Tout à leur bonheur, les futurs parents peuvent enfin se repaître des conversations quotidiennes liées aux enfants. Si les premiers temps, ils restent prudents, les mois qui passent leur apportent la sérénité nécessaire afin de vivre joyeusement cette grossesse et de se préoccuper, enfin, du prénom du bébé à naître.

C'est alors que la difficulté paraît. Le futur papa et la future maman ne peuvent se mettre d'accord sur un prénom. Chaque proposition voit poindre des haussements d'épaules, des yeux ronds de surprise et d'incompréhension, à tel point que l'un d'entre eux finit par prendre une décision irréversible acceptée par chacun.

La future mère choisira le prénom d'une éventuelle fille, le futur père celui d'un éventuel garçon sans que cela soit discuté.

Le futur père ne met guère longtemps à faire sa proposition, si son enfant est un garçon, il s'appellera Gilles.

Pour la future mère, la décision de nommer sa future fille sans prendre en considération un autre avis que le sien change la donne et elle n'a plus d'idée. Il lui faudra plusieurs semaines pour remédier à la situation et c'est en lisant le journal, un matin, dans son lit que lui viendra la lumière. Dans la chronique des faits divers, le prénom d'une petite fille enlevée lui saute aux yeux. Quel beau prénom, si le bébé est une fille, il lui ira à ravir.

C'est ainsi que même pas encore née, j'avais déjà disparu.

Le dernier jour du mois de mai, les contractions se font ressentir. Mes parents, baggages en mains, prennent le chemin d'une clinique du XIVe arrondissement de Paris. Je me fais désirer et n'apparais que 3 jours plus tard, laissant ma mère épuisée mais ravie. Je crois que cette attente interminable et douloureuse impressionna mon père au point qu'il ne se souvint jamais de la date exacte de ma naissance.