J’ai cinq ans, et nous déménageons. Mon père a besoin de s’éloigner de Lyon, pour prendre un peu de distance avec l’Université, qui le bouffe littéralement. Je fais les cartons avec ma maman assise sur le carrelage de la cuisine, elle m’apprend à emballer les assiettes.

Le jour du déménagement (je crois), le mari de ma sœur meurt. Elle a 25 ans, et un bébé de trois mois.

De cet évènement tragique, je ne sais pas ce que je perçois à l’époque. Je sais, parce que ça a beaucoup été raconté, que mon petit frère l’a mal vécu. Je ne me souviens pas, moi, de ce que ça m’a fait, et il n’y en a pas trace dans l’histoire familiale.

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Nous emménageons dans une maison de location dans le Beaujolais, pour un an seulement. De cette maison, je garde pas mal de souvenirs. La salle de bains où ma mère me coiffe. La salle de jeu. Notre chambre commune à mon frère et moi (la seule, dans tous les endroits où nous avons vécu ensemble). L’escalier, en bas duquel, très en colère sans doute, je déclare à ma mère “Quand j’aurai 11 ans, je changerai de maman”.

Je me souviens des deux écoles (la maternelle déménage en cours d’année), de certains camarades de classe, de ma très chouette instit. Dans le spectacle de fin de l’année, on joue une saynète sur l’air de Malbrough s’en va-t-en guerre. Je joue l’épouse, et le gamin qui joue Malbrough est une espèce d’andouille qui me poursuit littéralement de ses assiduités dans la cour de récré. De ça, en revanche, je me souviens très bien: l’antipathie éprouvée pour ce garçon.

C’est con, la mémoire.

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J’apprends à lire, aussi, avec mon papa. Les premiers livres que je me rappelle avoir lu avec lui ont pour héros “Oscar petit ours”. Ils sont toujours chez mes parents, et je garde une grande tendresse pour eux. Je crois que mes premiers souvenir de lecture avec une lampe torche sous la couette date de cette année là, aussi..