Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

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Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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Tomek, sur le chemin écrits dans la marge,
vendredi 30 novembre 2007

Longtemps...

Longtemps, j'ai hésité, j'y ai pensé, mais pas assez pour me dire que j'arriverais à puiser assez de choses dans mon parcours.

Je me suis dit que je n'aurais pas le temps, pas le courage, pas la constance de rédiger un vrai billet avec du beau contenu dedans, fourré à l'émotion - de préférence. Une pression de plus sur les épaules qui déjà ont du mal à se supporter elles-mêmes, ses idiotes.

Et dernièrement, Kozlika a fini de me décider à me lancer, la lecture - bien que non assidue - des billets ricochets m'entraînant un peu plus vers cette folie, confession, témoignage d'une vie parmi d'autres, pas plus ni moins, juste un être humain qui "est par les liens qu'il tisse".[1]

Se lancer, et éprouver le vertige simplement en y réfléchissant. La route est longue et pentue.

Notes

[1] Albert Jacquard

Albertine, sur le chemin écrits dans la marge,
mardi 4 décembre 2007

Le court-circuit

EDIT DE DECEMBRE 2010: il y a trois ans, alors que je rédigeais ces Cailloux, j'ai buté sur l'année 1984. Impossible de continuer. Il aurait fallu que je passe 'au-dessus' de plein de choses très personnelles.

J'avais vraiment envie de reprendre le cours des Ricochets. J'avais tant de souvenirs, mais il fallait que je surmonte cette année 1984.

Et voilà. L'histoire a montré que je n'y suis pas arrivée.

Ce n'est pas plus mal. Aujourd'hui que je jette un regard sur les textes que j'ai "commis"... Même s'ils étaient bien écrits, je n'en suis plus du tout satisfaite. Avec le recul, je voudrais avoir privilégié les souvenirs "intéressants" des années 2006 à 19xx. A l'époque, je voulais raconter ma vie. Et aujourd'hui, cette envie me semble puérile. Mais c'était plus qu'une envie, sans doute en avais-je besoin.

En plus, c'est beaucoup trop personnel pour être laissé sur la Toile. Désormais, je me pose beaucoup plus qu'auparavant la question du très intime Même si j'ai employé un pseudo, même si je changeais les noms, les circonstances, les lieux, il me paraît à présent inconcevable, en racontant mon histoire, d'effleurer ou de mentionner celle des autres... Que ce soit de proches ou moins proches.

shayalone, sur le chemin écrits dans la marge,
mardi 4 décembre 2007

Douces failles

2003. Je cherche. Qu'est-ce qui m'a marqué cette année là? Le vide intersidéral de ma mémoire? Rien, je n'ai rien en tête. En grapillant je trouve bien des choses dont je n'ai pas envie de parler. C'est du passé oublié. C'est là qu'apparait la difficulté pour moi des ricochets. Réputée pour avoir une mémoire d'éléphant, j'oublie tout de ma propre vie, ne gardant en tête que de quoi alimenter ma mégalomaniaque légende. Et y a des années vides pour ça. La sérénité trouvée avec chou n'y est pas étrangère, il faut se rendre à l'évidence. Ma vie lisse n'a rien marqué, rien ne s'est imprimé sur les microsillons accessibles de ma mémoire. Des tas de petits bonheurs en vrac, impossible à situer dans le temps. Reste l'inconscient alors. Mais tout le monde sait qu'il court dans des zones non fréquentables.

pierre, sur le chemin écrits dans la marge,
samedi 15 décembre 2007

Prendre le temps d'une rétrospective fertile

Finalement j'ai choisi de me libérer de mes hésitations à poursuivre ces Ricochets en retraversant assez longuement des années d'adolescence difficiles à aborder. La difficulté ne venant pas d'écrire ni de dévoiler, car je connais bien cette part de mon passé déjà largement explorée en tous sens, mais de la présentation des faits. Je ressentais une certaine gêne à déballer encore ce que je me sais décrire en plus noir que ce que je ressentais à l'époque. Depuis des années c'est cette version sombre qui me revient, alors que je ne l'ai pas vécue ainsi sur le moment. Est-ce une séléction faussée, ou un nécessaire équilibrage ? La légitime prise en compte de ce qui a été trop longtemps nié ? Quel est le sens de cette version triste et doloriste ? Probablement le sens qui m'importe : celui qui m'explique celui que je suis devenu.

Car loin de ressentir aujourd'hui amertume ou ressentiment (étape traversée mais révolue), je vois désormais mon enfance, puis mon adolescence, comme des chances qui m'ont permis d'être ce que je suis aujourd'hui. Incontestablement parce qu'il y a eu aussi des aspects plus lumineux, porteurs de rires, de joie, de découvertes, qui m'ont offert un équilibre fondamental. Même s'il y avait du noir, il y avait aussi de la lumière. C'est ça, ma chance. Mon père, bien qu'homme exigeant et autoritaire, voulait le bien de ses enfants. Se sentant investi de cette mission, il n'a jamais été homme à se plaindre de circonstances extérieures. Jamais je ne l'ai entendu râler contre la société ou quoi que ce soit : il a cette honnêteté de se sentir responsable de sa vie et de ce qu'il en fait. Ce leg m'est précieux. C'est aussi cette honnêteté qui lui a permis d'entendre mes griefs sans les nier, lorsque mon besoin de le dire s'est imposé. Et cela a considérablement simplifié mon travail de reconstruction. Là encore, je prends la mesure de cette chance...

Avec les petits cailloux que je dépose ici je prends donc conscience de la partialité du récit de mes années de jeunesse et cela me pousse à regarder vers les acquis fondamentaux qui m'ont été transmis. J'en bénéficie incontestablement et vient le temps que j'aie cette reconnaissance.

Mais ce que je trouve intéressant dans cette démarche d'écriture en ricochets, dont les effets induits ne cessent de me surprendre, c'est que le récit linéaire et chronologique me permet de concentrer mon parcours de vie. Et cela en prenant le temps de la rétrospective, donc d'une maturation lente. Ainsi se mettent en relation des périodes, et surtout des mots qui prennent un sens lorsqu'ils se voient rapprochés, ou répétés avec une notable insistance. Dans mes lointaines années apparaît l'esquisse de ce qui allait faire l'homme que je suis aujourd'hui. En quelque sorte s'annonçait il y a très longtemps la mutation que je vis actuellement. Cette fameuse quarantaine qui, plutôt que crise, est pour moi un épanouissement en milieu de vie. Selon le concept de résilience popularisé par Boris Cyrulnik, ce qui, dans mon enfance, à été souffrance me permet aujourd'hui, comme un « merveilleux malheur », de bénéficier d'une singularité qui me rend sensible à certains apects relationnels. Prise de conscience tardive, certes, mais qu'importe ?

La lenteur fait précisément partie de ce que je suis. Je ne la vois plus comme une tare dont je devrais avoir honte, mais comme un élément de ce qui constitue ma façon d'être et de penser. Je sais prendre le temps, je dispose de la patience qui permet de travailler les choses dans la longueur et la profondeur. Atout ou handicap, à moi de choisir comment je peux optimiser cette façon d'être. Ma lenteur à comprendre, à appréhender les choses, me pousse à passer par l'expérientiel. J'apprends lentement parce que j'ai besoin de vivre ce que j'apprends. Ma mémorisation passe par le ressenti, l'émotionnel, le concret. C'est aussi cette capacité d'imprégnation lente qui fait que je développe longuement mes écrits, comme si je voulais laisser diffuser les mots. Je les emploie en grand nombre parce que je cherche leur précision autant que leur ouverture vers d'autres pistes à explorer. Pour moi, comprendre passe par une remise en question sans fin de ce qui pourrait ressembler à des certitudes.

Otir, sur le chemin écrits dans la marge,
lundi 31 décembre 2007

2007: Sept fois sept

Et voilà : mes petits cailloux sont tous écrits, publiés et probablement lus par un public dont j'ignore autant qu'ils ignorent de moi. Mais j'ai vraiment aimé cette aventure. Je ne suis pas encore convaincue que je pourrai la recommencer dans l'autre sens, histoire de voir à quoi ressemblent les pierres qui rouleraient en s'éloignant de l'instant présent vers les souvenirs d'enfance.

Je ne suis pas trop surprise de celles qui se sont posées dans l'autre sens, même si parfois j'ai dû en casser quelques-unes, soit parce qu'elles étaient trop grosses à lancer soit qu'elles me cachaient la vue ou bien parfois j'ai dû choisir un palet un peu plus poli pour qu'il rebondisse. Parfois, j'ai ramassé un caillou qui me plaisait bien, et il m'a glissé des doigts sans que j'aie pu le lancer, d'autres, j'ai remarqué que le galet avait une toute autre allure une fois qu'il était lancé dans l'eau, et je ne le reconnaissais plus du tout en le regardant moi-même à travers l'eau de la publication. Mais c'est le jeu.

J'ai sans doute été flemmarde aussi, je suis si peu revenue sur ce que j'écrivais dans un premier jet, à part corriger de trop visibles lourdeurs ou erreurs de style, voire des fautes de frappe passées inaperçues, j'ai très rarement travaillé sur un billet, très souvent soulagée quand je voyais qu'un écran était rempli, comme si ça suffisait bien comme ça. Le résultat n'est pas clair et agréable ? qu'à cela ne tienne, je me débarassai du billet comme on jette un caillou à l'eau, n'était-ce pas la consigne ?

Dans ma tradition, sept est un cycle, le cycle de la semaine qui s'est accomplie, et l'on cesse au septième jour, on s'arrête, on se pose, et on laisse l'activité créatrice au repos avant de recommencer. La septième année est la fin d'un cycle aussi, il y a les passages dans la vie humaine de l'âge de raison, de l'adolescence, de l'âge adulte, de la maturité, et cela recommence encore et toujours dans une spirale ascendante.

Mais arriver au huitième degré est un accomplissement, un point dans l'harmonique avec l'octave, un passage au degré supérieur de l'espoir et du développement spirituel, parce que l'expérience permet de construire, comme la mémoire permet d'apprendre de son propre passé pour bâtir un futur en devenir.

Merci à mes lecteurs de leur lecture bienveillante et encourageante. Je ne suis pas sûre que sans eux j'aurais persévéré dans l'effort et c'est quand même grâce à eux que je peux dire que je continue de passer des caps avec fierté.

eleonor, sur le chemin écrits dans la marge,
jeudi 31 janvier 2008

Préambule

Cela fait quelques mois que j'ai découvert l'existence des petits cailloux et ricochets, et quelques semaines que l'idée s'insinue dans mon esprit. Ces lectures m'ont marquée, touchée, émue, intriguée, rassurée également concernant toutes sortes de questions que je me pose sur ma vie, et celle des autres. Comment vivent-ils, les autres ? Ont-ils des vies ? A quoi ressemble leur vie ? Pourrait-on dire que la mienne ressemble à quoi que ce soit ? Je leur trouve une certaine générosité, à tous ces autres qui veulent bien répondre indirectement à mes questions. Alors, pourquoi ne pas me lancer à mon tour ? Non pas que je prétende faire acte de générosité en participant, ce serait bien prétentieux, mais à mon tour contribuer à ce projet. Mais je n'ai pas de blog, n'ai jamais écrit quoi que ce soit sur aucun site et me sens un peu intimidée et d'ailleurs, nous voici en 2008, bien tard pour prendre un train qui s'est déjà éloigné. Il suffira d'un échange de mail, et voilà, Kozlika me souhaite la bienvenue, qu'elle en soit remerciée.

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