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  <title>Petits cailloux et ricochets</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Wed, 14 May 2008 22:11:30 +0200</pubDate>
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    <title>1985</title>
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    <pubDate>Mon, 12 May 2008 17:46:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>cassymary</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1985</category>    
    <description>    &lt;p&gt;2 déménagements, un mariage, une grossesse difficile. L'année 1985 est pleine de rebondissements.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En janvier, mon ami est muté à Lyon. Il fait ses valises. Je suis déboussolée. Je n'avais jamais envisagé de quitter Toulouse. Cette ville m'a apprivoisée, et je l'ai adopté avec l'idée de ne jamais en partir. Les changements ne sont pas très bénéfiques pour la grande anxieuse que je suis. Si ma phobie sociale ne m'envahit pas trop encore, c'est que justement je veille à garder les mêmes repères, les mêmes frontières. Mais là, une question fondamentale se pose. J'aime cet homme? Oui.
Je veux faire ma vie avec lui? Oui. Je veux partir de Toulouse? Non.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pourtant il va falloir encore une fois faire un choix. Le suivre et partir ou bien rester et peut être le perdre.
Je ne sais pas choisir. Je me donne un temps de réflexion. Il part sans moi, faisant des allers retours un week-end sur 2, attendant patiemment que je décide. Je décide, après 3 mois que oui, je vais le rejoindre, la-bas ou ailleurs. Je fais donc mes cartons à mon tour, la peur au ventre de quitter ma ville. Ces cartons, je vais d'ailleurs passer mon temps à les faire et les défaire tout au long de ma vie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je quitte Toulouse sous un beau soleil. J'arrive à Lyon sous une pluie battante. Le coeur n'y est pas. Je me sens loin de chez moi, loin de ma terre, loin de mes racines, loin des mes repères. Je garde ça pour moi et fais bonne figure. Mon compagnon à 4 pattes nous a suivi. Je n'aime pas l'appartement où nous vivons. Je n'aime pas le quartier, ni cette ville dortoir à quelques kilomètres de Lyon.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'aime la vieille ville, le quartier de fourvière, et la campagne alentour. Je déteste les embouteillages, la pollution, la place Bellecourt
En juin 1985, nous nous marions, chez moi, dans l'Aveyron, puis nous repartons sur Lyon, que je n'aime toujours pas. Toulouse me manque.
Je trouve enfin un travail et fin Août j'apprends que je suis enceinte.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette merveilleuse nouvelle est aussitôt suivie d'une grande période d'angoisse. Après une hémorragie, on me signifie un repos forcé, allongée 3 semaines, sans pouvoir me donner la certitude que le foetus est encore vivant. Je vis ces 3 semaines en gardant l'espoir que lors de la prochaine échographie, le foetus aura grossi. Si ce n'est pas le cas, je n'aurai que la mort dans mon ventre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais mon petit bout s'accroche et c'est avec un immense soulagement que j'apprends, 3 semaines plus tard, que je mènerai ma grossesse à terme, si je reste prudente.
Je vis cette grossesse comme un cadeau inestimable. Je touche mon ventre, je suis attentive au moindre changement de ma silhouette, j'attends le 1er coup de pied avec impatience. Je m'extasie chaque jour d'avantage de vivre cet incroyable aventure qui consiste à porter un enfant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors que je suis enceinte de 3 mois, et à peine sortie de mes nausées matinales et autres désagréments des 1er mois,  mon mari est muté à Valence. Je ne suis là que depuis 6 mois et il faut déjà refaire les cartons.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En novembre de la même année, nous emménageons dans une petite maison, à quelques kilomètres de Valence, en Ardèche, au pied du crussol. J'y retrouve la campagne que j'aime. L'Ardèche est une département magnifique, que je n'aurai malheureusement pas le loisir de le visiter bien longtemps.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous passons Noël à 2, loin de nos familles respectives. Un Noël un peu triste (je suis malade) mais nous sommes ensemble et Marie donne ses 1ers coups de pied pour nous assurer de sa présence.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1996 à 16 ans. Amandine</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/04/30/1996-a-16-ans-Amandine</link>
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    <pubDate>Wed, 30 Apr 2008 15:10:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>shayalone</dc:creator>
        <category>de 2006 à 19xx</category>
        <category>1996</category><category>à 16 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Amandine a les yeux rouges, Amy fuit, amy sombre en cours. Et moi, à qui vais-je pouvoir me confronter, si amy disparait?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Amy est belle, tellement, avec ses boucles brunes et son regard noir, avec sa peau si blanche, avec ses mots si beaux, avec sa violence. Mais amy est venue vers moi l'an dernier, comme si j'étais une fille normale. Avec sa copine Delphine, elle est venue à ma table, s'interessant à ma vie... Quoi, je ne suis donc pas qu'un faire valoir, j'ai une existence propre? Je serais donc aimable?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Amy est brillante, et nous luttons joyeuses pour le plus grand bonheur des profs.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Aimée, je deviens aimante. Et quand amy déconne, je deviens étouffante. Je veux savoir, il se passe quelque chose... je ne veux pas la voir s'enfoncer toujours plus dans la défonce. Elle maintient qu'elle maitrise, comme tous les drogués, qu'elle ne risque rien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je gratte tant et plus, têtue et acharnée. Et Amy craque. Une petite enveloppe rose, et des lettres serrées à l'encre noire.  Je me précipite dans les toilettes du lycée pour la lire tranquille. Une lettre qui dit tout ce qui ne sera plus jamais dit. La mort d'un frère aimé, la fuite dans l'héro, l'overdose, à 13 ans. Une lettre qui finit par &quot;mes mots demandent le silence&quot;. Je m'effondre dans les chiottes, en larmes, en rage, me tapant la tête contre les murs. &quot;Bourrine&quot;, je suis une bourrine, une vilaine voyeuse, une impétinente curieuse. Je respecte le silence, et la distance imposée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Oui, mais amy ne fume plus autant, elle n'arrive plus défoncée en cours.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1994- 17 ans: Dénouement du transfert</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/04/26/1994-17-ans%3A-Denouement-du-transfert</link>
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    <pubDate>Sat, 26 Apr 2008 14:54:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>shayalone</dc:creator>
        <category>de 2006 à 19xx</category>
        <category>1994</category><category>à 17 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Deux ans et demi que toutes les semaines, deux fois par semaine au début, je vais la voir, que je m'installe dans le grand fauteuil.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Deux ans et demi que je refuse de payer et que mes parents font le chèque, 120 francs, sans sourciller sans rien demander. Comme ça les choses sont claires. Je fais le boulot qu'ils ont merdé, mais c'est eux qui payent, puisqu'ils refusent de venir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Deux ans et demi, qu'invariablement elle ouvre la séance d'un &quot;Alors?'&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Deux ans qu'elle a éclaté de rire devant mon coming-out, un bon gros rire, ponctué d'un &quot;Mais non&quot; et d'un point final. Je repars honteuse, coupable, et blessée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai 17 ans, les hormones en folie, les filles sont si belles, et je commence à remarquer qu'elle n'est pas trés jolie. Je vois les couleurs ternes de ses habits, les mi-bas couleur chair qui plissent, son air fatigué... même qu'elle se trompe, un jour, oui, pouff, comme ça, elle me dit de venir à 12h30 jeudi, alors qu'on se voit toujours à midi... Je ne dis rien, et j'attend l'heure dite, à la terrasse d'un café. Je la vois partir excedée à midi 20. Je vérifie tout de même, à midi trente, je vais sonner. Bonne fille que je suis.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je reviens la séance suivante à l'heure habituelle, sans même l'avoir appellée, et je lui offre mon plus angélique sourire. &quot;Vous m'avez dit 12H30. Celà m'a surprise mais je vous ai écoutée&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Elle me dit qu'il est peut-être temps d'arreter. Je n'y ai absolument pas réflechi, mais je lui dis oui, et la quitte, sans un regret, sans un regard. Déchue, tombée du piedestal, faillible, elle n'a plus d'interêt, la psychanalyste. Sa pseudo-vérité non plus.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Deux mois plus tard, je sors du placard.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1984</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/04/24/1984</link>
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    <pubDate>Thu, 24 Apr 2008 21:21:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>cassymary</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1984</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Un virage à 180° pour moi cette année là. Je choisis de tout quitter, alors que justement j'ai besoin de repère, de stabilité, de sécurité.
Finalement je vais passer ma vie à tout chambouler, moi qui recherche sans cesse des repères pour éloigner mes phobies. Paradoxe de ma personnalité. Fuir et faire face. Me cacher et affronter.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Après quelques mois d'échanges purement professionnels, et quelques sorties, toujours en groupe, nous sommes plus que jamais attirés l'un par l'autre. Nos regards se croisent de plus en plus souvent, nos mains se frôlent par moment. Je suis effondrée. Je réalise qu'il se passe quelque chose que je n'avais pas prévu. Je suis amoureuse d'un autre que celui qui partage ma vie depuis plusieurs années.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un premier rendez-vous en tête à tête, et nous tombons dans les bras l'un de l'autre. Catastrophe pour moi. Je vais devoir faire un choix. Mais il est déjà fait.
Je fais mes bagages, sous le regard abattu de mon ami. Je suis mal de faire du mal. Mais je sais ma vie ailleurs.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je m'installe chez le nouvel homme de ma vie. Nous passons notre temps à cacher à notre direction que nous sommes ensemble. Je risque le licenciement et lui la mutation.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis, et puis, il y a cette première attaque de panique. Celle qui va lentement me plonger dans la phobie sociale, qui sera diagnostiquée bien des années plus tard
Chaque seconde de cet événement est gravé dans ma mémoire. Le seul fait d'y repenser est angoissant. Et elle est la 1ere d'une longue série qui finira par empoisonner ma vie.
Cela se passe dans une caserne, au mess des officiers très exactement. Un repas en l'honneur de mon ami qui est venu me présenter à son ami officier. Il y a là une bonne partie des officiers de la caserne, et moi, seule femme parmi tous ces uniforme.
Bon dieu, mais qu'est-ce que je foutais là? Je suis antimilitariste depuis presque ma naissance. Je n'ai qu'une vague idée de l'autorité masculine, mais j'ai cette peur en moi, qui m'habite depuis très longtemps. Depuis quand déjà? Et pourquoi?
Le regard d'un homme, si il n'est pas aimant, me liquéfie sur place. Peut être parce que j'y vois le regard de ces garçons qui, l'année de mes 16 ans, m'ont traînée dans ce coin ombragé du parc. Et cet instinct qui me dit « danger » là où il n'y en a pas.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tous ces regard tournés vers moi, toutes ces questions. Je me sens jugée, jaugée, passée en revue. Je m'éloigne sous un faux prétexte et vais m'enfermer dans les toilettes. Je m'effondre, vomis, pleure, tremble. Je suis assommée par cette attaque de panique, et paralysée par la peur. Je m'assoie par terre, enfermée dans les toilettes. Je suis incapable de me relever, de tourner cette poignée et de sortir de cet endroit exigu. Je vais crever là sans savoir, sans comprendre pourquoi. A ce moment là, je suis comme cet enfant qui espérait disparaître sous les couvertures, quand mon père frappati et frappait encore, ignorant les cris de douleur de ma soeur. Je veux disparaître, m'évaporer, m'envoler, quitter cet enveloppe qui m'étouffe.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les minutes passent. Je me sens comme une bête traquée. Je crois devenir folle. Et puis j'entends sa voix. Il est venu me chercher, s'inquiétant après 15mn d'absence. Que lui dire? Comment lui dire? Quoi lui expliquer moi qui ne comprends rien à ce qui m'arrive?
J'invente un malaise quelconque. Sans mal, je suis défigurée par la douleur.
Je ne sais comment j'ai réussi à ouvrir cette porte. Il y a eu comme un déclic, une dépersonnalisation qui a fait que j'ai été m'installer à cette table, j'ai rien avalé, je n'ai pas parlé, mon corps était là, moi j'étais partie ailleurs.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D'ailleurs je n'ai aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant ce repas, ni après.
Je ne me souviens que de plus tard, bien plus tard, quand la honte, la culpabilité ont  fait place a la panique. Et cette fatigue intense, et cette angoisse qui resurgissait: Je ne suis   pas guérie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cet homme que j'ai choisi et dont je connais si peu de chose, et qui ne connaît rien de moi, vient d'être le témoin sans le savoir de ce qui va empoisonner ma vie, notre vie. J'ai la vague sensation que cette relation va aggraver mes symptômes, par le simple fait qu'avec lui, je renonce à tous mes repères, à justement tout ce que j'ai crée à Toulouse en quelques années: des barrières de sécurité contre mes phobies. Nous allons chacun de nous protéger l'autre en pensant lui rendre service. Lui va me surprotéger, au point que je vais devenir dépendante affective. Moi je vais continuer dans la ligne de conduite qui m'accompagne depuis toujours: le silence. Ne pas dire, ne rien dire, ne pas me dévoiler, jamais.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1983</title>
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    <pubDate>Thu, 24 Apr 2008 21:18:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>cassymary</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1983</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Mes études sont déjà loin. Je suis toujours avec le même petit copain, celui que j'ai rencontré lorsque j'avais 17 ans. J'en ai maintenant 23  et quelquefois, lorsque je vois dans la rue de jeunes femmes avec des landaus, je me mets à rêver qu'un jour, je serrerai un bébé dans mes bras. Et puis je chasse vite cette idée. Dans un an ou 5 ans, je serai où? Je ferai quoi? J'ai l'impression étrange que je suis en transit. Que bientôt ma vie va changer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Depuis que j'ai arrêté mes études, je n'ai pas vécu d'anxiété importante. Petit à petit, la peur de rechuter s'est estompée. J'en viens à penser que je suis guérie.
Fin 83, Je trouve un boulot, stable cette fois.
Et puis, la rencontre a lieu.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le coup de foudre, vous connaissez? Lorsque les regards se croisent et qu'instinctivement, on sait. Que c'est lui et personne d'autre.
Il y a comme une onde électrique qui vous traverse le corps, juste au moment ou la rencontre a lieu.
Ce n'est qu'après, lorsque vous détournez le regard que le manque est déjà là.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'avais un petit ami, qui m'aimait et que j'aimais, un avenir tout tracé et en l'espace d'un instant, tout a explosé.
Il m'a avoué bien plus tard qu'il avait ressenti la même chose.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'année 1983 se termine sur cette rencontre, qui restera platonique encore quelques mois.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1997 : 17 – On n'est pas sérieux...</title>
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    <pubDate>Thu, 17 Apr 2008 12:39:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Aglaï</dc:creator>
        <category>de 2006 à 19xx</category>
        <category>1997</category><category>à 17 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Et pourtant je le suis drôlement...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D'abord, j'ai mon bac, et puis presque toute la classe l'a, et notamment tous ces &lt;em&gt;musicos&lt;/em&gt; à qui le conseil de classe avait délivré du bout des lèvres un &lt;em&gt;doit faire ses preuves&lt;/em&gt;... solidaire je suis, et fière des copains&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En 1997, la nostalgie me prend déjà parce que j'ai beau me dire que, je redoute infiniment de quitter ma famille de substitution, mon lycée où je me suis fait une place. Je suis désormais déléguée – au bout de sept ans de vaines candidatures&amp;nbsp;! - d'une classe où l'on se serre les coudes, débarrassés des snobinards de l'autre Terminale littéraire. Nous on est les matheux d'une part, les musiciens de l'autre. Et moi qui me sens des deux bords, je fais la liaison. Nos professeurs nous trouvent &lt;em&gt;vivants&lt;/em&gt;, voire &lt;em&gt;un peu trop&lt;/em&gt; vivants. A la fin de l'année, seuls deux d'entre eux nous défendront.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On a un extraordinaire prof de musique (enfin, moi j'ai arrêté l'option pour cause de je peux pas tout faire, mais je ne lâche jamais complètement) et une prof de philo fabuleuse. Avec elle, chaque matin deux heures, on réfléchit, et on avance. On revoit ses préjugés. On débat passionnément. On rencontre Albert Jacquard, rien qu'à nous, pour deux heures, un après-midi de février. Il y a aussi les lettres, anciennes et modernes. Je découvre Aragon, Lancelot, Calderon, Maupassant, et Aristophane et Xénophon, et Tacite et Virgile. Monsieur K. est notre passeur, telle la Sybille conduisant Enée aux Enfers... et mon rameau d'or, c'est la littérature. Je dois à Monsieur K. un peu de mes concours. En espagnol aussi, je nage dans le bonheur d'apprendre. Mon cher professeur – que nous adorons toutes, pourtant il est vieux et moustachu, mais sa voix est tellement... - bref, il est venu me chercher, m'a dispensée d'une heure hebdomadaire pour que je puisse suivre le cours de LV1 (avec mes vingt-huit options, je suis le cauchemar des concepteurs d'emploi du temps&amp;nbsp;; Monsieur K. a fait la même chose pour le grec, et je suis ainsi allégée de deux heures de cours pour pouvoir faire ce qui me plaît vraiment. Si c'est pas la belle vie...) et c'est peu de dire qu'on se régale. La littérature et la poésie, là encore, sont à l'honneur. Avec la chorale, nous préparons le &lt;em&gt;Requiem&lt;/em&gt; de Mozart, œuvre grandiose évidemment, que nous chantons à la cathédrale, à guichets fermés, et que nous sommes tenus de chanter derechef, le même soir, pour satisfaire les nombreux spectateurs restés dehors. Aventure inoubliable.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis comme je suis devenue une grande, à l'internat aussi, le statut change. Ma compagne de chambre, T., est  aussi camarade de classe, de maths et de grec, elle est nettement plus délurée que moi et grâce à elle, j'apprends plein de choses. Dans une autre aile, les garçons organisent des soirées plus ou moins autorisées et étonnamment, j'y suis conviée, moi la fille sage. Il faut dire que T. n'a pas besoin de trop insister, car mon amoureux m'y attend, et lui aussi profite de cette promotion inattendue.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mon amoureux, lui dont j'ai déjà parlé, c'est une belle et grande affaire. Nous comptons chaque mois avec fierté. Nous sommes sans doute le couple le plus stable de l'internat, nous deux en qui personne n'aurait cru, moi la gamine pot de colle, lui le bouffon à l'humour vaseux. Respectabilité donc, même auprès des adultes semble-t-il. Nous existons en tant que couple, c'est énorme.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et cela compense la déconfiture d'un autre couple, le seul autre qui compte, celui de mes parents. Mon père, un jour de février, emporte ses affaires. La salle à manger sans la table en ormeau, c'est bizarre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je brandis mon amoureux comme un étendard. En réalité je suis dans un état tel (nerfs et ventre en feu) que souvent je ne supporte pas qu'il me touche, mais un week-end sur trois il m'accompagne dans un des deux lambeaux de famille qui me restent ou bien je vais chez lui, et tant pis pour le lambeau dont c'était le tour. Je hais mes parents de m'infliger cette rupture, et je ne souhaite qu'une chose, être émancipée et ne plus dépendre en rien d'eux, d'aucun d'eux, puisqu'ils sont incapables de me protéger du malheur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De toute façon, plus que jamais, ma vie est au lycée. Le quitter va tout bouleverser. Et cette période reste dans mon esprit comme un âge d'or jusqu'au jour où, huit ans plus tard, je raterai le rendez-vous des lycéens.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1982</title>
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    <pubDate>Tue, 15 Apr 2008 20:58:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>cassymary</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1982</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Je fais le deuil de mes études. J'aurai pu me réinscrire en fac,  je ne le fais pas.
Pas les moyens, le système est tel que lorsque vous ratez un examen, on vous supprime les bourses l'année d'après, et même en travaillant à côté, je ne peux pas payer une année scolaire complète.
C'est une raison valable, mais pas la vraie raison. C'est juste celle qui m'empêche de culpabiliser, et qui m'aide à faire le deuil de mes rêves de devenir psychologue dans le milieu scolaire.
Mais la vérité, je la connais. J'arrête mes études pour ne pas affronter cette peur panique qui m'étreint lorsque je rentre dans un amphi. Pour ne pas avoir à affronter le regard des profs pendant l'oral des exams. Et, comble de tout, par peur de réussir. D'autres ont la peur de l'échec, moi c'est la réussite qui me fait peur. Et si je valais mieux que ce que je pense de moi? Et si j'allais réussir là où je me crois incapable?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ma TS, c'était un moyen de fuir. Je m'en relève, plus réaliste que jamais. Je m'installe dans un équilibre que je sens précaire, fragile. Les premiers mois, la première année se passe dans la peur de rechuter, dans l'angoisse de retomber du mauvais côté. Je m'accroche. J'élimine ce qui pourrait me laisser supposer que je suis sur le fil. Je refuse de penser à l'échec.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je m'installe à nouveau à Toulouse, mon ami travaille, moi je vais de petit boulot en petit boulot. J'accepte tout ce qui passe. Bouger, occuper mon espace, mon temps, pour penser le moins possible. Dès que je ne travaille pas, je sens sur moi le poids de la culpabilité de n'être pas grand chose, qu'un boulet qui ne s'assume pas. Alors les boulots se succèdent, la plupart du temps au noir, et mal payés.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quelquefois, je me dis que ma vie ne peut être là. Et j'ai des envies d'ailleurs. Je suis bien avec mon petit ami, et pourtant je me dis que mon avenir sera tout autre.
Malgré tout je m'attache de plus en plus à Toulouse. J'aime cette ville et je ne me vois pas vivre loin d'elle.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un jour, arpentant ses vieilles rues, sur le bord de la Garonne, je passe à côté d'un refuge. Je rentre, avec la ferme intention de repartir avec un chien. Il y en a des tas, derrière les barreaux, qui aboient et frétillent de la queue. Des tas, sauf toi. Toi, tu restes au fond de la cage, dans un coin, tout seul, loin des autres. Mes yeux croisent les tiens. C'est toi que je choisis.
Je vais te baptiser Sampa et nous marcherons côte à côte pour les 10 prochaines années.
Avec toi, je vais porter mes pas  le long des quais, près du canal du midi. Et puis dans les ruelles des quartiers reculés. Nous allons sillonner Toulouse la belle en tout sens. Tu m'as adopté aussi vite que je t'ai choisi. Tu adaptes tes pas aux miens et j'adapte les miens à ma ville rose.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1981: suite et fin</title>
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    <pubDate>Tue, 15 Apr 2008 20:26:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>cassymary</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1981</category>    
    <description>    &lt;p&gt;On ne veut pas mourir. On appelle au secours. La balance penche à sa guise du côté de la vie ou de la mort.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour moi, elle a penché du bon côté.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Hôpital, lavage d'estomac, soins intensifs.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;A l'époque, on ne s'embarrasse pas de bons sentiments, ni de discours convenu, et encore moins de psychologie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On accomplit les gestes qui sauve, sans ménagement, pour bien marquer l'absurdité du geste. Pour faire passer l'envie de recommencer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le tuyau ne rentre pas par la bouche? Pas grave, on va l'enfoncer, avec force et détermination, par le nez.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et pendant que des litres d'eau inondent mon estomac, on me maintient bras et jambes pour éviter que je me débatte. J'entends dans une semi-conscience: « Ça fait mal? Tant mieux. Comme ça, t'auras pas l'idée de recommencer!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On me réveille à coup de baffes quand je m'endors. Je ne comprends pas leur acharnement à me faire mal, cette brutalité et ces reproches. On m'engueule comme on le ferait avec un enfant qui vient de casser son jouet.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai essayé de mourir et je me fais « engueuler ». Quel paradoxe! Quelle façon de me redonner goût à la vie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Encore une fois, je suis loin, bien loin de tous ces gens qui croient tout savoir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On ne veut pas mourir. On appelle au secours. Et là, en l'occurrence, personne ne me répond!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;A mon réveil, je suis déterminée à m'en sortir, sans eux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je refuse les médicaments. Je refuse l'internement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Après un semaine d'hôpital, je rentre chez moi. Et la première chose que je fais, c'est arpenter toutes les rues de ma petite ville. Le regard de l'autre qui sait, parce que dans les villages, on sait tout, très vite, ce regard que je fuis la plupart du temps, j'ai décidé de le soutenir. C'est un défi que je dois gagner, je le sens, si je veux passer à autre chose.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;1981 se termine sur un constat d'échec malgré tout. Je n'ai pas passé ma licence, je vis de petits boulots, je suis chez mes parents, je cherche les forces nécessaires pour affronter à nouveau l'extérieur. Question de temps.....&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1995: La Langue de l'Autre</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/04/12/1995%3A-La-Langue-de-lAutre</link>
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    <pubDate>Sat, 12 Apr 2008 13:57:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>ada</dc:creator>
        <category>de 2006 à 19xx</category>
        <category>1995</category>    
    <description>    &lt;p&gt;-         Pourquoi est-ce que tu ne veux pas me parler en turc ?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;me demande une nouvelle fois en français mon fiancé arméno-franco-turc.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;-          Pourquoi ? Je ne sais pas moi pourquoi !  Parce que le turc c’est la langue de ma mère, parce que je ne veux pas lui ressembler moi qui lutte pour prouver ma capacité d’indépendance. Parce que le turc que tu parles me parait dur ?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;-          Comment ça « dur » ?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;-          Oui, tu as raison, « dur » n’est pas le bon terme. En fait le mot en français qui me vient à l’esprit c’est « plouc » mais bon je ne peux quand même pas te dire ça ? Alors que je sais consciemment que tu as eu du mérite à apprendre le turc. Mais tu l’as appris à l’armée, alors forcément tu le parles avec le même accent rugueux que les ouvriers qui me sifflent quand je me balade seule dans les rues d’Istanbul. C’est insupportable ça pour moi ! Quelle idée aussi de faire l’armée en Turquie quand on n’y est pas du tout obligé, quand on est de nationalité française, qu’on a une mère arménienne et qu’en plus on est antimilitariste ! Tu es complètement fêlé mon amour et puis moi j’aime le français.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;-          Tu exagères, c’est faux je n’ai pas d’accent quand je parle turc.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ah ! Mon fiancé arméno-franco-turc et les heures de conversations délirantes que nous eûmes tous les deux dans une totale incompréhension l’un de l’autre, enferrés que nous étions tous deux dans les représentations qui nous dépassaient (moi plus que lui d’ailleurs). Nous essayâmes un temps de soigner notre incapacité à communiquer dans la langue de nos pères en ayant recours à la  langue supposée de nos aïeux, et c’est ainsi que nous allâmes nous perdre trois mois durant sur les routes du Turkestan : sans succès, j’étais hermétique au Kazakh, et encore plus à l’Ouïghour parlé en Chine. Eventuellement je voulais bien apprendre un peu de russe : ce qui ne nous avança pas beaucoup. En plus, durant ce voyage, entre deux disputes,  je passais mon temps à l’énerver en reluquant les enfants, et refusant de faire l’amour avec lui, pressentant sûrement que des enfants, nous n’en aurions jamais ensemble.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;13 ans plus tard, je continue à nous trouver pathétiques.  13 ans plus tard, malgré la difficulté que j’eus à me séparer de lui et de mon idéal d’un couple transcendant les inimitiés de nos peuples, et nos propres difficulté d’être, je ne peux m’empêcher de penser que je ne pouvais que l’aimer follement, lui et ses contradictions, lui et ses douleurs, lui et sa curiosité sans limite, sa soif absolue d’apprendre de nouvelles langues, lui, ses mensonges, sa sincérité, son intelligence si tranchante et si pleine de circonvolutions.   Lui, mon alter-ego, avec lequel bien entendu je ne pouvais pas vivre.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1995-18 ans. Toute première fois toutoute première fois…</title>
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    <pubDate>Thu, 27 Mar 2008 11:59:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>shayalone</dc:creator>
        <category>de 2006 à 19xx</category>
        <category>1995</category><category>à 18 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Deux mois qu’on se prélasse au bord de la piscine, qu’on couvre plusieurs fois par jour d’huiles et de crèmes nos deux corps…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je connais son dos par cœur, la naissance de ses seins, la courbe de sa nuque, celle de ses fesses… Je dépasse tous les jours un peu plus les limites de la bienséance, et elle me laisse faire, invariablement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le soir elle va coucher avec mon cousin, et reviens dormir avec moi, me câlinant. Comme si elle devait se faire pardonner… Mais de quoi donc, Em’, de quoi donc ?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;21 aout. On a tous dormi chez Flo, et nous sommes seules dans ce bureau où on a déplié un canapé lit. Ce matin, elle a 18 ans, et je brûle.
Je commence à la caresser, sans l’excuse du soleil, de la crème.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Elle dort. Ou fait comme si. Je vais exploser. Ma main dévie, légèrement, tout doucement, et le bout de mes doigts effleure le bord de son sein. Je remonte, redescend, passe sur sa fesse, glisse un de mes doigts sous l’élastique de sa petite culote. Je vais exploser. Lui sauter dessus, fondre en larmes, je ne sais pas, c’est trop, trop fort…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sa chair dorée se laisse faire sous mes doigts… Dort-elle ? Mon visage se rapproche, au dessus de son épaule, regarder dormir la belle à mes côtés… sentir ma chair contre sa chair, la chaleur de ce corps qui m’enivre autant qu’il me terrifie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Elle ouvre un œil en coin, me regarde, et le referme. Se laisse faire, mais ne fait rien. Je continue, je m’enhardis toujours plus loin sur sa fesse, repoussant le bout de tissu qui fait mine de la couvrir. Je m’enhardis jusqu’à ce que la peur me gagne, et je m’arrête net.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sommeil, sans doute agité, et réveil officiel, comme si de rien n’était. Oubli.
&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;_
Deux ans plus tard, j’apprendrais qu’elle avait envie de coucher avec moi. Mais qu’elle a vu dans mes yeux ce matin là que quelque chose avait changé. Que j’étais amoureuse.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1996 - 18 ans L’année des 12 singes</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/03/18/1996-18-ans-Lannee-des-12-singes</link>
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    <pubDate>Tue, 18 Mar 2008 12:59:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>shayalone</dc:creator>
        <category>de 2006 à 19xx</category>
        <category>1996</category><category>à 18 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Fin de PCEM1. Je travaille l’argile quand la belle Aude me rappelle à l’ordre. C’est samedi, c’est la Gay Pride. C’est samedi, je suis lesbienne, je l’ai dit à mes amis. C’est samedi, et Aude me rappelle que je dois aller à la Gay Pride me faire de nouveaux amis, des qui soient comme moi, homosexuels.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je mets ma plus belle robe, coiffe mes longs cheveux, et marche jusqu’au Peyrou. Une foule bariolée est là, danse, court, crie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je marche. Seule, ouvrant grand mes yeux, souriant à tous ceux dont je croise le regard. Il y a un groupe d’hommes avec une fille. Une qui me ressemble, assez mignonne, de longs cheveux, et une robe. Et un énorme appareil photo. C’est pour ça qu’elle est là. Prendre des photos. Hétéro. Evidemment, elle me ressemble. Et je ne ressemble pas aux lesbiennes, mon coloc, qui s’y connaît, honteuse qu’il est, me l’a assez répété toute l’année.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un groupe de filles traverse la marche en hurlant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jeans déchirés et délavés, t-shirts blancs noués, cheveux courts en bataille, pas de doute. Mais jamais je n’oserais leur parler, surtout après le vent de la photographe… j’aurais juste aimé ne pas marcher seule !&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je marche. Seule, et en colère lorsque le die-in silencieux est pollué par les vociférations d’un militant contre le Sida qui insulte les médecins, d’autant plus injustement qu’à Montpellier, justement, les médecins ne sont pas comme il le décrit, ce connard parisien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On se reverra d’ailleurs l’année d’après, rue Keller, numéro 3, où il m’accueillera au CGL, se présentant comme une folle de droite. Parce que je suis la seule fille, je me retrouve à faire ma première interview avec lui, pour une radio communiste. La folle de droite et la gouine de gauche. Et une très jolie journaliste.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je rentre chez moi, et retrouve Aude, toute excitée, qui attend le récit de mes aventures.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Premier numéro de Têtu. Spécial Montpellier. Je l’achète en tremblant à La civette, craignant d’être foudroyée sur place. Je pars comme une voleuse et m’installe sur l’esplanade pour le lire. J’y découvre nombre de personnages qui vont bientôt entrer dans ma vie, pour le meilleur et pour le pire. Et le CGL de Montpellier, créé un an plus tôt, à qui la mairie va désormais fournir un local.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Fermé pour l’été.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La rentrée est là, j’habite à 500m du local. Je n’ose jamais m’arrêter. Je passe, une fois, deux fois, trois fois, quatre, cinq… j’achète mon pain à des heures improbables pour être seule dans la rue et pouvoir lire les horaires… je n’y arrive jamais !&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Sauf que ce jour là, la porte est ouverte. Je passe devant en allant à la boulangerie. Je sais que si je ne rentre pas là, je ne rentrerai jamais.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J’entre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L’aventure commence.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1997 - 22 : Mariage</title>
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    <pubDate>Wed, 05 Mar 2008 23:18:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>lilylalibelle</dc:creator>
        <category>de 2006 à 19xx</category>
        <category>a 22 ans; 1997</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Je me suis mariée comme j'ai fait des enfants&amp;nbsp;: sans me poser de questions (ce qui ne veut pas dire sans réfléchir !) . J'aurais peut-être du m'en poser avant, mais c'est un autre débat. Dans ma tête, la question ne se pose (ne s'impose) pour l'instant pas à moi. C'est dans la logique de mon chemin jusqu'à présent, voilà tout Je ne vais pas au-delà dans ma réflexion - et peut-être bien parce qu'inconsciemment je sais que si je vais au-delà, je ne l'aurai pas fait. Non seulement je ne me serais pas mariée, mais sans doute que j'aurais aussi quitté celui qui est mon mari aujourd'hui. Ceci dit, je ne le regrette pas non plus.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il a, à mes yeux de jeune fille, toutes les qualités pour faire un bon mari&amp;nbsp;: il n'est pas fainéant, il est bricoleur et, donnée non négligeable, il est amoureux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;Ce qui est assez symptomatique de ce caractère logique, voire &quot;normal&quot; ou même attendu de notre union, c'est que nous ne sommes jamais demandés officiellement en mariage. J'aurais bien aimé, pourtant, une vraie demande, dans les formes, avec la bague et tout. En fait, un jour nous nous sommes dit &quot;quand est-ce qu'on peut se marier cette année ?&quot; et on a fixé la date. C'était parti.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Huit jours après, j'avais acheté ma robe (c'est pas de ma faute, j'ai flashé sur la première que j'ai essayé et elle était soldée !). Mais pour le plaisir des grandes robes, j'ai fait quand même tous les autres magasins de la ville les semaines suivantes pour en essayer d'autres. Heureusement, je suis restée sur mon premier choix.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne suis pas croyante mais j'ai tenu à ma cérémonie à l'église. Plus pour marquer le côté solennel de ce que je faisais que pour le reste. A l'époque, la cérémonie civile n'existait pas vraiment (pas dans ma campagne en tout cas) et je ne voulais pas me contenter de la lecture du Code civil et de la signature des actes à la mairie. Je voulais aussi faire part aux gens qui me sont chers que je ne m'engageais pas pour du beurre, enfin bref&amp;nbsp;: être prise au sérieux. C'est vrai que mon chéri et moi avons longtemps été le petit couple de gamins amoureux. C'était une façon pour nous d'entrer dans le cercle des adultes, en quelque sorte.
La journée fut une grande fête avec les familles réunies. En fait, la noce a duré trois jours...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et ça dure depuis dix ans cette année...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1998 - 23 : Coup(é)e du monde</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/02/27/1998-23-%3A-Coupee-du-monde</link>
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    <pubDate>Wed, 27 Feb 2008 23:21:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>lilylalibelle</dc:creator>
        <category>de 2006 à 19xx</category>
        <category>1998; a 23 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;J'ai longtemps bloqué sur mon caillou 1998, cherchant ce qui avait pu me marquer cette année-là et ne voulant pas écrire, comme Louis XVI dans son journal au soir du 14 juillet 1789 &quot;Rien&quot;. Mais c'était pourtant presque une année &quot;pour rien&quot;&amp;nbsp;: je  prolongeais mon stage à l'INRA à mi-temps en terminant ma maîtrise de communication et mon mémoire. Je postulais au poste de chargée de communication de l'école d'agronomie (dont le président était le même que celui du centre où je faisais mon stage) mais ce dernier a du avoir peur de ma complicité professionnelle avec ma tutrice de stage - qui m'a énormément appris sur le métier que j'exerce aujourd'hui, dans d'autres conditons.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai terminé l'année par une inénarrable expérience professionnelle dans une boite de transports routiers, petit job d'été qui consistait à éditer des kilomètres de factures sur une immense imprimante à aiguilles qui plantait les trois-quarts du temps. Je passais donc mon temps à discuter avec l'écran de config de la bécane. Passionnant, quoi.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai passé mon entretien de recrutement à la mairie où j'allais travailler à partir de 1999 le 19 décembre&amp;nbsp;: c'était un samedi matin et la commune célébrait le solstice d'hiver avec un concours de scupltures sur glace dans la cour du château qui abritait la mairie. Dans mon sapin de Noël, cette année-là, il y avait ma lettre d'embauche, datée du 24 décembre...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;La chose marquante, tout de même, c'est la coupe du Monde de foot en juillet, qui a réveillé mes souvenirs de supportrice (amateur) quand j'étais lycéenne et que je regardais les matchs avec les garçons à l'internat pendant que les filles se vautrait devant un film de Patrick Bruel. Nous avons regardé la première mi-temps de la finale chez... Pizza Hut, où nous devions récupérer à manger avant d'aller regarder le match chez des copains. Pile quand on a posé nos fesses dans la voiture, Zidane a marqué le premier but !&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous avons terminé dans un concert de klaxon sur la route du retour (d'habitude dix minutes entre le domicile des copains et le nôtre) qui s'est éternisée sur deux heures, mais avec une vraie joie et une sorte de ferveur qui me donne toujours des frissons quand j'y repense. Le lendemain, la ville organisait son traditionnel feu d'artifice de la Fête Nationale, mais le spectacle pyrotechnique qui célébrait le centenaire de l'abolition de l'esclavage paraissait austère face aux hymnes improvisés à la gloire de l'équipe de France.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1997 Tu seras docteur ma fille</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/02/17/1997-Tu-seras-docteur-ma-fille</link>
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    <pubDate>Sun, 17 Feb 2008 23:09:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>shayalone</dc:creator>
        <category>de 2006 à 19xx</category>
        <category>1997</category><category>à 19 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Episode I:
J'ai rencontré Alexandra la veille. Partie au matin, elle revient à midi me chercher, m'expliquant qu'elle a quitté sa copine et son copain et qu'elle aimerait me présenter à ses amies.
15h30, je vais le coeur battant voir mes résultats.
43
sur 1600.
pour 120 places.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y a deux jours, je pleurais sur une marche à la fac, sur ma solitude, ma nullité. Aujourd'hui, il fait drolement beau dans ma vie.
J'appelle ma mère, la biologique.
J'appelle mes mères, les identitaires. Adèle est choquée que j'ai déjà couché avec Alexandra, quelques heures après l'avoir accueillie et m'être fait sauvegement draguée... Mais elle aussi est fière de moi.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Episode II:
Je suis toujours avec Alexandra. C'est l'été. Elle vit enfermée chez ses parents et m'appelle en cachette quand elle va acheter du pain. Je sais qu'ils la maltraitent et je fulmine qu'elle accepte ça. Toute à notre histoire, elle n'a pas beaucoup bossé. Elle a eu son concours de sage-femme, mais à Nimes, pas à Montpellier. Moi j'ai continué jusqu'au concours, réglée comme une horloge. de 8 à 22h, je bosse, puis je sors et on fait l'amour jusque vers une heure. A 7h, le réveil sonne, je saute dans la douche, elle me beurre les tartines que je mangerai dans l'amphi. Le mercredi pm, je fais l'accueil au CGL, le vendredi et le samedi soir, je vais en boite.
L'heure des résultats est là.
41°. Je suis constante, c'est le moins qu'on puisse dire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je vais pouvoir rendre ma place en Dentaire, acquise l'an dernier, 151° en cinq semaines de boulot...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je viens de réussir mon concours de PCEM1.
J'ai le choix d'aller à Montpellier ou à Nimes, moi.
Rester avec mes amis ou suivre mon amour qui n'assume pas?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&quot;Si tu te poses seulement la question, c'est que tu as la réponse&quot; me dit simplement ma soeur, pour une fois de bon conseil.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce sera montpellier, alors. Médecine, me voilà!&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1998 Décidée</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/02/10/1998-Decidee2</link>
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    <pubDate>Sun, 10 Feb 2008 21:44:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>shayalone</dc:creator>
        <category>de 2006 à 19xx</category>
        <category>1998</category><category>à 20 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;C'est ainsi qu'on m'appelle. C'est ainsi qu'Il m'appelle, Sensible. Sensible et décidée, c'est le couple présidentiel infernal. Avant lui, mon surnom, c'était Domina. Mais là il n'avait pas de place. On se complète, on s'adore, enfin surtout lui. Moi je l'aime bien, mais ça reste un garçon, je ne peux guère lui rendre la passion qu'il me voue.
Je ne peux guère rendre quoi que ce soit à qui que ce soit.
Je m'arrache les tripes au quotidien, parce que c'est tout ce que je sais faire. Ce n'est pas par bonté d'âme ou par altruisme. C'est juste mon destin, et j'y cours, décidée. Mais je donne ce que j'ai , et je deteste qu'on me demande, qu'on exige, qu'on m'aliène.
Parce qu'en vrai, décidée va mal. mais elle n'a pas le logiciel pour le dire. Alors les relations proches de sensible, c'est insupportable.
Plus il s'approche, plus je me révolte. Jusqu'à mordre.
Décidée a les crocs aussi pointus qu'elle a les mains douces.
Sensible est déchiré.
J'ai trop de colère pour me sentir coupable. L'intrusion affective. Insupportable.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je n'ai pas beaucoup changé.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1998 Décidée</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/02/10/1998-Decidee</link>
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    <pubDate>Sun, 10 Feb 2008 21:44:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>shayalone</dc:creator>
        <category>de 2006 à 19xx</category>
        <category>1998</category><category>à 20 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;C'est ainsi qu'on m'appelle. C'est ainsi qu'Il m'appelle, Sensible. Sensible et décidée, c'est le couple présidentiel infernal. Avant lui, mon surnom, c'était Domina. Mais là il n'avait pas de place. On se complète, on s'adore, enfin surtout lui. Moi je l'aime bien, mais ça reste un garçon, je ne peux guère lui rendre la passion qu'il me voue.
Je ne peux guère rendre quoi que ce soit à qui que ce soit.
Je m'arrache les tripes au quotidien, parce que c'est tout ce que je sais faire. Ce n'est pas par bonté d'âme ou par altruisme. C'est juste mon destin, et j'y cours, décidée. Mais je donne ce que j'ai , et je deteste qu'on me demande, qu'on exige, qu'on m'aliène.
Parce qu'en vrai, décidée va mal. mais elle n'a pas le logiciel pour le dire. Alors les relations proches de sensible, c'est insupportable.
Plus il s'approche, plus je me révolte. Jusqu'à mordre.
Décidée a les crocs aussi pointus qu'elle a les mains douces.
Sensible est déchiré.
J'ai trop de colère pour me sentir coupable. L'intrusion affective. Insupportable.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je n'ai pas beaucoup changé.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1972-Sous le manteau</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/02/08/1972-Sous-le-manteau</link>
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    <pubDate>Fri, 08 Feb 2008 23:27:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>anita</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1972</category><category>9 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;En 1972, j'ai neuf ans, et Tulving pose cette année là, dans un article qui fit sensation, les bases de la théorie de la mémoire épisodique. A cette époque, je m'en bats l'oeil. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y a un mur. Haut et long. Dans ma mémoire, oui, celle-ci justement, il me semble éternellement chauffé à blanc, outrageusement vertical, menaçant. La rue est droite, interminable sans repli ni cachette, et ma silhouette se dessine sur ce mur comme une cible. Je vais me dissoudre avant d'arriver, je vais me volatiliser, c'est sûr, alors comme tout le monde en pareil cas, je marmonne, j'enfonce mes ongles dans ce qui peut faire assez mal, et surtout, surtout, je pose mes pieds selon des rites compliqués, ballet d'angoisse, conjurations haletantes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Rarement, j'aurai l'idée de traverser la rue, pour longer les innocents pavillons d'en face, et cela seul dit  combien cette petite fille n'allait pas bien.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Transplantée, dessaisonnée, vulnérable, aux prises avec les ironiques défenses de ma famille,  je me cogne aux parois comme un papillon dans une bouteille, j'explose en colères qui me fragmentent un peu plus, et me disqualifient lors de ces curieuses bourses aux Affaires Familiales que sont les Déjeuners du Dimanche. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors, il y a d'autre murs. Sur ceux là, des livres, quantité de livres, et personne ne m'en limite l'accès. Et dans ceux-ci, murs d'une ancienne maison de Frères Maristes reconvertie en école pour grandes personnes, une porte dont je connais la clé. Le wwek-end, la plupart du temps, l'école est déserte, et me livre d'immenses couloirs et une odeur incomparable de tabac à pipe et de patchouli. Et le bruit de mes pas dans ces salles vides qui gardent les traces d'une activité humaine frénétique, cendriers débordants, affiches multiples, injonctions obscures (Pour &quot;pratiques interculturelles&quot;, voir Jeannine et Robaï avant décembre) et fonds de verres en sédiments étranges. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Au dessus un grenier, dont je pense que la plupart des adultes ignorait l'existence. Des livres encore, énormes et illisibles, des vies de Saints aux angles rongés, une poussière dansante à chaque pas, et des amas d'anciens habits sacerdotaux, dont j'ignorais totalement l'usage et dont les couleurs me transportaient.(Oui, oui, à neuf ans, on voyage très bien en habits sacerdotaux) &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Là, je lisais, jouais, me jouais, tranquille et grandiloquente, à l'abri.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce fut mon seul grenier. Le jour où l'on m'y découvrit, drapée dans une chasuble violette et parlant tout haut à mon reflet, il perdit définitivement son rôle de havre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne me contorsionne plus pour mettre les pieds sur les interstices du trottoir, mais voyez-vous, je voyage encore sous des habits d'emprunt. C'est sous le manteau d'Anita que ma mémoire épisodique me restitue la petite fille qui s'asphyxiait sous le soleil et respirait sous le brocart poussiéreux. Si j'avais su, j'aurais pris quelques minutes pour lui dire qu'un jour, elle en émergerait.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1989:3</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/02/07/1989%3A3</link>
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    <pubDate>Thu, 07 Feb 2008 00:09:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Johann</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1989</category><category>à 3 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Premier janvier. Le réveillon. Papa n’est pas là. Aucun souvenir de
ma part. Ma mère se sent un peu mal. Elle n’a jamais tenu l’alcool.
Mais, problème : elle est enceinte de sept mois - son réveillon, c’est
au jus de pomme qu’elle le fête. Champs sur Marne, un premier de l’an,
c’est désert, surtout lorsqu’on accouche sans son mari avec deux mois
d’avance. Sans doute les huîtres qui n’étaient pas fraîches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon petit frère est né à Brou-sur-Chantereine, Seine-et-Marne, le 2
janvier 1989. Il était si rapide que ma mère ne le sentit presque pas
passer : d’après elle, la sage-femme l’a attrapé au vol. C’est quand
même fort, de commencer sa vie sur Terre en boulet de canon, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers temps sont difficiles et en couveuse, et il restera de
santé fragile pendant quelques temps, puis finalement, deviendra comme
moi : en bonne santé, et vivace. Il nous faudra des années pour voir
apparaître nos différences génétiques. On se ressemble. Les frères
Grimm, c’est prédestiné.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas si mes parents ont un jour pensé à un troisième. Une fille ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>1981 (1ere partie)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/02/05/1981-1ere-partie</link>
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    <pubDate>Tue, 05 Feb 2008 20:18:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cassymary</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1981</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Les mois passent. Janvier, février (mon petit ami part à l'armée), mars, avril. Je tente de garder la tête hors de l'eau, de ne pas me laisser envahir par cette marée noire qui embrume mon esprit et noircit mon futur. J'essaie de me convaincre que demain, ça ira mieux. Mais le lendemain arrive, et je ne vais pas mieux.
J'ai toujours l'impression d'un mur infranchissable devant moi.
J'ai toujours le sentiment que de l'autre côté de ce mur, il y a la vie, il y a l'espoir.
J'ai toujours cette sensation qu'il n'y a aucune porte à franchir, il faut que ce mur s'écroule, d'une façon ou d'une autre, pour me libérer de cette prison.
Je parle de mur, parce que je vivais réellement les choses de cette façon. Un mur, immense devant moi, qui m'empêchait d'agir, de penser, d'espérer à un lendemain.
Je me forçais à continuer à aller en cours. C'était l'année de la licence. Mais les cours devenaient de plus en plus difficiles. Je me souviens cette étau qui enserrait mon coeur lorsque l'amphi était bondé. Puis même lorsqu'il était à moitié vide. Et puis juste au début du cours, et enfin avant même d'avoir franchi la porte d'entrée.
Je me souviens de ces maux de têtes qui me terrassaient, ses migraines qui embuaient mon cerveau dès que j'arrivais dans cet appartement qui me donnait la nausée, dans cette chambre où je me sentais si mal, avec des colocataires dont je me sentais si étrangère.
Parler me demandait un effort. Et finalement être avec les autres devenait une souffrance. Irrémédiablement, je glissais dans un puits sans fond,.
Le seul endroit où je me sentais en sécurité était ma chambre d'enfant. Je rentrais de plus en plus souvent chez mes parents, j'y restais de plus en plus longtemps. Je communiquais de moins en moins, m'enfermant sous prétexte de travailler mes exams, alors que je ne voulais que réduire mon espace.
Je cherchais une solution pour casser ce mur d'angoisse qui me faisait face. Je pensais que la solution était en moi, que je devais décortiquer le moindre de mes actes, la moindre de mes pensées, me reconditionner, changer ma façon de penser et enfin trouver la solution.
J'ai espéré quelques mois, et puis quand mon espace a été réduit au minimum, j'ai compris que j'avais perdu la bataille. Je n'ai plus eu la force, je n'ai plus eu envie. J'en étais arrivée à la conclusion que la vie n'était pas pour moi. Que ce mur, je ne pourrais le franchir qu'en me libérant de tout ce qui m'entourait. Jeter l'éponge, mais gagner la dernière bataille: mourir quand je le voudrais, me libérer le moment choisi.
La solution était trouvée: le suicide.  J'en étais convaincu,  il fallait que je trouve le moyen , le moment, et surtout le courage. Pendant des semaines je me suis convaincue que je devais le faire, me traitant de lâche lorsque j'avais peur. Je n'arrivais pas à m'y résoudre parce que le courage me manquait. Ce que je cherchais, ce n'était pas de ne plus vivre, c'était de ne plus souffrir. Toute la différence était là. La mort comme solution à la souffrance, et non pas comme le désir de ne mettre un terme à ma vie.
Et puis il y a eu cette lettre, celle qui m'a permis de passer à l'acte, celle qui me donnait un alibi. Celle qui me permettait de trouver LA raison valable pour ceux qui resteraient. Une lettre de rupture de mon ami. Tout était en place: le moment, la raison, le courage.
J'avais accumulé quelques boites de somnifères et d'anxiolitiques, que m'avaient prescris les médecins successifs que j'avais été voir. Je n'ai même pas choisi le moment. C'est venu comme lorsqu'on à une envie pressante. Il fallait le faire, à ce moment là. Je suis allée dans ma chambre avec une bouteille d'eau. J'ai posé la lettre bien en évidence sur le lit et j'ai commencé à avaler les cachets, l'un après l'autre. A mesure, je me disais: &quot;Ce n'est pas la solution! et je pleurais. Je me répétais: mais elle est où la solution? Je voulais juste trouver les mots pour dire que je suis mal dans cette vie, que tout ce qui m'entoure m'étouffe, me fait peur, que je ne veux pas vivre avec cette angoisse en permanence. Je voudrais hurler que quelqu'un quelque part m'entende et m'aide, me réconforte, m'aide à surmonter cette peur.
Je pleurais, sur moi, sur cette incapacité à communiquer. Je ne voulais plus mourir. Je voulais juste que ça s'arrête!
Mais je ne voulais pas revenir en arrière. Ce geste fou, il fallait le laisser aller à son terme. Il n'y avait pas d'autre choix.
C'est la première fois que j'en parle. J'ai eu honte tellement longtemps après. Et puis j'ai passé des années à nier la gravité de mon geste. Comme si mon acte à moi ne devait pas être reconnu.
Mon entourage a mis ce geste sur le compte d'une déception amoureuse. J'en ai été blessée, pendant longtemps. J'ai voulu un jour expliquer que ma souffrance était ailleurs, bien avant. Mais je n'ai pas su trouver les mots. Alors je me suis tue, et mon geste me paraissait presque ridicule dans ce contexte là.&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;On ne veut pas mourir. On appelle au secours. La balance penche à sa guise du côté de la vie, ou de la mort.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>1975 : 5 ans - je sais lire</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2008/02/05/1975-%3A-5-ans-je-sais-lire</link>
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    <pubDate>Tue, 05 Feb 2008 00:38:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>eleonor</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1975</category><category>5 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Frère Aîné n'habite plus avec nous, sommé de s'assumer seul puisqu'il ne veut pas étudier et qu'il est déjà majeur. Il travaille comme livreur chez Danone et nous rapporte des quantités énormes de yaourts et petits suisses. Ça, j'en mange. J'ai arrêté la Blédine, c'est pour les bébés (et je suis grande puisque je fais déjà 10 minutes de violon par jour), pour diversifier un peu mon alimentation&amp;nbsp;: coquillettes, œuf à la coque et petits suisses constituent une base saine et variée que relèvent parfois croûtes de gruyère et épluchures de pomme.
Un soir, maman interrompt la lecture de la sacro-sainte histoire et me dit &quot;Vas-y, continue&amp;nbsp;! &quot; et je continue. Normal, je sais lire. Personne ne m'a appris, je sais lire, c'est tout. A la maternelle, c'est royal, quand notre institutrice (une grande jeune femme un peu forte et drôlement sympathique) initie les enfants à la découverte de la lecture, j'ai le droit d'aller me vautrer dans les coussins avec un bouquin. Un petit garçon voudrait bien m'y rejoindre, mais lui doit apprendre à lire d'abord… Je n'ai pas encore le droit de poser tous les doigts sur les cordes de mon violon, je m'impatiente…On continue de passer toutes les vacances scolaires en Bretagne, on part chaque fois en train de nuit avec le Lyon-Quimper, la famille occupe un compartiment entier, sans mon père qui nous rejoint parfois en voiture. Mon père travaille tout le temps, on ne le voit jamais, il rentre tard le soir, souvent énervé, et les enfants doivent avoir dîné et être au lit - ou dîner avec les parents, mais les laisser parler &quot;de choses sérieuses&quot; (autre règle avec celle de &quot;l'intérêt général&quot;). Dans le train, le pique-nique traditionnel qu'on préfère, c'est&amp;nbsp;: crêpes en sachet + Vache-qui-rit. Parfois, je pleurniche de ne pas pouvoir faire comme mes Aînés&amp;nbsp;: ils se couchent tard, vont à l'école de voile, font du camping sauvage, des ballades à vélo, des boums de fin d'année…à chaque demande, la même réponse &quot;quand tu seras grande&amp;nbsp;! &quot;. Il me tarde terriblement de grandir, même si je commence à saisir que mes Aînés auront toujours une avance irrattrapable sur moi. Je commence à (me) poser beaucoup de questions, sur l'univers, le sens de l'infini &quot;mais alors, si la Terre est dans le système solaire qui est dans la galaxie qui est dans l'espace, l'espace, lui, il est dans quoi ?&quot;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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