Réflexions.
Il en est du Noël zéro comme du grand boum, en anglais le Big Bang. Plus on s’en rapproche, plus il est flou. Les astronomes trouvent une lumière fossile et se perdent dans les températures si gigantesques que le glaçon a fondu avant d’arriver au fond du verre comme celui d’un jour de canicule à l’heure du pastis sur le Vieux Port. Dans ces territoires étranges, gagner un milliardième de seconde dans le passé sur les cinq qui restent à examiner est plus difficile que parcourir tout le chemin qui a conduit à ce cinquième milliardième. Le point zéro est à jamais inaccessible.
Ainsi le Noël zéro.
Déjà personne ne sait si la première année de l’ère a été l’an zéro-un, ou l’an un, ou l’an zéro. On commence mal. Déjà que Noël n’est pas tombé un premier janvier, ce qui est bon pour les jours fériés mais mauvais pour s’y retrouver, et très mauvais pour le vacarme commercial. Ainsi, plus on se rapproche de ce temps originel, c’est bien ainsi qu’il faut le nommer, originel, moins on comprend.
Ceux qui nous ont raconté ce Noël zéro ne sont pas encore nés, de très pieux pères les inventeront de toutes pièces de nombreuses dizaines d’années et de Noëls plus tard ; dans quel but et pour quels complots de conquête, vas savoir. Le travail a été bien fait, Jean Mathieu Luc Marc, quatre noms sortis du panier qui seront apôtrifiés en chœur pour faire du vécu, et qui diront des choses proches mais différentes sans se contredire mais un peu quand même, après tout Dieu justement lui sait comment il faudra plus tard interpréter le discours, autant se donner de la marge.
Ainsi est né Noël, la planque dans la grotte, l’âne et le bœuf, les rois et les trésors ? Le recensement de César, et quel César, le seul le vrai qui se pavane chez Astérix, ou bien un de ses comparses historiques, Auguste, Claude, je ne sais qui ?
Mets quelques détails vrais dans cette belle invention, et les chercheurs de révélation n’auront plus qu’à se mettre en route, on trouvera bien des manuscrits du côté de la Mer Morte et un recensement confirmé par Tite-Live ou Pline jeune et vieux, pour crédibiliser la question, à défaut de la réponse.
Et les cadeaux des rois, où sont-ils passés ? Hein, personne n’en parle, de ces cadeaux. L’encens, la myrrhe, l’or, et le reste, qui les a récupérés dans la grande pagaille de visiteurs de la crèche ? Que fait la police ? Il faudrait peut-être aller voir les caves du Vatican, à tout hasard, pour ceux qui aiment révéler des complots introuvables.
En un mot, je dis 1956 parce que je le vaux bien, mais franchement, je ne suis pas sûr du montant et personne ne l’est d’ailleurs. Je sais seulement que l’erreur, quelle qu’elle soit, est la même pour tous, la même pour toutes les dates. J’ai donc bel et bien dix ans et je vous écris pour exister.
Commentaires
Ca me fait penser à un documentaire que j'ai vu l'autre jour, qui expliquait scientifiquement, point par point, divers passages de l'exode (comme la traversée de la mer Rouge par Moïse). Ca parassait magique, comme on pouvait concrétiser et justifier par la science tous ces écrits théologiques. Je reste suspicieux...
On me dit moine. Je n'en suis pas moins incroyant de tout les diables. Je me méfie des démonstrations scientifiques supposées attester le vrai des écritures.
Le jour où quelqu'un démontrera que les écritures sont confirmées par la science, de façon éclatante et irréfutable, ce jour là la religion sera morte. Car la certitude est la fin de la foi.
En attendant ce jour, je n'ai pas besoin de démonstration, ni dans un sens ni dans l'autre, pour affirmer que je ne crois pas.
J'ai encore toute ma liberté intacte.