Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année année de naissance

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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mema, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 13 février 2007

1978 - A la lumière du jour

Mai,
Le joli mois de mai…
Voilà l’heure pour moi de rentrer en scène !
Oui mais voilà, je ne suis pas pressé. Déjà timide. Le brouhaha que j’entends à l’extérieur me fait peur. Comment vais-je oser venir au monde au milieu de tous ces gens ?

Deux jours déjà…
Une voix dure et autoritaire menace d’utiliser la force, une lame, le froid, le choc…
Maman me demande doucement de l’aider un peu, de faire ma part du chemin. Je n’ai aucune raison d’avoir peur, elle sera là. Comme toujours…
Et c’est ainsi qu’au milieu de la nuit, je m’en vais à sa rencontre…
Si j’avais su !

On impose à ma mère de se reposer le reste de la nuit…loin de moi. Qu’ai je donc fait pour mériter cela ? Rien, juste les mœurs de l’époque. Il y a des jours comme cela où il ne faut pas chercher à comprendre. Mais dès le premier jour, quand même…

Le lendemain, à l’heure de la distribution des bébés…
Seule dans sa chambre à m’attendre, elle reconnaît mon cri au fond du couloir. En me déposant près d'elle, la sage femme lui dit sur le ton de la désapprobation « elle a hurlé toute la nuit ! ».
Pas pleuré, non…hurlé.
Colérique, déjà…

Au cours de ces deux longs jours mon père était là.
Plus tard, on lui demanda comment cela c’était passé. Lui, toujours aussi pudique et pragmatique, répondra « Oh ! C’était comme pour les agneaux ».
On ne refait pas un berger en pleine période d’agnelage !


Juin,
Dans un landeau sous un arbre, je contemple le bruisement du vent dans les feuilles. La chienne de mon père, "madame", refuse d'aller garder le troupeau depuis mon retour de la maternité. Elle passe ses journées près de moi, et grogne a la moindre intrusion. La boulangère passant par là doit encore s'en souvenir...

Il faut dire que maman est très affairée; d'ici quelques jours, nous partons pour l'estive.

J'ai hate d'aller retrouver ces grands espaces, le vent, l'immensité, l'absolue...

J'ai hate de découvrir de mes propres yeux le monde qui m'entoure...

anita, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 14 février 2007

1963: titre de séjour

A ce stade là du jeu de ricochets, j'ai bien entendu envie de me dérober.
Anoter cette date, comme Louis XV le fit du 14 juillet 1789 : "aujourd'hui, rien".
Ou bien anticiper ce qui fut ma première image télévisuelle, et dire "un trois milliardième de pas pour l'humanité, et depuis, qu'est-ce que je rame parfois."

Comme tout le monde ici, je suis née. Comme tout un chacun je gagne à être connue, mais pas trop. Je suis née, et le nombre de gens à qui cela importe est parfaitement ridicule en regard de ceux qui s'en foutent jusqu'au vertige.
De cette année qui vit la disparition de Jean XXIII, de Kennedy, de Piaf et de Cocteau, ma naissance et celle de Lolo Ferrari suffisent-elles à combler les vides ainsi laissés?
Pourtant je suis née, et depuis le résultat occupe une grande partie de mon temps, et un peu celui de quelques autres . J'ai sans doute été conçue de façon aléatoire, et je suis devenue plein d'autres choses par inadvertance, mais naître, non, cela j'ai dû le faire en m'y consacrant entièrement.
Dans ces histoires de naissance, il y a, en général, au moins deux personnes parfaitement concentrées sur ce qu'elles sont en train de faire.

Plus tard, au milieu de déchirements tout à la fois imprévisibles et curieusement répétitifs, ma mère s'accusa à plusieurs reprises de ne pas avoir été une bonne mère pour le nourrisson que j'étais, le troisième en trois ans, nourrisson tranquille et peu caressé. Est-ce vrai? Ou bien, comme je l'ai souvent pensé, était-ce une dérobade devant l'ici et maintenant de la violence maternelle?

Si j'en crois ma propre expérience de la chose, la relative bonne humeur que je mis à en faire naître trois, avec ni plus de complications qu'une mère chatte, ni moins de poids qu'une baleine, la sérénité avec laquelle je donnais le sein, tant au commissariat, qu'à la table du conseil municipal, je peux, là aussi, me livrer à une supposition : elle ne devait pas être si mauvaise mère qu'elle a bien voulu le dire.
Car ces choses-là, qui ne font nuls souvenirs, font mémoire au corps, et j'ai bien de quoi dire, somme toute, merci.

the rough places will be made plains and the crooked places will be made straight

On peut toujours rêver.

erin, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 15 février 2007

1966- Saint Claude 1967 : 0 - Gestation

Je suis arrivée comme le cheveu sur la soupe. Non désirée, refusée, niée, détestée, j'ai grandi dans le ventre de ma mère malgré tout. Mon désir de vivre, dès ma conception fut le plus fort... j'ai résisté, me suis développée, accrochée en cette matrice qui avait déjà accueilli deux filles et deux garçons, voulus, aimés, chéris. Me battant avec mes modestes possibilités, ma mère eu une grossesse pénible. Souffrant de terribles nausées qui l'épuisait, elle menait sa petite famille comme elle pouvait, se déchargeant sur les grandes, pré-adolescentes, que cette nouvelle vie ne satisfaisaient pas non plus. Il n'y a que les deux petits qui souriaient à l'idée d'avoir bientôt un bébé à la maison, pauvres bouts de chou de six et huit ans. Mon père, lui, allait son train... travail la semaine, artisan du bois avec passion le week-end. De plus, il n'avait pas son mot à dire.

Au fur et à mesure que le ventre s'arrondissait, l'épuisement se faisait de plus en plus présent. Physiquement au bord de la rupture, mentalement contre cette chose en son sein, elle haïssait de plus en plus cette déformation de son corps. Elle qui s'était émerveillée les autres fois de cette transformation, ne le supportait plus. Arrivée à un âge où elle cherchait à plaire, à séduire, avant que le temps ne joue son oeuvre, elle ne supportait pas ses odieuse nausées qui lui faisaient le teint cireux, ses magnifiques cheveux auburn qui se ternissaient, ses traits tirés de fatigue, et surtout ce poids en avant qui lui faisait changer son port, son point de gravité ayant basculé. C'était aussi cette poitrine qui s'alourdissait, ces hanches qui s'épaississaient, ces jambes qui se gonflaient.

Et moi, je continuais à me développer, percevant cette haine imperceptible et luttant de toutes mes forces pour rester en cet endroit chaud et confortable, malgré les efforts évidents pour m'en déloger. Puis vint le jour où je m'engageais vers mon premier voyage... vers la lumière, l'air, le froid. Par un malencontreux hasard, ce jour là, ou plutôt cette nuit là, les sages-femmes étaient en grève. On donna à ma mère, dont le travail n'était pas très avancé, un médicament pour que cesse mon voyage quelques temps. Le matin arriva, et c'est à neuf heures que je poussais mon premier cri... le libérateur, qui défroissa mes poumons.

perle, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 16 février 2007

Merci maman

Je ne sais pas si mes parents s'aimaient vraiment. Sans doute un peu quand même, puisque leurs fiançailles ont duré, duré jusqu'à ce qu'ils soient parfaitement sûrs de leurs choix. Personne n'a jamais officiellement jasé, ce qui est parvenu à mes oreilles n'est que des bribes de racontars que je n'ai jamais osé vérifier. Les gens sont parfois tellement méchants, gratuitement.
On a dit dans ma famille que mon père avait fait un mauvais mariage et que celui de ma mère était porté par l'intérêt d'accéder à une classe sociale plus aisée. C'est triste une famille, parfois.

Je suis née le 10 avril 1959, aux environs de 14H.
Bien sûr, et ainsi que la plupart des pères de cette époque, le mien n'était pas là.
Quand j'ai vu le jour, ma mère dormait, assommée par le masque à éther qu'on utilisait à cette époque quand un accouchement virait au pire.
Elle est depuis allergique à l'éther et au roquefort, conséquences apparemment logiques de son empoisonnement de jeune accouchée, l'allergie au second découlant de l'exposition au premier.
Je ne voulais pas naître, mes forces de trop petit bébé m'avaient abandonnée. Il a fallu qu'ils me sortent de là manu militari, autrement, j'y serais encore. Est-ce pour cette raison que j'ai peur de l'eau, parce qu'on m'en a tirée trop fort ou trop vite, du moins à un moment où je ne m'en sentais pas encore capable?
Ma mère a lutté pendant 48h pour me mettre au monde. J'ai gardé la trace des forceps pendant plusieurs mois. Je l'envie de son courage. Moi, actrice de cette naissance, j'aurais tout envoyé ballader, demandé une césarienne, hurlé, vociféré, déclaré que finalement je n'en voulais plus de ce bébé trop faible pour montrer son nez.

Je ne lui ai jamais dit merci. C'est bizarre comme on ne remercie jamais ou si peu ses parents de ce don qu'ils nous ont fait.
Alors, pour attraper le temps qui passe, merci, maman.

michou, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 20 février 2007

1957

Je suis né en 1957, le 10 Mai à Pompey, dans un bassin sidérurgique au nord de Nancy. Je suis le dernier d’une famille de quatre enfants, sept ans me séparent de ma sœur, dix de mon plus grand frère. Je viens au monde grâce à la méthode Ogino & Knaus, infaillible moyen de contraception qui a rempli les salles de classes. La planification n’était pas au top niveau, Maman attendait avec bonheur une petite Christine. Une photo de petite fille blonde à cheveux bouclés a orné la tête de son lit durant toute sa grossesse. C’est un p’tit brun qui déboule. Tout va bien, le franc est dévalué de 20% pour faire place à un nouveau franc. Il paraît que c’est l’année du traité de Rome. Spoutnick décolle La vie tient à peu de chose, un papa qui a réussi à rentrer de captivité d’Allemagne, qui rencontre la femme de sa vie, dans une ville qui a connu son lot de bombardements, une contraception inefficace et tournez manège ! J’arrive.

domahom, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 22 février 2007

Avril 1964...

Aujourd'hui Nelson Mandela est condamné à la prison à vie (ça commence mal).
Le Peni(ble) est condamné à une amende et à des dommages et intérêts, pour coups et blessures volontaires (déjà ?).

Et moi j'arrive dans ce monde de fou !
8h15 du matin.
C'est la première fois, mais aussi la dernière, que je serai du matin.
Il paraît que je suis avec ma maman, que le monsieur là c'est mon papa et que j'ai un frère.
Il faut qu'on me lave, qu'on me pèse, qu'on me mesure, qu'on me regarde sous toutes les coutures, qu'on m'habille et je suis quasi certain d'avoir déjà faim !
Rien de bien extraordinaire pour un nouveau né en somme.
Tiens ! Je ne suis pas seul dans mon berceau, t'es qui toi ?
Lui c'est Néné. Un ours en péluche qui fait "Couick" quand on lui prend le bras gauche.
C'est le cadeau de naissance de la jeune fille qui va devenir ma marraine.
Néné ne me quittera plus depuis cette date. Comme moi, il connaîtra l'école, la colonie de vacances, le collège, les classes de neiges, l'Angleterre, le lycée, l'armée, le travail, les joies, les peines, etc. Il est un peu comme mon jumeau.
Et ma marraine sera toujours une star à mes yeux.
On va aussi me baptiser rapidement.
Rapidement aussi je serai propre.
Bientôt, je vais pouvoir raconter ce que j'ai vu et ce que j'ai vécu, mais avant tout il me faut apprendre à pleurer, gazouiller, parler, ramper, marcher, trotter, ppffff, si petit et déjà tant de choses à faire !

chulie, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 23 février 2007

1980 : 00 - Michèle

Michèle a bientôt 18 ans.
Elle est exactement comme dans la chanson.
Elle a terminé le lycée en juin. Un peu en catastrophe. On a du amplifier la taille de la robe blanche, sans quoi le curé ne l'aurait pas mariée.
Ce matin, elle fait ses carreaux.
Elle rigole doucement, elle me gronde un peu dans sa tète :
"Dis donc, tu aurais pu venir hier, c'était la fête de ton père."

J'arrive, maman.
Je serai là pour midi, midi et demie.

erin, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 23 février 2007

1967-1968 : 1 - Petit Haplorhinien

J'étais là, enfin... Vivante petite chose que ma mère trouva laide à biens des égards. Son désarroi fut complet lorsqu'elle sut que je n'étais qu'une fille, et une moue de déplaisir accompagna son bref commentaire "Quel horrible petit singe tout poilu !" Et c'est vrai que je l'étais, rouge des efforts pour venir au monde, pourvue de longs poils noirs sur le dos et derrière les oreilles, une masse de cheveux drus et bruns dressés sur mon crâne quelque peu déformé par le passage. Je piaillais et gigotais comme un petit animal, sentant instinctivement la répulsion, l'animosité de celle qui l'avait conçu. Pourtant, mon envie de vivre malgré tout, ma force à me battre coûte que coûte se lisait déjà dans mon corps, par ses poings fermés et crispés, par ce regard farouche et ses cris perçants que rien n'arrivaient à calmer.

Vint le moment où l'on me mit au sein de ma mère. C'est avec un certain détachement, ou plutôt un détachement certain qu'elle accepta cette petite bouche gourmande happant avidement cette partie de son intimité. Malheureusement, sitot recouchée, je vomis le peu que j'avais ingurgité. Et il en fut ainsi à chaque tétée. Le personnel médical diagnostica une béance du cardia, nécessitant une alimentation épaisse et d'être "assise". Et ma mère de dire "Elle commence bien celle-là !". La terrible épreuve du nom arriva très vite. Mes parents n'avaient choisi qu'un prénom masculin, alors que ma mère entrait à l'hopital. Celui du jour... Valentin. Mon père refusa la féminisation, je lui en suis vraiment reconnaissante. Non pas que je n'aime pas ce prénom, mais il aurait été si difficile à porter pour moi, vu la suite de ma vie. Ils se décidèrent pour le prénom de ma marraine pré-supposée, qui hélas refusa ce rôle... Puis, comme la tradition familiale l'imposait, un prénom chacun, d'abord le choix de ma mère, puis celui de mon père. Ainsi, pour l'état civil, je suis Hélène, Agnès, Laure. Combien ai-je détesté ces prénoms !

Nous rentrâmes au foyer, et je pris place dans un petit lit que mon père avait acheté, de bois blanc et d'osier, coincé dans une petite niche, dans la toute petite chambre de mes parents, du coté de ma mère. C'est là que j'allais passer les nuits de mes 6 premières années. Immédiatement, la fratrie se scinda en deux. D'un coté mes grandes soeurs pour qui je ne fus qu'un élément perturbateur de plus, de l'autre, mes grands frères qui prirent leur rôle de nounou à coeur. C'est eux qui me nourrissaient la plupart du temps, qui me promenaient, me cajolaient. De ce temps là, je n'ai que quelques diapos, où je ne suis jamais dans les bras de ma mère... dans le landeau, contre un oreiller dans mon lit, dans les bras de mon frère T, quelque fois dans ceux de JM, sur une couverture lors q'un pique-nique, mes frères tout contre moi et mes soeurs à la limite du hors-champ, dans mon parc... Je suis un beau bébé tout rond, la peau mat, habillée de layette tricoté ou crocheté par ma mère, toujours le sourire, le regard franc qui regarde l'objectif avec curiosité.

alain, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 25 février 2007

Il est né ....

1964

On n'a pas tous les jours 20 ans.......et cette année sera morose pour moi et difficile .Jesuis mal dans ma tête et dans mon corps :pas d'ami véritable sauf un déglingué frappé par son père alcoolo toute son enfance et qui pense le sauver en se faisant curé! J'arrête rapidement les longues discussions que nous avions ensemble et qui m'enfoncent.J e n'ai aucune confiance dans mon "directeur de conscience"qui est une sorte de référent adulte ... .J'irai voir un psy qui ne comprends rien à mon mal-être ;j'essaie de trouver la solutiondans les livres ,de toute façon ma décision est prise je quitte le séminaire à la fin de l'année scolaire,je ferai d'abord mon service militaire(18 mois à l'époque) même si la guerre d'Algérie est terminée depuis 2 ans.

Ensuite on verra bien!!

1944:

En ce début d'année par un temps de neige me voici.Mon père tout fier part au village déclarer son "ainat"(son aîné) et ne manque pas de faire une longue station aux bars du village pour fêter comme il se doit mon arrivée.

Cependant il ne renouvelle pas l'exploit de son grand-père Arthémon qui 70 ans plus tôt faisait la même démarche au même endroit mais qui après avoir écumé les 3 bars du village oublia de déclarer mon grand-père Auguste.20 ans plus tard lors du conseil de révision Auguste incapable de fournir un certificat de naissance fut embastillé durant 1 mois jusqu'à ce que le tribunal au vu de plusieurs témoignages dont celui du curé répare cet oubli.Evidemment Auguste fut reconnu bon pour le service et fut tiré au sort pour effectuer 3 ans de service militaire en Algérie où il participa à la conquête du Sahara ....

marionette, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 7 mars 2007

Une arrivée fracassante

Le 9 juin, début de soirée : Françoise et Benoît sont chez des amis. Florence, à la maison avec la baby-sitter, avale sa soupe gentiment. Elle a un an et demi, elle est très mignonne et se porte bien.

Françoise, assise sur le canapé, a quelques contractions de plus en plus rapprochées. Elle souffle, se détend. Mais voilà qu'elle perd les eaux sans crier gare. Je suis pressée d'arriver, et dois un canapé à la famille P. avant même d'avoir sorti la tête du ventre de ma môman. Blagueuse, la Marionette.

Direction : la clinique Bel Air, à toute berzingue. Papa roule sur une zone pour bus. Il se fait arrêter et dit au flic le plus vite possible "ma femme va accoucher, je vous en supplie, pas maintenant". Ni une ni deux, le flic monte dans sa bagnole, met le gyrophare et lance à mon père avant de mettre la sirène "Bel Air? Ok. Suivez-nous !" : Marionette est servie ! Que dis-je, servie, escortée ! Pendant ce temps, Florence passe au dessert, elle a finit tout son petit pot. C'est bien.

En arrivant, on s'occupe de môman. On lui dit que je vais pas tarder, mais que l'accoucheur est en train de faire sortir son enfant du ventre de sa femme dans une autre salle, alors "va falloir patienter un peu". L'heure avance. Elle est très inquiète, parce qu'elle sait déjà que mon coeur bat anormalement, on le voyait sur les échographies. Personne ne sait comment se passera ma première inspiration. Marionette, le mystère.

Nous sommes le 10 juin. L. J., l'accoucheur entre dans la salle ruisselant de sueur et heureux comme un pape : sa fille C. va bien et dort déjà, en couveuse. Après celle de C., il prend ma tête entre ses mains, puis mes épaules, et je crie. Le cordon est coupé, je respire, ma môman pleure de joie et me serre - pas trop fort - dans ses bras. Mon papa est là aussi, il n'en mène pas large. Marionette a réussi son entrée.

Florence dort à poings fermés. La baby-sitter regarde un film, ou lit son bouquin.

Deux semaines plus tard, je suis à la maison. On sonne à la porte, c'est pour une visite médicale. Papa va ouvrir, maman me prend dans ses bras. Le médecin écoute mon coeur, régulier mais étrange poum poum pff... poum poum pff... poum poum pff... Marionette a le sens du rythme... Il pose son stéto sur sa valisette, sort dans le jardin pour passer un coup de fil, revient une minute plus tard et dit à mes parents : "Vous êtes à combien de temps de la clinique ? Bon ben c'est parfait, le cardio vous attend. Oh, vous pouvez y aller tout de suite hein. Oui oui, aujourd'hui maintenant oui. Le cardio. Monsieur C." Mes parents, effrayés, me ramènent à la case départ. Déjà...

Marionette, petite fille bancale...

izo, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 11 mars 2007

1976 : naissance

1976 : la canicule. c'est avec ces mots que les plus anciens résument cette année. Je ne l'ai pas connue cette canicule, moi. Je suis né bien loin, en octobre. Je n'ai pas de souvenirs précis de cette époque. Tout au plus quelques photos dans l'album familial... Ma mère enceinte dans le jardin familial. Elle portait encore les cheveux longs.
J'étais un gros bébé. Je ne me souviens pas exactement des détails en poids et en taille, mais on me répète toujours que j'étais un gros bébé... Un gros bébé qui d'ailleurs était bien installé. Je n'étais pas décidé à sortir. C'était un dimanche, 14 jours après le terme, maman n'en pouvait plus de cette grossesse qui ne se terminait pas... Elle est allée avec papa à la ferme de mes grand parents paternels. C'était la période d'arrachage des betteraves. A l'époque, mes grands-parents faisaient le travail manuellement. Mon grand-père devant arrachait les betteraves, les rangeait en ligne, mon père et mon parrain suivaient et coupaient les betteraves au collet. Mes tantes ramassaient enfin les betteraves pour les jetter dans la remorque attachée au tracteur... Bien qu'enceinte, maman a donné un petit coup de main à mes tantes. Un peu d'effort physique ne pouvait que perturber le petit John (ou la petite Fanny - mon sexe n'était pas connu) et l'inciter à sortir son nez de son nid tout chaud... Et de fait, dans la nuit du dimanche au lundi, les contractions ont commencé...
Déjà avant la naissance, je n'étais pas comme les autres : j'étais installé en siège dans le ventre de ma mère. L'accouchement n'a pas pu avoir lieu par les voies naturelles. Cette césarienne, ma mère en garde la trace encore aujourd'hui : Une belle cicatrice verticale sur son ventre... Parce qu'à l'époque, on ne cherchait pas à faire dans l'esthétique.
Maman me décrit toujours avec malice ce premier regard que nous avon échangé quelques heures après ma naissance...
Je suis un garçon
Je m'appelle John
Je suis né le 25 octobre 1976
Je suis le premier enfant de Martine et Alfons

Né en octobre, je serais baptisé deux mois plus tard. L'abbé aurait bien voulu faire une crèche vivante avec moi pour la veillée de Noël... Ma mère a préféré le baptême en journée, mais elle a conservé la date de Noël avec toute la symbolique qui s'y rattache. Car au delà de toute thématique religieuse, Noël est la fête de la famille, réunie autour du nouveau-né... Cette date est réellement importante pour maman, encore aujourd'hui.
Baptisé le jour de Noël...
Mon parrain est mon oncle, Louis, le frère de papa.
Ma marraine est ma tante, Angèle, la soeur de maman.
1976. Une vie qui commence.

>>Ce billet dans mon blog

etienne, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 27 mars 2007

1978 - Naissance

Un jour de neige, parmi les pins, dans une maternité aujourd’hui détruite. Je me découvrirai plus tard un aimant espagnol nommé comme moi, né lui aussi au même endroit, dix années plus tôt. Tous trois, sœur, frère et moi, nous sommes nés dans ce lieu

Je suis le dernier de la famille, de la génération des petits-enfants des quatre grand-parents. In extremis, j’échappai à la ligature des trompes de ma mère venue consulter son gynécologue à ce propos. Elle m’a gardé. Aurait-elle pu avorter ? Qu’importe ! Si oui, je ne manquerais à personne, de même que les fantômes inconnus qui nous entourent. Je trouvais d’ailleurs cet argument avancé par des adolescents totalement crétin à l’époque : « Ma mère a failli avorter, si elle l’avait fait, je ne serais pas là ! Donc je suis contre l’avortement ». Je n’ai pas changé d’opinion.

Mon père me dira un jour que ses beaux parents auraient préféré que leur fille avortât. Je ne pense pas qu’il l’ait dit par malice, juste par honnêteté. Cette phrase prononcée dans l’antre de ma chambre au papier peint de fleurs stylisées orange et vertes seventies me marque encore aujourd’hui, puisque je vous la livre. Elle m’inspire du détachement, aucune tristesse profonde car les protagonistes sont morts depuis quelques années déjà, aucune malédiction damoclésienne, du détachement, uniquement.

Je m’aperçois que je fais tout un fromage de cette histoire. Mais ne faut-il pas occuper cette première année sans souvenir ?

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