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  <title>Petits cailloux et ricochets</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 18 May 2012 00:13:07 +0200</pubDate>
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    <title>1988, année 1 *Respiration*</title>
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    <pubDate>Sun, 29 Apr 2012 07:55:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>chatducheshire</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;C’est la première bouffée qui compte.
C’est celle là qui fait un peu mal, et puis qui, en inondant les poumons, petites poches toutes rabougries tel un matelas pneumatique, fait jaillir le cri. Ce cri où se mêlent une sorte de colère primitive, de joie victorieuse et de surprise…C’est cette instantanéité de la douleur autant que son unicité qui étonne… c’est ce changement de milieu aussi brutal qu’agressif qui révolte… D’un coup, l’opposition s’étale, évidente et sans appel entre l’aspect impalpable et désincarné de cette fonction vitale – respirer - et la densité du monde physique, inexorablement et à jamais plus lourd.
Parce que la souffrance qui accompagne la première inspiration va se perdre dans un recoin du cerveau limbique, parce que le reptilien, en bon mécaniste, assure avec une parfaite synchronicité le réflexe, il ne reste plus que quelques larmes qui racontent combien la blague était de mauvais goût…
Voilà…
C’est ainsi que Cela commence ..&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>12 : 1975/1976 &quot;Le clipper de l'an 5555&quot;</title>
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    <pubDate>Sun, 15 Apr 2012 21:00:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>gilda_f</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;lieu(x) d'habitation&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Taverny (95)
&lt;strong&gt;logements&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.fotolog.com/gilda_f/21710718&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;petits pavillons en série&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La 5ème est pour moi une année facile, dans mon souvenir 12 et 13 ans sont les âges auxquels on atteint une sorte de plénitude de ce qu'on est, avant de basculer vers une autre dimension de jeu autrement plus compliquée. Je bosse dur mais ça m'intéresse. Pour pouvoir lire le plus possible et aussi rejoindre les copains dehors, même si pour cause d'équipe de foot où ils ont pu s'inscrire et moi pas (parce que fille) nos matchs de rue se sont raréfiés, je m'organise comme une stakhanoviste dans mon travail scolaire, faisant tout à l'avance autant que ça peut et profitant de longues plages de loisir ensuite.
Je progresse en musique aussi, même si les dictées musicales restent pour moi un mystère non élucidé.
La gymnastique aussi me pose quelques problèmes, première apparition du fait que physiquement je suis un peu mal connectée. Danser me semble impossible. Je soupçonne le foot de me convenir de par sa définition même&amp;nbsp;: il n'engage que les pieds. Coordonner mes gestes est quelque chose pour moi de très compliqué. Certaines combinaisons d'attitudes me sont inaccessibles telles que sauter et exécuter une roulade. Il est très perturbant de voir tous les camarades, y compris ceux et celles que le sport ennuie, capables de faire sans trop d'efforts certains gestes et d'être dans l'impossibilité d'en faire autant, malgré d'essayer encore et encore.
Je récolte un 5/20 en sport au trimestre où l'on fait gymnastique, sauvée du zéro par la poutre où je me tiens bien. Ma mère demande à voir la prof qui est flattée et stupéfaite&amp;nbsp;: aucun parent ne se soucie du sport et elle avait pris soin de préciser que c'était malgré de louables efforts.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comme par ailleurs mon développement physique semble très en retard, sans que ça me tracasse outre mesure je commence à me demander de quelle (autre) planète je viens.
Et puis je suis sans arrêt malade, l'hiver, enrhumée, fièvreuse, certains jours au bord du malaise. Le médecin parle d'anémie. Je prends des fortifiants sous forme d'ampoule. Ça ne change fichtre rien. J'apprends donc à faire avec.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D'autant que je n'aime pas manquer les cours. Avec mes camarades nous héritons comme profs d'une jolie brochette de débutants militants et motivés. Ils savent pourquoi ils enseignent en banlieue, d'autant que la nôtre est assez supportable&amp;nbsp;: les parents sont peu friqués, mais leurs gosses en devenir et de bonne volonté. Par ailleurs l'allemand première langue puis le choix du latin posent dans des classes de bons éléments. Peu de splendides perturbateurs.  Il m'arrive parfois de faire le clown, c'est plus fort que moi. Et une façon aussi de secouer la fatigue, qu'alors je n'identifie pas. Je crois alors que tout le monde la ressent comme moi.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;À la bibliothèque du collège, je suis parvenue à négocier de n'avoir pas à respecter la division 6ème/5ème d'un côté, 4ème/3ème de l'autre. Je dévore en quelques mois, les &quot;&lt;a href=&quot;http://www.sdp-livres.com/livres/li_saf/safa_tt.htm&quot;&gt;Signe de piste&lt;/a&gt;&quot; sans l'ombre de la moindre idée que certains d'entre eux, mettant en scène d'héroïques scouts bien blancs bien blondinets, véhiculent une idéologie un tantinet rouillée. Qu'il s'agisse de Mik le Chat-Tigre (par Mik Fondal &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Mik_Fondal&quot;&gt;dont j'ignorais qu'il fût deux&lt;/a&gt;) ou du Prince Éric, je ne vois que le côté aventures sans avoir les parents sur le dos. J'oublie aussi de prendre conscience que le plus palpitant ne concerne encore et toujours que les garçons. Cela dit, dès l'année suivante ou celle d'après, ils me paraîtront &quot;bébé&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Une de mes amies de classe, Christèle, se casse une jambe ou une cheville et je m'offre spontanément pour l'accompagner (1). J'apprends à cette occasion qu'un bienfait n'est jamais perdu&amp;nbsp;: lui porter son sac qu'elle ne peut tenir pour cause de béquilles offre le privilège de monter en avance sur la sonnerie. Or les bousculades sont redoutables. Nous n'avons pas le droit de monter avant, ni celui d'être en retard. Si notre cours a lieu au 3ème étage, il faut une certaine condition physique pour parvenir en haut à temps, malgré la cohue. De plus les &quot;grands&quot; 3ème mettent un malin plaisir à bousculer les &quot;petits&quot; (2). Mon dévouement m'offre par ricochet une période de sérénité. La bousculade monstrueuse et quotidienne de la cantine nous est aussi épargnée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Parmi les profs les plus motivés, se trouve monsieur Compain, notre prof de français et qui décide de nous faire écrire un livre collectif. Quand, des années après, j'ai retrouvé le volume, soigneusement relié par nos soins car il avait mis en place un partenariat avec la prof de travaux manuels qui nous avait enseigné temporairement cet art, j'ai été impressionnée par la bonne tenue de l'ensemble et la quantité de boulot que ça avait dû pour lui, représenter. À l'époque point d'ordinateurs ailleurs que dans les plus grandes entreprises. Il a donc dû tout taper à la machine. Sans parler du travail d'encadrement&amp;nbsp;: malgré les nombreux participants, les personnages ont de la cohérence, l'intrigue se tient. Certains passages ont été écrits en collectifs, plein d'autres étaient des rédactions avec un objectif défini (dans ce chapitre il doit se passer telle et telle chose) et l'on votait après sur la version préférée.  Plusieurs fois j'ai été mise de côté, sans que ça me pose de problème&amp;nbsp;: je comprenais que chacun devait avoir son morceau. Le prof s'arrange pour me laisser le début et la fin. Ainsi que le dernier mot dans les discussions collectives. Passionnée par le projet, j'ai dû être très pénible à mes camarades en fait. Ça ne m'effleurait pas un seul instant que pour certains ces rédactions particulières devaient représenter une suprême corvée, tellement j'y prenais mon pied.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le prof de musique, lui, nous fera faire un disque (mi-jazz, mi classique), auquel je participerai en jouant du xylophone&amp;nbsp;: une de mes amies est déjà bonne pianiste, mon instrument d'étude est avec elle en de meilleures mains. Mais contrairement au livre relu, le résultat ré-entendu me fait rigoler. Il reste qu'ils étaient sacrément entreprenants, nos jeunes enseignants.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je leur en suis reconnaissante. Mes parents s'entendaient de plus en plus mal, la vie à la maison n'était pas joyeuse et le collège était ce qui tenait mes jours. Ils m'accordaient une chance d'avenir, mais incapable de me projeter dans un moindre futur, je l'ignorais.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'est en 5ème que je commence à tenir, de façon alors un brin épisodique, un carnet de bord. Assez peu intime (3), très axé sur les devoirs à faire, la présence ou non des copains de classe, la scolarité. Mais cependant. Apparaissent aussi mes première photos&amp;nbsp;: par souci d'économie mon père les confie à un de ses collègues qui les développe chez lui, moyennant rétribution. Fatigue ou distraction, le collègue en saute certaines, que je découvrirai des années après en vérifiant les négatifs. En revanche, si l'une d'elle lui plaît, il n'hésitera pas à fournir en cadeau un bel agrandissement. Je dois à cet homme dont j'ignore le nom que mon père se soit un peu calmé dans ses reproches qu'il me faisait de &quot;gaspiller&quot;, que mes photos coûtaient. Il avait dû lui dire, dis donc ta fille, avec son appareil elle sait se débrouiller. Mon père était fier.
Moi tout ce que je voulais c'était que mes parents soient enfin heureux, au moins un peu, et qu'ils cessent de crier pour un oui pour un non. C'est sans doute cette année-là où j'ai commencée à me sentir l'adulte de mes parents. Et ça me rendait triste.&lt;/p&gt;


&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;





&lt;p&gt;(1) Peut-être aussi est-ce cette année-là que j'ai été déléguée de classe&amp;nbsp;; désignée par les autres alors que je ne tenais pas à me présenter. C'est que j'osais parler aux profs, spécimen bizarre de bonne élève qui ne souhaitait pas fayoter.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(2) Ma sœur qui plus encore que moi sera au même âge un petit gabarit et n'aura pas su pas s'acoquiner avec les costauds qu'il faut, en fera les frais six ou sept ans après. Bousculée dans les escaliers à en tomber et s'abîmer un genou.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(3) Je crois que je crains des indiscrétions de ma mère ou ma petite sœur. L'idée est d'offrir un support à la mémoire et au travail à faire, comme pour naviguer (ce qu'alors j'ignore). Je trouve déjà que le temps file.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>2006, année 18 *Twinkle twinkle*</title>
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    <pubDate>Fri, 24 Feb 2012 00:08:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>chatducheshire</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Rien n'a vraiment changé. Faire 3 pas et reconnaître cette odeur soudain si familière, les sourires des anciens, la cuisine, juste derrière..&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je pousse le lit en sachant que ça fera râler les infirmières,  futur tremplin nocturne pour baie aux étoiles, m'adosse au radiateur et me perds dans la contemplation de l'armoire, image rayée de ma mémoire&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Foutue armoire&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Voilà.
&lt;em&gt;On y était&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y avait eu...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;tout cet hiver-là ,glaçant. L'attente et l'angoisse, des tonnes écrasantes de questions sans réponses, la solitude, la détresse.
La peur. De la nourriture, des désirs, du sommeil, du toucher, d’une simple conversation, du contact, de l’amour.  L’énorme peur de se faire  dévorer par le monde, la peur de soi et de ne pas avoir ce qu’il faut pour y arriver, redoublée de ce sentiment de devoir accomplir quelque chose de grandiose, la peur des toujours et des jamais.  L'attente du jour où, l'attente du coup de fil, l'attente du quand, du comment, du et après.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y avait eu…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;une totale détermination. Conscience de la structure sous l’effondrement, frétillements d'espoir faisant comme des flashs illuminant tout mon sombre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;On y était&lt;/em&gt;, et depuis quelque temps l’air de rien, quand soudain entra en scène la belle femme, majestueuse et féline, toute de courbes et de crinières,  grands yeux de chats , voiles de malice , pudeur des grandes tristesses, semblant nous englober tous sans regarder vraiment personne, charriant sans le savoir ces 2 années passées à la regarder, la chercher, la rêver, ne pas la toucher, ne pas lui parler, surtout ne pas l’approcher&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Que peut elle bien faire ici&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Remue-ménage  et visages qui se pressent pour voir, sa chambre voisine à la mienne et moi qui n’en reviens pas de la savoir si proche, si réelle, tellement là,  peau et souffle à portée de main , 15cm de béton à peine, cœur au firmament et pensées à tout rompre jusqu’au matin où je me lève pleine d une énergie nouvelle.
Te trouver déjà posée dans ton habituelle et innocente langueur, guet matinal du bruit de la neige sur la neige, mots englués dans ma gorge, ventre qui se tord . Saisir ta main.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Que peux tu bien faire ici&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y avait eu...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;/.../&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et il y aura&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tori Amos et les chorégraphies improbables, les lettres glissées sous la porte et les noms de codes, le réapprentissage de l’insouciance et des bêtises &quot;de notre âge&quot;, les batailles en salle télé et la cabane en plantes, les pyjamas loufoques et le nez rouge sous l oreiller, Stephen King en étagères et les tableaux de Frida ,les perms en ville, la peinture partout et les courses dans le parc, l’anniversaire surprise comme si on n y était pas, du chaud si doux et du doux si chaud&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y aura l'apprentissage de leçons étranges et délicieuses, aimer le bruit de nos pas et l implication de notre poids,notre présence et de l'espace qu'on occupe, aimer les fringales rebelles du corps et le corps tout court, il y aura les promesses griffonnées sur les tableaux, les je mangerai ce qui me chante et aurai le corps qui me plaît, les je rirai aussi fort que je veux et lécherai mon couteau, l'apprentissage que les amis sont là pour réconforter et nourrir  ceux qui ne savent pas encore cuisiner et vivre seuls, que rien -ni l'amour, ni le sexe, ni le travail, ni les déménagements- n'effacera le passé, l'apprentissage du temps et de la patience&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;Et il y aura ... la sortie
la trivialité de la vie avec
tellement à accomplir encore&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>1987, année 0 *Ballet*</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2012/02/22/1988%2C-ann%C3%A9e-0-Ballet</link>
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    <pubDate>Wed, 22 Feb 2012 01:45:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>chatducheshire</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Après 7 ans de vie commune, ils avaient lâché l'éponge. Rassemblé le cartons, reversé pour lui une chambre d'hôtel, prévenu les amis. C'était fini.
Il leur pourtant  restait une chose à faire, d 'importance
tellement importante que ces deux êtres que désormais tout séparait , sans vraiment se l'expliquer, un jour de juin , conçurent un enfant
qu'elle voulut mettre au monde
et qu'il voulut qu'elle gardât.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je suis là.
Je suis là et vous verrez , tout va bien se passer.
Je suis là , à quoi vous ressemblez papa et maman&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;J'ai hâte de vous voir*&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
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    <title>11 : 1974 - 1975 le collège enfin, plus de piscine mais un peu de liberté</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2012/01/01/11-%3A-1974-1975-le-coll%C3%A8ge-enfin-et-la-libert%C3%A9</link>
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    <pubDate>Sun, 01 Jan 2012 17:29:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>gilda_f</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1974</category><category>1975</category><category>à 11 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;lieu(x) d'habitation&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Taverny (95)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;logements&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.fotolog.com/gilda_f/21710718&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;petits pavillons en série&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mon entrée au collège fut pour moi un bonheur. J'avais lu et relu la fin du livre de Marcel Pagnol &quot;Le temps des secrets&quot; et je piaffais presque d'impatience, très déçue qu'on ne se coltine plus si tôt avec le latin. Mais j'avais allemand à la place (1) et c'était déjà chouette, Gerd und Traudel d'une méthode de langue aux photos délicieusement désuètes étaient mes nouveaux amis.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La journée variée, rythmée de déplacements d'une salle à l'autre, me convenait.
Une fois par semaine, je crois le lundi, je finissais à 13 heures et j'adorais cette après-midi de liberté d'autant plus qu'elle m'accordait quelques moments seule dans la maison, privilège qui auparavant ne m'arrivait presque jamais étant donné que ma mère faisait &quot;femme au foyer&quot; et que j'avais mes bonnes grosses journées scolaires plus longues que le temps que lui prenaient les courses à faire et ses activités (la gymnastique, le tennis ma mère tentait de ne pas se laisser aller). La plupart du temps je l'employais à m'avancer dans mon travail scolaire. Je n'aimais rien tant que n'avoir rien en suspens dans mon cahier de texte et pouvoir ainsi ensuite consacrer tout mon temps restant à lire ou jouer. Je jouais beaucoup avec des animaux en plastique qui servaient de support à des scénarii élaborés. C'est en 6ème qu'ils ont pris des noms, et que je les ai doté d'un univers appelé le parc. Une sorte de savant fou mais qui n'était incarné par aucune figurine (2) avait su mettre au point une opération qui permettaient aux animaux d'avoir une connexion dans leur cerveau aussi efficace que celle des humains. Les heureux élus vivaient dans ce parc, mais vis-à-vis du monde extérieur il ne s'agissait que d'une sorte de Thoiry amélioré, car si ça s'était su ils n'auraient pas pu continuer à vivre en paix.
Les quelques fois où en ouvrant la porte de ma chambre ma mère m'a surpris à jouer, elle s'est moquée. Comme elle se moquait lorsqu'elle me voyait tenir un journal, ce qu'à partir de la 5ème j'ai fait avec une impressionnante régularité. &quot;Tes mémoires&quot; elle disait et ma petite sœur renchérissait. Comme je ne me laissais pas faire (je continuais imperturbablement), je ne me suis pas rendue compte qu'on me rabotait les ailes, que ça me bouffait de l'énergie de devoir résister au lieu que d'être portée par des encouragements, ne l'ai compris que plus de 20 ans après. Trop tard&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Donc ce lundi (admettons que c'était bien le lundi) c'était l'occasion de pouvoir &quot;jouer aux animaux&quot; sans me faire polluer l'air ou perdre le fil par quelqu'un de la maisonnée. La porte de ma chambre ne fermait pas à clef.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'allais au collège en vélo. C'était être devenue grande. À l'école primaire on allait à pied, peut-être même qu'il n'y avait pas de garage à vélo (?). Ou en voiture quand les parents accompagnaient. Au collège en vélo. Au lycée en mobylette. C'étaient les étapes du grandissement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quand le temps était trop pourri ou que j'étais trop enrhumée, ce qui arrivait souvent, ma mère s'efforçait de m'accompagner en voiture. Elle ne l'avait pas tout le temps. Mon père et quelques-uns de ses collègues avaient mis en place un système de co-voiturage à quatre, chacun prenant sa voiture une semaine pour emmener les trois autres à l'usine. Il y avait aussi des navettes par cars mais elles suivaient les horaires de ceux qui faisaient les 3/8 et ceux qui comme mon père travaillaient dans les bureaux (il était dessinateur industriel après avoir fait son temps dans les ateliers) s'ils les empruntaient devaient partir plus tôt que leurs horaires réels et rentrer plus tard en attendant sur place. Ça ne leur disait rien, ils ne le faisaient qu'en cas de coup dur (voiture en panne ...).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Trop enrhumée, je l'étais souvent. Notre médecin de famille était un gros monsieur anti-sportif dont les paroles étaient d'évangile - mes parents avaient ce respect de Monsieur le Docteur que ç'en était navrant, mais j'étais trop petite pour remettre en cause cette vénération -. Ils avaient aussi cette notion, retrouvée chez Annie Ernaux en si bien mieux dit (3), que si on tombait malade c'est qu'on l'avait bien cherché (4). Façon de se dire que si on restait vertueux et en toute chose mesuré on conserverait la bonne santé. On ignorait alors que je souffrais de thalassémie et mon père qui savait assurément qu'il y avait quelque chose d'anormal dans la famille et qui se transmettait - à Grenoble deux petits de cousins à lui et qui l'avaient &quot;des deux côtés&quot; en était morts en bas âge -, ignorait probablement qu'il en était porteur. Il a longtemps donné son sang et semble-t-il sans que rien ne lui soit signalé. Et donc cette faiblesse qui faisait que je chopais tout ce qui traînait, certains coups de pompe que j'avais (mais je croyais que c'était pour les autres pareils) était mise sur le dos d'une sorte de mauvaise volonté de ma part - tu ne manges pas assez de viande, tu ne vas pas assez au soleil (?!), tu es anémiée - et responsabilité&amp;nbsp;: si je m'enrhumais l'hiver c'est que je n'avais pas bien mis mes écharpes et bonnets.
J'ai trouvé moyen de traverser enfance et adolescence sans remettre en cause cette pesante culpabilité, n'y comprenant au demeurant rien, à cette vaste injustice puisqu'au contraire j'étais très attentive à ne pas sortir sans être bien couverte.
Concernant la 6ème, et comme j'avais cours le samedi matin qui était le jour de l'un des entraînements, la conséquence pour moi dramatique fut que je dus abandonner la natation en club alors que je commençais à aimer vraiment. Mais c'était Tu t'enrhumes, c'est la faute de la piscine. Et le médecin qui n'aimait pas le sport et n'avait pas particulièrement envie de m'opérer des amygdales ni des végétations (5), avait renchéri, que c'était sans doute à cause de la piscine que si souvent j'attrapais des angines ou je m'enrhumais. Fin de la piscine.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il ne m'est jamais venu à l'esprit alors que les rhumes de l'automne au printemps s'enchaînaient avec le plus souvent guère plus de deux ou trois semaines de trêve de leur faire remarquer que puisqu'en supprimant la piscine rien n'avait changé, j'aurais pu continuer de tenter d'y aller.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai été malheureuse mais j'ai obtempéré.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il faut dire que la 6ème aussi m'occupait bien. Je travaillais avec un bel élan. Tant et si bien que les professeurs qui lors des conseils de classe attribuaient à chaque élève une note en lettre en appréciation globale créèrent le A+ à mon intention. Je n'en conçus pas de fierté particulière, d'une certaine façon, ça allait de soi. Jusqu'au bac inclus je suis parvenue à travailler plus large que ce qu'on demandait&amp;nbsp;: j'apprenais pour le plaisir et la nécessité d'apprendre, ensuite lors des épreuves notées il me suffisait de piocher dans la masse des connaissances acquises. Quand je me plantais c'était parce que je n'avais pas tout à fait compris ce qu'en tant qu'élève on attendait de moi. Je compliquais parfois des énoncés que je croyais trop simples pour être ça, manque d'intelligence et de confiance en soi.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'enjeu qui lors des années d'école primaire était de ne pas être le déclencheur de la querelle quotidienne entre mes parents, s'était déplacé&amp;nbsp;: j'apprenais comme une dingue parce que j'avais soif et qu'il n'y avait guère d'autre fenêtre sur le monde que les enseignements et les livres, un peu la radio et la télévision (qui en ce temps-là tenait encore à un rôle d'édification des masses).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me souviens plus particulièrement d'une très vieille dame, madame Briouze, - pourquoi n'était-elle pas retraitée&amp;nbsp;? ou faisait-elle simplement &quot;plus vieux que son âge&quot; - qui était notre professeur d'histoire-géographie et qui en avait une approche personnalisée qui m'ennuyait parfois, mais me passionnant à d'autres. Elle semblait bien connaître l'Afrique. Et j'enrageais quand mes camarades profitaient de sa relative faiblesse physique pour un peu chahuter (en même temps elle savait reprendre la classe en main quand elle en avait assez, mais on sentait que physiquement ça lui coûtait).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je crois aussi que c'est cette année-là (ou au début de la 5ème) que ma cousine Anne qui de Bretagne venait avancer ses études à Paris fut hébergée par mes parents durant un trimestre scolaire (le premier). Et ce fut une période extraordinaire parce que devant témoin, mes parents hésitaient à se quereller violemment. J'étais déchargée de mon poids d'aînesse. J'avais une sorte de grande sœur à domicile et qui me protégeait. Elle était très studieuse et c'est peu dire que ça m'encourageait. Son amoureux Nello habitait encore chez ses parents à Saint Germain en Laye et j'ai le souvenir d'au moins une fois où il était venu de Saint-Germain en vélo, ce qui jusqu'à Taverny était à mes yeux un exploit. Je me disais qu'il devait être vraiment très amoureux. Et j'étais soulagée que comme il était d'origine italienne, mon père se sente obligé de lui faire bon accueil - j'avais quand même un peu peur qu'il se fâche, en ce temps-là avec les soupirants ça ne plaisantait pas, j'en ai fait les frais plus tard -.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Bref, en 6ème, je suis devenue grande et j'ai aimé ça.&lt;/p&gt;





&lt;p&gt;(1) En ce temps-là imaginer une sélection par le niveau ou le fric des parents était juste impensable, mais étrangement seuls les bons élèves se retrouvaient en première langue allemand.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(2) Un peu le Number One du prisonnier, que pourtant à l'époque je ne connaissais pas. Et l'univers crée n'était pas totalitaire, encore que (il y avait intérêt à être gentils et sages, les enfants sont d'un conservatisme désolant)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(3) &quot;La maladie, de toute façon, était confusément entachée de faute, comme un manque de vigilance de l'individu face au destin.&quot; (&quot;La honte&quot;). D'une façon générale les pages de ce livre qui retracent les pratiques et modes de pensées de la plupart des gens, j'y vois la mentalité de ma mère à peu de choses près, mais pas négligeable&amp;nbsp;: ma mère lisait, et l'air de rien s'efforçait de se cultiver.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(4) De nos jours ça donne&amp;nbsp;: Machin a un cancer, c'est normal, il fumait.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(5) Il me semble que ce fut envisagé. Et qu'en ce temps-là c'était le médecin de famille qui pratiquait ce genre d'interventions (mais avec quel anesthésiant ?)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2012/01/01/11-%3A-1974-1975-le-coll%C3%A8ge-enfin-et-la-libert%C3%A9#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>9 et 10 : 1972/1973 et 1973/1974  Pagnol, la Toscane et madame Banissi (ainsi que la natation aussi)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/23/9-et-10-%3A-1972/1973-et-1973/1974-Pagnol%2C-la-Toscane-et-madame-Banissi</link>
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    <pubDate>Thu, 23 Dec 2010 09:21:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>gilda_f</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;lieu(x) d'habitation&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Taverny (95)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;logements&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.fotolog.com/gilda_f/21710718&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;petits pavillons en série&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si j'ai été heureuse dans mon enfance, ce furent ces deux années-là, correspondant à la fin de l'école primaire, CM1 et CM2. Je ne saurais les dissocier, elles forment pour moi un ensemble fondateur, et je sais que l'adulte que je suis devenue est apparue à ce moment-là, du point de vue des neurones connectés, du regard sur le monde, de la perception du temps (qui passe).
Souvent les femmes qui écrivent ont eu un père absent ou compliqué. Souvent les personnes qui écrivent ont eu dans leur enfance un prof ou un instit. qui a particulièrement compté et a fait office de révélateur. C'est particulièrement vrai pour ceux qui n'aimaient pas l'école, mais avec monsieur A ou madame B d'un coup ça marchait bien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'institutrice qui m'a fait grandir s'appelle madame Banissi (1). Elle était de ceux qui ont choisi, vraiment choisi le métier. Qui savent repêcher les élèves en difficulté, tenter de leur trouver un élément où ils ne sont pas nuls et attrapent un tant soit peu l'envie de progresser. Qui savent encourager les têtes qui dépassent, leur offrir le &quot;plus&quot; dont ils ont besoin, leur éviter l'ennui.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ainsi elle nous offrait la possibilité de faire des exposés. Sur les sujets qu'on voulait du moment que ça apprenait quelque chose. Il y avait dans la classe une encyclopédie &quot;Tout l'univers&quot; et quelques autres gros volumes que ma mémoire rend indistincts. Un exposé se faisait à deux ou trois. Coup de chance, j'avais une amie elle aussi curieuse du monde. On avait le droit de les préparer en se mettant dans un fond de la classe (où se trouvaient l'encyclopédie je suppose) à condition de ne pas faire de bruit et d'avoir fini nos autres exercices, quel bonheur pour moi que la fin de ces temps vides ou passés à relire et à rajouter des fautes parce qu'alors je me mettais à douter. On avait aussi le droit de rester aux récrés (2) pour préparer, à condition d'être fort sage. Je savais l'être quand il fallait. Et je lui dois sans doute quelques rhumes épargnés, ma santé déjà n'aimait pas l'hiver. Je n'ai plus souvenir des sujets. Dans mon cas plutôt scientifiques, comprendre la terre, les planètes, le &quot;comment ça marche&quot;, le &quot;et pourquoi ?&quot;. J'ai en revanche encore en mémoire l'odeur délicieuse du liquide (un genre d'alcool à brûler ?) qui servait à ronéoter, ce privilège que c'était d'écrire nous-même une page sur notre sujet et qu'on reproduisait à autant d'exemplaires que d'élèves. Et comme j'aimais ça, parfois je donnais un coup de main pour les sujets d'exercices, pas ceux des devoirs notés pour ne pas être avantagée, mais ceux d'à faire chez soi le soir ou en classe pour s'exercer. Je me souviens pour les maths de jouer à les résoudre de tête quand ça pouvait, avant d'avoir édité la vingtaine d'exemplaires, toujours ça de temps de gagner pour pouvoir lire le soir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ainsi elle nous a offert le théâtre. En ce temps-là l'exercice d'apprendre des poésies puis de les réciter en classe était quelque chose d'important et sérieux, pas tout à fait autant que les &quot;maths modernes&quot; (sic) mais sérieux. Elle y avait adjoint pour ceux qui voulaient l'interprétation de scènes extraites, qui de Molière, qui de Pagnol. Avec mon amie Nathalie, qui d'ailleurs fit plus tard un peu de théâtre amateur pour de vrai, on se régalait de l'Avare, et je m'entends encore dire &quot;Avé l'assent&quot; &quot;Le Pitalugue, ce grand canot blanc ?&quot;. Le truc un peu à part, un peu bizarre que j'étais, venait de découvrir qu'il pouvait faire rire les autres et que ça lui plaisait.
L'engouement nous fut tel que nous avions entrepris à la maison et pour nous dans l'idée de filmer avec une camera super 8 qu'un parent aurait prêté (tu parles !) dès que nous aurions assez d'argent de poche pour nous payer les films, un remake personnel de Pinocchio - un peu comme celui qui passait à la télé avec Andrea Ballestri -, j'en avais ré-écrit des scènes entières, avec les accessoires qu'il nous fallait et tout. Mais les copains du quartier qui n'avaient pas la fibre artistique se sont vite lassés, et nous ne sommes plus restées qu'à deux, mon amie Nathalie, qui devait jouer Pinocchio, et moi, qui n'allait pas suffire à tous les autres personnages. Nous avons laissé tomber et je me suis contentée d'utiliser l'argent de poche pour les images Panini &lt;a href=&quot;http://www.paninionline.com/collectibles/institutional/it/it/archivio_result.asp?intIdCollLinguaDet=4802&amp;amp;strPag=a&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;de l'album correspondant &lt;/a&gt; à l'adaptation télé, qui était ma seule façon accessible de ne pas abandonner totalement l'idée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai aussi grâce à elle et Marcel Pagnol découvert qu'il existait des écrivains. Elle nous avait fait travailler sur &quot;La gloire de mon père&quot;. La chasse pour moi était pour ce que j'en avais vu à la télé une activité de &quot;riches méchants&quot;. Riches parce qu'il fallait l'être pour s'acheter tout ce mortel équipement et avoir ensuite tant de temps de libre pour l'utiliser. Méchants parce que pourquoi tuer des bêtes qui ne vous ont rien fait, ça suffit bien comme ça celles qu'on mène à l'abattoir et qu'on récupère en tranches chez le boucher. &quot;Bambi&quot;, aussi, vu vers 6 ans, m'avait marquée.
Et voilà pourtant qu'un texte qui ne parle presque que de ça m'intéresse, que le père du petit gars qui raconte, ben voilà, j'ai rien contre les bartavelles, mais j'aimerais rudement bien qu'il le réussisse, son &quot;coup du roi&quot;. Sans l'analyser à l'époque j'avais compris que ce qui comptait n'était pas le sujet mais l'art de raconter, de nous embarquer, de nous faire oublier le monde réel pour celui de l'histoire.
Je me suis mise à écrire alors, prenant des notes pour pouvoir comme Marcel, raconter plus tard mes souvenirs d'enfance. J'avais juste un léger doute sur l'intérêt que nos vies sans aventures pourraient présenter.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais pour ça soudain, il y eu la Toscane. Et alors ça c'était beau. Ça méritait d'être partagé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jusqu'alors les vacances d'été se présentaient selon un schéma immuable et que ma perception d'enfant rendait éternel&amp;nbsp;: nous restions à la maison en attendant que l'usine de Papa (en fait l'usine ou il travaillait, et qu'il appelait souvent la prison, comme je l'ai fait plus tard mentalement de la banque, que d'ailleurs j'appelais l'Usine) ferme pour un mois. Et alors nous partions en Italie. L'Italie c'était&amp;nbsp;: une étape à Torino, Turin pour voir le peu de famille de là-bas qui n'était pas encore en vacances, puis 15 à 20 jours au bord de la mer, à Rimini (parce que c'était là que mon père allait lui-même enfant), puis une semaine à Torino avec cette fois tout le monde présent et une vie bizarre où l'on allait de tables en tables et où il fallait manger tout le temps. Un mois par an, c'était à part ces contraintes alimentaires, la grande belle vie. Les parents, détendus, se disputaient bien moins, on s'achetait des choses (chaussures, souvent, et pour moi des cahiers bariolés et formidables alors qu'en France la papeterie c'était encore tout gris), on recevait (ma sœur et moi) plein de cadeaux, j'aimais le bord de mer, je n'aimais pas faire la sieste, mais depuis que je lisais ça allait mieux, j'aimais qu'il faisait chaud.
Par quel miracle financier, une promotion où d'avoir travaillé double, et le jour à l'usine et le soir à la demande, mon père avait pu, mais voilà que deux années de suite - mais guère plus - nous pûmes quitter le Rimini bon marché pour la Toscane. Une pension de famille dans un village de pêcheur en voie de conversion au tourisme &lt;a href=&quot;http://en.wikipedia.org/wiki/Castiglione_della_Pescaia&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Castiglione della Pescaia&lt;/a&gt;. J'ai découvert la beauté. Je n'imaginais pas avant qu'il puisse exister d'endroit au monde réel si beau et où je puisse aller (3).
Ces petits villages de l'arrière pays, la longue marche dans les collines au soleil couchant pour aller visiter les tombeaux étrusques, des choses très bonnes qu'on mangeait - je découvrais que parfois ça peut être délicieux un plat, et qu'on a envie d'en reprendre après et que j'aimais la sole meunière (?!), une glace au chocolat divine dans un port de pêche un peu industriel (Follonica ?) -. Il y a un éblouissement de ça.
On reviendra, papa, dis, on reviendra&amp;nbsp;?
C'était pour moi si important que l'année suivante je suis tombée malade (sick) en arrivant, moi qui passais ma vie enrhumée mais malade digestive, presque jamais. Je sais à présent que c'est le même ordre de nausée que celle qui me tient après avoir écrit un texte qui vient de loin, ou lu. Un état qui correspond à l'expression populaire &quot;J'en suis toute retournée&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La mer était par là tellement plus belle que de l'autre côté (Adriatique) où il y avait tout le monde tassé. Je nageais, je nageais, je nageais.
J'avais fini d'apprendre à l'école, ce que mon père m'avait déjà pas mal enseigné, les mouvements d'une brasse de base et j'avais tellement aimé ça que j'avais obtenu qu'on m'inscrive à l'école de natation. Sauf que comme j'étais souvent enrhumée je manquais souvent. Mais en attendant, ce que j'avais appris à l'entraînement me permettait de nager où je n'avais pas pied dans la mer bleue de Toscane. On m'avait acheté un masque et un tuba (et des palmes je suppose ?) et je voyais les poissons et je plongeotais en apnée. La découverte de la part physique de l'amour 10 ans plus tard fut à côté de cette extase-là presque une déception.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si je devais consulter albums photos, courriers, cahiers et agenda, j'y verrais peut-être que la Toscane ne coïncide par exactement avec ces deux années-là mais un peu décalées, vers le collège. Pour autant restent liés dans mon esprit ces éléments fondateurs-là&amp;nbsp;: Pagnol, la Toscane et madame Banissi. Un peu comme les jeux de nos jours qui fournissent au personnage un certain nombre de pouvoirs et coefficients ou dans les contes les fées qui au berceau accordent ou non certains pouvoirs au nouveau-né. Tu auras l'écriture, la capacité d'être étripée par la beauté et celle d'apprendre beaucoup.
Pour le reste, à toi de jouer. Il te manque des choses, on le sait, et tu auras du mal sur cette planète-là, mais c'est un joli lot dont tu es dotée, ne l'oublie jamais.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je reste profondément reconnaissante envers madame Banissi, excellente institutrice et particulièrement chouette bonne fée pour les gosses de banlieue aux petits avenirs qui lui étaient attribués.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;(1) Elle est toujours là et joue au tennis certains jours avec ma mère. La vie s'amuse de nous, parfois.
(2) Je pense que de nos jours ce serait super-interdit pour des questions d'assurance et de procès potentiels en cas d'accident et toutes sortes de contraintes qui font nos vies glacées - et pas plus sûres pour autant -.
(3) Je savais les pyramides d'Égypte, les chutes du Niagara, des savanes en Afrique, j'avais vu à la télé tout ça mais c'était intégré que m'y déplacer n'était pas pour nous, il fallait être né là ou avoir beaucoup d'argent, vraiment beaucoup.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>2010 : Faire œuvre</title>
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    <pubDate>Sat, 18 Dec 2010 14:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>2010</category>    
    <description>    &lt;p&gt;40 ans aujourd'hui, ça se fête.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai découvert dans cette dernière année ce qui était là en filigrane depuis au moins vingt ans&amp;nbsp;: je veux &quot;faire œuvre&quot;, non pas pour laisser quelque chose à la postérité (on s'en fout, on est mort), mais pour moi-même, pour avoir l'impression de ne pas avoir été simplement le énième maillon de la chaîne de reproduction du grand primate dominant. C'est &quot;grandiose et dérisoire&quot;, comme disait je ne sais plus qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais attention, je ne vais pas faire un Grand Œuvre&amp;nbsp;: les seuls génies des arts m'ont l'air tous aussi malheureux les uns que les autres, les Baudelaire, les Van Gogh, les Franquin, les Mozart (oui parce que tu peux toujours dire que Mozart fait dans la simplicité, hé bien tente de faire au moins aussi bien, je t'attends ici et on en recause quand tu veux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-être que tout simplement quand on fait des choses qui dépassent le commun des mortels, on ne voit pas l'admiration des autres&amp;nbsp;; on ne voit que le chemin qu'on sent encore devant soi et qu'on est persuadé de ne jamais pouvoir parcourir jusqu'au bout, trop ardu et trop long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, voilà, c'est fait, merci&amp;nbsp;: j'ai pris conscience (et accepté) ma normalité, ma banalité, ma mortalité. J'y trouve une place parfois reposante, souvent exaspérante, mais je commence à faire la paix avec la vie. J'ai encore peur de mourir, mais il paraît que ça passera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette dernière vingtaine j'ai décidé, à coups de méthode Coué plus ou moins assumée, de ne pas me résoudre à l'état semi-dépressif de tout un chacun (qu'on se l'avoue ou non). Pour commencer par des choses simples, une fois par jour faire quelque chose dont on soit content, même si ça reste &quot;entre soi&quot;. Une phrase, par exemple. Une photo, floue et maladroite souvent, mais dont on connaît l'intention et qu'on se félicite d'avoir prise. Un renvoi en fond de court d'un collègue désagréable, mais uniquement si c'est fait avec élégance dans le verbe. On n'est heureux que quand on le décide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis enfin, faire un livre, celui qu'une fois encore je porte en germe depuis vingt ans sans avoir jamais eu le courage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, je me laisse gagner par l'idée que tant qu'on a des projets, c'est qu'on est vivant.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>2009 : Peaux (38 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/17/2009-%3A-Peaux-%2838-ans%29</link>
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    <pubDate>Fri, 17 Dec 2010 14:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>2009</category>    
    <description>    &lt;p&gt;À la fin de l'adolescence je trouvais que la plus belle fille du monde devait être blonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture occidentale a ses clichés, que je subissais sans aucun sens critique. (Peut-être qu'aujourd'hui ce n'est pas mieux, d'ailleurs. Mais je n'ai pas le recul. On en reparle dans dix ans.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je raffolais de la lumière dans les cheveux blonds, comme s'ils étaient encore plus clairs que la source lumineuse elle-même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adorais cette peau laiteuse, fine, presque transparente. (Amusant&amp;nbsp;: aujourd'hui si je dis &quot;peau laiteuse, fine, presque transparente&quot;, j'imagine les robots de &lt;cite&gt;I, Robot&lt;/cite&gt;. Pas sexy.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout naturellement c'est vers ce genre de filles que je penchais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis j'ai découvert tant de variétés de couleurs et de grains. Je suis à l'âge où j'assume d'admirer les personnes que je croise. (Secret bien gardé&amp;nbsp;: mesdames vous pensiez que les hommes vous convoitaient en prédateurs&amp;nbsp;; en réalité une bonne part d'entre eux vous savoure en admirateurs.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une jeune femme hispanique, le nez et le menton légèrement pointus. La peau ombrée comme par trop de soleil. Les cheveux noirs jamais complètement domptés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fille sans origine discernable, la peau caramel, incroyablement uniforme. On a envie de regarder encore un peu plus longtemps, un peu plus loin dans le creux du col de chemise, trouver jusqu'où va cette teinte si unie et savoir si elle change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'infinité des peaux noires, riches, puissantes, au grain ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis une ou deux en particulier, brunes mais blanches de peau, parcourues de taches de rousseur qui sont autant de surprises. On ne s'habitue jamais aux taches de rousseur, elles reviennent toujours vous dire qu'elles existent alors que vous croyiez les tenir pour acquises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis ce parfum naturel, celui de la peau, inépuisable, que tu reconnais tous les jours et que tu respires et respires encore. Celui de la femme que tu aimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'à mon dernier jour, toujours continuer à ouvrir les yeux.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1999 : rencontre (28 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/16/1999-%3A-rencontre-%2828-ans%29</link>
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    <pubDate>Thu, 16 Dec 2010 14:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1999</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Je vivais en province, en cours de séparation, invité à dormir à Paris.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je rate une correspondance, j'arrive avec une heure de retard à la gare. Pour une raison ou pour une autre, impossible de prévenir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La copine qui me prêtera un canapé ce soir m'attend au volant de sa voiture, dans le parking derrière la gare. Je ne sais même plus comment on s'est retrouvés&amp;nbsp;: c'était avant l'ubiquité des téléphones portables.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Elle me dit qu'on est attendus chez &quot;sa meilleure copine, presque sa sœur jumelle&quot; pour l'apéro.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous arrivons, et l'interphone proteste&amp;nbsp;: &quot;ça fait une heure que je vous attends, en plus l'interphone est en panne, il faut que je descende cinq étages pour vous ouvrir&quot;. Il n'y a évidemment pas d'ascenseur, et je me sens de plus en plus mal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Arrive alors une femme grande comme on s'imagine les mannequins, petite jupe droite en laine, pull cigarette noir, je suis décidément au plus mal. C'est le genre de fille à qui je ne peux pas décemment parler, trop bien, trop parfaite, trop parisienne pour le bouseux que je suis.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;S'ensuit une soirée où, pour masquer la timidité incroyable que m'inspire une aussi impressionnante personne (parce qu'en plus elle est intelligente, cultivée, fait un métier dont je n'ai à l'époque entendu parler que dans les magazines), je fais l'imbécile, alignant bêtise sur bêtise comme je ne sais que trop le faire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce soir-là je mange pour la première fois des fajitas, et évidemment je m'arrange pour me faire la pire de toutes les taches, sur un pull beige&amp;nbsp;: le genre de tache rouge tomate, qui commence au col et finit à la ceinture, vous décore comme un plastron et vous humilie à vie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne sais pas, de tout ça, ce qu'elle a aimé.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1996 : Le web, pédophile et anarchiste (26 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/15/1996-%3A-Le-web%2C-p%C3%A9dophile-et-anarchiste-%2826-ans%29</link>
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    <pubDate>Wed, 15 Dec 2010 14:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1996</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Sur ce même site, à l'instant &lt;a href=&quot;http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2006/11/08/626-2004-44-ecrire&quot;&gt;je lisais les mots de Kozlika&lt;/a&gt; que voici&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Décidément dilettante, écrire pour jouer avec les mots, les tourner en bouche pour leur sonorité, les trousser pour en admirer les dessous, les tordre et les assembler.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En 1996 je monte mon premier site web, pour les mêmes raisons qu'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repartons vingt ans plus tôt si vous le voulez bien (on n'a que ça à faire, on est sur ce site exactement pour ça).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'étais gamin, mon père avait une machine à écrire. Je ne sais pas pourquoi, de la récupération sans doute. On a joué avec dès qu'on a eu le droit, évidemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers l'adolescence je me suis pris d'écriture comme les garçons normaux de football. Mais bon, franchement, on s'en fout un peu, d'être normaux, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je venais de dévorer San Antonio et j'ai eu envie d'en écrire à mon tour. Trois bonnes pages à la machine qui fait &lt;em&gt;TCHAC TCHAC&lt;/em&gt; comme dans &lt;cite&gt;Pinot Simple Flic&lt;/cite&gt;, j'étais le roi du monde&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Évidemment j'ai tout jeté et je le regrette. Je suppose qu'aujourd'hui je rirais gentiment de ma candeur de créateur en herbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or donc, à partir de ce moment-là, j'ai commencé à comprendre que j'aimais la belle langue, et que j'aimais aussi bien l'écouter que l'écrire. Je n'ai plus arrêté d'écrire, et même j'ai tenté les nouvelles. Elles sont au fond d'un carton, sans intérêt. Des gammes, comme en musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis 1996 arrive et je ne sais pas encore que le web va me manger tout entier. Malgré le parfum de soufre qui l'entoure encore (c'est le repaire des pédophiles et des anarchistes, voire des deux&amp;nbsp;!), c'est là que désormais je poserai des centaines de petits cailloux blancs, ici et là.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1988 : &quot;Je te l'allume&quot; (17 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/14/1988-%3A-Je-te-l-allume-%2817-ans%29</link>
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    <pubDate>Tue, 14 Dec 2010 14:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1988</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Je trouvais comme tous les garçons qui regardent leur papa fumer que c'était diablement viril.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Bien sûr je trouvais que ça sentait mauvais, que c'était néfaste à la santé (on a tous en tête les espèces d'éponges pulmonaires dégueulasses qu'on nous montrait sur les magnétoscope du collège). Bref il ne fallait pas fumer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais un jour, mon père a les mains occupées, et me dit &quot;passe-moi une clope, tu veux&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ni une ni deux&amp;nbsp;: j'annonce &quot;Je te l'allume, t'embête pas&quot;. Je la mets dans ma bouche comme un pro, je tête un peu tout en allumant le briquet, et je lui tends sa cigarette clés en main.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'est complètement irrationnel, mais j'étais par ce genre de petit geste un homme, d'égal à égal avec mon père.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1986 : Caroline (15 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/13/1986-%3A-Caroline-%2815-ans%29</link>
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    <pubDate>Mon, 13 Dec 2010 14:16:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1986</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Au lycée, j'étais typiquement le genre de mec qu'on ne remarque pas.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Interchangeable avec une bonne partie des copains de section scientifique, pas spécialement à la mode, pas de coiffure particulière, pas de trait particulier mis à part ce regard qui évoque plus Marty Feldman que Sean Connery. Mes notes étaient dans une moyenne honorable, suffisamment pour traverser le lycée sans devoir faire d'efforts.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'étais le genre de type que vous auriez fui. Gentil avec tout le monde, certes, mais tout de même je restais à certaines récréations avec le prof de math et quelques chétifs pour jouer à programmer nos calculatrices. J'en ricane un peu, aujourd'hui.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y avait comme dans tout lycée le garçon dont toutes les filles rêvent, et la fille dont tous les garçons rêvent.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La fille en question s'appelait Caroline. Quand on la voyait, on pensait en clichés d'adolescent que sa peau avait la douceur d'une pêche, qu'elle se parfumait à la vanille&amp;nbsp;; on se sentait happé par ses grands yeux presque noirs, on admirait ses cheveux parfaits. On voyait comme elle était pile dans le canon du haut-du-panier de la mode de province (à l'époque ça se disait &quot;Chevignon&quot;), on ne savait pas alors (naïve jeunesse) comme tout était poli et travaillé. On peut juger combien j'étais étranger aux techniques de brushing et de maquillage.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour rendre supportable la peine d'être aussi insignifiant alors que des êtres aussi remarquables étaient dans le même espace-temps, je me rappelais périodiquement que Caroline est le nom de la tortue de Boule et Bill.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais rien n'y faisait, c'était toujours Caroline.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un jour où j'occupais une heure entre deux cours dans une salle de permanence, à faire des maths ou quelque chose d'aussi exaltant (&quot;ah non, nous on allait au café,&quot;, s'écrie l'assistance), un copain commun s'assoit près de moi, et dans son sillage elle est là.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il me pose une question que j'ai oubliée (scolaire bien sûr), j'y réponds mécaniquement (je crois même avoir balbutié, j'espère au moins ne pas avoir trop rougi), et elle est là qui me regarde, et je suis aspiré dans le trou noir de ses yeux&amp;nbsp;; quant à elle, sa question satisfaite, elle me sourit (souffle coupé de l'admirateur) et s'éloigne, emportée par le tourbillon minuscule de l'aréopage des bourgeois du lycée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quelques années plus tard on me dira &quot;elle te trouvait mignon&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quelques années encore plus tard on me dira &quot;tiens sur cette photo de classe, tu es plus beau que la plupart&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La construction de soi doit passe parfois par la frustration a posteriori.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1977 : le déménagement (6 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/12/1977-%3A-le-d%C3%A9m%C3%A9nagement-%286-ans%29</link>
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    <pubDate>Sun, 12 Dec 2010 14:15:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1977</category>    
    <description>    &lt;p&gt;C'est un hiver de neige, qui ne nous a pas empêchés de traverser plusieurs fois toute la ville pour aller voir notre maison qui poussait.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai un souvenir très net de palettes de parpaings, décorées de couvertures de neiges&amp;nbsp;: un parpaing, une petite couverture, un parpaing, une petite couverture.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'impression aussi que tout ce mouvement s'est fait dans la nuit&amp;nbsp;: nous allions constater l'avancement des travaux après l'école, et à partir d'octobre, il fait noir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un souvenir très net de flocons dans la nuit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Réserver le camion de déménagement&amp;nbsp;? Encore de nuit, les enfants restés dans la voiture écoutent le silence et regardent le blanc que les lumières du parking rendent orangé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce déménagement a été celui où j'ai cru perdre le plus de choses. Des déguisements, des vieux jouets, des livres abîmés peut-être.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je comprendrai dans trente ans que c'est un artifice qui permet aux parents de faire un peu de place dans les armoires, et je l'emploierai à mon tour. &quot;Tel jouet&amp;nbsp;? Écoute, je ne sais pas, tu l'as peut-être perdu&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un petit mensonge plutôt qu'une grosse crise, en attendant qu'il y ait prescription et qu'on puisse leur expliquer, pour qu'à leur tour peut-être ils &quot;rangent&quot; les affaires de leurs propres enfants.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D'une certaine manière, être parent c'est quelquefois être fourbe avec une petite dose de lâcheté.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1974 : l'enfant chéri (3 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/11/1974-%3A-l-enfant-ch%C3%A9ri-%283-ans%29</link>
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    <pubDate>Sat, 11 Dec 2010 14:13:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1974</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Un nouveau frère est arrivé au beau milieu de l'année.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Une renaissance pour toute la famille.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/09/1972-%3A-le-fr%C3%A8re-%281-an%29&quot;&gt;J'écrivais plus haut&lt;/a&gt; que je ne sais pas ce qu'on nous a dit, mais ce que je sais par contre, c'est que des enfants de 3-4 ans qui donnent les peluches qu'il venaient de gagner à la fête foraine à leur frère à peine né, ce n'est pas une chose normale.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous avons dû, nous aussi, vouloir accueillir l'enfant sauveur.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1973 : le déménagement (2 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/10/1973-%3A-le-d%C3%A9m%C3%A9nagement-%282-ans%29</link>
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    <pubDate>Fri, 10 Dec 2010 14:10:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1973</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Sur cette année-là, rien. Personne n'en parle. Elle est entre 1972 et 1974, quelque part dans les limbes de la non-vie d'une famille qui se panse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ah si, une chose&amp;nbsp;: je déménage pour la première fois.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1972 : le frère (1 an)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/09/1972-%3A-le-fr%C3%A8re-%281-an%29</link>
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    <pubDate>Thu, 09 Dec 2010 14:08:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1972</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Vous avez des enfants&amp;nbsp;? Moi oui. Et cette histoire me démange d'autant plus, maintenant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En 1972 mes parents attendent un nouvel enfant, et toute la famille se prépare comme il se doit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le jour de sa naissance les médecins n'alarment pas mes parents, et pourtant... moins de deux jours plus tard le petit dernier meurt.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(Un temps de silence, c'est le plus difficile à faire à l'écrit, mais essayez quand même de laisser une pause ici, sans musique d'aucune sorte.)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mon père devient fou de douleur, conduit sa voiture sans savoir où ni comment, se perd dans un chemin pour y pleurer sa colère.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ma mère finit sous tranquillisants, et le médecin, qui a le franc-parler du médecin de campagne de l'époque (alors qu'ils sont en ville, dis-moi pourquoi je m'attache à ce détail ?), prévient mon père&amp;nbsp;: &quot;Ta femme, 'va falloir lui faire un autre gamin, sinon je vais finir par la faire enfermer.&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comment nous, les enfants déjà là, avons-nous vécu ce moment, comment l'avons-nous traversé&amp;nbsp;? Qu'est-ce que notre famille a pu nous en dire&amp;nbsp;? Je n'en sais rien, je n'ai aucun souvenir et pas le cœur de réveiller la douleur de mes parents.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne sais que deux choses&amp;nbsp;: qu'une petite tombe blanche, minuscule, attend ses visites à la Toussaint, et qu'on vit avec mais qu'on ne s'habitue jamais, jamais, jamais à la mort de son enfant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tant d'années plus tard je regarde les miens, et je comprends.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/09/1972-%3A-le-fr%C3%A8re-%281-an%29#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>1971 : le monstre (0 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/08/1971-%3A-le-monstre-%280-ans%29</link>
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    <pubDate>Wed, 08 Dec 2010 14:06:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1971</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Le premier hiver de ma vie aura été très rigoureux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ma mère nous garde au chaud et elle n'oubliera jamais cet hiver, sans aucun doute.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un matin à la boulangerie, pas très loin de la maison, on lui laisse entendre que si je ne sors pas, c'est parce que je suis anormal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(Nous qui vivons en 2010, nous ne pouvons pas nous rendre compte. Les années 70 sont les dernières où le poids du qu'en dira-t-on est si lourd qu'on le porte comme un joug, qu'on s'y soumet et qu'on est obligé de faire avec.)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comment ça, anormal&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La personne qui discute avec elle lui dit que oui, c'est votre belle-sœur qui nous l'a dit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vous avez bien lu&amp;nbsp;: ma propre tante colporte ce genre d'ignominies.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je n'ai évidemment aucun espèce de souvenir de la scène, mais ma mère l'a raconté tant de fois que je crois l'y voir. En furie, elle rentre chez nous, me couvre, et m'amène dans le landau jusqu'à la boulangerie&amp;nbsp;: &quot;Pas normal, mon fils &lt;acronym&gt;? Pas normal &lt;/acronym&gt;?&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Des années plus tard, dans ma fratrie, nous surnommerons cette tante Folcoche&amp;nbsp;; va savoir pourquoi, on la trouvait méchante.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1970 année zéro</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/07/1970-%3A-annee-0</link>
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    <pubDate>Tue, 07 Dec 2010 00:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1970</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Il faut bien commencer un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne verrai rien de cette année, sinon quelques jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On profite juste de ma naissance pour découvrir une malformation aux yeux, ce qui me vaudra pendant trente ans de me croire maladroit alors que je n'ai pas le choix, je ne pourrai pendant toutes ces années que marcher sur des crottes de chien, buter sur des coins de portes, trébucher sur des bords de trottoirs, m'assommer sur des poteaux dans la rue. Le plus douloureux sera longtemps l'amour-propre, avant d'accepter qu'on n'y est pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire je crois, c'est qu'un &quot;grand spécialiste&quot; de la Grande Ville où j'ai passé mes premières années se soit trompé de diagnostic dans les six mois qui ont suivi ma naissance, et que tous les ophtalmologistes après lui n'aient pas cru bon de vérifier ce qui était marqué noir sur blanc dans mon carnet de santé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente-et-un ans plus tard, un ophtalmologiste, un seul, me dira la vérité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&quot;Attendez, vous n'avez pas de glaucome et vous n'en avez jamais eu. Vous voulez voir ce que c'est qu'un glaucome ?&quot; Il me sort un livre médical plein de photos de cas concrets. C'est le &lt;cite&gt;&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/Freaks&quot;&gt;Freaks&lt;/a&gt;&lt;/cite&gt; du pauvre&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde, plus ou moins horrifié, et je comprends. Il ne faut jamais se fier aux spécialistes, toujours remettre en question leurs verdicts, surtout quand on est un autre spécialiste. Je l'ai noté, et plus jamais je ne l'oublierai.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>2010, année 33 -- C'est là que tout commence</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/11/30/2010%2C-ann%C3%A9e-33-C-est-l%C3%A0-que-tout-commence</link>
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    <pubDate>Tue, 30 Nov 2010 01:04:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thomas</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>2010</category><category>à 33 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Dans l’hiver froid de deux mille neuf, une &lt;a href=&quot;http://thomas.quinot.org/blog/2009/12/22/louise/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;étoile&lt;/a&gt; a brillé. Bientôt, déjà, elle soufflera sa première bougie. Avec un peu d’avance, bon anniversaire, belle enfant. Illumine-nous encore de tes sourires quand tu découvres le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ç’a été une de ces rares années de tournant, qui ne laissent pas les vies tout-à-fait dans l’état où elles les ont trouvées, et peu de temps pour les écrire quand on est en train de les vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apprivoisé patiemment, j’ai réappris à dire des mots longtemps tus. Je les ai entendus, aussi. &lt;em&gt;Je t’aime.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entouré de copains, tous assidus, motivés, on s’est dépassés. On est arrivés à faire ce dont jamais je ne me serais cru capable. &lt;em&gt;Niveau IV n° 67694.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir d’automne, j’ai brisé dix-neuf ans de silence. Sans y mettre les formes, sans circonlocutions policées. Brutal, peut-être, tant c’est venu presque sans prodromes. Pour que ça s’ouvre enfin, il fallait autre chose qu’une lame mousse. Il fallait y aller, tranchant dans le cuir. &lt;em&gt;Papa, je voudrais que tu me parles d’elle.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai parié sur l’avenir. &lt;em&gt;Pacte civil de solidarité.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>8 : 1971/1972 du gris et des dictées</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/06/05/8-%3A-1971/1972-du-gris-et-des-dict%C3%A9es</link>
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    <pubDate>Sat, 05 Jun 2010 11:33:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>gilda_f</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;lieux&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Taverny (95)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;logements&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.fotolog.com/gilda_f/21710718&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;petits pavillons en série&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'année du CE2 sera une année grise, en demi-teinte à tous points de vue. Jusqu'alors et par la suite, j'aurais cette chance de n'avoir comme professeurs presque que des passionnés de leur métier. Des plus jeunes et des moins jeunes mais qui l'avaient choisi et que la vocation n'avait pas lâchés. Je dois beaucoup à certains d'entre eux.
En revanche en CE2, me voilà dans la classe d'une dame très comme il faut, pas très subtile et qui accomplit sa tâche comme elle en ferait une autre, avec conscience professionnelle mais sans passion. De plus sa fille est dans notre classe ce qui crée des injustices et des tensions.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin, si jusqu'alors j'ai toujours tout fait avec la plus grande facilité, je me heurte à ma première difficulté scolaire&amp;nbsp;: le samedi matin il y a dictée.
En ce temps là une faute c'est 2 points en moins sur 10 (ou 4 sur 20), en 5 bêtises on atteint l'infamie du 0. Or ça tombe qu'étourdie et hâtive, relire me pèse (déjà), je suis la reine des fautes d'inattention. Sans compter que l'orthographe d'usage et ses consonnes mystérieuses qu'on double parfois ou pas me laisse perplexe. J'ai la sensation d'une sorte de loterie animée par la fatalité. Contrairement à l'usage que mes enfants ont rencontré, les dictées ne sont préparées que pour certains mots clefs et pas toujours expliqués, simplement ça s'écrit comme ça et puis voilà.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je rentre souvent avec un C à la maison (5/10), mon père est là puisque c'est le week-end, et comme mes parents sont toujours en quête d'un sujet pour s'écharper (1) (ce qu'à l'époque je suis trop petite pour analyser, je crois donc vraiment que c'est de ma faute, que ce manquement de ma part est grave), les déjeuners du samedi deviennent un calvaire. Ce sont des cris et des scènes entre eux à cause de moi, sur fond de C'est à cause de l'Italien (qu'ils s'acharnent pourtant à ne m'apprendre pas) et les voilà qui se déchirent parce que j'ai mal orienté un accent, oublié un &quot;s&quot;, ajouté un &quot;p&quot; intempestif.
J'aurais presque préféré me faire taper comme la plupart de mes copains quand ils ramènent une sale note. Ils se prennent une dégelée, ce qui à l'époque semble normal aux parents comme aux enfants, et puis après on n'en parle plus.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette institutrice sans enthousiasme ni humour, ne sait que faire d'une élève par ailleurs brillante mais indisciplinée, qui veut toujours comprendre &quot;pourquoi&quot;, et a tendance à faire le clown pour faire rire ses camarades.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin, ma petite sœur ayant grandi, ma mère a repris les accompagnements du midi et donc me voilà privée de la compagnie de mon cher Jean-François, des déjeuners dans une famille douce, d'un trajet réduit qui laisse plein de temps pour jouer en liberté. L'école est à un quart d'heure à pied de la maison et le midi il ne faut pas traîner. La mère de Jean-François L. nous laissait en toute liberté dès le repas achevé. Chez moi, je suis au contraire &quot;sous contrôle&quot; et sans que je sache comprendre ou formuler pourquoi ça me pèse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;S'ajoutent à ces trajets-là (mais pour ma mère aussi et ma sœur dans sa poussette, ce qui devait être pénible pour elles, surtout l'hiver), d'autres vers un centre de rééducation fonctionnelle. J'ai commis le crime infamant de naître les pieds plats et de me tenir mal (vague scoliose) et comme si les premiers pouvaient se corriger, me voilà astreinte deux soirs par semaine à toutes sortes d'exercices autant pénibles qu'inutiles dont des longueurs de tapis de gym pieds nus avec une bille entre les orteils au milieu d'adultes ou de plus grands tenus par des appareils bizarres - souvent de la rééducation après un accident -. Certains sont très esquintés et c'est impressionnant. Je sympathise avec deux plus jeunes (des adolescents mais à l'époque ils me semblent &quot;des grands&quot;) mais chut, il ne faut pas parler. Comme certains peuvent lire, je me bats pour y avoir droit aussi - je peux lire en marchant, c'est tout droit-. Ne me souviens plus si j'ai eu gain de cause ou si on m'aura ri au nez. Peut-être que oui avec l'un des kinés et non avec l'autre (2). Les exercices pour le dos, en revanche me feront du bien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'est aussi l'année où je commence l'apprentissage du piano. Désireux de donner accès à leur enfant à ce dont ils ont été privés, mes parents se sont efforcés d'accéder à mon désir d'apprendre la musique, mais sans le respecter jusqu'au bout. Du violon que je désirais, j'ai dû me contenter du piano. Mon père n'aimait pas le son du violon. Et puis il avait un collègue qui bazardait le piano de sa très vieille mère atteinte d'arthrose ou -thrite. Alors ce sera piano.
Je me souviens encore de la vieille dame qui me le confiait, tout ce qu'il représentait pour elle, prends-en bien soin, je suis contente qu'il aille à une petite fille comme toi, tu verras c'est un bon piano.
Il était magnifique, touches en ivoire, chandeliers, dedans éléments anciens (3).
La prof que mes parents ont trouvée et qui habite à quelques rues d'où on est m'effraie bien un peu. C'est une dame à forte poitrine et grosse voix. En fait c'est une bonne prof mais je ne le sais pas, je suis trop prise par la peur de mal faire et les engueulades en cascade puisqu'elle écrit sur le carnet de devoirs ses commentaires de la semaine en plus des exercices à préparer. Ça me gâche un peu mes mercredi après-midi (à présent le jour de congé n'est plus le jeudi) en plus qu'à cause du piano si elle me retient un peu tard, je loupe mon feuilleton Poly à la télé.
Elle saura le moment venu dire qu'elle est au bout de son enseignement et que c'est au conservatoire que je dois continuer. Et surtout elle aura ce commentaire écrit dont je ne me souviens plus comment mes parents l'ont reçu (agacement ou fierté), mais de mon embarras si et ma totale perplexité &quot;Gilda est une artiste !&quot;. C'était sur un morceau de Bach que certes j'aimais beaucoup, mais n'avais pas eu l'impression d'avoir si bien joué.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je deviens consciente du temps qui passe, du fait que les adultes n'ont pas toujours raison, que parfois ils sont même bêtes (stupéfaction). Je crois que c'est cette année-là (ou celle de juste après ?) que j'ai tenté d'écrire. Au début c'est un cahier de petites histoires avec des dessins assortis destiné à ma petite sœur bien-aimée ... qui à 2 ans puis 3 n'en aura rien à cirer. Son désintérêt et la crainte que ma mère ne tombe dessus et m'assaisonne à cause de l'orthographe mal respectée auront raison de ma première velléité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis va faire ton piano.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;(1) à la décharge de mon père, il me semble que c'est cette année-là où il cumulait deux boulots, à l'usine dans la journée puis en free-lance le soir (comme dessinateur industriel) et l'épuisement le rendait fou. Il eût été tellement plus simple en ces temps de plein-emploi que ma mère une fois ma sœur scolarisée, travaillât. Et tellement plus sain pour elle à qui il reprochait en permanence l'argent que pour la maison et non pour elle ou si rarement, elle dépensait.&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;(2) L'établissement était principalement tenu par un père et sa fille.
(3) J'ai le souvenir de mon père remplaçant à la main une par une toutes les lanières de cuir, car d'âge elles se cassaient. D'un coup une note devenait silencieuse. C'était étrange et très humain, comme une extinction de voix.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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