Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 1946

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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andrem, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 2 février 2007

1945 en 46 - Année zéro.

C’est malin. J’ai bafouillé trois billets pour la seule année 1945, dans lesquels je ne vous raconte rien de l’année 1945. La directrice générale va me taper sur les doigts, pour cause d’irrespect des règles de civilité d’ici. Je rase les murs, et reviens avec un message programmé pour demain soir, afin de passer inaperçu, ce qui est un comble en ce lieu où chacun veut enfin exister pour de vrai.

Moi le premier, bien entendu.

Nous sommes déjà en 1946, et je vais par conséquent vous raconter 1945. Le temps passe trop vite, mais on m’a demandé de rattraper les soixantards et plus vite que ça. Je dope mon déambulateur aux amphétamines biodégradables, et on va voir ce qu’on va voir.

1946.1.

A partir de novembre 1944, ben oui, encore un an de plus en moins, le seul souci de Verbehaud était de dénicher un prétexte pour partir vers le nord. Pas question de rater le coche une nouvelle fois, et à cette époque, même si l’horizon semblait s’éclaircir, il ne fallait jurer de rien. La contre-offensive des Ardennes n’avait pas encore eu lieu, mais Dieu sait quelles ressources cachées la bête immonde pouvait dévoiler. Et encore, à condition d’y croire, à celui-là.

Son état bien empiré a contribué au prétexte d’une suspension provisoire et médicale de carrière, en attendant meilleure fortune. Personne ne savait encore qu’il y aurait 15 ans de suspension, et qu’il faudrait tout recommencer à zéro en 1960, ce qui tombe bien en raison du calendrier que nous impose la directrice d’ici.

Nous approchions des ides de Mars. Munie des précieux certificats, elle dut trouver à Rabat un bateau en partance pour Bordeaux, denrée rare ; il n’y aurait qu’un seul bateau déjà complet qui partirait de Casa dans dix minutes qu’elle aurait réussi à le prendre. Il n’y en avait qu’un seul, il était complet, il partait de Casa dans dix minutes, elle l’a pris. Verbehaud s’était réveillée à la vie et les montagnes commençaient à bouger sous son seul regard.

Vous comprenez mieux l’importance du phare de Cordouan. Elle sut qu’elle était guérie en le voyant à tribord, pendant qu’à bâbord l’horizon fumait encore des ruines de Royan. Longtemps je n’ai pas compris cette fascination qu’enfant j’éprouvais en regardant l’estuaire et son grand TI planté au milieu, dans la lumière changeante du Médoc ou de Saintonge. Je la mettais au compte de la beauté des vignes, des rythmes des règes, des reflets de la petite mer, du mystère des îles errantes, des falaises et des carrelets, de l’église de Talmont.

Cinquante ans plus tard et des brouettes, j’ai découvert que le cœur battant de ma mère ce jour là où le bateau entrait en Gironde n’avait cessé de battre en moi depuis.

Que vous dire de plus. Un voyage en train de Bordeaux à Paris, ma gare d’Austerlitz, le Métro changement à Sèvres Babylone terminus Mairie d’Issy. Monter les escaliers avec sa valise en carton, s’emmitoufler elle frissonne le froid encore un peu hivernal malgré le soleil couchant, je la connais ce n’était pas le froid qui la frissonnait, un dernier escalier avant de sortir au jour devant le square.

Ces détails te font perdre du temps, me dit la Directrice d’ici. Elle ne sait pas, la Directrice, que ce fut justement à ce moment que le voyageur qui montait le même escalier trois mètres devant elle et qu’elle n’avait pas remarqué avant, était Concordance.

Tout concordait, et je n’avais plus qu’à m’emmêler les chromosomes, ce qui fut fait le soir même.

andrem, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 3 février 2007

1946 - Zéro an. Debout, paresseux.

Toute cette affaire pour seulement révéler que je suis un sagittaire pour servir, j’aurais pu faire plus court. Je le lui avais bien crié, à Louise, de se dépêcher, qu’il vaut être un sagittaire de trop tôt qu’un capricorne de Noël. Elle n’en fit qu’à sa tête, c’est bien fait pour elle, elle n’aura qu’un seul cadeau en décembre.

Ses parents vont protester, et jurer qu’elle aura double ration. Mais non, car elle aurait eu de toutes façons double ration. Donc elle n’aura double ration qu’une fois au lieu de deux, et ainsi de suite. On ne m’enferme pas dans des calculs.


1946.2. 1945, debout, paresseux, c’est l’heure et 46 attend.

Natif de décembre, par grand froid, à Bordeaux, au 183 rue de Pessac, tout le monde le sait. Fin novembre, que le thermomètre se mettait à descendre plus que de raison, dans la maison inchauffable faute de charbon, Verbehaud décida de revenir à Bordeaux, sa racine d’avant le Maroc, pour avoir près d’elle sa mère et sa sœur. Elle sacrifiait à une vieille tradition ancestrale qui de mère en fille les faisait accoucher entre femmes du même sang depuis des générations. L’échoppe convenait bien, le soleil était plus chaud, et la sœur était médecine.

Pendant ce temps, Concordance se battait avec le temps, et courait d’un robinet gelé à une conduite éclatée, dans le noir des coupures de courant, en évitant de glisser sur le verglas de l’escalier. Pour se souvenir de ma naissance, il s’en souviendra, et la tradition des femmes de la famille m’a ainsi permis de vivre.

Je serais mort de froid au milieu des tuyaux éventrés. Survivant au froid, je serais mort de mes propres tuyaux, qui commencèrent à s’éventrer tout seuls sans rien demander à personne. La tante médecine était pile à l’heure de ses travaux pratiques de débutante pour identifier le mal assez vite, trouver le professeur qui la guidait derechef, et me faire découper en rondelles puis recoudre en un lieu bien chauffé de la bonne ville des meilleurs vins du monde. Je regrette seulement qu’à la différence d’Henri IV, je n’aie pas été baptisé au Sauternes. Non pour le baptême, ne mélangez pas tout, mais pour le cru.

Qu’est-ce que vous voulez que je raconte de plus sur 1946. On savait que je survivrai dès la fin du mois de janvier, le reste était manger roter dormir rejeter, comme n’importe qui, ce que je fis consciencieusement comme on ne m’avait pas appris, à Bordeaux puis, les beaux jours revenus, à Issy-les-Moulineaux.

C’est ainsi, et nous sommes tous logés à la même enseigne, nous avons nos quatre tiers : pour moi, ils seront le petit tiers de Périgord plus blanc que blanc, le petit tiers de baudet du Poitou, le tiers de Cordouan sur Maroc, et un grand tiers de Paris.

alain, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 13 mars 2007

1966-1946 la transition

1966:

Libéré fin avril je ne sais trop que faire et j'enchaine de petits boulots jusqu'en septembre où la question se pose à nouveau. Mais après mon Armée je n'ai pas envie d'intégrer l'université et les quelques contacts que j'ai eu m'en dissuadent. Comme je ne sais rien faire je vais apprendre un métier: ce sera électricien en centre AFPA et c'est ainsi qu'en Décembre je me retrouve dans une ville de l'Est du pays.L'acclimatation fut rude...

1946:

20 ans plus tôt en fin d'année aussi le 3ème garçon arrivait mais dès la naissance ma mère fit rapidement le diagnostic pierrot était handicapé.Avec ses frères et ses copains il trouvera sa place dans le village et deviendra au fil des ans une figure incontournable qu'il est toujours