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  <title>Petits cailloux et ricochets</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Sat, 14 Jan 2012 07:20:58 +0100</pubDate>
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    <title>11 : 1974 - 1975 le collège enfin, plus de piscine mais un peu de liberté</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2012/01/01/11-%3A-1974-1975-le-coll%C3%A8ge-enfin-et-la-libert%C3%A9</link>
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    <pubDate>Sun, 01 Jan 2012 17:29:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>gilda_f</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1974</category><category>1975</category><category>à 11 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;lieu(x) d'habitation&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Taverny (95)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;logements&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.fotolog.com/gilda_f/21710718&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;petits pavillons en série&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mon entrée au collège fut pour moi un bonheur. J'avais lu et relu la fin du livre de Marcel Pagnol &quot;Le temps des secrets&quot; et je piaffais presque d'impatience, très déçue qu'on ne se coltine plus si tôt avec le latin. Mais j'avais allemand à la place (1) et c'était déjà chouette, Gerd und Traudel d'une méthode de langue aux photos délicieusement désuètes étaient mes nouveaux amis.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La journée variée, rythmée de déplacements d'une salle à l'autre, me convenait.
Une fois par semaine, je crois le lundi, je finissais à 13 heures et j'adorais cette après-midi de liberté d'autant plus qu'elle m'accordait quelques moments seule dans la maison, privilège qui auparavant ne m'arrivait presque jamais étant donné que ma mère faisait &quot;femme au foyer&quot; et que j'avais mes bonnes grosses journées scolaires plus longues que le temps que lui prenaient les courses à faire et ses activités (la gymnastique, le tennis ma mère tentait de ne pas se laisser aller). La plupart du temps je l'employais à m'avancer dans mon travail scolaire. Je n'aimais rien tant que n'avoir rien en suspens dans mon cahier de texte et pouvoir ainsi ensuite consacrer tout mon temps restant à lire ou jouer. Je jouais beaucoup avec des animaux en plastique qui servaient de support à des scénarii élaborés. C'est en 6ème qu'ils ont pris des noms, et que je les ai doté d'un univers appelé le parc. Une sorte de savant fou mais qui n'était incarné par aucune figurine (2) avait su mettre au point une opération qui permettaient aux animaux d'avoir une connexion dans leur cerveau aussi efficace que celle des humains. Les heureux élus vivaient dans ce parc, mais vis-à-vis du monde extérieur il ne s'agissait que d'une sorte de Thoiry amélioré, car si ça s'était su ils n'auraient pas pu continuer à vivre en paix.
Les quelques fois où en ouvrant la porte de ma chambre ma mère m'a surpris à jouer, elle s'est moquée. Comme elle se moquait lorsqu'elle me voyait tenir un journal, ce qu'à partir de la 5ème j'ai fait avec une impressionnante régularité. &quot;Tes mémoires&quot; elle disait et ma petite sœur renchérissait. Comme je ne me laissais pas faire (je continuais imperturbablement), je ne me suis pas rendue compte qu'on me rabotait les ailes, que ça me bouffait de l'énergie de devoir résister au lieu que d'être portée par des encouragements, ne l'ai compris que plus de 20 ans après. Trop tard&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Donc ce lundi (admettons que c'était bien le lundi) c'était l'occasion de pouvoir &quot;jouer aux animaux&quot; sans me faire polluer l'air ou perdre le fil par quelqu'un de la maisonnée. La porte de ma chambre ne fermait pas à clef.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'allais au collège en vélo. C'était être devenue grande. À l'école primaire on allait à pied, peut-être même qu'il n'y avait pas de garage à vélo (?). Ou en voiture quand les parents accompagnaient. Au collège en vélo. Au lycée en mobylette. C'étaient les étapes du grandissement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quand le temps était trop pourri ou que j'étais trop enrhumée, ce qui arrivait souvent, ma mère s'efforçait de m'accompagner en voiture. Elle ne l'avait pas tout le temps. Mon père et quelques-uns de ses collègues avaient mis en place un système de co-voiturage à quatre, chacun prenant sa voiture une semaine pour emmener les trois autres à l'usine. Il y avait aussi des navettes par cars mais elles suivaient les horaires de ceux qui faisaient les 3/8 et ceux qui comme mon père travaillaient dans les bureaux (il était dessinateur industriel après avoir fait son temps dans les ateliers) s'ils les empruntaient devaient partir plus tôt que leurs horaires réels et rentrer plus tard en attendant sur place. Ça ne leur disait rien, ils ne le faisaient qu'en cas de coup dur (voiture en panne ...).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Trop enrhumée, je l'étais souvent. Notre médecin de famille était un gros monsieur anti-sportif dont les paroles étaient d'évangile - mes parents avaient ce respect de Monsieur le Docteur que ç'en était navrant, mais j'étais trop petite pour remettre en cause cette vénération -. Ils avaient aussi cette notion, retrouvée chez Annie Ernaux en si bien mieux dit (3), que si on tombait malade c'est qu'on l'avait bien cherché (4). Façon de se dire que si on restait vertueux et en toute chose mesuré on conserverait la bonne santé. On ignorait alors que je souffrais de thalassémie et mon père qui savait assurément qu'il y avait quelque chose d'anormal dans la famille et qui se transmettait - à Grenoble deux petits de cousins à lui et qui l'avaient &quot;des deux côtés&quot; en était morts en bas âge -, ignorait probablement qu'il en était porteur. Il a longtemps donné son sang et semble-t-il sans que rien ne lui soit signalé. Et donc cette faiblesse qui faisait que je chopais tout ce qui traînait, certains coups de pompe que j'avais (mais je croyais que c'était pour les autres pareils) était mise sur le dos d'une sorte de mauvaise volonté de ma part - tu ne manges pas assez de viande, tu ne vas pas assez au soleil (?!), tu es anémiée - et responsabilité&amp;nbsp;: si je m'enrhumais l'hiver c'est que je n'avais pas bien mis mes écharpes et bonnets.
J'ai trouvé moyen de traverser enfance et adolescence sans remettre en cause cette pesante culpabilité, n'y comprenant au demeurant rien, à cette vaste injustice puisqu'au contraire j'étais très attentive à ne pas sortir sans être bien couverte.
Concernant la 6ème, et comme j'avais cours le samedi matin qui était le jour de l'un des entraînements, la conséquence pour moi dramatique fut que je dus abandonner la natation en club alors que je commençais à aimer vraiment. Mais c'était Tu t'enrhumes, c'est la faute de la piscine. Et le médecin qui n'aimait pas le sport et n'avait pas particulièrement envie de m'opérer des amygdales ni des végétations (5), avait renchéri, que c'était sans doute à cause de la piscine que si souvent j'attrapais des angines ou je m'enrhumais. Fin de la piscine.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il ne m'est jamais venu à l'esprit alors que les rhumes de l'automne au printemps s'enchaînaient avec le plus souvent guère plus de deux ou trois semaines de trêve de leur faire remarquer que puisqu'en supprimant la piscine rien n'avait changé, j'aurais pu continuer de tenter d'y aller.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai été malheureuse mais j'ai obtempéré.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il faut dire que la 6ème aussi m'occupait bien. Je travaillais avec un bel élan. Tant et si bien que les professeurs qui lors des conseils de classe attribuaient à chaque élève une note en lettre en appréciation globale créèrent le A+ à mon intention. Je n'en conçus pas de fierté particulière, d'une certaine façon, ça allait de soi. Jusqu'au bac inclus je suis parvenue à travailler plus large que ce qu'on demandait&amp;nbsp;: j'apprenais pour le plaisir et la nécessité d'apprendre, ensuite lors des épreuves notées il me suffisait de piocher dans la masse des connaissances acquises. Quand je me plantais c'était parce que je n'avais pas tout à fait compris ce qu'en tant qu'élève on attendait de moi. Je compliquais parfois des énoncés que je croyais trop simples pour être ça, manque d'intelligence et de confiance en soi.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'enjeu qui lors des années d'école primaire était de ne pas être le déclencheur de la querelle quotidienne entre mes parents, s'était déplacé&amp;nbsp;: j'apprenais comme une dingue parce que j'avais soif et qu'il n'y avait guère d'autre fenêtre sur le monde que les enseignements et les livres, un peu la radio et la télévision (qui en ce temps-là tenait encore à un rôle d'édification des masses).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me souviens plus particulièrement d'une très vieille dame, madame Briouze, - pourquoi n'était-elle pas retraitée&amp;nbsp;? ou faisait-elle simplement &quot;plus vieux que son âge&quot; - qui était notre professeur d'histoire-géographie et qui en avait une approche personnalisée qui m'ennuyait parfois, mais me passionnant à d'autres. Elle semblait bien connaître l'Afrique. Et j'enrageais quand mes camarades profitaient de sa relative faiblesse physique pour un peu chahuter (en même temps elle savait reprendre la classe en main quand elle en avait assez, mais on sentait que physiquement ça lui coûtait).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je crois aussi que c'est cette année-là (ou au début de la 5ème) que ma cousine Anne qui de Bretagne venait avancer ses études à Paris fut hébergée par mes parents durant un trimestre scolaire (le premier). Et ce fut une période extraordinaire parce que devant témoin, mes parents hésitaient à se quereller violemment. J'étais déchargée de mon poids d'aînesse. J'avais une sorte de grande sœur à domicile et qui me protégeait. Elle était très studieuse et c'est peu dire que ça m'encourageait. Son amoureux Nello habitait encore chez ses parents à Saint Germain en Laye et j'ai le souvenir d'au moins une fois où il était venu de Saint-Germain en vélo, ce qui jusqu'à Taverny était à mes yeux un exploit. Je me disais qu'il devait être vraiment très amoureux. Et j'étais soulagée que comme il était d'origine italienne, mon père se sente obligé de lui faire bon accueil - j'avais quand même un peu peur qu'il se fâche, en ce temps-là avec les soupirants ça ne plaisantait pas, j'en ai fait les frais plus tard -.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Bref, en 6ème, je suis devenue grande et j'ai aimé ça.&lt;/p&gt;





&lt;p&gt;(1) En ce temps-là imaginer une sélection par le niveau ou le fric des parents était juste impensable, mais étrangement seuls les bons élèves se retrouvaient en première langue allemand.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(2) Un peu le Number One du prisonnier, que pourtant à l'époque je ne connaissais pas. Et l'univers crée n'était pas totalitaire, encore que (il y avait intérêt à être gentils et sages, les enfants sont d'un conservatisme désolant)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(3) &quot;La maladie, de toute façon, était confusément entachée de faute, comme un manque de vigilance de l'individu face au destin.&quot; (&quot;La honte&quot;). D'une façon générale les pages de ce livre qui retracent les pratiques et modes de pensées de la plupart des gens, j'y vois la mentalité de ma mère à peu de choses près, mais pas négligeable&amp;nbsp;: ma mère lisait, et l'air de rien s'efforçait de se cultiver.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(4) De nos jours ça donne&amp;nbsp;: Machin a un cancer, c'est normal, il fumait.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(5) Il me semble que ce fut envisagé. Et qu'en ce temps-là c'était le médecin de famille qui pratiquait ce genre d'interventions (mais avec quel anesthésiant ?)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2012/01/01/11-%3A-1974-1975-le-coll%C3%A8ge-enfin-et-la-libert%C3%A9#comment-form</comments>
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    <title>9 et 10 : 1972/1973 et 1973/1974  Pagnol, la Toscane et madame Banissi (ainsi que la natation aussi)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/23/9-et-10-%3A-1972/1973-et-1973/1974-Pagnol%2C-la-Toscane-et-madame-Banissi</link>
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    <pubDate>Thu, 23 Dec 2010 09:21:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>gilda_f</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;lieu(x) d'habitation&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Taverny (95)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;logements&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.fotolog.com/gilda_f/21710718&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;petits pavillons en série&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si j'ai été heureuse dans mon enfance, ce furent ces deux années-là, correspondant à la fin de l'école primaire, CM1 et CM2. Je ne saurais les dissocier, elles forment pour moi un ensemble fondateur, et je sais que l'adulte que je suis devenue est apparue à ce moment-là, du point de vue des neurones connectés, du regard sur le monde, de la perception du temps (qui passe).
Souvent les femmes qui écrivent ont eu un père absent ou compliqué. Souvent les personnes qui écrivent ont eu dans leur enfance un prof ou un instit. qui a particulièrement compté et a fait office de révélateur. C'est particulièrement vrai pour ceux qui n'aimaient pas l'école, mais avec monsieur A ou madame B d'un coup ça marchait bien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'institutrice qui m'a fait grandir s'appelle madame Banissi (1). Elle était de ceux qui ont choisi, vraiment choisi le métier. Qui savent repêcher les élèves en difficulté, tenter de leur trouver un élément où ils ne sont pas nuls et attrapent un tant soit peu l'envie de progresser. Qui savent encourager les têtes qui dépassent, leur offrir le &quot;plus&quot; dont ils ont besoin, leur éviter l'ennui.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ainsi elle nous offrait la possibilité de faire des exposés. Sur les sujets qu'on voulait du moment que ça apprenait quelque chose. Il y avait dans la classe une encyclopédie &quot;Tout l'univers&quot; et quelques autres gros volumes que ma mémoire rend indistincts. Un exposé se faisait à deux ou trois. Coup de chance, j'avais une amie elle aussi curieuse du monde. On avait le droit de les préparer en se mettant dans un fond de la classe (où se trouvaient l'encyclopédie je suppose) à condition de ne pas faire de bruit et d'avoir fini nos autres exercices, quel bonheur pour moi que la fin de ces temps vides ou passés à relire et à rajouter des fautes parce qu'alors je me mettais à douter. On avait aussi le droit de rester aux récrés (2) pour préparer, à condition d'être fort sage. Je savais l'être quand il fallait. Et je lui dois sans doute quelques rhumes épargnés, ma santé déjà n'aimait pas l'hiver. Je n'ai plus souvenir des sujets. Dans mon cas plutôt scientifiques, comprendre la terre, les planètes, le &quot;comment ça marche&quot;, le &quot;et pourquoi ?&quot;. J'ai en revanche encore en mémoire l'odeur délicieuse du liquide (un genre d'alcool à brûler ?) qui servait à ronéoter, ce privilège que c'était d'écrire nous-même une page sur notre sujet et qu'on reproduisait à autant d'exemplaires que d'élèves. Et comme j'aimais ça, parfois je donnais un coup de main pour les sujets d'exercices, pas ceux des devoirs notés pour ne pas être avantagée, mais ceux d'à faire chez soi le soir ou en classe pour s'exercer. Je me souviens pour les maths de jouer à les résoudre de tête quand ça pouvait, avant d'avoir édité la vingtaine d'exemplaires, toujours ça de temps de gagner pour pouvoir lire le soir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ainsi elle nous a offert le théâtre. En ce temps-là l'exercice d'apprendre des poésies puis de les réciter en classe était quelque chose d'important et sérieux, pas tout à fait autant que les &quot;maths modernes&quot; (sic) mais sérieux. Elle y avait adjoint pour ceux qui voulaient l'interprétation de scènes extraites, qui de Molière, qui de Pagnol. Avec mon amie Nathalie, qui d'ailleurs fit plus tard un peu de théâtre amateur pour de vrai, on se régalait de l'Avare, et je m'entends encore dire &quot;Avé l'assent&quot; &quot;Le Pitalugue, ce grand canot blanc ?&quot;. Le truc un peu à part, un peu bizarre que j'étais, venait de découvrir qu'il pouvait faire rire les autres et que ça lui plaisait.
L'engouement nous fut tel que nous avions entrepris à la maison et pour nous dans l'idée de filmer avec une camera super 8 qu'un parent aurait prêté (tu parles !) dès que nous aurions assez d'argent de poche pour nous payer les films, un remake personnel de Pinocchio - un peu comme celui qui passait à la télé avec Andrea Ballestri -, j'en avais ré-écrit des scènes entières, avec les accessoires qu'il nous fallait et tout. Mais les copains du quartier qui n'avaient pas la fibre artistique se sont vite lassés, et nous ne sommes plus restées qu'à deux, mon amie Nathalie, qui devait jouer Pinocchio, et moi, qui n'allait pas suffire à tous les autres personnages. Nous avons laissé tomber et je me suis contentée d'utiliser l'argent de poche pour les images Panini &lt;a href=&quot;http://www.paninionline.com/collectibles/institutional/it/it/archivio_result.asp?intIdCollLinguaDet=4802&amp;amp;strPag=a&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;de l'album correspondant &lt;/a&gt; à l'adaptation télé, qui était ma seule façon accessible de ne pas abandonner totalement l'idée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai aussi grâce à elle et Marcel Pagnol découvert qu'il existait des écrivains. Elle nous avait fait travailler sur &quot;La gloire de mon père&quot;. La chasse pour moi était pour ce que j'en avais vu à la télé une activité de &quot;riches méchants&quot;. Riches parce qu'il fallait l'être pour s'acheter tout ce mortel équipement et avoir ensuite tant de temps de libre pour l'utiliser. Méchants parce que pourquoi tuer des bêtes qui ne vous ont rien fait, ça suffit bien comme ça celles qu'on mène à l'abattoir et qu'on récupère en tranches chez le boucher. &quot;Bambi&quot;, aussi, vu vers 6 ans, m'avait marquée.
Et voilà pourtant qu'un texte qui ne parle presque que de ça m'intéresse, que le père du petit gars qui raconte, ben voilà, j'ai rien contre les bartavelles, mais j'aimerais rudement bien qu'il le réussisse, son &quot;coup du roi&quot;. Sans l'analyser à l'époque j'avais compris que ce qui comptait n'était pas le sujet mais l'art de raconter, de nous embarquer, de nous faire oublier le monde réel pour celui de l'histoire.
Je me suis mise à écrire alors, prenant des notes pour pouvoir comme Marcel, raconter plus tard mes souvenirs d'enfance. J'avais juste un léger doute sur l'intérêt que nos vies sans aventures pourraient présenter.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais pour ça soudain, il y eu la Toscane. Et alors ça c'était beau. Ça méritait d'être partagé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jusqu'alors les vacances d'été se présentaient selon un schéma immuable et que ma perception d'enfant rendait éternel&amp;nbsp;: nous restions à la maison en attendant que l'usine de Papa (en fait l'usine ou il travaillait, et qu'il appelait souvent la prison, comme je l'ai fait plus tard mentalement de la banque, que d'ailleurs j'appelais l'Usine) ferme pour un mois. Et alors nous partions en Italie. L'Italie c'était&amp;nbsp;: une étape à Torino, Turin pour voir le peu de famille de là-bas qui n'était pas encore en vacances, puis 15 à 20 jours au bord de la mer, à Rimini (parce que c'était là que mon père allait lui-même enfant), puis une semaine à Torino avec cette fois tout le monde présent et une vie bizarre où l'on allait de tables en tables et où il fallait manger tout le temps. Un mois par an, c'était à part ces contraintes alimentaires, la grande belle vie. Les parents, détendus, se disputaient bien moins, on s'achetait des choses (chaussures, souvent, et pour moi des cahiers bariolés et formidables alors qu'en France la papeterie c'était encore tout gris), on recevait (ma sœur et moi) plein de cadeaux, j'aimais le bord de mer, je n'aimais pas faire la sieste, mais depuis que je lisais ça allait mieux, j'aimais qu'il faisait chaud.
Par quel miracle financier, une promotion où d'avoir travaillé double, et le jour à l'usine et le soir à la demande, mon père avait pu, mais voilà que deux années de suite - mais guère plus - nous pûmes quitter le Rimini bon marché pour la Toscane. Une pension de famille dans un village de pêcheur en voie de conversion au tourisme &lt;a href=&quot;http://en.wikipedia.org/wiki/Castiglione_della_Pescaia&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Castiglione della Pescaia&lt;/a&gt;. J'ai découvert la beauté. Je n'imaginais pas avant qu'il puisse exister d'endroit au monde réel si beau et où je puisse aller (3).
Ces petits villages de l'arrière pays, la longue marche dans les collines au soleil couchant pour aller visiter les tombeaux étrusques, des choses très bonnes qu'on mangeait - je découvrais que parfois ça peut être délicieux un plat, et qu'on a envie d'en reprendre après et que j'aimais la sole meunière (?!), une glace au chocolat divine dans un port de pêche un peu industriel (Follonica ?) -. Il y a un éblouissement de ça.
On reviendra, papa, dis, on reviendra&amp;nbsp;?
C'était pour moi si important que l'année suivante je suis tombée malade (sick) en arrivant, moi qui passais ma vie enrhumée mais malade digestive, presque jamais. Je sais à présent que c'est le même ordre de nausée que celle qui me tient après avoir écrit un texte qui vient de loin, ou lu. Un état qui correspond à l'expression populaire &quot;J'en suis toute retournée&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La mer était par là tellement plus belle que de l'autre côté (Adriatique) où il y avait tout le monde tassé. Je nageais, je nageais, je nageais.
J'avais fini d'apprendre à l'école, ce que mon père m'avait déjà pas mal enseigné, les mouvements d'une brasse de base et j'avais tellement aimé ça que j'avais obtenu qu'on m'inscrive à l'école de natation. Sauf que comme j'étais souvent enrhumée je manquais souvent. Mais en attendant, ce que j'avais appris à l'entraînement me permettait de nager où je n'avais pas pied dans la mer bleue de Toscane. On m'avait acheté un masque et un tuba (et des palmes je suppose ?) et je voyais les poissons et je plongeotais en apnée. La découverte de la part physique de l'amour 10 ans plus tard fut à côté de cette extase-là presque une déception.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si je devais consulter albums photos, courriers, cahiers et agenda, j'y verrais peut-être que la Toscane ne coïncide par exactement avec ces deux années-là mais un peu décalées, vers le collège. Pour autant restent liés dans mon esprit ces éléments fondateurs-là&amp;nbsp;: Pagnol, la Toscane et madame Banissi. Un peu comme les jeux de nos jours qui fournissent au personnage un certain nombre de pouvoirs et coefficients ou dans les contes les fées qui au berceau accordent ou non certains pouvoirs au nouveau-né. Tu auras l'écriture, la capacité d'être étripée par la beauté et celle d'apprendre beaucoup.
Pour le reste, à toi de jouer. Il te manque des choses, on le sait, et tu auras du mal sur cette planète-là, mais c'est un joli lot dont tu es dotée, ne l'oublie jamais.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je reste profondément reconnaissante envers madame Banissi, excellente institutrice et particulièrement chouette bonne fée pour les gosses de banlieue aux petits avenirs qui lui étaient attribués.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;(1) Elle est toujours là et joue au tennis certains jours avec ma mère. La vie s'amuse de nous, parfois.
(2) Je pense que de nos jours ce serait super-interdit pour des questions d'assurance et de procès potentiels en cas d'accident et toutes sortes de contraintes qui font nos vies glacées - et pas plus sûres pour autant -.
(3) Je savais les pyramides d'Égypte, les chutes du Niagara, des savanes en Afrique, j'avais vu à la télé tout ça mais c'était intégré que m'y déplacer n'était pas pour nous, il fallait être né là ou avoir beaucoup d'argent, vraiment beaucoup.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>2010 : Faire œuvre</title>
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    <pubDate>Sat, 18 Dec 2010 14:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>2010</category>    
    <description>    &lt;p&gt;40 ans aujourd'hui, ça se fête.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai découvert dans cette dernière année ce qui était là en filigrane depuis au moins vingt ans&amp;nbsp;: je veux &quot;faire œuvre&quot;, non pas pour laisser quelque chose à la postérité (on s'en fout, on est mort), mais pour moi-même, pour avoir l'impression de ne pas avoir été simplement le énième maillon de la chaîne de reproduction du grand primate dominant. C'est &quot;grandiose et dérisoire&quot;, comme disait je ne sais plus qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais attention, je ne vais pas faire un Grand Œuvre&amp;nbsp;: les seuls génies des arts m'ont l'air tous aussi malheureux les uns que les autres, les Baudelaire, les Van Gogh, les Franquin, les Mozart (oui parce que tu peux toujours dire que Mozart fait dans la simplicité, hé bien tente de faire au moins aussi bien, je t'attends ici et on en recause quand tu veux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-être que tout simplement quand on fait des choses qui dépassent le commun des mortels, on ne voit pas l'admiration des autres&amp;nbsp;; on ne voit que le chemin qu'on sent encore devant soi et qu'on est persuadé de ne jamais pouvoir parcourir jusqu'au bout, trop ardu et trop long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, voilà, c'est fait, merci&amp;nbsp;: j'ai pris conscience (et accepté) ma normalité, ma banalité, ma mortalité. J'y trouve une place parfois reposante, souvent exaspérante, mais je commence à faire la paix avec la vie. J'ai encore peur de mourir, mais il paraît que ça passera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette dernière vingtaine j'ai décidé, à coups de méthode Coué plus ou moins assumée, de ne pas me résoudre à l'état semi-dépressif de tout un chacun (qu'on se l'avoue ou non). Pour commencer par des choses simples, une fois par jour faire quelque chose dont on soit content, même si ça reste &quot;entre soi&quot;. Une phrase, par exemple. Une photo, floue et maladroite souvent, mais dont on connaît l'intention et qu'on se félicite d'avoir prise. Un renvoi en fond de court d'un collègue désagréable, mais uniquement si c'est fait avec élégance dans le verbe. On n'est heureux que quand on le décide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis enfin, faire un livre, celui qu'une fois encore je porte en germe depuis vingt ans sans avoir jamais eu le courage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, je me laisse gagner par l'idée que tant qu'on a des projets, c'est qu'on est vivant.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>2009 : Peaux (38 ans)</title>
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    <pubDate>Fri, 17 Dec 2010 14:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>2009</category>    
    <description>    &lt;p&gt;À la fin de l'adolescence je trouvais que la plus belle fille du monde devait être blonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture occidentale a ses clichés, que je subissais sans aucun sens critique. (Peut-être qu'aujourd'hui ce n'est pas mieux, d'ailleurs. Mais je n'ai pas le recul. On en reparle dans dix ans.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je raffolais de la lumière dans les cheveux blonds, comme s'ils étaient encore plus clairs que la source lumineuse elle-même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adorais cette peau laiteuse, fine, presque transparente. (Amusant&amp;nbsp;: aujourd'hui si je dis &quot;peau laiteuse, fine, presque transparente&quot;, j'imagine les robots de &lt;cite&gt;I, Robot&lt;/cite&gt;. Pas sexy.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout naturellement c'est vers ce genre de filles que je penchais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis j'ai découvert tant de variétés de couleurs et de grains. Je suis à l'âge où j'assume d'admirer les personnes que je croise. (Secret bien gardé&amp;nbsp;: mesdames vous pensiez que les hommes vous convoitaient en prédateurs&amp;nbsp;; en réalité une bonne part d'entre eux vous savoure en admirateurs.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une jeune femme hispanique, le nez et le menton légèrement pointus. La peau ombrée comme par trop de soleil. Les cheveux noirs jamais complètement domptés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fille sans origine discernable, la peau caramel, incroyablement uniforme. On a envie de regarder encore un peu plus longtemps, un peu plus loin dans le creux du col de chemise, trouver jusqu'où va cette teinte si unie et savoir si elle change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'infinité des peaux noires, riches, puissantes, au grain ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis une ou deux en particulier, brunes mais blanches de peau, parcourues de taches de rousseur qui sont autant de surprises. On ne s'habitue jamais aux taches de rousseur, elles reviennent toujours vous dire qu'elles existent alors que vous croyiez les tenir pour acquises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis ce parfum naturel, celui de la peau, inépuisable, que tu reconnais tous les jours et que tu respires et respires encore. Celui de la femme que tu aimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'à mon dernier jour, toujours continuer à ouvrir les yeux.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1999 : rencontre (28 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/16/1999-%3A-rencontre-%2828-ans%29</link>
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    <pubDate>Thu, 16 Dec 2010 14:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1999</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Je vivais en province, en cours de séparation, invité à dormir à Paris.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je rate une correspondance, j'arrive avec une heure de retard à la gare. Pour une raison ou pour une autre, impossible de prévenir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La copine qui me prêtera un canapé ce soir m'attend au volant de sa voiture, dans le parking derrière la gare. Je ne sais même plus comment on s'est retrouvés&amp;nbsp;: c'était avant l'ubiquité des téléphones portables.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Elle me dit qu'on est attendus chez &quot;sa meilleure copine, presque sa sœur jumelle&quot; pour l'apéro.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous arrivons, et l'interphone proteste&amp;nbsp;: &quot;ça fait une heure que je vous attends, en plus l'interphone est en panne, il faut que je descende cinq étages pour vous ouvrir&quot;. Il n'y a évidemment pas d'ascenseur, et je me sens de plus en plus mal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Arrive alors une femme grande comme on s'imagine les mannequins, petite jupe droite en laine, pull cigarette noir, je suis décidément au plus mal. C'est le genre de fille à qui je ne peux pas décemment parler, trop bien, trop parfaite, trop parisienne pour le bouseux que je suis.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;S'ensuit une soirée où, pour masquer la timidité incroyable que m'inspire une aussi impressionnante personne (parce qu'en plus elle est intelligente, cultivée, fait un métier dont je n'ai à l'époque entendu parler que dans les magazines), je fais l'imbécile, alignant bêtise sur bêtise comme je ne sais que trop le faire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce soir-là je mange pour la première fois des fajitas, et évidemment je m'arrange pour me faire la pire de toutes les taches, sur un pull beige&amp;nbsp;: le genre de tache rouge tomate, qui commence au col et finit à la ceinture, vous décore comme un plastron et vous humilie à vie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne sais pas, de tout ça, ce qu'elle a aimé.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1996 : Le web, pédophile et anarchiste (26 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/15/1996-%3A-Le-web%2C-p%C3%A9dophile-et-anarchiste-%2826-ans%29</link>
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    <pubDate>Wed, 15 Dec 2010 14:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1996</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Sur ce même site, à l'instant &lt;a href=&quot;http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2006/11/08/626-2004-44-ecrire&quot;&gt;je lisais les mots de Kozlika&lt;/a&gt; que voici&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Décidément dilettante, écrire pour jouer avec les mots, les tourner en bouche pour leur sonorité, les trousser pour en admirer les dessous, les tordre et les assembler.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En 1996 je monte mon premier site web, pour les mêmes raisons qu'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repartons vingt ans plus tôt si vous le voulez bien (on n'a que ça à faire, on est sur ce site exactement pour ça).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'étais gamin, mon père avait une machine à écrire. Je ne sais pas pourquoi, de la récupération sans doute. On a joué avec dès qu'on a eu le droit, évidemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers l'adolescence je me suis pris d'écriture comme les garçons normaux de football. Mais bon, franchement, on s'en fout un peu, d'être normaux, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je venais de dévorer San Antonio et j'ai eu envie d'en écrire à mon tour. Trois bonnes pages à la machine qui fait &lt;em&gt;TCHAC TCHAC&lt;/em&gt; comme dans &lt;cite&gt;Pinot Simple Flic&lt;/cite&gt;, j'étais le roi du monde&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Évidemment j'ai tout jeté et je le regrette. Je suppose qu'aujourd'hui je rirais gentiment de ma candeur de créateur en herbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or donc, à partir de ce moment-là, j'ai commencé à comprendre que j'aimais la belle langue, et que j'aimais aussi bien l'écouter que l'écrire. Je n'ai plus arrêté d'écrire, et même j'ai tenté les nouvelles. Elles sont au fond d'un carton, sans intérêt. Des gammes, comme en musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis 1996 arrive et je ne sais pas encore que le web va me manger tout entier. Malgré le parfum de soufre qui l'entoure encore (c'est le repaire des pédophiles et des anarchistes, voire des deux&amp;nbsp;!), c'est là que désormais je poserai des centaines de petits cailloux blancs, ici et là.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1988 : &quot;Je te l'allume&quot; (17 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/14/1988-%3A-Je-te-l-allume-%2817-ans%29</link>
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    <pubDate>Tue, 14 Dec 2010 14:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1988</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Je trouvais comme tous les garçons qui regardent leur papa fumer que c'était diablement viril.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Bien sûr je trouvais que ça sentait mauvais, que c'était néfaste à la santé (on a tous en tête les espèces d'éponges pulmonaires dégueulasses qu'on nous montrait sur les magnétoscope du collège). Bref il ne fallait pas fumer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais un jour, mon père a les mains occupées, et me dit &quot;passe-moi une clope, tu veux&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ni une ni deux&amp;nbsp;: j'annonce &quot;Je te l'allume, t'embête pas&quot;. Je la mets dans ma bouche comme un pro, je tête un peu tout en allumant le briquet, et je lui tends sa cigarette clés en main.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'est complètement irrationnel, mais j'étais par ce genre de petit geste un homme, d'égal à égal avec mon père.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>1986 : Caroline (15 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/13/1986-%3A-Caroline-%2815-ans%29</link>
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    <pubDate>Mon, 13 Dec 2010 14:16:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1986</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Au lycée, j'étais typiquement le genre de mec qu'on ne remarque pas.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Interchangeable avec une bonne partie des copains de section scientifique, pas spécialement à la mode, pas de coiffure particulière, pas de trait particulier mis à part ce regard qui évoque plus Marty Feldman que Sean Connery. Mes notes étaient dans une moyenne honorable, suffisamment pour traverser le lycée sans devoir faire d'efforts.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'étais le genre de type que vous auriez fui. Gentil avec tout le monde, certes, mais tout de même je restais à certaines récréations avec le prof de math et quelques chétifs pour jouer à programmer nos calculatrices. J'en ricane un peu, aujourd'hui.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y avait comme dans tout lycée le garçon dont toutes les filles rêvent, et la fille dont tous les garçons rêvent.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La fille en question s'appelait Caroline. Quand on la voyait, on pensait en clichés d'adolescent que sa peau avait la douceur d'une pêche, qu'elle se parfumait à la vanille&amp;nbsp;; on se sentait happé par ses grands yeux presque noirs, on admirait ses cheveux parfaits. On voyait comme elle était pile dans le canon du haut-du-panier de la mode de province (à l'époque ça se disait &quot;Chevignon&quot;), on ne savait pas alors (naïve jeunesse) comme tout était poli et travaillé. On peut juger combien j'étais étranger aux techniques de brushing et de maquillage.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour rendre supportable la peine d'être aussi insignifiant alors que des êtres aussi remarquables étaient dans le même espace-temps, je me rappelais périodiquement que Caroline est le nom de la tortue de Boule et Bill.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais rien n'y faisait, c'était toujours Caroline.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un jour où j'occupais une heure entre deux cours dans une salle de permanence, à faire des maths ou quelque chose d'aussi exaltant (&quot;ah non, nous on allait au café,&quot;, s'écrie l'assistance), un copain commun s'assoit près de moi, et dans son sillage elle est là.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il me pose une question que j'ai oubliée (scolaire bien sûr), j'y réponds mécaniquement (je crois même avoir balbutié, j'espère au moins ne pas avoir trop rougi), et elle est là qui me regarde, et je suis aspiré dans le trou noir de ses yeux&amp;nbsp;; quant à elle, sa question satisfaite, elle me sourit (souffle coupé de l'admirateur) et s'éloigne, emportée par le tourbillon minuscule de l'aréopage des bourgeois du lycée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quelques années plus tard on me dira &quot;elle te trouvait mignon&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quelques années encore plus tard on me dira &quot;tiens sur cette photo de classe, tu es plus beau que la plupart&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La construction de soi doit passe parfois par la frustration a posteriori.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1977 : le déménagement (6 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/12/1977-%3A-le-d%C3%A9m%C3%A9nagement-%286-ans%29</link>
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    <pubDate>Sun, 12 Dec 2010 14:15:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1977</category>    
    <description>    &lt;p&gt;C'est un hiver de neige, qui ne nous a pas empêchés de traverser plusieurs fois toute la ville pour aller voir notre maison qui poussait.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai un souvenir très net de palettes de parpaings, décorées de couvertures de neiges&amp;nbsp;: un parpaing, une petite couverture, un parpaing, une petite couverture.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'impression aussi que tout ce mouvement s'est fait dans la nuit&amp;nbsp;: nous allions constater l'avancement des travaux après l'école, et à partir d'octobre, il fait noir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un souvenir très net de flocons dans la nuit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Réserver le camion de déménagement&amp;nbsp;? Encore de nuit, les enfants restés dans la voiture écoutent le silence et regardent le blanc que les lumières du parking rendent orangé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce déménagement a été celui où j'ai cru perdre le plus de choses. Des déguisements, des vieux jouets, des livres abîmés peut-être.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je comprendrai dans trente ans que c'est un artifice qui permet aux parents de faire un peu de place dans les armoires, et je l'emploierai à mon tour. &quot;Tel jouet&amp;nbsp;? Écoute, je ne sais pas, tu l'as peut-être perdu&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un petit mensonge plutôt qu'une grosse crise, en attendant qu'il y ait prescription et qu'on puisse leur expliquer, pour qu'à leur tour peut-être ils &quot;rangent&quot; les affaires de leurs propres enfants.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D'une certaine manière, être parent c'est quelquefois être fourbe avec une petite dose de lâcheté.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1974 : l'enfant chéri (3 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/11/1974-%3A-l-enfant-ch%C3%A9ri-%283-ans%29</link>
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    <pubDate>Sat, 11 Dec 2010 14:13:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1974</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Un nouveau frère est arrivé au beau milieu de l'année.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Une renaissance pour toute la famille.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/09/1972-%3A-le-fr%C3%A8re-%281-an%29&quot;&gt;J'écrivais plus haut&lt;/a&gt; que je ne sais pas ce qu'on nous a dit, mais ce que je sais par contre, c'est que des enfants de 3-4 ans qui donnent les peluches qu'il venaient de gagner à la fête foraine à leur frère à peine né, ce n'est pas une chose normale.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous avons dû, nous aussi, vouloir accueillir l'enfant sauveur.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>1973 : le déménagement (2 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/10/1973-%3A-le-d%C3%A9m%C3%A9nagement-%282-ans%29</link>
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    <pubDate>Fri, 10 Dec 2010 14:10:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1973</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Sur cette année-là, rien. Personne n'en parle. Elle est entre 1972 et 1974, quelque part dans les limbes de la non-vie d'une famille qui se panse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ah si, une chose&amp;nbsp;: je déménage pour la première fois.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1972 : le frère (1 an)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/09/1972-%3A-le-fr%C3%A8re-%281-an%29</link>
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    <pubDate>Thu, 09 Dec 2010 14:08:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1972</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Vous avez des enfants&amp;nbsp;? Moi oui. Et cette histoire me démange d'autant plus, maintenant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En 1972 mes parents attendent un nouvel enfant, et toute la famille se prépare comme il se doit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le jour de sa naissance les médecins n'alarment pas mes parents, et pourtant... moins de deux jours plus tard le petit dernier meurt.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(Un temps de silence, c'est le plus difficile à faire à l'écrit, mais essayez quand même de laisser une pause ici, sans musique d'aucune sorte.)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mon père devient fou de douleur, conduit sa voiture sans savoir où ni comment, se perd dans un chemin pour y pleurer sa colère.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ma mère finit sous tranquillisants, et le médecin, qui a le franc-parler du médecin de campagne de l'époque (alors qu'ils sont en ville, dis-moi pourquoi je m'attache à ce détail ?), prévient mon père&amp;nbsp;: &quot;Ta femme, 'va falloir lui faire un autre gamin, sinon je vais finir par la faire enfermer.&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comment nous, les enfants déjà là, avons-nous vécu ce moment, comment l'avons-nous traversé&amp;nbsp;? Qu'est-ce que notre famille a pu nous en dire&amp;nbsp;? Je n'en sais rien, je n'ai aucun souvenir et pas le cœur de réveiller la douleur de mes parents.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne sais que deux choses&amp;nbsp;: qu'une petite tombe blanche, minuscule, attend ses visites à la Toussaint, et qu'on vit avec mais qu'on ne s'habitue jamais, jamais, jamais à la mort de son enfant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tant d'années plus tard je regarde les miens, et je comprends.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1971 : le monstre (0 ans)</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/08/1971-%3A-le-monstre-%280-ans%29</link>
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    <pubDate>Wed, 08 Dec 2010 14:06:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1971</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Le premier hiver de ma vie aura été très rigoureux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ma mère nous garde au chaud et elle n'oubliera jamais cet hiver, sans aucun doute.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un matin à la boulangerie, pas très loin de la maison, on lui laisse entendre que si je ne sors pas, c'est parce que je suis anormal.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(Nous qui vivons en 2010, nous ne pouvons pas nous rendre compte. Les années 70 sont les dernières où le poids du qu'en dira-t-on est si lourd qu'on le porte comme un joug, qu'on s'y soumet et qu'on est obligé de faire avec.)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comment ça, anormal&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La personne qui discute avec elle lui dit que oui, c'est votre belle-sœur qui nous l'a dit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vous avez bien lu&amp;nbsp;: ma propre tante colporte ce genre d'ignominies.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je n'ai évidemment aucun espèce de souvenir de la scène, mais ma mère l'a raconté tant de fois que je crois l'y voir. En furie, elle rentre chez nous, me couvre, et m'amène dans le landau jusqu'à la boulangerie&amp;nbsp;: &quot;Pas normal, mon fils &lt;acronym&gt;? Pas normal &lt;/acronym&gt;?&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Des années plus tard, dans ma fratrie, nous surnommerons cette tante Folcoche&amp;nbsp;; va savoir pourquoi, on la trouvait méchante.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1970 année zéro</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/12/07/1970-%3A-annee-0</link>
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    <pubDate>Tue, 07 Dec 2010 00:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Hadrian</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1970</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Il faut bien commencer un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne verrai rien de cette année, sinon quelques jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On profite juste de ma naissance pour découvrir une malformation aux yeux, ce qui me vaudra pendant trente ans de me croire maladroit alors que je n'ai pas le choix, je ne pourrai pendant toutes ces années que marcher sur des crottes de chien, buter sur des coins de portes, trébucher sur des bords de trottoirs, m'assommer sur des poteaux dans la rue. Le plus douloureux sera longtemps l'amour-propre, avant d'accepter qu'on n'y est pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire je crois, c'est qu'un &quot;grand spécialiste&quot; de la Grande Ville où j'ai passé mes premières années se soit trompé de diagnostic dans les six mois qui ont suivi ma naissance, et que tous les ophtalmologistes après lui n'aient pas cru bon de vérifier ce qui était marqué noir sur blanc dans mon carnet de santé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente-et-un ans plus tard, un ophtalmologiste, un seul, me dira la vérité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&quot;Attendez, vous n'avez pas de glaucome et vous n'en avez jamais eu. Vous voulez voir ce que c'est qu'un glaucome ?&quot; Il me sort un livre médical plein de photos de cas concrets. C'est le &lt;cite&gt;&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/Freaks&quot;&gt;Freaks&lt;/a&gt;&lt;/cite&gt; du pauvre&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde, plus ou moins horrifié, et je comprends. Il ne faut jamais se fier aux spécialistes, toujours remettre en question leurs verdicts, surtout quand on est un autre spécialiste. Je l'ai noté, et plus jamais je ne l'oublierai.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>2010, année 33 -- C'est là que tout commence</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/11/30/2010%2C-ann%C3%A9e-33-C-est-l%C3%A0-que-tout-commence</link>
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    <pubDate>Tue, 30 Nov 2010 01:04:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thomas</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>2010</category><category>à 33 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Dans l’hiver froid de deux mille neuf, une &lt;a href=&quot;http://thomas.quinot.org/blog/2009/12/22/louise/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;étoile&lt;/a&gt; a brillé. Bientôt, déjà, elle soufflera sa première bougie. Avec un peu d’avance, bon anniversaire, belle enfant. Illumine-nous encore de tes sourires quand tu découvres le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ç’a été une de ces rares années de tournant, qui ne laissent pas les vies tout-à-fait dans l’état où elles les ont trouvées, et peu de temps pour les écrire quand on est en train de les vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apprivoisé patiemment, j’ai réappris à dire des mots longtemps tus. Je les ai entendus, aussi. &lt;em&gt;Je t’aime.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entouré de copains, tous assidus, motivés, on s’est dépassés. On est arrivés à faire ce dont jamais je ne me serais cru capable. &lt;em&gt;Niveau IV n° 67694.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir d’automne, j’ai brisé dix-neuf ans de silence. Sans y mettre les formes, sans circonlocutions policées. Brutal, peut-être, tant c’est venu presque sans prodromes. Pour que ça s’ouvre enfin, il fallait autre chose qu’une lame mousse. Il fallait y aller, tranchant dans le cuir. &lt;em&gt;Papa, je voudrais que tu me parles d’elle.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai parié sur l’avenir. &lt;em&gt;Pacte civil de solidarité.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/11/30/2010%2C-ann%C3%A9e-33-C-est-l%C3%A0-que-tout-commence#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>8 : 1971/1972 du gris et des dictées</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/06/05/8-%3A-1971/1972-du-gris-et-des-dict%C3%A9es</link>
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    <pubDate>Sat, 05 Jun 2010 11:33:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>gilda_f</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;lieux&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Taverny (95)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;logements&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.fotolog.com/gilda_f/21710718&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;petits pavillons en série&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'année du CE2 sera une année grise, en demi-teinte à tous points de vue. Jusqu'alors et par la suite, j'aurais cette chance de n'avoir comme professeurs presque que des passionnés de leur métier. Des plus jeunes et des moins jeunes mais qui l'avaient choisi et que la vocation n'avait pas lâchés. Je dois beaucoup à certains d'entre eux.
En revanche en CE2, me voilà dans la classe d'une dame très comme il faut, pas très subtile et qui accomplit sa tâche comme elle en ferait une autre, avec conscience professionnelle mais sans passion. De plus sa fille est dans notre classe ce qui crée des injustices et des tensions.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin, si jusqu'alors j'ai toujours tout fait avec la plus grande facilité, je me heurte à ma première difficulté scolaire&amp;nbsp;: le samedi matin il y a dictée.
En ce temps là une faute c'est 2 points en moins sur 10 (ou 4 sur 20), en 5 bêtises on atteint l'infamie du 0. Or ça tombe qu'étourdie et hâtive, relire me pèse (déjà), je suis la reine des fautes d'inattention. Sans compter que l'orthographe d'usage et ses consonnes mystérieuses qu'on double parfois ou pas me laisse perplexe. J'ai la sensation d'une sorte de loterie animée par la fatalité. Contrairement à l'usage que mes enfants ont rencontré, les dictées ne sont préparées que pour certains mots clefs et pas toujours expliqués, simplement ça s'écrit comme ça et puis voilà.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je rentre souvent avec un C à la maison (5/10), mon père est là puisque c'est le week-end, et comme mes parents sont toujours en quête d'un sujet pour s'écharper (1) (ce qu'à l'époque je suis trop petite pour analyser, je crois donc vraiment que c'est de ma faute, que ce manquement de ma part est grave), les déjeuners du samedi deviennent un calvaire. Ce sont des cris et des scènes entre eux à cause de moi, sur fond de C'est à cause de l'Italien (qu'ils s'acharnent pourtant à ne m'apprendre pas) et les voilà qui se déchirent parce que j'ai mal orienté un accent, oublié un &quot;s&quot;, ajouté un &quot;p&quot; intempestif.
J'aurais presque préféré me faire taper comme la plupart de mes copains quand ils ramènent une sale note. Ils se prennent une dégelée, ce qui à l'époque semble normal aux parents comme aux enfants, et puis après on n'en parle plus.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette institutrice sans enthousiasme ni humour, ne sait que faire d'une élève par ailleurs brillante mais indisciplinée, qui veut toujours comprendre &quot;pourquoi&quot;, et a tendance à faire le clown pour faire rire ses camarades.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin, ma petite sœur ayant grandi, ma mère a repris les accompagnements du midi et donc me voilà privée de la compagnie de mon cher Jean-François, des déjeuners dans une famille douce, d'un trajet réduit qui laisse plein de temps pour jouer en liberté. L'école est à un quart d'heure à pied de la maison et le midi il ne faut pas traîner. La mère de Jean-François L. nous laissait en toute liberté dès le repas achevé. Chez moi, je suis au contraire &quot;sous contrôle&quot; et sans que je sache comprendre ou formuler pourquoi ça me pèse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;S'ajoutent à ces trajets-là (mais pour ma mère aussi et ma sœur dans sa poussette, ce qui devait être pénible pour elles, surtout l'hiver), d'autres vers un centre de rééducation fonctionnelle. J'ai commis le crime infamant de naître les pieds plats et de me tenir mal (vague scoliose) et comme si les premiers pouvaient se corriger, me voilà astreinte deux soirs par semaine à toutes sortes d'exercices autant pénibles qu'inutiles dont des longueurs de tapis de gym pieds nus avec une bille entre les orteils au milieu d'adultes ou de plus grands tenus par des appareils bizarres - souvent de la rééducation après un accident -. Certains sont très esquintés et c'est impressionnant. Je sympathise avec deux plus jeunes (des adolescents mais à l'époque ils me semblent &quot;des grands&quot;) mais chut, il ne faut pas parler. Comme certains peuvent lire, je me bats pour y avoir droit aussi - je peux lire en marchant, c'est tout droit-. Ne me souviens plus si j'ai eu gain de cause ou si on m'aura ri au nez. Peut-être que oui avec l'un des kinés et non avec l'autre (2). Les exercices pour le dos, en revanche me feront du bien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'est aussi l'année où je commence l'apprentissage du piano. Désireux de donner accès à leur enfant à ce dont ils ont été privés, mes parents se sont efforcés d'accéder à mon désir d'apprendre la musique, mais sans le respecter jusqu'au bout. Du violon que je désirais, j'ai dû me contenter du piano. Mon père n'aimait pas le son du violon. Et puis il avait un collègue qui bazardait le piano de sa très vieille mère atteinte d'arthrose ou -thrite. Alors ce sera piano.
Je me souviens encore de la vieille dame qui me le confiait, tout ce qu'il représentait pour elle, prends-en bien soin, je suis contente qu'il aille à une petite fille comme toi, tu verras c'est un bon piano.
Il était magnifique, touches en ivoire, chandeliers, dedans éléments anciens (3).
La prof que mes parents ont trouvée et qui habite à quelques rues d'où on est m'effraie bien un peu. C'est une dame à forte poitrine et grosse voix. En fait c'est une bonne prof mais je ne le sais pas, je suis trop prise par la peur de mal faire et les engueulades en cascade puisqu'elle écrit sur le carnet de devoirs ses commentaires de la semaine en plus des exercices à préparer. Ça me gâche un peu mes mercredi après-midi (à présent le jour de congé n'est plus le jeudi) en plus qu'à cause du piano si elle me retient un peu tard, je loupe mon feuilleton Poly à la télé.
Elle saura le moment venu dire qu'elle est au bout de son enseignement et que c'est au conservatoire que je dois continuer. Et surtout elle aura ce commentaire écrit dont je ne me souviens plus comment mes parents l'ont reçu (agacement ou fierté), mais de mon embarras si et ma totale perplexité &quot;Gilda est une artiste !&quot;. C'était sur un morceau de Bach que certes j'aimais beaucoup, mais n'avais pas eu l'impression d'avoir si bien joué.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je deviens consciente du temps qui passe, du fait que les adultes n'ont pas toujours raison, que parfois ils sont même bêtes (stupéfaction). Je crois que c'est cette année-là (ou celle de juste après ?) que j'ai tenté d'écrire. Au début c'est un cahier de petites histoires avec des dessins assortis destiné à ma petite sœur bien-aimée ... qui à 2 ans puis 3 n'en aura rien à cirer. Son désintérêt et la crainte que ma mère ne tombe dessus et m'assaisonne à cause de l'orthographe mal respectée auront raison de ma première velléité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis va faire ton piano.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;(1) à la décharge de mon père, il me semble que c'est cette année-là où il cumulait deux boulots, à l'usine dans la journée puis en free-lance le soir (comme dessinateur industriel) et l'épuisement le rendait fou. Il eût été tellement plus simple en ces temps de plein-emploi que ma mère une fois ma sœur scolarisée, travaillât. Et tellement plus sain pour elle à qui il reprochait en permanence l'argent que pour la maison et non pour elle ou si rarement, elle dépensait.&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;(2) L'établissement était principalement tenu par un père et sa fille.
(3) J'ai le souvenir de mon père remplaçant à la main une par une toutes les lanières de cuir, car d'âge elles se cassaient. D'un coup une note devenait silencieuse. C'était étrange et très humain, comme une extinction de voix.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/06/05/8-%3A-1971/1972-du-gris-et-des-dict%C3%A9es#comment-form</comments>
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    <title>7 : 1970/1971 Manigances et méchanceté</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2010/02/18/7-%3A-1970/1971-Manigances-et-m%C3%A9chancet%C3%A9</link>
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    <pubDate>Thu, 18 Feb 2010 10:39:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>gilda_f</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1970</category><category>1971</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;lieux&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Taverny (95)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;logements&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.fotolog.com/gilda_f/21710718&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;petits pavillons en série&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'année du CE1 sera pour moi celle d'une découverte terrible&amp;nbsp;: des gens a priori sympathiques peuvent aussi être méchants, sans réelle raison, comme si c'était simplement par plaisir. J'avais pigé depuis mes débuts scolaires que certains aimaient nuire. Mais je les supposais, c'était à chaque fois le cas, qu'ils agissaient par stupidité. Ou pour certains garçons, besoin de violence qu'ils ne maîtrisaient pas. Dès lors je les plaignais et me contentais de me tenir à l'écart et de ne fréquenter que des enfants un peu plus élaborés.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais voilà qu'en CE1, nous sommes trois grandes amies et l'une des trois me raconte sur l'autre une embrouille qu'elles auraient eues et me dit Elle a été méchante, hein&amp;nbsp;? Ignorant tout du mensonge, je la crois, et c'est vrai que c'était méchant, donc j'acquiesce avec toute la tristesse de qui quelqu'un déçoit. Elle me piège alors en allant dire à l'amie commune que j'avais dit qu'elle était méchante. Je n'ai rien vu venir, rien. Et sombre malheureuse au soir d'une récré où cette dernière me dit en substance que comme j'ai dit qu'elle était méchante elle ne me causerait plus.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai un vague souvenir de ma mère tentant de me consoler et ne comprenant pas, elle qui a peu d'ami(e)s et aucun lien très fort, pourquoi ça me met dans un tel état.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Celui aussi au lendemain, de convoquer les deux donzelles et mettre les choses au clair, tout dire en présence de tout le monde. Un lien se répare mais j'ai perdu la confiance nécessaire pour qu'elles restent mes confidentes et comme j'ai plein de copains garçons qui eux ne font pas d'histoires, quand ils sont fâchés ils se bagarrent un bon coup, se font punir ensemble et redeviennent amis, je laisse de côté les parlottes et me consacre plus qu'avant aux jeux actifs.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ils ne manquent pas&amp;nbsp;: on joue à chat, à &quot;Où sont les cerfs&quot;, aux grandes cordes à sauter (deux qui font tourner une personne qui saute), plus tard apparaîtront billes, élastiques et osselets. Je ne cours pas vite ni ne saute haut mais je suis stratège, je n'ai peur de rien et se dessine alors ce truc qui me rendra incasable&amp;nbsp;: à la fois tête de classe mais ne ressemblant pas aux bons élèves sages à lunettes, turbulente même parfois.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Une des filles de ma classe dont les parents travaillent tous les deux rentre seule chaque soir. Elle n'habite pas très loin de chez moi et nous devenons amies. Ma mère est offusquée que des parents laissent une petite seule ainsi rentrer avec sa clef dans la grande maison - car ils sont riches ils ont une villa et non un pavillon -. Elle y a peur toute seule. Pleure parfois. Et je tente de la consoler. D'obtenir aussi de ma mère qu'on fasse le petit crochet pour l'accompagner au moins jusqu'à la porte.
Je ne sais plus si j'ai ou non gain de cause, à moins qu'une solution intermédiaire ne se soit dessinée - ma mère attendant au bout de la rue avec la poussette où vivote ma sœur, que j'ai raccompagnée l'amie jusqu'à sa porte -. Peut-être aussi que j'ai abdiqué. À 7 ans je crois encore et l'on m'a copieusement inculqué que les adultes savent et les enfants pas.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En revanche quand des &quot;grandes&quot; de CM1 ou 2 se mettent à embêter la petite Isabelle, prénom de cette amie, que sa tristesse rendait vulnérable, en la soumettant à quelques gages et autres humiliations d'enfants, un jour qu'on sort en forêt et que le manège semble prendre de plus dangereuses proportions, je décide de m'en mêler. Et je rejoins la fille que les grandes encerclaient. J'ai peur de me faire punir si ça dégénère et des conséquences catastrophiques qu'une punition scolaire à la maison aurait&amp;nbsp;: mes parents se disputent sans arrêt et tout fait prétexte, particulièrement ce qui concerne les repas, les enfants et l'argent dépensé. Je n'ai pas peur des grandes. J'ai vu de loin qu'Isabelle est en mauvaise posture et je sens, je ne sais pas pourquoi ni comment, que j'aurais des comptes autrement plus sérieux à régler avec moi-même si je fais comme si de rien n'était, que si je vais la rejoindre tenter de changer les choses et me prendre une probable raclée. J'essaie de rameuter un pote mais le petit gars voyant qu'il s'agit d'une embrouille entre filles et se méfiant d'un groupe de grandes qu'on sait méchantes et craignant de se retrouver à devoir montrer son zizi (humiliation ultime) décline l'invitation. N'ayant aucun zizi à protéger je fonce, proteste, me prends le gage blessant ou la raclée prévisible, mais je m'en fous. D'abord parce que les maîtresses qui nous surveillaient n'ont rien vu et donc pas de punition qui eût été collective à n'en pas douter. Ensuite parce que j'ai gagné. Je n'oublierais jamais le regard de reconnaissance et d'avertissement (ne viens pas elles vont taper) de l'amie en mauvaise posture. Les autres sont si surprises qu'ensuite elles n'ont plus recommencé. En gueulant que c'était pas bien ce qu'elles faisaient, et comme ce n'étaient pas sauf peut-être une qui entraînaient, de si sales bougresses, je leur ai fait honte. L'une d'elle deviendra même une sorte d'amie.
(le problème c'est peut-être que du coup, adulte, je n'ai plus jamais pu m'empêcher d'agir ainsi dans de semblables situations et l'ai payé assez cher&amp;nbsp;; en même temps d'être en accord avec soi-même aide qu'on dorme bien la nuit, même s'il s'agit d'une condition nécessaire et insuffisante)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je suis en revanche heureuse sans nuages auprès des garçons. Ma mère a combiné avec celle de Jean-François, mon amoureux attitré depuis la dernière année de maternelle, que celle-ci qui habite près de l'école, alors que nous sommes à 20 minutes à pied, me prenne le midi. J'ignore quel est leur accord financier, mais en revanche à part que parfois ils mangent du cheval et que moi, non, ça vraiment je ne PEUX pas, comme je suis bien dans cette famille-ci. L'amoureux est pourvu de trois grandes sœurs, une très très grande et deux jumelles, sa maman est du genre expansive à la bonne humeur apparente inébranlable, les repas ne sont pas des moments de reproches permanents - alors que chez moi, si &quot;pas les coudes sur la table&quot;, &quot;tiens toi droite&quot;, &quot;ne parle pas la bouche pleine&quot; et ce en boucle qu'on mérite le reproche ou pas -. Ce qui compte c'est qu'on mange.
Ensuite comme ses parents, gardiens de collège, sont hébergés sur place nous jouons dans une partie des cours et parkings qui ne sont pas accessibles aux élèves du moins entre les midis. C'est un collège Pailleron et ces cloisons qui vibrent ou s'enfoncent quand on appuie dessus d'une certaine façon me fascinent. Un mur peut donc n'être pas dur.
Ces midis externalisés, c'est pour moi le bonheur. Nous ne sommes en effet plus dans la même école, mon amoureux et moi&amp;nbsp;: si elles étaient mixtes il restait vestige de la séparation filles / garçons et dans le groupe scolaire réparti sur deux sites, l'un continuait à recevoir en majorité les uns (en plus que les parents de garçons estimaient le niveau meilleur et que leurs gars puisque c'était encore des maîtres et de l'autre côté des maîtresses seraient mieux tenus). Alors nous nous manquons.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans mon quartier heureusement il y a Jean-Mi, mon grand copain, mon pote, celui avec qui tout est simple.
Longtemps après je m'interroge sur ce qui faisait qu'avec l'un il était question d'amour et avec l'autre non. L'un et l'autre étaient plutôt beaux gosses (1) et de gabarits semblables. Ce n'est donc pas que le physique de l'un était plus séduisant ou mieux à ma (petite) taille.
Sans doute parce que Jean-Mi était pour moi, d'emblée, comme un frère. On parlait peu, on jouait beaucoup. Cette amitié a remarquablement résisté aux années. On se tient encore à présent au courant, comme ça, de loin en loin.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette année-là est celle de la lecture enfin en liberté. J'en tire une force formidable. En plus que mes parents alors m'encouragent, très heureux d'une enfant qui aime cette activité calme et intelligente. Ce n'est que plus tard, face aux proportions prises et à ce qu'on attend d'une jeune fille comme il faut, que ça posera problème (2). Je démarre par les &quot;Fantômette&quot;, mais en fait vite le tour, passe aux &quot;Michel&quot; (bibliothèque verte ?), &quot;Club des cinq&quot;, &quot;Clan des sept&quot;. Plus tard les &quot;Jacques Rogy&quot;. Les &lt;a href=&quot;http://croque-vacances.chez-alice.fr/nouvellepage22.htm&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;&quot;Poly&quot; de Cécile Aubry&lt;/a&gt; dont les histoires se déclinent aussi en feuilleton télé et qui agacent ma mère qui n'aime pas les chevaux (3) comme elle n'aime pas les chiens (4). Il y a Pif Gadget aussi, mais c'est sans doute l'année suivante.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je commence enfin à faire valoir mes droits au port de pantalons et à un début de choix des vêtements, non pas tant à l'achat (5) qu'à l'enfilage au matin pour aller à l'école. La blouse y reste obligatoire mais elle n'est pas normée. Ce qui aurait donné des photos de classe très multicolores si on en avait faites. Le photographe passe, oui, mais uniquement pour nous tirer individuellement le portrait. Sur celui de CE1 j'ai les cheveux (un peu) longs. Ils étaient tenus courts, jusqu'alors.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin et curieusement, fors un hiver enneigé (souvenirs de luge et de bonhomme de neige), je n'ai de cette période que des souvenirs sous le soleil. Comme s'il n'avait pas plu et que c'était normal (6).&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;(1) J'avais déjà bon goût ... ;-)
(2) Dans &quot;&lt;a href=&quot;http://www.viviane-hamy.fr/fiche-ouvrage.asp?O=182&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Ubiquité&lt;/a&gt;&quot; de Claire Wolniewicz, il y a une scène entre des parents d'un petit garçon qui dessine beaucoup et leur professeur, qui représente parfaitement ce glissement d'attitude. Contents d'un petit qui dessine si souvent, inquiets et limitatifs dès lors que ça devient un obstacle éventuel au chemin vers un &quot;vrai&quot; métier.
(3) Ni sans doute l'histoire personnelle de Cécile Aubry mais je ne m'en rendrai compte que 30 ans après.
(4) Je dois ainsi aussi encaisser ses remarques ironico-méprisantes sur &quot;Belle et Sébastien&quot;.
(5) Tati, 3 Suisses, La Redoute et pulls tricotés maison par ma mère admirablement bien.
(6) C'est probablement faux, il ne semble pas que l'année 1970/1971 en région parisienne ait été spécifiquement ensoleillée&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>6 : 1969/1970 Une soeur en plus, un cousin en moins</title>
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    <pubDate>Wed, 23 Dec 2009 01:25:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>gilda_f</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>1969</category><category>1970</category><category>6 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;lieux&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Taverny (95)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;logements&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.fotolog.com/gilda_f/21710718&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;petits pavillons en série&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un élément sympathique de ma configuration familiale élargie est que je possède parlant français ou italien une jolie brochette de cousins. Le mariage plutôt tardif de mes parents, le fait que ma mère soit la cadette de ses sœurs et quelques autres circonstances leur octroie entre 2 et (presque) 20 ans de plus que moi avec une forte concentration entre 5 et 10. Mes parents n'ayant, du fait de leur mésentente et du manque de goût de ma mère pour les relations proches, que fort peu d'amis, je ne fréquente donc en dehors des camarades d'école et des gosses du quartier que mes cousins et dans le cadre trop restreint de petites vacances passées les uns chez les autres et autres fêtes de famille.
Les écarts sociaux à l'époque ne se sont pas encore creusés et l'on est dans ces années où se piquer de confort est un truc de riches, donc on s'héberge les uns les autres à la bonne franquette, lit pliant sous l'escalier, dortoir au salon. Une décennie plus tard et tous enfants grandis, ça ne se fera plus.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Parmi mes cousins italiens il en est un, Pierino, que j'aime particulièrement bien. Il a je crois 6 ans de plus que moi, et au lieu de faire son mec et son grand daigne s'intéresser à cette petite fille alors boulotte (1) et si bavarde dans une langue qu'il ne comprenait pas. Je le faisais sans doute rire. Il me prêtait ses petites voitures qui étaient fort jolies et me regardait bienveillant et sidéré inventer des histoires avec, sur le balcon turinois de ses parents.
Pierino a des lunettes. Il est gentil. Cette gentillesse fondamentale que je n'aurais de cesse de rechercher ensuite chez chacun de ceux que j'aimerai de près.
Son père est mon parrain, ce qui ajoute un lien supplémentaire et si ce parrain imposant (2) m'effraie un brin, le fils du parrain me convient. Je suis trop petite pour être amoureuse. Mais assez grande pour sauter de joie quand on m'annonce qu'on va chez eux plutôt que chez d'autres oncles et tantes chez lesquels je n'ai pas de partenaires de jeu&amp;nbsp;; ou de moins accueillants.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je suis bien un peu triste&amp;nbsp;: en cet été 1969, pas d'Italie. Ma mère est censée accoucher bientôt du bébé attendu, ça veut dire le sortir de son ventre, et d'ailleurs vu comme il est gros (je ne reconnais plus ma maman), il est plus que temps. Les finances sont épuisées par l'achat de la maison. La sagesse nous fait rester.
Vient septembre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On me confie un beau jour (ou soir ?) à un couple d'amis qui habitent sur une place voisine du même lotissement de pavillons. Lui est un collègue de mon père. Il travaille à la même usine de Poissy et ils pratiqueront avec deux autres pendant de longues années un co-voiturage intelligent et régulier. Des cars existent, mais aux horaires trop décalés.&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;Ces personnes ont une grande fille, Martine, dont je rêve d'être l'amie. Seulement la différence d'âge fera qu'elle me considèrera toujours avec distance. Et puis elle est grande, belle et blonde. Début de mon complexe d'infériorité&amp;nbsp;? En attendant, ces jours-là, devant l'importance de l'événement attendu - le bébé à naître - tout le monde du père à sa fille en passant par le chat est gentil avec moi. Et puis je suis déjà une petite marrante quand on cesse de me tarabuster (fais pas ci, fais pas ça), à peine sans doute un peu casse-pied pour manger, comme peuvent l'être les enfants habitués à la production culinaire exclusive de leur maman.
Un des soirs mon père passe tout ému, tout joyeux, ça y est, c'est une petite fille. Tu as une petite sœur. Et tout s'est bien passé.
Je suis horriblement déçue&amp;nbsp;: il ne m'emmène pas avec lui mais me laisse chez les amis. Je dois rester chez eux tant que ma maman est à la clinique en tout cas les premiers jours.
Et en plus à la clinique les enfants petits n'ont pas le droit d'entrer (4).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le souvenir suivant, alors que je loge toujours chez mes hôtes prévenants, est de mon père bouleversé et qui finit par me dire, mais en quels termes, à l'époque aux enfants petits on disait si peu, que Pierino je ne le verrai jamais plus.
J'apprendrais ou je comprendrais plus tard que mon cousin est mort dans un accident de la circulation, qu'il revenait de jouer au foot sur un terrain vague (ou un chantier) et qu'un camion (du chantier) qui effectuait une manœuvre en marche arrière l'aura écrasé. Quarante ans plus tard, je ne peux pas entendre le signal sonore de recul d'un engin de chantier sans penser à lui. Ce dispositif s'il avait alors existé lui aurait peut-être sauvé la vie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il me semble que mon père m'a dit. Puis qu'il m'avait demandé de ne pas en parler à ma mère pour ne pas lui faire un choc juste après le bébé. Il me semble aussi qu'il a oublié de me dire quand je pouvais enfin en parler et que ça sera moi qui à des paroles prononcées par ma mère ait compris qu'elle savait. Mais peut-être sont-ce des souvenirs recomposés&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Peut-être que je serais surprise aussi si j'apprenais la date réelle de l'accident et qu'il avait eu lieu à plusieurs mois près. Ça s'est enregistré dans ma mémoire comme étant exactement en même temps.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne sais plus si mon père s'est ou non absenté pour aller aux obsèques de mon cousin bien-aimé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je sais en revanche que même si mon grand-père paternel était mort l'année (ou 2 ans ?) d'avant, Pierino sera mon premier mort. Celui qui fait comprendre que ça dit &quot;plus jamais&quot;, plus jamais se revoir, plus jamais jouer ensemble, plus jamais se parler, plus jamais plus rien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et que quelque chose s'est imprimé très fort de l'impossible jointure entre un immense bonheur (le nouveau bébé tout frais) et ce malheur épouvantable.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ça me paraît une horreur sans nom que des enfants puissent mourir avant leurs parents. Illogique.
Et on est très logique quand on a 6 ans. Je plains mon parrain. Je me souviens d'avoir eu peur qu'il ne puisse plus jamais rigoler de sa vie, lui qui faisait si bien le pitre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me souviens que pour me consoler, je pensais que peut-être quand je serais grande j'irais moi aussi sur la lune comme &lt;a href=&quot;http://gilda.typepad.com/traces_et_trajets/2009/07/recevoir-la-lune.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;j'ai vu faire en juillet à la télé&lt;/a&gt;. Penser à l'espace m'a toujours rassurée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ma mère pleure souvent. À cause de la fatigue du bébé. Du cousin sans doute aussi. De mon père qui essaie d'être gentil mais n'y parvient pas toujours. Comme il s'énerve facilement&amp;nbsp;!
J'essaie d'être gentille et d'aider pour le bébé, même si celui-ci est très décevant. J'apprends qu'un bébé d'humain naît au départ assez peu perfectionné, qu'il ne tient même pas debout, ne sait pas parler, seulement pleurer et qu'il va se passer un temps très long avant de pouvoir à peine commencer à jouer ensemble.
Il faudra les premiers sourire et les premiers mots pour que je me remette de cette déception initiale. Je m'attendais à ce que débarque une pareille que moi en juste un peu plus petit, comme j'étais 2 ans plus tôt par exemple.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'entrée au CP est pour moi un soulagement. D'abord je retrouve Madame Capar, cette institutrice que j'aimais bien et cette fois elle consent enfin à nous apprendre à lire.
Ensuite, j'avais déjà pas mal réfléchi, il me suffit donc de quelques clefs d'assemblage qui me manquaient et hop très vite c'est parti, enfin et pour toujours JE LIS.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un mort, un bébé (dont je me sens responsable, au moins aux heures où mes parents se disputent - j'ai même trouvé un truc super pour les calmer, je dis, Mais taisez-vous vous allez la réveiller&amp;nbsp;! -), et savoir lire&amp;nbsp;: à part que je n'ai pas le droit d'aller toute seule au delà de la placette où est située la maison, que je ne sais pas écrire ni bien faire obéir mes doigts pour ça, et que j'éprouve encore du mal à me repérer dans le temps (acquis du CE2, bizarrement) et les saisons, et que je dois mettre des semelles orthopédiques parce que j'ai les pieds plats (5),  je me sens adulte parfaitement (3).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin la vraie vie&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;




&lt;p&gt;(1) Entre la guerre et ses faims qui les avait traumatisés, et ma fragile santé, mes parents n'avaient qu'un seul critère que l'enfant aille bien&amp;nbsp;: qu'il soit gavé et potelé. La nouvelle naissance détourna leur attention au moment opportun et je pus devenir d'une finesse normale.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(2) Zio Michelle était un peu fort. Il aimait la bonne chère, les vins pétillants de soleil et faire rire son monde.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(3) La question de gagner ou pas son argent n'est que secondaire&amp;nbsp;: je suis une fille et ce sont les papas qui vont à l'usine pour en rapporter pour payer la maison et les commissions, pas les mamans, voyons.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(4) J'aurais droit à un coup d'œil en contrebande quelques jours plus tard - à l'époque on gardait 8 à 10 jours la maman et le bébé -, mais tellement apeurée par l'éventualité d'être prise sur le fait que je ne verrai pas vraiment la petite, pressée que j'étais de regagner la zone où j'étais officiellement tolérée&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(5) Tiens, quand sont-elles apparues celles-là&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>2009, année 32 -- Le pouvoir de dire merde</title>
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    <pubDate>Sun, 29 Nov 2009 00:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thomas</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
        <category>2009</category><category>à 32 ans</category>    
    <description>    &lt;p&gt;C'était l'hiver mais tout bruissait. Une tension sourde, des forces encore silencieuses étaient déjà à l'œuvre. Il fallait, de nécessité, que les choses changeassent. C'était peut-être l'élection toute récente de Barack Obama qui le rendaient tangible&amp;nbsp;: on devait s'attendre à quelque chose de Neuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour que cela soit j'ai appris à dire merde. J'ai appris à dire non. J'ai préféré enfin ne plus plaire à tout le monde. J'ai pris la peine d'être moi-même pour cesser de jouer, pantin de vos désirs, les comédies pipées ne visant qu'à complaire. Ne consentait à rien valablement celui qui acquiesçait à tout sans distinction. Tout ça fut enterré avec un peu de la peur de déplaire et l'angoisse de n'être pas là où je suis attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai longtemps tenu pour injonction sacrée de faire ce qu'on attendait de moi. C'était l'ordre des choses. Et puis j'ai fini par dire &lt;em&gt;non&lt;/em&gt;, quelquefois. C'est là seulement que mes &lt;em&gt;oui&lt;/em&gt; ont pris valeur.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>5 : 1968/1969 Nouvelle vie, nouvel endroit et cet ennui</title>
    <link>http://ricochets.des-blogueurs.org/post/2009/01/26/5-%3A-1968/1969-Nouvelle-vie%2C-nouvel-endroit-et-cet-ennui</link>
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    <pubDate>Mon, 26 Jan 2009 15:14:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>gilda_f</dc:creator>
        <category>de 19xx à 2006</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;lieux&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Taverny (95)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;logements&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.fotolog.com/gilda_f/21710718&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;petits pavillons en série&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je crois me souvenir, malgré le bonheur d'avoir une chambre à soi (1) d'un long blues du printemps 68 jusqu'aux vacances d'été&amp;nbsp;: pas d'école, pas (encore) d'amis de voisinage, et même si le jardin me paraît immense et que je suis capable de jouer des heures seule en m'inventant des histoires ou à des peluches ou à des poupées, c'est trop de solitude.
Et puis cette maison, les parents en parlaient depuis si longtemps que confusément, j'avais attendu d'eux un bonheur immédiat.
Or ce n'est pas exactement le cas. Mon père dit &quot;Il y a des malfaçons&quot;. Il est en colère assez souvent. Ma mère s'active sans arrêt, tout est à installer, pas de temps pour moi. Comme ils ne m'ont pas consultée dans la décision de déménager (2), je me sens en trop.
Ma mère est très fatiguée.
Plus loin dans l'année, elle attendra un bébé. Je crois que mes parents m'ont prévenue assez tard, à moins que ça ne soit moi qui ai posé une question fort précise, sans doute après quelque conversation instructive de cour de récréation (Elle a un gros ventre ta maman). La nouvelle est pour moi bonne&amp;nbsp;: enfin quelqu'un pour jouer. N'ayant aucune souvenance d'avoir été vraiment plus bébé que je ne le suis, j'étais un peu moins grande, je parlais un peu moins bien, on m'obligeait moins à manger de tout, j'imagine que je serais aussitôt dotée d'un(e) partenaire opérationnel(le) quoique d'un format plus réduit. Douce illusion&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'est la dernière année de maternelle. Arrivée un peu en retard le premier matin, les horaires étant sans doute un brin différents de là où l'on venait, je me glisse dans une file d'attente, docilement et plutôt satisfaite de voir que je ne suis pas des plus petites.
Evidemment ce n'était pas la bonne.
On me raccompagne dans ma vraie classe, l'une de deux en préfabriqués au bout de la cour et je me retrouve chez les grands la plus grande des petites.
Très vite je m'y plais assez, m'entends bien avec la maîtresse, madame Capar (3) et puis moins&amp;nbsp;: elle ne veut toujours pas nous apprendre à lire. J'en ai trop marre de ne pas savoir, pigé que le truc tout rond qui fait comme la bouche quand on le prononce est un o, repéré le i, quelques bricoles. Mais il me manque le liant. Et je n'ai ni grand frère ni grande soeur pour m'expliquer. Les parents refusent, obstinés &quot;Pour l'an prochain ça va t'embrouiller&quot; de même qu'ils me refuseront l'accès à l'italien (que j'avoue réclamer moins, sauf l'été quand je suis embarrassée pour jouer avec mes cousin(e)s). Ils sont de la génération pour laquelle l'école c'est sacré, les professeurs savent, pas les parents, et il ne faut pas mélanger le français.
La maîtresse me dit elle aussi, L'an prochain. Elle me confie comme un secret qu'elle nous suivra au CP. Ben justement, alors puisqu'elle est assez grande pour être une maîtresse de grande école, pourquoi elle nous expliquerait pas un peu, déjà.
Un jour elle commet l'erreur de me promettre un brin d'explication (peut-être l'écriture de nos noms de famille en plus de nos prénoms) quand l'ensemble de la classe aura fini certains coloriages. A la récré (ou un soir ?), j'embarque les feuilles, histoire de dire ça y est. Bien sûr elles sont vite retrouvées, moi grondée, et personne ne comprendra ce qui m'a pris là.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me fais rapidement trois copains, Jean-François L. dont je serais très vite l'amoureuse attitrée et de façon très stable (et très chaste) jusqu'à la fin du CM2, Philippe L. le caïd du quartier mais qui moi m'a à la bonne - parce que je n'ai pas peur de lui et que je ne suis pas une de ces mijorées qui pleurnichent pour un rien et lui attirent des ennuis - et Jean-Mi mon voisin de quartier, une très très grande très très longue amitié, mais pour l'instant qu'est-ce qu'on en sait. Grâce à lui j'apprendrais que la différence entre un garçon et une fille c'est pas juste qu'on oblige ces dernières à mettre des robes et des blouses pas pratiques parce qu'après dès qu'elles bougent on voit leur culotte et que tout le monde fait des chichis avec ça. Je ne comprends ni l'intérêt des robes ni le pourquoi des simagrées. Je pense qu'on met des robes parce que ça coûte moins cher et que ça salit moins. Mais alors pourquoi pas des shorts comme les garçons l'été&amp;nbsp;? Et puis les collants de laine, l'hiver, quand on tombe ils sont troués, alors ça coûte aussi ...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En tout cas je suis contente qu'on ne m'ait pas collé de boucles d'oreilles parce que ça a l'air compliqué d'en porter et ça doit faire rudement mal quand on les met. Et puis c'était des raclées (parentales) celles qui en avaient si elles les perdaient (même seulement une).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Bizarrement pas trop de souvenirs des filles, je crois que je les trouve un peu bébés, et chuchoteuses et compliquées. Moi, je préfère cavaler. En tout cas quand je suis en forme.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Parce que quand même, ma santé et moi on reste un peu fâchées, mais moins qu'avant (je crois me rappeler). On m'a souvent redit après que j'avais trouvé moyen de faire une splendide rubéole au moment le plus dangereux pour le futur bébé de ma maman. Aucun souvenir de la maladie-même, mais de l'infirmière qui venait à elle lui faire des piqures afin qu'elle n'attrape pas ma maladie à moi, si. De l'inquiétude de mes parents, malgré qu'ils tentaient de me rassurer. De mon sentiment de culpabilité (à cause de moi on fait du mal à ma maman et peut-être le bébé sera malade) impuissante (c'est pas ma faute, j'ai pas fait exprès, la maladie c'est à l'école des copains qui l'avaient).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;N'empêche au bout d'un an, c'est Taverny qui est chez moi. Et l'autre ville s'oublie.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;(1) dans l'appartement qui précédait j'habitais un renfoncement qui faisait salon, séparé de la salle à manger par un rideau qu'on tirait.
(2) J'aurais dit non, assurément. J'ai très tôt supporté très mal de n'être pas considérée comme un être humain à part entière, hors en ce temps-là, les gosses devaient suivre, punto basta.
(3) aucune idée de l'orthographe réelle de son nom.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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