité.

Hein? Comment? J’entends pas… Ah oui d’accord! Knut, on me transmet que le garagiste te remercie pour lui avoir été aussi fidèle. C’est vrai que tu vieillissais et qu’il fallait régulièrement t’emmener à l’hôpital des autos. Maintenant, tu es en garage de retraite.

Quant à moi je ne sais pas comment finir ce Ricochet de 2003 qui a déjà beaucoup rebondi et traîne en longueur. Je n’ai pas de chute: on dirait qu’il ne veut pas faire plouf, il a déjà traversé toute l’eau sans doute. Alors à défaut de plouf, (et là attention il y a un message subliminal quasi-incompréhensible même pour la personne concernée), je vais terminer par ricocher sur les cailloux par un beau SHPLOK!

tompous

tompous, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 5 avril 2007

2002 – à 21 ans – comment j'ai porté une contrebasse dans une fontaine à 5 heures du mat’

Cognac, une chaude nuit de juillet. Le festival Blues Passions touche à sa fin. Les concerts sont depuis longtemps terminés, les bœufs dans les bars ont fait les affaires des patrons, mais là il est près de 5 heures du matin il faut fermer m’sieur-dames, Nico aide-moi à sortir le gros qui s’est endormi devant sa bière s’teu-plaît! Oui m’sieur l’agent on ferme, on ferme! Eh là-dedans, arrêtez de jouer où je vais me prendre une amende!

Il est près de 5 heures, et les musiciens ne veulent pas partir. Ils veulent prolonger la fête.

Il est 5 heures, il faut bien quitter le bar… mais on ne va pas se quitter comme ça.

Il est 5 heures, une grappe de bluesmen bien imbibés décide de s’installer place François-1er, le cœur de la ville, et de continuer le bœuf.

Il est 5 heures et quelques grammes, il fait encore très chaud, les saisonniers et les bénévoles du festival qui ont travaillé dur décompressent et vont se chamailler dans la fontaine au milieu de la place.

Il est 5 heures et quelques grammes, tout le monde est bien imbibé, et les bluesmen décident de rejoindre les saisonniers et les bénévoles, et d’aller jouer les pieds dans l’eau.

Il est 5 heures et quelques grammes, et les musiciens, aidés d’un groupe d’aficionados indécrottables, transportent leurs instruments du bar vers le centre de la place. Et voilà comment je me suis retrouvé à porter une contrebasse dans une fontaine à 5 heures du mat’, en cette chaude nuit de fin juillet 2002, à Cognac.

Il est 6 heures à peu près, le soleil se lève, les musiciens finissent par rentrer à l’hôtel en continuant à jouer et à chanter. Les instruments sont désaccordés, les voix sont cassés, mais le soleil est dans les cœurs.

Il est un peu plus de 6 heures du matin, et plutôt que de rentrer directement me coucher et mettre fin à cette nuit inoubliable, je passe au journal pour faire… je ne sais plus quoi. Je mets la clé dans la serrure, zut ça tourne pas. Je dois être fin bourré. Je ressaie, toujours pas. Je m’escrime, je gigote, et soudain j’aperçois une ombre à l’intérieur, qui s’efface rapidement. Putain, des voleurs! Le temps de reconnecter mes trois neurones dégrisés, de réfléchir à ce que j’allais faire et avoir une idée lumineuse: la police, je vois qu’on allume à l’intérieur. Un visage d’homme qui s’approche de la porte vitrée, hostile: «qu’est-ce que vous voulez?» Ben euh… je travaille là… et vous qu’est-ce que vous faites là? Le visage disparaît sans donner de réponse. J’ai pas l’esprit assez clair pour penser qu’un voleur n’aurait certainement pas agi comme ça, et je commence sérieusement à m’inquiéter et m’énerver. «Ouvrez», que je crie. Lumière, une petite silhouette apparaît et ouvre la porte: la femme de ménage, qui vient lustrer l’agence avec toute la petite famille un dimanche matin à 6 heures! Alors là je tombe des nues. Et elle, avec son charmant accent portugais: «Oh, vous venez travailler tôt aujourd’hui!» Euh… c’est cela oui!

tompous

page 1/1 | page 1

page 1/1 | page 1