Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 1996

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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shayalone, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 18 mars 2008

1996 - 18 ans L’année des 12 singes

Fin de PCEM1. Je travaille l’argile quand la belle Aude me rappelle à l’ordre. C’est samedi, c’est la Gay Pride. C’est samedi, je suis lesbienne, je l’ai dit à mes amis. C’est samedi, et Aude me rappelle que je dois aller à la Gay Pride me faire de nouveaux amis, des qui soient comme moi, homosexuels.

Je mets ma plus belle robe, coiffe mes longs cheveux, et marche jusqu’au Peyrou. Une foule bariolée est là, danse, court, crie.

Je marche. Seule, ouvrant grand mes yeux, souriant à tous ceux dont je croise le regard. Il y a un groupe d’hommes avec une fille. Une qui me ressemble, assez mignonne, de longs cheveux, et une robe. Et un énorme appareil photo. C’est pour ça qu’elle est là. Prendre des photos. Hétéro. Evidemment, elle me ressemble. Et je ne ressemble pas aux lesbiennes, mon coloc, qui s’y connaît, honteuse qu’il est, me l’a assez répété toute l’année.

Un groupe de filles traverse la marche en hurlant.

Jeans déchirés et délavés, t-shirts blancs noués, cheveux courts en bataille, pas de doute. Mais jamais je n’oserais leur parler, surtout après le vent de la photographe… j’aurais juste aimé ne pas marcher seule !

Je marche. Seule, et en colère lorsque le die-in silencieux est pollué par les vociférations d’un militant contre le Sida qui insulte les médecins, d’autant plus injustement qu’à Montpellier, justement, les médecins ne sont pas comme il le décrit, ce connard parisien.

On se reverra d’ailleurs l’année d’après, rue Keller, numéro 3, où il m’accueillera au CGL, se présentant comme une folle de droite. Parce que je suis la seule fille, je me retrouve à faire ma première interview avec lui, pour une radio communiste. La folle de droite et la gouine de gauche. Et une très jolie journaliste.

Je rentre chez moi, et retrouve Aude, toute excitée, qui attend le récit de mes aventures.

Premier numéro de Têtu. Spécial Montpellier. Je l’achète en tremblant à La civette, craignant d’être foudroyée sur place. Je pars comme une voleuse et m’installe sur l’esplanade pour le lire. J’y découvre nombre de personnages qui vont bientôt entrer dans ma vie, pour le meilleur et pour le pire. Et le CGL de Montpellier, créé un an plus tôt, à qui la mairie va désormais fournir un local.

Fermé pour l’été.

La rentrée est là, j’habite à 500m du local. Je n’ose jamais m’arrêter. Je passe, une fois, deux fois, trois fois, quatre, cinq… j’achète mon pain à des heures improbables pour être seule dans la rue et pouvoir lire les horaires… je n’y arrive jamais !

Sauf que ce jour là, la porte est ouverte. Je passe devant en allant à la boulangerie. Je sais que si je ne rentre pas là, je ne rentrerai jamais.

J’entre.

L’aventure commence.

shayalone, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 30 avril 2008

1996 à 16 ans. Amandine

Amandine a les yeux rouges, Amy fuit, amy sombre en cours. Et moi, à qui vais-je pouvoir me confronter, si amy disparait?

Amy est belle, tellement, avec ses boucles brunes et son regard noir, avec sa peau si blanche, avec ses mots si beaux, avec sa violence. Mais amy est venue vers moi l'an dernier, comme si j'étais une fille normale. Avec sa copine Delphine, elle est venue à ma table, s'interessant à ma vie... Quoi, je ne suis donc pas qu'un faire valoir, j'ai une existence propre? Je serais donc aimable?

Amy est brillante, et nous luttons joyeuses pour le plus grand bonheur des profs.

Aimée, je deviens aimante. Et quand amy déconne, je deviens étouffante. Je veux savoir, il se passe quelque chose... je ne veux pas la voir s'enfoncer toujours plus dans la défonce. Elle maintient qu'elle maitrise, comme tous les drogués, qu'elle ne risque rien.

Je gratte tant et plus, têtue et acharnée. Et Amy craque. Une petite enveloppe rose, et des lettres serrées à l'encre noire. Je me précipite dans les toilettes du lycée pour la lire tranquille. Une lettre qui dit tout ce qui ne sera plus jamais dit. La mort d'un frère aimé, la fuite dans l'héro, l'overdose, à 13 ans. Une lettre qui finit par "mes mots demandent le silence". Je m'effondre dans les chiottes, en larmes, en rage, me tapant la tête contre les murs. "Bourrine", je suis une bourrine, une vilaine voyeuse, une impétinente curieuse. Je respecte le silence, et la distance imposée.

Oui, mais amy ne fume plus autant, elle n'arrive plus défoncée en cours.

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