La Torche est – à mon sens – le plus beau poème que j’ai écrit. Le plus vrai. Le seul qui en « vaille la peine ».

Il a coulé, littéralement, d’une zone inconnue de mon esprit, jusqu’à mes mains, est sorti de mes doigts, a coulé sur le papier – que dis-je, a flambé sur le papier. Je n’y ai apporté aucune correction.

La Torche est un poème de feu, d’amour, c’est l’histoire d’une femme qui se consume. Au milieu de ce feu, de cette cendre, il y a la lumière, il y a la flamme, il y a mon compagnon de toujours, aussi ancien que moi. Dans la Torche, il y a Dieu, lui et moi.


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1996, c’est l’année où j’ai revu Guillaume. Après six ans de séparation. Six ans où je ne l’avais ni vu ni entendu. J’ignore s’il en valait la peine, mais je sais que mon amour, lui, valait ma peine. Je l’ai attendu, patiemment, jour après jour. Il était mon rêve, mon regret de chaque instant. Quelle affreuse situation ! J’avais rencontré un homme, j’étais tombée amoureuse de lui, on avait fait notre vie ensemble. Et, quelques années après, j’en rencontrais un autre. Quelqu’un que je me suis mise à aimer profondément, même si certains aspects de son caractère me heurtaient. Bien que son petit côté scandaleux eût fait partie intégrante de sa séduction profonde.

Je l’ai revu, en mai 1996. Un samedi, je me suis retrouvée devant sa porte, Godeleine nous a accueillis et nous sommes entrés. Ses statues régnaient dans la petite salle d’exposition, ombreuse et lumineuse. Il y avait de la musique sacrée – sa musique préférée. Et ses sculptures, nus en pierre brute, polie, en marbre veiné de rose, en pierre de Gobertange. Une Tresse. Une Offrande. Des femmes rêvées, stylisées. Et ses statues en prière. Un jour, alors que j’écoutais la Fugue pour orgue de Bach dite « la Dorienne », et que je pensais à ces statues de femmes et d’hommes en prière, ce poème, « La Torche » a coulé de mes mains…

Les choses auraient-elles pu se passer différemment ? Serions-nous allés l’un vers l’autre s’il n’y avait eu ce deuil brutal, qui l'a frappé début juillet 1996 ? Il était parti en Bourgogne avec Godeleine et une amie (que j’avais rencontrée et avec qui j’avais parlé peu de temps auparavant – je m’en souviens comme si c’était hier). Cette amie conduisait. Au retour, juste avant d’arriver dans les faubourgs de T***, une voiture a déboulé d’une route transversale. Ils ont fait plusieurs tonneaux et se sont retrouvés dans le fossé. La conductrice a juste eu le temps de dire « Celle-là, je ne l’ai pas vue arriver…», avant de rendre son dernier soupir. Il l’a vue mourir, à côté de lui, a coupé le contact. Ils ont attendu les secours. Il avait une clavicule cassée, Godeleine était saine et sauve, avec beaucoup de peur et des contusions.

Pendant deux mois, il n’a plus pu travailler. Au mois de septembre, nous avons un peu correspondu, je lui envoyais - par fax, nous n’avions pas encore d’adresse courriel - des textes sur la création artistique, mon dada (et sa passion), pour justement réveiller cette passion de créer. Je pensais qu’au moment où il renouerait avec son travail, il serait « sauvé». Les sentiments étaient là, bien là, revenus au jour. L’émotion aussi. Nous nous sommes rencontrés – à deux – pour la première fois, le mercredi 2 octobre, dans une salle du musée consacrée à Rubens, devant « Le martyre de Saint-Liévin ».


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Torche... Lueur obscure
Saisie
Dans ce Feu séculaire
Je me suis enflammée
Au centre des ténèbres

Torche... Vitrage d'Or
Choisie
Dans mon lointain passé
J'ai dirigé mes pas
Vers la lumière blonde

Torche... Au confluent
De ce temple aboli
Et de mon ignorance
J'ai délaissé l'Empire
Et ses dieux immobiles

Torche... Halo mouvant
Brûlée
Dans les jardins d'Eden
J'ai gravi les ténèbres
Les marches dangereuses

Et Torche... Consumée
Offerte
Dans l'immense colonne
Je me suis élevée
Au centre de l'Amour