Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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écrits dans la marge

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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valclair, sur le chemin écrits dans la marge,
jeudi 22 novembre 2007

Ricochets, vous avez dit ricochets?

Ohé des ricocheurs, ohé, il y a quelqu’un… ?

C’est Dame Kozlika qui nous interpelle et vient soudain secouer la douce hibernation ricochesque dans laquelle je m’étais installé.

Tiens, oui, les ricochets !

Oh je ne les ai pas oubliés tout à fait. Ils sont là. Ils ont même droit à un raccourci spécial sur un coin du bureau de mon ordinateur, pas un, deux raccourcis, un pour aller lire, un autre pour aller publier. Souvent lorsque mon regard passe dessus je me dis : « Ah oui, les ricochets, il faudrait m’y remettre pourquoi pas… ». Mais ça fait un moment cela dit que je n’ai plus cliqué par là.

Alors aujourd'hui j’ai couru y faire un petit tour. C’est qu’ils sont bien vivants ces ricochets. Il y a même des petits nouveaux comme Johann ou de grands anciens qui s’y mettent, n’est-ce pas Gilda. Il y a des fidèles comme Thomas qui vient de boucler son parcours, Samantdi qui progresse avec régularité, Cassymary à la belle énergie. Et bien d’autres. Et chez tous il y a beaucoup d’émotion et quelques bien beaux textes…

Quant à moi ? Il date de quand mon dernier ricochet ? Je ne sais même plus. Je vais faire un tour dans les archives. 21 juin ! Déjà ! Tant de temps passé ! Dernier texte le 5 juillet, un texte dans la marge qui s’appelle « Ricochets en déshérence ». Il est là pour dire je suspends sans fermer, je reviendrai peut-être. Ça n’a pas été le cas jusqu’à aujourd'hui.

Pourquoi est-ce que je me suis coincé là ? Ce n’est pas par hasard sûrement. Je sais très bien ce dont j’avais l’intention de parler pour 1992. Ce n’est pas spécialement difficile ni douloureux. Mais ce malaise que je voulais évoquer, survenu lors d’un événement assez dérisoire ne me concernant pas directement, dit assez par sa force et son étrangeté qu’était touché un élément important pour moi, un nœud sûrement.

Je crois avoir su très vite, dès lors que ce petit événement s’est produit et parce qu’il est resté toujours présent à ma mémoire de quoi il retournait. J’ai eu l’impression, sans doute fallacieuse d’ailleurs, d’avoir épuisé la question. Et comme il y a malaise à l’évoquer sans gain prévisible de compréhension ou de redécouverte, je n’ai pas eu envie d’y revenir.

Plus globalement avec ces années, j’étais dans des années plates, enfin me semblant plates. A écrire dessus j’avais tout simplement le sentiment que j’allais m’ennuyer.

Je me suis posé aussi la question du sens choisi. Tout à coup je me disais, c’est absurde ce sens à rebours, j’aurais bien mieux dû suivre la flèche du temps. L’après ne prend son sens qu’éclairé par l’avant. Certes, mais ça c’est une considération valable dans la restitution, au moment où j’aurais voulu lire le texte entier de son alpha vers son oméga. Elle ne l’est pas au moment de l’élaboration, la plongée vers le début, du plus proche vers le plus reculé, peut au contraire faire de ricochet en ricochet surgir de belles surprises. Donc tout ça, c’est du prétexte !

J’aurais pu aussi, et j’y ai pensé, m’affranchir de toute consigne, jouer le temps dans l’anarchie, passant d’un souvenir proche à un souvenir lointain et vice-versa. Mais j’aurais alors sans trop de peine écrit les « années intéressantes » et puis il serait resté de vastes plages de temps inabordées et condamnées pour le coup à le rester.

Il y a autre chose aussi, peut-être plus insidieusement démotivant. Mon premier ricochet 2006 c’était « l’homme immobile » qui était une sorte d’injonction à ne plus l’être. Les ricochets, travail du passé dans le présent n’étaient-ils pas là aussi pour débloquer des vieilleries au creux de soi ? Or qu’écrirais-je si je devais faire un ricochet 2007 car « l’homme immobile pas si immobile que ça » fondamentalement l’est toujours ? Est-ce que vraiment on peut changer ou bien est-ce que les récurrences, les répétitions sont toujours les plus fortes, toujours triomphantes?

Ah là, là, c’est bien du Valclair tout ça ! Toujours avec ses éternelles et tortueuses questions ! Et si tout bêtement, tout simplement, je repensais au plaisir que j’ai eu aussi à produire mes ricochets au delà de l’aspect laborieux qu’ils ont parfois pris.

Alors ? Revient ? Revient pas ? Je ne sais pas encore. Je crois plutôt oui. Ce ricochet 1992 au moins il faudrait que le fasse maintenant que j’ai alléché. Et après, c’est à dire avant ? Nous verrons.

Merci Koz de m’avoir ainsi, peut-être, donné l’envie de relancer la machine.

pierre, sur le chemin écrits dans la marge,
jeudi 22 novembre 2007

En suspens

Dès que j'ai eu connaissance de l'heureuse initiative des Petits cailloux et ricochets, je me suis inscrit, enthousiaste. Il n'y avait alors que quelques participants et ce groupe restreint me convenait parfaitement. Lorsque les inscriptions se sont multipliées, ça m'a fait un peu peur. Je n'aime pas me sentir trop visible et j'ai craint l'afflux de lecteurs de tous horizons. Pensée idiote, évidemment, puisque le nombre me rendrait moins visible. D'ailleurs je me suis moi-même rapidement perdu dans cette inflation de noms inconnus. Mais qu'importe, j'ai entamé mon chemin de petits cailloux sans bien savoir où il pourrait me mener. Espérant me donner le temps de prendre un recul suffisant pour évoquer la complexité des années les plus récentes, j'ai opté pour suivre un déroulement chronologique.

Le talent narratif des autres m'a impressionné. Ma vie d'enfant, ou plutôt ma façon de la raconter, m'a parue banale. J'ai néanmoins décidé de poursuivre. Sauf que cette plongée en enfance n'a pas été anodine. Raviver des souvenirs, pourtant déjà largement revisités, et les exprimer ouvertement, a eu un effet surprenant. Je crois que le fait de nommer publiquement certaines blessures à joué un rôle cicatrisant : les actes passés s'éloignaient après leur mise en lumière. Comme si je coupais les restes d'un cordon de mémoire sensible. L'origine de ce que je suis devenu m'a semblé plus révolue que jamais.

Pourtant mon écriture ici s'est espacée. M'approcher des rives de l'adolescence m'a paru hasardeux : qu'allais-je encore réveiller ? N'avais-je pas déjà suffisamment ressassé les raisons de ce qui a construit ma façon d'être ? Était-ce utile de me reconnecter avec ce passé alors que je cherche, à mi-parcours de vie, à devenir autre. Être enfin ce que je suis. Me libérer d'entraves mentales.

Ai-je quelque chose à gagner en revisitant ce passé ? Ai-je envie de l'exprimer sous un angle de souffrance, comme je l'ai souvent fait jusque-là, ou bien ne pourrais-je pas en décrire les éclats de lumière ? Qu'ai-je envie de montrer de moi ? Qu'ai-je envie de devenir à partir de mon histoire ?

Pour le moment ces questions restent en suspens...

cassymary, sur le chemin écrits dans la marge,
vendredi 23 novembre 2007

Continuer

L'idée de ces ricochets m'avait tout de suite emballée. Ne sachant trop où elle allait me mener, j'avais , après avoir longuement réfléchi sur la façon de m'y prendre, décidé d'écrire un texte par semaine, en commençant par l'année de ma naissance.

Les premières années ont été faciles. De beaux souvenirs, l'envie de les partager, et le plaisir de me les remmémorer. Par la suite, ça s'est corsé. Il y a des souvenirs difficiles à faire partager, parce que sans doute effrayant à faire revivre.

En ce moment je suis bloquée sur une année. J'ai voulu la faire en 2 parties, parce que deux événements dans cette année là ont eu des incidences sur le reste de ma vie. J'ai écrit la 1ère partie avec jubilation. Je tiens absolument à écrire la seconde partie. Je me suis dit que je pouvais y arriver. J'avais réussi à écrire le souvenir traumatisant de mes 16 ans, j'ai pensé qu'il en serait de même pour l'année de mes 17 ans.

Et après avoir écrit 3 lignes, je reste coincée. Je n'y arrive pas. Il y a des mots qui ne sortiront pas. Malgré tout je veux quand même poser un petit caillou blanc. le simple fait de l'évoquer, sans entrer dans les détails, est important pour la suite de mes ricochets. Alors j'écrirai cette seconde partie, même si elle parait mystérieuse à ceux qui la liront. Dire les choses, même à demi-mot, me permettra de continuer sur le chemin de mes souvenirs.

Je n'ai donc pas l'intention d'arrêter mes ricochets. Je me donne juste un peu plus de temps pour les écrire, si le besoin s'en fait sentir.

Quand à lire ceux des autres, je le fais, plus facilement maintenant qu'ils sont moins nombreux ( au début, il y avait tellement de participants que je n'arrivais pas à suivre le rythme).

Et je tombe sur des textes qui me secouent pas mal. J'ai aussi un plaisir plus particulier à lire ceux de mes blogamis (comme les nomme valclair). En fin de compte, une expérience au long court très enrichissante, et beaucoup moins anodine qu'il n'y parait. Remuer des souvenirs n'est jamais sans risque!

Otir, sur le chemin écrits dans la marge,
vendredi 23 novembre 2007

Ricocher sur les cailloux ou déposer un caillou sous les ricochets

Je suis bien contente de n'avoir jamais été tentée de m'arrêter. J'ai certes ralenti souvent le rythme, plus au gré de ce qui se passait en dehors de la rivière du projet qu'à cause du contenu de la barque, ou du périple entrepris. En fait, quand j'écris un caillou, j'en écris souvent plus qu'un dans la foulée, parfois trois, parfois quatre, à la suite, et je les publie plus ou moins au compte-goutte, souvent en me disant que j'y reviendrai peut-être et toujours sans l'avoir fait.

C'est à dire que finalement, ce qui est publié est toujours un premier jet. Et ce n'est qu'une fois en ligne, que m'apparaissent mille et une imperfections insupportables, comment ai-je pu choisir telle formule, ou pire encore pourquoi ai-je fait passer ceci et laissé cet autre cela complètement dans l'ombre, me reviennent en mémoire des personnages et des événements, comme si d'appeler une année ou un âge, n'était absolument pas suffisant pour qu'ils resurgissent et comme si seulement la publication et la lecture que je suppose des autres redonnait vie à tous ceux-là qui ne se sont pas précipités sous mes doigts sur le clavier...

Alors, je ne cherche pas à comprendre pourquoi ils se sont dérobés, et s'ils auraient fait un meilleur ricochet, suscité plus de plaisir ou d'émotion à lire, entraîné une image plus claire de cette histoire qui n'en est pas une ; je me laisse seulement bercer par les souvenirs qui ne se sont pas matérialisés en mots ni en notes, et je concocte mentalement de nouvelles pages qui auraient été bien mieux, bien plus policées, adaptées à l'exercice et satisfaisantes à mes propres yeux. Qui ne voient jamais le jour. Parce que je me dis que je dois aller de l'avant, passer à l'année suivante. Je ne peux pas plus revenir sur le passé, que je peux revenir sur mon choix et ma publication (même si ce n'est pas vrai, mais seulement la règle que je me suis fixée, et je lui trouve du bon). Et puis, quand même dans un coin de ma caboche, je me garde en réserve la possibilité que ce caillou mis en poche fasse un jour un ricochet sur mon blogue.

Pourtant, j'ai aussi cessé assez vite de publier en doublon chaque billet sur mon blogue. J'ai vite été gênée à l'idée que mes frères ou mes parents allaient avoir une porte d'entrée directe sur ce qu'ils ont, dans mon souvenir, si peu partagé avec moi quand ils en avaient la possibilité. Que tout se trouve un peu en retrait sur Les Ricochets des Blogueurs me convient mieux. Et puis, je me sens en compagnie. J'ai la sensation furtive d'être dans un canot, peut-être même un kayak, avec une pagaie, et qu'il y a tous ces autres kayakeurs, parfois je les aperçois, parfois ils sont cachés par les rochers, mais je sais qu'ils sont là. Parfois, nous nous retrouvons à plusieurs sur des pans d'eau plus calme, on se fait même des petites causettes en souriant. Il y a même des moments, où je me précipite sur la rive, pour sauter vers quelqu'un d'autre, parfois, je vois que c'est un autre pagayeur qui est arrivé avant, et tout va bien.

J'ai bien remarqué qu'il y avait certains kayaks qui avaient été mis à sec. Quelques caillouteurs sont assis à côté, je me dis toujours qu'ils remettront à flot. D'autres sont partis, il restera toujours leurs cailloux, petites pierres blanches ou lisses, grises ou biseautées, c'est bien beau cette descente, en tous cas les paysages sont somptueux. Je voudrais vraiment bien que personne n'ait d'accident et se noie surtout.

ganesh, sur le chemin écrits dans la marge,
vendredi 23 novembre 2007

Ricochons tous en coeur

Petit cailloux et ricochets est un très beau projet internet. Tous les gens à qui j'en ai parlé ont apprécié.
Il est vrai que ma contribution s'est pour l'instant limitée à deux billets. En fait c'est la contrainte de publication dans le sens chronologique (ou antichronologique) qui me bloque. Mes souvenirs reviennent de manière désordonnée. J'écris donc mes petits cailloux dans mon coin, mais vous les verrez ricocher un jour ou l'autre. Bon il faut dire aussi que j'avais égaré mon mot de passe - merci à Kozlika qui m'en a refait un tout neuf :)
Ce qui ne m'empêche pas de venir lire régulièrement lers petits cailloux des autres. Quelle richesse ! Chacun s'exprime à sa manière, et c'est un plaisir de voir les destinées se dessiner sur mon écran.

Aglaï, sur le chemin écrits dans la marge,
vendredi 23 novembre 2007

De l'ordre et des années, du temps qui s'effiloche et des fils qui dépassent

Mon prochain ricochet est ramassé, une page manuscrite sur une feuille verte... J'aime l'écrire, le ricochet. Les vôtres que je lis régulièrement m'intéressent et réveillent l'envie, souvent, bien souvent, de ricocher, mais je dois suivre l'ordre... et l'ordre a du mal à ne pas bloquer. J'en ai réussi six, et depuis près de six mois je cherche le septième. Le caillou ramassé, il me faut le polir un peu ; et vlà que j'l'ai encore oublié là où je ne suis pas, dans la poche d'une chemise restée sur un autre dossier... bref, ça traîne. Mais je veux remonter le courant, j'ai tellement plaisir à les polir (ou pas), à rechercher un fil pour démêler l'écheveau de cette année-là, et puis quand je tire sur l'un et que tout se déroule... non, pas tout, je trouve après que ah mais oui (ou : ah mais non, c'est selon) j'aurais du parler de ci ou de ça...

L'expérience est difficile aussi du point de vue technique : pas si simple de savoir comment ordonner ces bribes de tronçons d'existence.

D'autant que je me souvienne, mes années sont scolaires, et je les ai toujours pensées ainsi, c'est telle classe, tel niveau, et l'enseignement (qui me prend tant de temps et m'empêche de ricocher, d'ailleurs ! le voilà, le coupable ;-) n'arrange pas les choses ! Alors, ce souvenir que je veux évoquer, était-ce en janvier ou en décembre ? Pour ce caillou ou pour l'année prochaine ?

Et puis il y a les années d'étudiante, qui arrivent à grands pas (tiens donc, c'est donc là que je bloque ! hum hum, très intéressant, continuez, dirait mon bon Docteur. Continuons), celles dont les albums photos dorment sous forme de pochettes de photos pas triées à ranger, en cartons qui me suivent déménagement après déménagement, et que je ne suis plus sûre de savoir mettre en ordre. N'y aurait-il pas un lien ? A l'instant où j'écris je m'aperçois de ça, je m'interroge. En fait, je me suis avouée il y a quelque temps, il y a peu de ça, peut-être quelques mois, que faire les albums de ces années-là ne m'intéressait pas, ou alors pas beaucoup, ou du moins que j'avais moins besoin qu'avant de recoller des morceaux de passé. J'en ai des albums vides et des choses à y mettre. J'ai gardé le petit papier de l'adresse d'un ami à Madrid, pour illustrer le récit du voyage. Il faudra que j'y pense. Il est là, le problème : le jour où je reprends, je risque d'oublier un des cartons et de ne pas intégrer tout ce que j'ai. Redoutable écueil. Mon grand-père disait que le perfectionnisme pouvait paralyser. Je ne savais pas encore à l'époque que j'étais perfectionniste, et je n'imaginais pas même que je puisse en souffrir.

On est très loin des Ricochets ? Pas tant que ça, je crois. Il s'agit de la difficulté de mettre en ordre mon existence, ma manie d'ordonner me conduisant toujours à des désordres indescriptibles. Depuis l'événement de 2006, début des ricochets, que je mentionne à la fin de mon premier caillou, ma vie a recommencé, tout à fait autrement, et celle que j'étais avant me semble un peu lointaine, si je ne tire pas sur les fils qui dépassent.

luciole, sur le chemin écrits dans la marge,
samedi 24 novembre 2007

Un temps pour tout

Il fût un temps pour l'introspection, je me regardais le nombril, dans tous les sens. J'en analysais les circonvolutions, les révolutions, les recoins cachés, les courbes exhibées. Il fût un temps nécessaire, douloureux bien souvent, salutaire davantage. Un long temps qui commença sans doute à l'adolescence et qui devait prendre fin récemment. Ce temps d'apprendre à me connaître, à m'accepter, ce temps de lâcher ma révolte, d'abandonner mes colères de Caliméro. Ce temps pour accepter l'injustice qui m'a été faite, cette blessure de l'enfance, irréparable, accepter qu'elle soit devenue une richesse. Ce long temps nourrit d'un désir puissant, être heureuse. Promesse d'enfant faite à la futur adulte; que feras tu quand tu seras grande ? me demandait on. Je répondais toujours : " je serais heureuse". Cela a pris beaucoup de temps, beaucoup de formes différentes, cela m'a demandé beaucoup de travail et beaucoup d'énergie. J'ai fait fausse route parfois, et encore, pas si sure, mais je n'ai pas perdu mon objectif de vue, de vie.

Puis il est venu ce temps de l'apaisement, ce temps d'aujourd'hui ou l'introspection me parait soudain futile, ce temps ou de mon nombril j'ai tourné le regard vers autrui, ce temps de la capacité d'abstraction. Mes colères, mes révoltes, ont pris un autre visage, elle prennent leur source ailleurs. Et finalement comme j'ai appris à me battre pour moi, j'essaie de mettre cet esprit de la bataille au service d'autrui.

Les ricochets, mes premiers ricochets sont venus là, finir ce temps de l'introspection, et si je n'ai pu remonter jusqu'à ma naissance, c'est d'avoir eu ce sentiment puissant de radoter, de l'avoir tant et tant raconter, de n'avoir plus rien à en tirer. Je n'avais plus envie de parler de moi, de ce moi là, de ce temps là, devenu si lointain sans que je m'en sois bien rendu compte.

Serais je sortis de l'adolescence à l'approche de mes 40 ans? C'est un bel age pour devenir grande...

vroumette, sur le chemin écrits dans la marge,
samedi 24 novembre 2007

Un petit caillou tous les kilomètres (ricochet façon petit poucet)

Si je n’avais reçu ce mail de Kozlika comme vous tous cette semaine, je me demande encore quand j’aurai pris le temps d’écrire un billet.

Prendre ce temps, c’est aussi me remémorer ces trois dernières années à la découverte des blogs mais surtout des personnes qui créent cette richesse culturelle, humaine, littéraire, et j’en passe. En tombant dedans (comme Obélix dans la marmite lorsqu’il était petit), je ne m’attendais certes pas à vivre de si heureux moments partagés avec nombre de blogueurs. Mais à quoi m’attendais-je donc finalement ? A rien, en fait. Je me suis laissée portée par ce monde pas si virtuel que ça et me suis laisser guider au gré des propositions et découvertes.

Alors que j’évolue en milieu relativement fermé et entourée d’amis présentant les relatives mêmes caractéristiques, j’ai eu la sensation d’ouvrir les yeux sur d’autres parcours, d’autres choix de vie, d’autres histoires familiales. Mais lorsque j’ai voulu partagé cet enthousiasme procuré par la lecture de vos nombreux blogs, je me suis heurtée à quantités de clichés que Koz a si bien décrits dans un récent billet. J’ai persisté à vouloir décrire les trésors que l’on pouvait découvrir à travers les blogs, en vain. Je dois même reconnaître que d’avoir dit que j’en tenais un moi-même m’a éloigné de certains amis (pas tant que ça finalement…), qui sans rien y connaître et sans même en lire un seul m’ont associé à leurs stéréotypes.

Durant ces trois ans, je me suis libérée à travers mon blog, j’ai ri, pleuré, applaudi en vous lisant. Vous, oui vous blogueurs, m’avez aidé plus que quiconque (enfin, à part grand zorro et mes zozos hein) à prendre de l’assurance et à réussir mon concours.

Aujourd’hui, j’ai évolué dans mon travail. J’ai accepté avec beaucoup de joies et beaucoup de craintes de nouvelles missions, mais surtout pleine d’enthousiasme. Il y a trois ans, j’aurai été incapable de croire que j’étais capable de relever ce défi alors que maintenant je me dis que c’est possible. Comme je ne fais jamais les choses à moitié, je dois vous avouer que je m’y consacre totalement (départ 8 heures le matin, retour 22 heures le soir). Comme d’habitude je n’ai pas trop réfléchis à toutes les conséquences que pouvait avoir ce changement de rythme, je me suis dit « je m’adapterai et pis voilà ». Force est de constater que je n’arrive plus à mener tout de front et que ma partie « blogueuse » en a douloureusement pâtie. Le week-end, je vole quelques instants de ci de là pour vous lire en secret. Ecrire des bêtises me manque, vous voir me manque, vous lire davantage me manque, jouer me manque, mais lorsque les week-end arrivent je me consacre totalement à ma famille. Ils sont mon oxygène et ne pourrai supporter qu’ils souffrent de mon choix professionnel.

Parfois le soir en m’endormant, je pense aux billets que j’aurai aimé écrire dans la journée « les zozos en beach boys », « grand zorro, le roi du même pas mal », « grand zozo, futur délinquant » pour vous raconter mes délires de mère de famille complètement à la ramasse avec ses bonhommes, mais ces histoires restent dans ma chtite cervelle, en attendant de trouver le temps.

A ce jour, je me sens incapable de fermer mon blog. Je ne veux pas perdre ce lien qui nous unit, je ne me suis pas lassée de cet univers si divers. Je fais le ménage des spams pour qu’il soit « tout propre, tout beau » lorsque de nouveau, je pourrai prendre le temps d’être avec vous.

Ce sera avec un « merci » que je finirai ce billet. Un grand merci à vous tous de prendre ce temps pour partager avec tous vos humeurs, vos états d’âme, vos rires, votre science, votre culture et vos rires…..

Johann, sur le chemin écrits dans la marge,
dimanche 25 novembre 2007

Marginalia

(Etats des lieux de ma participation au projet, et par extension de toute mon activité bloguesque passée.)

J'ai commencé à bloguer, je ne sais plus exactement, vers 2003. J'étais un jeune post-adolescent qui s'acceptait à peine, enfin, comme homosexuel. Je sortais du lycée. En bref, je commençais de façon plutôt tonitruante une vie d'adulte (je me refuse à écrire jeune adulte. Il s'agit pour moi d'un état binaire : enfant/adulte. Point.) Jusqu'alors renfermé, plutôt solitaire, insolent avec les professeurs, mais voué au silence devant les autres enfants, je renverse immédiatement la vapeur, créant de toute pièce une carapace scénique qui n'a jamais disparu : le tatou, nom de mon premier blog. Ce fut drôle, un temps. Mais plus du tout lorsque la carapace, comme une maladie auto-immune, a tenté de détruire ce qu'elle protégeait, voulant prendre sa place.

Cette histoire, c'est celle que je ne raconte pas. C'est celle qu'on voit. Un jour blanc, un jour noir. Mon corps, au sens large, est un immense champ de bataille où s'affronte le tatou et Johann. Je crois bien que jamais personne n'a réussi à comprendre pourquoi j'ai soudain refusé que l'on m'appelle par ce pseudonyme que j'avais adopté pendant des années.

Ce que je prenais au début pour une réalité, une personnalité émergente, celle de mon moi adulte qui remontait enfin à la surface après avoir dormi plus ou moins les vingt premières années de ma vie, s'est en fait avérée une maladie mentale, au sens littéral et non pas littéraire du terme.

Au lieu de m'enfermer dedans, j'ai combattu.

Au moment du pic d'intensité de la guerre, j'avais vingt ans. J'étais entouré de nombre de gens que j'avais rencontré par l'intermédiaire des blogs, et qui avait fini par constituer la base majoritaire de ma vie : amis, amants, colocataires même.

Silence - ou est-ce un soupir ?

Cessez-le-feu. J'ai vingt-et-un ans. Peu de personnes me reconnaissent. Alors, pour dire que je suis encore le même, pour rejoindre les deux bouts, assurer une continuité dans les yeux des autres, je participe au projet de Kozlika. C'est horriblement dur. Je n'ai pour l'instant fait que trois billets, les trois premières années de ma vie. Je traîne involontairement. Je lambine, parce que bientôt, il faudra parler. Parler de ces vingts ans. Parler de l'horreur qui tourne en boucle dans ma tête. Parler de ce pourquoi j'ai vu, sans comprendre, tant de gens pleurer autour de moi. Parler de ce dont personne n'ose plus me parler. Vingt ans. 2006. Encore 17 billets.

17 billets avant de comprendre. J'ai peur.

traou, sur le chemin écrits dans la marge,
dimanche 25 novembre 2007

Seize cailloux

SI j’avais suivi le rythme des petits cailloux, aujourd’hui j’aurais fini de remonter le cours de ma rivière…

Seize dimanches de rituel ricoché. Pourquoi n’y a-t-il pas eu (encore ?) un dix-septième ? J’invoque le manque de temps, c’est plus facile.

Le fait est que certaines de ces années, à qui j’ai demandé de revenir à ma mémoire, m’ont été difficiles à évoquer, j’avais mis tant de temps à m’apaiser de leur passage, était-ce bien malin de raviver leur souvenir… J’ai connu de l’appréhension d’écrire 2002, 1993, mes années de plomb, bien lourdes au bout de mon crayon.

J’ai arrêté au bord de 1990, parce qu’au-delà de cette année-là, les souvenirs sont plus fumeux, plus obscurs, plus durs à déterrer. J’ai peut-être peur de toucher une conduite enterrée qui m’exploserait au visage ? Peur d’enlever des mouchoirs très délicatement disposés, petits linceuls de choses oubliées en-dessous ? Peur d’affronter la réalité de certains souvenirs soigneusement arrangés pour présenter moins d’aspérités coupantes ?

Ou alors juste une grande paresse ?

Les petits cailloux ne sont pas anodins, c’est certain. J’ai lu certains billets d’autres ricocheurs le cœur serré, ou admiratif, ou ému et je ne peux croire qu’on s’écrive, soi, sans implication parfois douloureuse ou difficile. Ce blog est précieux, poignant, drôle parfois. J’aime ces chemins tracés de mots intimes, parallèles ou sinueux. Poursuivrai-je le mien ? Je n’en sais rien.

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