Difficile ricochet : car je dois parler d’autrui et ne peut m’empêcher de me dire : De quel droit est-ce que je le fais, comment puis-je m’y autoriser…
Je le fais pourtant car partant d’elle c’est à moi que j’aboutis...
Après déjà une alerte sérieuse l’été précédent pendant des vacances qui avaient pourtant plus que d’autres tout pour être très belles, la dépression latente de Constance est devenue manifeste cette année là, paralysante, porteuse de souffrances violentes et de moments de complète prostration
Elle est parvenue toutefois à continuer son travail, elle donnait le change en se caparaçonnant dans ses obligations, dans son sens du devoir pour s’écrouler en pleurs et en douleurs chaque soir dès le retour à la maison ou pendant les week-end… Elle n’a dû prendre en tout et pour tout qu’une à deux semaines d’arrêt pendant cette période si difficile.
Après qu’elle ait pendant des semaines et des semaines refusé jusqu’à l’idée de se soigner, j’ai réussi à l’amener chez son médecin qui lui a fait accepter de prendre quelques médicaments puis un peu plus tard, après plusieurs tentatives infructueuses, après plusieurs rendez-vous pris qu’elle a fui à la dernière minute, j’ai réussi à la conduire chez un psy qu’elle disait ne pas vouloir voir…
Mais elle l’a vu finalement et, à son corps défendant d’abord, un processus a commencé, régulier, métronomique, deux fois par semaine et qui a duré, qui dure encore, avec la même personne…
Moi je suis sorti du jeu. Je l’y avais conduite, je l’avais aidée à amorcer le processus, j’avais amené la malade au médecin, c’était bien suffisant. D’ailleurs quoique la situation fut difficile, pénible à vivre, je me sentais en effet plutôt solide, bien ancré dans mes baskets et dans le réel. Comme si j’avais charge d’âme et qu’il me fallait être fort pour deux. Comme si face à la déliquescence manifeste de l’un, l’autre devait être un pilier sur qui compter. J’avais à tenter de tenir la tête de quelqu’un hors de l’eau, il n’était donc pas question que je cède à ma ligne grise, à mes habituelles interrogations existentielles, à mes mini et récurrents coups de déprime... Etrange jeu systémique !
Le processus engagé par Constance a eu des effets. Les crises douloureuses, se sont espacées puis ont disparu, enfin presque disparu. Mais le malaise est là, toujours, permanent, en arrière fond. Il n’y a pas eu réévaluation, reconstruction, nouveau départ. Les crises reviennent s’inviter de temps à autres, spécialement dans certains moments de temps libre, dans ceux qui ne sont pas consacrés à une activité précise, organisée, balisée, des moments qui pourraient être, devraient être d’épanouissement, de projet, de convivialité légère.
Tout ça n’est pas très gai. Et surtout je viens en écrivant ces ricochets de réaliser le temps depuis lequel ça dure. On m’aurait posé la question, j’aurais sans trop réfléchir répondu : Oh, longtemps, ça doit bien durer depuis trois ou quatre ans… Tu parles ! Sept années presque ! Sept ans ! J’en ai le vertige. Rien, au fond, n’a changé.
Comme toujours j’ai laissé couler, couler les choses, couler le temps, suivant ma plus grande pente, la pente de la passivité. Je n’ai pas regardé vraiment au fond de ce miroir que pourtant je ne cesse de me tendre. Je n’en ai pas profité pour tenter de mettre en jeu une dynamique partagée ou pour me remettre en cause en vérité et en action, au delà de la litanie finalement facile de mes mots écrans, qu’ils soient adressés à moi seul ou jusqu’aux confins inconnus de la toile…
Sept ans !
Commentaires
Un ricochet qui résonne douloureusement, Valclair. Je pourrais sans doute être Constance. http://otir.net/dotclear/index.php/...
Pour moi aussi cela résonne. C'est le temps. La durée de sept ans. Tout ce temps que l'on laisse parfois couler. Mais peut-etre est-ce nécessaire ?