J'ai 18 ans, le bac en poche, je débarque à Toulouse, petite provinciale perdue dans cette grande ville. Je décide de prendre une coloc avec une copine. Nous dénichons enfin un 3 pièces, relativement grand en plein centre ville. Petit inconvénient: pas de salle de bain. Gros inconvénient: pas de chauffage. Finalement nous hébergeons mon petit ami et un vague copain. C'est l'année des découvertes. Les soirées un peu arrosées, le copains qui finissent étendues sur le tapis de la chambre, à cuver leur trop plein. Et puis d'autres soirées à refaire le monde. Le froid glacial nous empêche de travailler sereinement. Nous finissons nos journées l'hiver dans le bar du coin. Un petit café tenu par José, un espagnol avec qui nous sympathisons. Nous installons nos livres et nos cahier au fond de la salle. Le cointreau aidant, nous réchauffons nos corps et détendons nos neurones. José aussi refait le monde, à l'échelle de son comptoir. et les soirs de match, pendant que les mecs crient devant le poste de télé, dans la cuisine qui jouxte le petit café, nous passons derrière le bar et servons les rares clients. Nous n'avons pas de fric, c'est le temps des vaches maigres, alors pour nous remplir l'estomac nous mangeons des litres de soupe que nous laissons mijoter des heures sur le feu. L'odeur envahit l'appartement et adoucit notre hiver. Un jour, nous découvrons un mot glissé sous la porte d'entrée. Un jeune homme dit nous avoir observées des mois sans jamais avoir osé nous aborder. Effectuant un stage dans une boite dont les fenêtres donnent sur notre appart, il a passé son temps à nous regarder vivre. Il n'a jamais osé traverser la rue pour nous le dire. C'est son dernier jour, avant de partir, il nous laisse ce mot pour nous remercier d'avoir été là et nous donne une téléphone où rappeler. Nous ne le ferons pas, pour les mêmes raison qui l'ont poussées a ne pas se manifester. Dommage! Et si nous l'avions fait? IL y a des rencontres qui se perdent. De cette année je me souviens du froid qu'il faisait dans l'appart, des cuites qu'on se prenait certains soirs, du petit café tenu par José et des études que je survolais. Et puis des concerts: Lavilliers, Renaud, Font et Val (qui se souvient que Philippe val, aujourd'hui directeur de "Charlie hebdo", a formé un duo de chansonniers décapants avec Patrick Font?) Ah oui, et de l'odeur de soupe! Cette bonne odeur de soupe qui remplissait nos estomacs et attiraient les copains qui avaient eux aussi du mal à boucler leur fin de mois.