Quand, pour la première fois de ma vie, je me suis retrouvée instit, au mois de février, titulaire d’une classe de première primaire… Quand j’ai vu toutes ces bouilles de petites filles, qui me regardaient avec tellement de confiance (ou de circonspection), je me suis vraiment demandé ce qui m’arrivait.
Pendant 8 ans et demi, j’avais essayé de jouer les secrétaires modèles, avec, dans mon inconscient, le look des secrétaires de Dallas (chic tailleur strict, chemisier soyeux, chevelure flamboyante, maquillage de reine, le bloc de sténo en mains, et balançant à JR Ewing, comme ça ! Pffuiiit ! Qu’elles dactylographient à du 50 mots minute…) J’ai haï ce métier.
Et moins le métier que les patrons, oui, c’est plutôt ça. Le métier, il peut vraiment être intéressant. Et vivant. Même si c’est fatigant.
De ce temps-là date ma haine secrète (mais ponctuelle), des patrons. Et mes crises de féminisme aigu. Il a suffi de deux monstres (celui que je surnommais Hitler et l’autre que je surnommais Staline) pour (presque) tous les englober dans la même méfiance de classe (sourires). Et puis, tout de même, j’étais encore en procès contre mon dernier patron. Mais je l’ai gagné ce procès, pas la peine donc de m’attarder dessus.
De la haine à la peur, de la peur à la haine. J’avais peur de me retrouver dans cette relation de dépendance, de mépris. Je revoyais mon ancien patron me dire, en secouant sa tête… « Oui, bon, je vous suis supérieur, en tout, par les études, le diplôme, la fonction exercée… » J’étais restée médusée. Je sais bien que je n’étais «que» régente, (en réalité, agrégée de l’enseignement secondaire inférieur – c’est le titre exact), mais tout de même ! Il me semble que je valais aussi par autre chose que le diplôme, les études et la fonction exercée.
Ce qui fut terrible, cette année-là, c’est la reprise de l’enseignement. La situation ne s’était pas vraiment améliorée, en dix ans… Si ce n’est qu’à présent, il y avait des postes. J’ai essayé instit – le premier intérim s’est bien passé. Dire que mes petites élèves d'alors ont 20 ans aujourd’hui ! Que sont-elles devenues ? Incroyable, la personnalité de ces petits bouts de femmes. J’avais une élève qui était hyper douée en maths. Mais si timide… Une autre, si calme et appliquée, qui avait une véritable nature d’artiste. Une hyper active qui m’a donné du fil à retordre. Une autre qui vous prenait par le sentiment… Celle qu’il fallait surveiller, à la récré, parce qu’elle donnait son dix-heures aux autres… Les élèves qu’on disputait à l’école islamique (chhhhuut…) J’avais une heure par semaine de cours d’informatique (et bien entendu, on ne m’a jamais demandé si je connaissais quelque chose aux ordinateurs… Encore moins aux Mac) Mais j'ai pu apprendre le maniement de la souris aux élèves, la signification des icônes sur l’écran (comme quoi, l’informatique à la maison, hé-hé ! Ca m’a servi…) Ca me plaisait beaucoup. Par contre, j’avais franchement la trouille quand il fallait accompagner les élèves à la piscine. Quel stress ! Quand une élève sortait du rang, sur le parking, je fonçais derrière elle et la rattrapais par la peau du cou, tant je tremblais à l'idée de la voir fauchée par une voiture !
Une semaine après, on me confiait un intérim dans une autre école communale. Mais là, j’ai craqué, je n’ai pas fait deux jours. Je n’étais vraiment pas faite pour être instit. J’ai réessayé une deuxième année (d’autant que mon fils était en deuxième primaire à ce moment-là), mais c’était trop dur…
Un soir où j’avais dû faire venir le médecin – tellement je me sentais mal… Il m’a dit : « Oh ! Mais vous ne souffrez que d’une piètre vision de vous-même. Vous avez de la chance! Vous n’avez pas de travail fixe? Mais d’autres que vous n’ont pas de boulot, sont divorcés et ont le cancer. » Je tirais la tête, parce que je trouvais ce point de vue tout de même un peu léger. Et je ne pouvais pas savoir que je serais un jour dans ce cas (ce qui fait qu’en 2002, j’ai souvent repensé à ce fichu bonhomme…)
Encore un intérim dans le secondaire (avec des 3ème commerciale et une 3ème moderne), qui fut dur au début mais chouette à la fin. Et j'ai fait mon dernier intérim dans l’enseignement communal en septembre. Du moins, je le croyais (la leçon ne suffisant sans doute pas… J’ai recommencé des intérims en 2006…) Intérim que j’ai pu quitter pour enfin donner cours de français.
A mes chers adultes du ministère… Un boulot que j’ai adoré et que j’allais assurer, régulièrement, jusqu’en 1997.
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