Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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année 1960

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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zub, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 25 février 2007

De 1955 à janvier 1962

Ces années particulières ont déjà été relatées, et je ne souhaite pas y revenir. Si elles vous intéressent, vous pouvez les lire ici

1958
Vacances en France, Petit séjour à Nuit St Georges chez des cousins. Visite des caves et dégustation du vin. Mon père me renvoie au logis, et termine la tournée en faisant basculer le cousin sur le pastis.
Leur rentrée est louvoyante.

1960
De nouveau en vacances en France. Passage à Grenoble chez le grand-Père paternel.
Fête de folies à Brégaillon.

cassymary, sur le chemin de 19xx à 2006,
mardi 6 mars 2007

Je ne veux pas sortir

J’ai moins quelques heures: je ne veux pas sortir, je fais de la résistance. Je suis bien au chaud dans le ventre de ma mère. Dehors ce n’est pas le monde que j’avais commandé, je ne suis pas adaptable à celui-là.

Je ne veux pas sortir, elle non plus elle ne veut pas que je sorte, elle a peur, peur que ça se passe mal, peur d’y perdre sa vie, peur que ce soit une deuxième fille.

Je vais rester là. Et d’abord, pourquoi je sortirai? Personne ne veut de moi. Je ne suis pas celle qu’on attendait. Je suis celle qui est arrivée en plus, en trop. Maman a donné la vie à une petite fille 13 mois avant. Premier enfant désiré, qui devait être aussi le dernier. Aînée de 18 garçons et filles, elle en a torché des mômes, essuyer des morves, bercé des bébés geignards. Un père saoulard, une mère soumise et débordée. Elle s’était bien juré qu’elle ne ressemblerait pas à ça. Juste un enfant, pour l’aimer, pour concrétiser une union hasardeuse qui la sortirait de sa condition sociale. Et puis quand le médecin lui a dit qu’un autre enfant mettrait en péril sa vie, elle s’est sentie soulagée. un enfant, c’était ce qu’elle voulait.

Ils ne me donnent pas le choix. Je ne veux pas sortir? je fais des simagrées? Ils en ont maté des pires que moi. Je ne veux pas aller jusqu’à eux? Ils viendront jusqu’à moi, me cueillir au beau milieu de ce ventre que je ne veux pas quitter.

Aie! cette lumière agressive, mais où je suis tombée? Retournez-moi à l‘expéditeur, je ne ressortirai que lorsque vous m’aurez trouver le monde qui me convient.

Ils lui ont ouvert le ventre pour me sortir de là. Arrachée de ma bulle, je n’ai eu de cesse par la suite, de m’en construire une autre pour m’y cacher des autres. Spectatrice d’un monde qui ne tourne pas tout à fait comme je le voudrais.

Ma mère, épuisée, m’aime quand même, m’aime déjà. Même silencieuse, même lointaine, même sans le dire, même sans le montrer, elle m’aime. Pas avec les mots, pas avec les gestes, juste avec le coeur.

Mon père, déçu, incapable d’aimer, m’impose la couleur de ma future vie, et me donne le prénom d’un garçon, pour ne pas oublier qu’enfant non désiré, je ne suis pas non plus l’enfant qu’il aurait aimé toléré.

- J’ai 1 jour. Misère, dans quel monde de fou j'ai atterri ? Ils défilent tous dans ma chambre admirer le bébé élu plus beau bébé de la maternité! Je veux la paix, et on vient me prendre en photo. Je vous avais dit que je ne voulais pas sortir.

cassymary, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 15 mars 2007

1961: un an

1961: J’ai un an. je ne manque de rien, du moins je le suppose. Beau bébé joufflu, je suis d’une extrême sagesse. Je pleure rarement, mange de bon appétit, allant même jusqu’à finir le biberon de mon frère de lait, enfant né un mois après moi et fils de la meilleure amie de maman. Je fais mes nuits depuis longtemps. Les jalons sont posés. Il n’y a rien à redire de cet enfant trop sage, qui ne fait pas de vague.

Près de mon berceau, il y a cette petite main posée et ses yeux aimants. Ma grande soeur, qui m’a accueillie tendrement, qui m’aime et comprend déjà que pour lutter, être deux ne sera pas de trop. Je sens l’amour de cette soeur, d’un an mon aînée, et c’est à cet amour que je décide de m’accrocher pour les quinze ans à venir. Maman s’occupe bien de nous, moi dans ses bras, ma soeur accrochée à son bras. Elle joue son rôle consciencieusement, répétant les gestes maintes fois accomplis pour ses 17 frères et soeurs. Elle a fermé la porte aux émotions, à grand coups de bâton et de coups de pied au cul, reçus tout au long de son enfance. Mais les gestes sont là, précis et efficaces. J’apprends à ne rien réclamer et commence ma vie en espérant être aimée d’elle, vivant dans la peur d’être ”abandonnée” puisque la place est déjà prise, par une autre enfant, peut être plus belle, incontestablement plus intelligente, et qu’on ne peut qu’aimer, puisque je l’aime moi même intensément.

Je cherche dans le regard de maman une invite à avoir moins peur, et c’est dans celui de ma soeur que je découvre qu’elle peut m‘aider puisqu’elle m’aime et que derrière elle je peux me cacher: Moi derrière et elle devant . Et en avant!

alain, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 6 décembre 2007

Quand une porte s'ouvre et une autre se referme 1980-1960

1980-Depuis que çà trottait dans ma tête et dans mon corps gràce aux petites annonces de Libé et à mes fréquents déplacements à Paris pour la première fois j'ai rencontré un homme et ai passé une heure avec lui: ce ne fut pas la révélation mais je savais que cette recherche allait faire partie de ma vie dorénavant

1960- Et les 2 derniers frères et cousins quittaient à leur tour lecocon familial ; l'un pour Tarbes l'autre pour Clermont. L'objectif de mes parents était de donner aux 7 un solide métier et si possible un avenir meilleur que le leur, et je crois qu'ils y ont réussi: un infirmier, un enseignant,un Kyné, un Inspecteur de l'action sociale, un chef de chantier, un agriculteur, et pierrot l'handicapé qui restera avec nos parents. Belle saga familiale des années 50-60 difficile aujourd'hui.....

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