Juillet 69, on a marché sur la Lune, et ma mère, seule sur la plage tandis que les Aînés s'éclatent à l'école de voile, rêve d'un petit dernier. Ce n'est pas par hasard qu'une carrière dans l'astrophysique me tentera toute mon enfance.
eleonor, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 3 février 2008
1969 : an-1 - Un petit dernier
eleonor
shayalone, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 3 février 2008
1999 trous noirs
Petit à petit, le feu s'étiole, le feu s'éteint, et je gèle de l'intérieur. Ne plus sortir, ne plus ranger, ne plus manger. Pleurer. Toujours, sans arrêt, comme une lame de fond qui balaie tout. Je ne sais même pas pourquoi je suis triste. Je ne suis même plus triste bientôt, je suis la tristesse. Je me rends compte que je coule, que je fais une bonne figure bien pâle, mais toujours efficace aux yeux des autres. Enfin, apparemment, puisqu'ils ne disent rien. Je suis la fille la plus entourée qui soit, et je crève dans la solitude, sourires ou crocs dehors, égale à moi même, et interieur devasté.
Je prévois de disparaître. A l'HP. Hôpital de la Colombière. Là où on met les fous comme moi, les enfants qui craquent. Pourtant j'y suis passée deux fois en stage, ça devrait me vacciner. Mais j'ai dépassé depuis longtemps le stade de la raison. Je pose des congés, il ne faut pas que les gens s'inquietent! Une semaine. Je cherche juste une semaine de répit. Je ne gère plus rien, pantin désarticulé tout juste tenu par une vie bien remplie.
Mais je craque, une semaine avant, un dimanche matin où Sabine et Virgine m'apportent un pot de jonquilles "il faut que tu t'occuppes d'elles, elles te tiendront compagnie". Je leur parle de mon projet d'internement.Viginie me gifle. Avec sa main ou avec des mots, je ne saurais le dire, c'est cinglant, et aussi désespéré que moi. Les gens qui nous aiment font de drôles de choses parfois. Elles partent, et je me retrouve à genoux sur le bord de mon lit, à me balancer, autiste, incapable de trouver ailleurs du reconfort. Mais j'ai perdu dans la bataille le peu de courage qui me restait pour faire ce dernier geste vers un salut possible. On est en avril, j'ai 20 ans, et je sombre.
Aout. J'ai eu 21 ans, et je pense à mourir tous les jours. Je ne peux plus. Je bosse comme une machine, je fais les ménages dans la clinique où bosse ma mère. J'ai les clés de toutes les pièces, y compris la pharmacie. C'est parfait pour mes plans, que j'échafaude toute la journée, tous les jours, chacun de ces jours où un vieux dont le corps se meurt salue ma jeunesse, ma beauté et la vie en moi. Mes entrailles se déchirent à chaque fois un peu plus, mais les hurlements restent coincés dans ma gorge, toujours.
Ma collègue de boulot, 20 ans, traumatisée que je sois lesbienne "mais ça n'est pas possible, ta mère est quelqu'un de bien, tout le monde l'aime ici". Un autre monde hein... moi aussi je l'aime ma mère, ne t'inquietes pas cécile.
J'hésite entre le potassium et la morphine. Peur d'avoir mal avec le potassium, peur d'être retrouvée la mousse aux lèvres avec la morphine, comme les cadavres d'overdose que j'ai vus. Je ne le sais pas encore, mais l'heure du choix approche.
Pharmacie de la clinique. Une boite remplie d'ampoules de morphine. Pas rangée dans l'armoire des stupéfiants, là, disponible, pour moi. Les voler, et mourir, ou aller le dire pour qu'elles soient remise sous clé, où je n'y aurais plus accès. Mourir, et être soulagée, c'est trés tentant. Mais ça ferait de ma mère la mère dune voleuse, pas quelqu'un de bien. Je pense aux ennuis qu'elle va avoir, et ça, ça arrive encore à peser dans la balance. L'heure du choix est là. Nana m'apparait, Nana, pas encore 14 ans, ai-je le droit? Ai-je le droit d'imposer à cette petite de grandir avec l'image d'une soeur suicidée? Je l'imagine grandir en portant ça, et ça me déchire les tripes. Tout n'est pas mort en moi.
Je préviens une des infirmières dans les étages qu'il y a de la morphine qui n'a pas été mise sous clé en bas.
Je renonce au suicide. Quand cette porte de sortie disparait, je n'ai plus le choix, plus d'autre issue à ma dépression. Je pleure beaucoup.
Mais je me réveille apaisée, enfin, après six mois d'enfer, le soleil s'est levé sur mon coeur. Nana, ma brindille incandescente, a fait renaitre le feu sacré.
shayalone
eleonor, sur le chemin écrits dans la marge,
jeudi 31 janvier 2008
Préambule
Cela fait quelques mois que j'ai découvert l'existence des petits cailloux et ricochets, et quelques semaines que l'idée s'insinue dans mon esprit. Ces lectures m'ont marquée, touchée, émue, intriguée, rassurée également concernant toutes sortes de questions que je me pose sur ma vie, et celle des autres. Comment vivent-ils, les autres ? Ont-ils des vies ? A quoi ressemble leur vie ? Pourrait-on dire que la mienne ressemble à quoi que ce soit ? Je leur trouve une certaine générosité, à tous ces autres qui veulent bien répondre indirectement à mes questions. Alors, pourquoi ne pas me lancer à mon tour ? Non pas que je prétende faire acte de générosité en participant, ce serait bien prétentieux, mais à mon tour contribuer à ce projet. Mais je n'ai pas de blog, n'ai jamais écrit quoi que ce soit sur aucun site et me sens un peu intimidée et d'ailleurs, nous voici en 2008, bien tard pour prendre un train qui s'est déjà éloigné. Il suffira d'un échange de mail, et voilà, Kozlika me souhaite la bienvenue, qu'elle en soit remerciée.
eleonor
lilylalibelle, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 20 janvier 2008
1999 - 24 : Le début du commencement des choses
Beaucoup de changement à l'aube de l'an 2000 : premier "vrai" emploi salarié, après les petits jobs d'étudiante et première "vraie" maison, après les appartements rennais.
4 janvier, 8h du matin : je débarque dans ma "nouvelle vie" d'employée de mairie, comme animatrice multimédia dans une petit ville sympathique. Mon bureau est niché dans un château séculaire et les rues médiévales séduisent dès le premier jour mon oeil d'historienne et d'amoureuse des vieilles pierres. Et comme dans cette ville à la campagne, on trouve de tout en étant à seulement un quart d'heure de la "grande ville", nous y élisons domicile quelques mois après, dans une petite maison à ossature bois très sympathique.
La vie n'est pas facile tous les jours (il faut apprendre à jongler avec le travail, les tâches domestiques et les loisirs), mais j'ai la joie - simple - de m'asseoir dehors pour écouter les oiseaux et observer le manège des vaches dans le champ d'en face.
J'aime le soir quand le soleil commence à décroître à l'horizon. Il fait très chaud sur la terrasse, située plein sud, mais heureusement le parasol de toile me protège des dernières ardeurs. Il flotte comme une atmosphère sereine qui incite à ne rien faire qu'à jouir des rayons du soleil, de la brise insoupçonnable qui effleure les rosiers de temps à autre et du temps qui passe. Je suis bien. Malgré le bruit des voitures qui passent et auquel on s'habitue, malgré les soucis divers qu'on chasse pour un instant.
Le ciel d'un bleu profond prend une curieuse teinte turquoise au ras des maisons. Du promontoire où nous sommes, nous dominons toute l'entrée de la ville...
Mon impatience naturelle est bridée par la multitude de choses à faire : le concours à préparer, le parterre de fleurs, la maison, le ménage, la cuisine et le reste... Heureusement, toutes ces tâches ne sont pas (encore) des corvées. La priorité est le concours et je commence à prendre mon rythme de croisière dans ma préparation par correspondance. En bonne citadine que je suis, j'ai laissé tomber le jardin et préfère m'occuper des rosiers : j'aime bien, le soir, passer un peu de temps à couper les tiges mortes, désherber un peu, débarasser les fleurs fanées pour permettre à de nouveaux boutons de se développer.
La décoration intérieure de la maison attendra l'hiver : j'ai encore à m'habituer à avoir un "dehors". Le plus heureux, dans le lot, c'est le Chat !
On traîne sur la terrasse jusqu'à la tombée du jour. Le grillon qui chantait habituellement devant le parterre de rosiers est parti. Dommage : j'aimais entendre son crissement nostalgique annonçant la nuit...
lilylalibelle
lilylalibelle, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 19 janvier 2008
2000 - 25 : Goût de théâtre
Parmi mes résolutions de nouvelle année, j'ai placé : faire un bébé. Dès le mois de janvier, j'arrête la pilule. Non pas que je me sente particulièrement prête, mais parce que j'ai 25 ans et que "mon horloge biologique tourne", comme dirait un film américain à succès de mes années lycée.
Bien sûr, je ne suis qu'en contrat emploi-jeune, mon chéri débute aussi, il faudra changer de voiture, etc, etc, et quatre pages d'etc... Mais tous les arguments de bon sens n'y font rien : je reste convaincue qu'un jour ou l'autre, il faut se lancer. Sinon je vais me retrouver vieille et décrêpie sans avoir mené à bien tout ce dont j'avais envie.
Donc autant s'y mettre tout de suite. D'autant qu'en réalité, "ça" mettra huit mois à prendre. Au départ, je fais une véritable fixation : je calcule, je programme, je teste, je pleure chaque mois. Ce n'est plus du désir d'enfant, c'est de la psychose conceptionnelle.
En juillet, je décide de tout arrêter (et surtout de me prendre la tête) et de laisser venir. Un mois plus tard, je suis en vacances, je suis au soleil, je suis bien... Bingo !
C'est le jour où j'ai fait mon test de grossesse (au bureau !) qu'un de mes collègues vient me solliciter - en qualité de président d'association - pour intégrer l'une des troupes de théâtre amateur de la ville, qui manque de comédiennes.
Toute émue par ma grande nouvelle intime et touchée à la fois qu'on vienne me chercher pour monter sur les planches, je dis oui... mais en "prévenant" du possible contretemps du à mon "état". Mais la chose ne pose pas de problème : "on" s'en arrangera...
Curieusement (ou pas...), il sera donc le premier (après mon chéri) à qui j'aurais annoncé ma grossesse (par la force des choses !) et cette incursion dans son univers de mots - que j'avais déjà présagé proche du mien - m'ouvrira aussi les portes de cet homme déroutant, volontiers hermétique et qui pose sur moi un regard curieux, amusé, peut-être affectueux - en tout cas jamais indifférent.
Ce retour sur les planches m'intègrera aussi dans un cercle d'amitiés (ou peut-être seulement d'affinités) qui me manquait jusqu'à présent, où je fréquentais surtout des copains de mon chéri. Je mettrais quelques années à y abandonner mon masque - et encore, seulement pour certaines personnes.
lilylalibelle
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