Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 1950

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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zub, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 2 février 2007

1949, 1950: Insouciance

Toute la famille du côté de ma mère est sur place. Il y a le nid, la maison familiale, le lieu de réunion de toutes les sœurs : Brégaillon.
C’est une grande maison, avec du terrain, et bien au fond, une noria.
La propriété fut achetée par le grand père. Difficile de dire quel était son travail. A la vue des fréquents voyages de la famille et l’éparpillement des naissances des enfants entre la bourgogne et Madagascar, le bruit cours qu’il était administrateur colonial.
Vivent dans cette maison l’aïeule, la seconde des filles même si elle se dit l’aînée !) avec sa fille, son mari est mort à la guerre, et la 6° fille, célibataire endurcie. Un petit appartement accueille à tour de rôle celle et ceux qui en ont besoin. Nous y vivrons nous aussi.
A cette époque mon père est dans les CRS. Ceux-ci ont été mis en place pour donner du travail à tous ces jeunes hommes qui n’ont connu que la guerre, de même que les miliciens qui ont survécu seront intégrés dans les gardes mobiles.
C’est une période difficile, la guerre n’a pas aidé à la bonne résolution des difficultés des salariés, conscient que « Seule la classe ouvrière dans sa masse, aura été fidèle à la Patrie profanée »,comme l’avait déclaré François MAURIAC, les grèves se succédaient durement réprimées par les forces de l’ordre (sic). Un jour où mon père revenait à la maison, je demandais : » Maman, c’est qui ce monsieur ? »
Cette question eut un poids très important pour la suite, elle entraîna notre migration vers l’Algérie.

andrem, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 13 février 2007

1950 première.

Ils l’ont tous dit, ici. C’est bien beau de vouloir raconter une à une les années de notre vie sans même ‎être sûr qu’elle intéresse qui que ce soit en dehors de moi-même, encore faut-il que nous ayons les ‎souvenirs qui vont avec. Ou alors inventer, mais est-ce honnête ? Et où commence et s’arrête ‎l’honnêteté dans cet exercice ? Ne transformons nous pas chacun des souvenirs qui nous vient, alors ‎pourquoi ne pas vous en inventer qui seraient derechef plus vrais que vrais pour peu que j’y croie un ‎peu ? Où commence l’invention et où finit l’enjoliveur, la mise en scène, la pose ?‎

Et que signifie ce mélange de moi et de nous ? Seriez-vous moi à vous tous, serais-je devenu vous à ‎moi seul ? Serais-je déjà devenu fou ?‎

Perdition, Blockhaus, lacets.

‎1950 – Histoire d’eaux.‎

Je n’ai pas de souvenir précis de 1950. Je vais y caser une histoire qui m’est arrivée, je m’en souvenais ‎encore lorsqu’elle me fut racontée par ma sœur qui n’était pas née alors, sous une autre version bien ‎sûr ; elle la tenait de mes parents et, curieusement, l’avait retenue mille ans plus tard ce qui m’avait ‎plu. Seuls la logique et le repérage me permettent de la placer en 1950, ni avant ni après.‎

En réalité, il s’agit de deux histoires, arrivées probablement deux années successives, 1950 et 1951, ‎mais je vous les regroupe en une seule, ne serait-ce que pour ne pas ressembler à un récidiviste, notre ‎époque n’est pas tendre pour les récidivistes endurcis ; un récidiviste, vous le savez, est toujours ‎endurci.‎

En pleine saison estivale, je me suis perdu dans les rues de Lacanau, ou plutôt dans les dunes par là-‎bas le long de la route du Lion. Qui connaît Lacanau connaît la route du Lion. Un accès vite fait mal ‎fait par les allemands pour ravitailler vite et bien les canons de la côte au sud, pointés vers l’Amérique‎. Un ruban de béton ‎orné de ses joints disjoints, qui disparaissait derrière la dernière dune au-delà de laquelle je n’ai jamais ‎marché, et qui finissait en impasse au lieudit le Lion, lieu aussi mystérieux pour moi que le temple du ‎Soleil ou le bazar de Trébizonde encore aujourd’hui.‎

J’avais élu domicile dans un des blockhaus qui firent le charme de la côte landaise, afin de méditer sur ‎mes lacets de chaussures disparus dans le sable de la plage mais beaucoup plus rigolos à chercher dans ‎le béton un peu basculé. D’être seul dans cet endroit frais et blafard ne m’effrayait pas, D’être seul dans cet endroit frais et blafard ne m’effrayait pas, je ne me souviens même pas de l’odeur ‎et pourtant.‎ Ma seule peur était de ne pas retrouver ces lacets facétieux et de traîner des chaussures qui ne ‎tenaient plus à mes pieds.‎

C’est intéressant, n’est-il pas ?‎

Lacanau. Inspiration. Mes parents plus mobiles que quiconque à l’époque avaient, chaque année et ce ‎depuis leur vie commune jusqu’à ce que la mort les réunisse, quatre points de chute chaque été : le ‎Périgord, mon Périgord à moi du temps où il n’avait que deux couleurs le noir et le blanc signe de bon ‎goût le pourpre et le vert sont venus plus tard avec les touristes ; les Pyrénées, les Pyrénées de mon ‎papa mais vous le savez y compris l’ours ; la ferme de Poitou, vous connaissez aussi mon Poitou ‎paysan que jamais mon amour de la grande ville ne m’a fait oublier ma Rivière y est née ; et un autre ‎‎lieu choisi selon leur humeur pour durer quelques années avant de partir pour de nouvelles aventures. ‎‎Expiration.‎

Au début des années cinquante, ils avaient choisi Lacanau-Océan. Lacanau-Ville ne m’avait aucun ‎charme, j’aimais l’eau de mer et non l’eau douce, et l’étang de Lacanau avait un goût de vase qui ‎m’insupportait, et encore aujourd’hui quand ce n’est pas la vase c’est la javel, avec l’eau douce.‎

andrem, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 13 février 2007

1950 Seconde.

Gare Saint-Jean. Gare Saint-Louis. Les taxis de la Marne. La ficelle du saucisson. Exercice pour la prochaine fois.

‎1950 – Les tacots.‎

Nous descendions du Sud-Express à la gare Saint-Jean. Une année d’économies partie dans le prix ‎du voyage, mais mon papa si chiche et pour cause n’aurait pas accepté que nous prissions un autre train ‎que ce prestigieux et flambant neuf train là. Nous sortions sur la place et prenions le taxi bordelais qui ‎nous faisaient bien rire, mon frère et moi, anciens véhicules affublés du nom de tacots, les taxis de ‎Bordeaux étaient plus proches des taxis de la Marne que des magnifiques berlines parisiennes qui ‎étaient au moins des 202, et pourquoi pas des 203. Là ma mémoire flanche, il faudrait que je recherche ‎les années de sortie de ces voitures, et même des tractions là j’en suis sûr. Tandis que Bordeaux tacots, ‎au milieu des trams de guingois.‎

Direction gare Saint-Louis. Je soupçonne qu’elle devait desservir les villes du Médoc et baigner ‎dans son cru, mais elle avait aussi un autorail qui nous emmenait à Lacanau. Les amateurs du coin ‎connaissent par cœur la piste cyclable qui relie Bordeaux à Lacanau aujourd’hui. Elle n’est rien d’autre ‎que l’ancienne voie ferrée de l’autorail poussif de mon enfance.‎

Combien de temps ai-je ainsi médité sur mes chaussures baillant aux corneilles, à trouver un ‎moyen de les empêcher de s’enfuir sans moi, à ne pas se remplir de sable quand je parvenais à les ‎retenir ? Dix minutes ou trois heures ? Ma mère a raconté l’histoire à ma sœur des années plus tard, ‎j’en conclus que ce fut interminable ; mais dix minutes sans moi auraient peut-être été interminables de ‎toutes façons pour Verbehaud. Concordance n’a jamais avoué qu’il a dû lui-même en perdre son ‎impassibilité, je crois bien avoir réussi cet exploit. Comment retrouver un môme de quatre ans et demi ‎dans la forêt des Landes, avec l’océan si proche et si dangereux ?‎

Vous les connaissez, les rouleaux de l’Atlantique du temps d’avant le seurfe, et ces remontées de ‎pressions hydrodynamiques qui s’insinuent dans le sable innocent le rendant instantanément meurtrier. ‎Je ne crois pas avoir présenté cette théorie comme excuse lorsqu’on m’a retrouvé, puisque vous avez ‎deviné que l’histoire finit bien. J’aurais dû, je lui aurais cloué le bec, à Verbehaud.‎

Pourquoi donc, d’ailleurs, l’histoire devrait-elle bien finir ? J’ai peut-être vraiment disparu et ‎c’est un autre qui vous écrit ici pendant que moi je suis devenu le roi de Patagonie, succédant à mon ‎compatriote Antoine de Touneins. Qui pourrait le prouver, qui pourrait prouver le contraire ?‎ ‎ ‘Aliénor me le reproche chaque matin, ou plutôt chaque soir en me voyant rentrer à la grotte de ‎ma journée de chasse à l’Elan : je déteste ne pas être sanglé dans mes vêtements comme un parachutiste ‎avant le saut. Avec mes costumes étriqués, mes écharpes nouées treize fois autour du cou, mes cravates ‎serrées jusqu’à la glotte, mes ceintures transformant mon 48 plus en un 36 moins, tu pourrais un peu ‎mieux t’habiller c’est bien la peine que je me décarcasse, qu’elle me dit ma belle, et elle a raison.‎

Il n’y a que lors de visites de lieux inhospitaliers et mystérieux comme le fond des mines ou les ‎chaînes de montage que j’ai droit aux félicitations du service de sécurité, ne jamais porter de vêtements ‎lâches disent-ils en me donnant en exemple à toute la troupe dissipée des visiteurs des travaux finis.‎ Est-ce que mon histoire de lacets est le premier signe de cette manie, ou sa cause profonde, le fait ‎générateur pour parler l’Expert en version originale ? Vous avez deux heures pour répondre.‎

Moi, je ne sais pas.‎

Ma sœur, elle ignore tout des lacets, ne lui dites rien. C’est notre secret maintenant.‎

alain, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 11 avril 2007

Un nouveau départ 1970-1950

1970:

Année de mon mariage:Elle était un peu oubliée :5ème d'une famille de 10 enfants,nous nous étions apprivoisés peu à peu....Nous étions sincèrement amoureux mais elle l'était plus que moi:

-Pour elle la délivrance,le grand départ dans la vie

-Pour moi le deuxième départ et le certitude d'avoir quelqu'un de sûr sur qui je pourrais compter

Certains diront mariage de raison ou d'opportunité: peut-être mais pas seulement...

D'autres diront: beaucoup de non-dit et de calculs:peut-être mais pas uniquement

1950

Après avoir flirté pendant un an avec les petits de l'école primaire me voilà vraiment intronisé "élève officiel" avec un beau cartable en peau d'agneau une blouse noire avec liseré violet boutonnée sur le coté et un béret un peu grand .

Et j'aime bien déchiffrer sur le petit livre de lecture les bla-ble-bli-blo-blu et autres fla-fle-fli-flo-flu.Je suis souvent en avance et je deviens un préféré de la maîtresse ce que je paierais fort cher