1948 - L'année 1947 fait de la résistance.

Les lettres de guerre se sont arrêtées, les autres ont dû être brûlées, certaines colères font du passé table rase comme si d’autres n’auraient pas eu besoin de ce passé là, du temps du bonheur à deux plus quatre. Il leur a fallu faire semblant qu’ils ne s’étaient jamais aimés. Même pas vrai. J’ai des photos, et nul ne pourra m’enlever cette certitude qui rassure l’enfant vieux de soixante canicules, et quelques.

Je vais écrire sur ce qu’on ne m’a jamais vraiment raconté, tout en me donnant souvent volontairement j’en ai acquis la conviction, les pièces éparses pour restituer le puzzle. L’action se passe en 1947, pour une fois que je connais la date et les preuves de celle-ci, je ne vais pas me gêner. Evidemment, l’année 1947 dont je m’étais débarrassé en vitesse revient au galop et prend la place de l’année 1948. Ce sera l’exacte vérité, et je ne doute pas que ce qui est arrivé a largement tenu sa place en 1948 au point que cette année passera comme si de rien n’était, et que la suivante sera donc 1949.

Ma mère Verbehaud avait un beau-frère, exactement le contraire du beauf. Elle en avait même plusieurs, puisqu’à cette date toutes ses sœurs étaient mariées. Ses frères aussi étaient mariés mais dans ce cas on ne dit pas beau-frère.

Ce beau-frère là n’avait rien à voir puisqu’il s’agissait du frère de Concordance, le mari de Verbehaud. Ce frère de mon père n’a pas de nom. Il sera Innommable. Brillant, d’une intelligence qu’on m’a dite ultra super géniale supérieure à toutes les intelligences de la création, je répète, hein, ce n’est pas moi qui le dis, que même Pic de la Mirandole était un abruti ignare en comparaison d’Innommable, et Einstein un débile léger.

Je répète, hein. Ils disent tous génial et omniscient, alors je répète et je répète que je répète. Je ne vous fais pas un panégyrique mais une histoire vraie et je dis ce qu’on m’a dit. Moi j’ai mon idée sur la question, mais je ne veux pas casser l’ambiance.

Innommable était marié à une dame Jeanne. Enfin je crois que c’est Jeanne, et pour la formule le prénom tombe mieux que Marguerite ou Séraphine. On dira Jeanne pour simplifier. Marié depuis environ douze ans. Ils avaient deux fils, dix ans et huit ans, ce qui semble parfaitement logique. J’ai les photos, authentiques et certifiées, leurs têtes sont bien de cet âge, et ils sont beaux, ces deux enfants. (...)

à suivre, le meilleur est pour la fin.