Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

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écrits dans la marge

Les textes sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction.

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sam, sur le chemin écrits dans la marge,
jeudi 8 février 2007

Ici et là

J'étais là. Impatient.
J'étais là. A lire tous ces mots si bien agencés.
J'étais là et je scrutais la boîte. De temps en temps. Ou plus. Un peu de patience que diable ! Tu n'es pas le seul à vouloir en faire partie. Et puis elle n'est pas une machine.

J'étais là et je me disais simplement que le concept était beau. Simple et beau. Mais je ne savais pas si j'avais ma place parmi toutes ces plumes ; moi, à peine éclos dans la vaste blogosphère...

Et puis comment avoir autant de matière ? En regardant en arrière, je voyais déjà l'ancre de mes souvenirs s'effacer comme on largue les amarres. Il n'est pas facile de remplir le vide avec du vide.

Mais je m'étais pourtant décidé. J'avais déjà écrit un mail très succinct pour voir si je pouvais moi aussi apporter mon caillou à l'édifice.

Envoyer/Recevoir. Envoyer/Recevoir. Envoyer/Recevoir. "Bienvenue...." Un gentil message m'explique toute la machinerie. Voilà. J'en étais. Si seulement je le voulais.

Et maintenant, je suis là.
Je suis là : partagé entre l'appel de tous les billets que je n'ai pas encore lus et mes doigts qui trépignent sur ces touches en plastique. Balancé entre le désir de lire et le désir d'écrire. Et l'angoisse du blanc. Toujours.
Je suis là, l'écran monochrome et la tête dans l'écran.
Je suis là et mon index vient de se poser sur : "Nouveau billet"...

valclair, sur le chemin écrits dans la marge,
vendredi 9 février 2007

Ricochets

Je n’ai jamais été bon en ricochets. Je me souviens de quelques tentatives pitoyables au bord de rivière. Le joli caillou plat que d’autres auraient fait rebondir trois, quatre fois c’était pour moi l’exploit de la faire jaillir ne serait-ce qu’une fois à la surface de l’eau.

Mais sur d’autres ricochets peut-être que je serais meilleur. Finalement après des intermittences d’envie je crois que je vais tenter d’en faire quelques uns, suite à l’initiative de la chère Anna Fédorovna K (que j’aime à voir ainsi se nimber « d’âme slave » et d’une aura de princesse russe).

A.F.K. propose de choisir pour construire nos évocations soit un chemin montant de 19XX à 2006, soit descendant de 2006 à 19XX. Je n’ai pas envie du courant descendant, je me sens trop dans mes années récentes pour partir d’elles pour cette nouvelle écriture, j’écris déjà d’ailleurs beaucoup sur elles, trop peut-être, dans ce que je mets en ligne depuis quatre ans maintenant. Le courant ascendant du passé vers aujourd'hui m’irait mieux. Cela dit si je voulais faire ça de façon rigoureuse il me faudrait courir pour rattraper nos dames organisatrices qui éclosent à l’aube des années 60, car j’aurais pour ma part un petit paquet d’années à évoquer déjà dans la décennie précédente. La contrainte de plus me paraît un peu forte. Comment d’emblée trouver quelquechose sur chaque année sans artificialité ? Ecrire la continuité du temps ne me plait pas trop, je préfère que mon écriture me donne au contraire la possibilité de sauter d’un temps de ma vie à un autre, selon l’envie. J’aimerais bien au final parvenir à remplir toutes les années, mais chacune viendra à son moment si elle doit venir, là où mes propres cailloux ou ceux des autres par associations d’idées, pas associations de souvenirs me conduiront.

Car je voudrais en effet jouer le jeu des ricochets. Avec l’espoir que ce que j’aurais lu ici ou là, un récit, une ambiance, une image, feront écho et déclencheront en moi un souvenir, en ramèneront même certains du fond de l’oubli. Je tenterais alors de le replacer dans son année si celle-ci me revient de façon précise ou en tout cas dans une année vraisemblable.

Je n’ai pas du tout envie de tenter à travers ça une forme d’autobiographie systématique à quoi sans doute risquerait de m’entraîner un parcours trop strict des années 19XX à 2006. Ce sont plus des images que je voudrais faire remonter. Des sensations. Des traces. Des pièces de puzzle. Qui s’assembleront ensuite comme elles pourront dans l’organisation temporelle.

Donc ce sera le parcours 19XX à 2006 mais comme un axe non contraignant, plus pour la présentation finale que pour la production elle-même qui viendra comme elle viendra, suivant la fantaisie, suivant les ricochets.

C’est drôle parce que lorsqu’il y a une dizaine d’années je m’étais lancé dans un travail d’écriture autobiographique sur mon enfance et ma jeunesse, sur mon temps d’avant couple stable/concours de fonctionnaire/enfants, j’avais procédé un peu de la même façon. J’avais écrit des fragments à partir d’images, de bribes de souvenirs concrets et ce n’est qu’à posteriori que j’en avais ordonné les séquences, rajoutant éventuellement ici ou là, tel complément, tel ou tel liant mais sans jamais viser à aboutir à un récit continu et cohérent. J’avais appelé ça « Traces », sous-titré « Fragments autobiographiques » (ça dort toujours dans mes placards, ça fait lurette que j’ai le projet de déposer ces cent vingt pages à l’APA, je ne l’ai toujours pas fait, retenu par je ne sais quoi).

Mais à l’époque j’avais procédé dans mon coin, sans aucun stimulant extérieur, avec une visée d’élucidation de certaines choses de mon passé, les ricochets se faisaient en interne, de séquence en séquence, l’une donnant l’idée d’une autre. Ça m’amuse de recommencer dans ce contexte différent, en ricochant cette fois à partir des autres. Mais peut-être y aura-t-il des textes anciens que je recyclerai. Enfin pas tels quels, je les réécrirai ou les réinterpréterai avec les lunettes d’aujourd'hui. Et pourrait alors surgir d’autres ricochets entre le temps du vécu, le temps de la première écriture, le temps d’aujourd'hui. C’est assez passionnant ça.

Allez je vais essayer. En espèrant que mon envie ne va pas se rétracter complètement sous le poids des contraintes extérieures, de ma lenteur d’écriture, de ma flemme ou plus profondément d’un sentiment d’inutilité à brasser tout ça une fois de plus. Enfin nous verrons…

erin, sur le chemin écrits dans la marge,
lundi 12 février 2007

40 - en marge

Dernier lundi... dernier mardi... dernier mercredi...

Ma quarantième année s'effiloche au gré de ces 3 derniers jours et bientôt la quarante et unième sera là... Celle où l'on dira de moi que je suis quadra...

Quadragènaire... immanquablement cela me ramène à octogénaire... Avant, mais je ne sais pas depuis quand ni jusqu'à quand au juste... Devrais-je plutôt dire auparavent ? Auparavent, donc, l'idée d'être quadrégénaire me semblait devenir vieille... aussi vieille qu'octogénaire... Et puis maintenant non... Il me semble enfin vivre... revivre... Je ne sais pas au juste...

Ces petits cailloux du passé que j'égrenne dans ma tête se mélangent, s'entremêlent... Lorsque j'y pense pour les coucher enfin sur la page blanche, ils arrivent en désorde... Sautant d'une année d'enfance à celle d'adulte... pour retourner à l'adolescence... Alors je n'écris rien encore... Attendant sagement mon année... Et puis cette envie de faire l'ascenceur dans les deux sens me plaît... Mais je n'ai pas envie de faire par année civile... Non plutôt par année de moi... D'une saint Claude à l'autre... Il me restait assez de temps pour mettre tout ça en gestation... en incubation...

Seulement voilà... Les jours passent et rien n'est écrit encore... Tout se chamboule dans mon esprit, dans mon coeur... Comment procéder ? Faire le bilan par année ? Choisir un seul fait marquant ? Une anecdote inoubliable ? Comment n'écrire qu'un seul petit texte sur une année de vie ?

Dame Fedorovna et ses comparses m'ont donné là une vaste matière à réflexion...

Et puis manque de temps... C'est que ma vie a changé depuis quelque temps... Je n'ai plus les mêmes repères, mon organisation est toute désorganisée... Ma vie est chamboulée... Mais chut... encore quelques jours de patience...

Quadra donc... Et seulement 3 petits jours devant moi... Que dis-je ? Seulement 30 heures... Pour écrire ma gestation à moi... Ce sera la seule période comptant moins de douze mois... Et ce sera l'un des deux seuls textes déjà écrit...

valclair, sur le chemin écrits dans la marge,
mardi 13 février 2007

Changement de sens?

Finalement dans cette histoire de ricochets je crois bien que je vais changer de sens !

Plutôt sur l’axe 19XX à 2006 disais-je l’autre jour mais sans contrainte absolue de continuité. J’ai même déjà rédigé la note pour 1961 histoire de me placer d’emblée dans les parages du démarrage de nos dames organisatrices...

Mais voilà, à y réfléchir, je pense que finalement je vais descendre de 2006 à 19XX. Et en m’imposant la continuité et la contrainte : une entrée chaque week-end, chaque week-end une année évoquée… J’avais envie d’aller barboter dans mes premières années, dans mon adolescence surtout, ça me paraissait plus amusant, plus ludique, j’ai des images toutes prêtes dans ces années auxquelles j’ai envie d’aller tout de suite me frotter pour leur donner une seconde vie. Mais je me dis que ce sera sûrement plus riche de redescendre, qu’il y a plus de chance ainsi de laisser venir à moi des images cachées, de les faire ressortir de la brume à mesure que je m’en approcherais, en avançant ainsi vers les origines comme en une espèce de marche initiatique. Ça a un côté plus difficile. Et notamment parce que j’ai le sentiment de devoir traverser pas mal d’années qui sont celles du long fleuve tranquille (si je mets les lunettes roses) ou de la morne plaine (si je mets les lunettes grises). Je ne vois pas trop à priori ce que j’aurais à dire de bien excitant sur certaines de ces années, je ne vois pas trop les plaisirs d’écriture que je vais pouvoir y prendre, j’ai peur par moments de me trouver comme devant un pensum fastidieux et de m’y ennuyer. Mais de la difficulté justement peut-être naîtra l’intérêt…

Mais d’écrire cela, j’hésite à nouveau. Chemin montant ? Chemin descendant ? Ça c’est du Valclair tout craché. Très fort toujours pour peser le pour et le contre. Longuement ! Interminablement ! Au point de remettre la décision de commencer, au point parfois de laisser passer l’envie, c’est le coup de l’âne de Buridan, incertain devant le sac d’orge et le sac de blé, à s’en laisser mourir de faim…

Allez, cochon qui s’en dédit, dimanche de toute façon je me lance. Dans un sens ou dans un autre…

sicaliptic, sur le chemin écrits dans la marge,
mercredi 14 février 2007

drôle de thérapie

je me rends compte qu'écrivant les choses marquantes de chaque année je fais un tri étonnant mais ne voulant pas simplement régler des comptes je me sens obligée d'essayer d'en parler comme d'une expérience : regarder de plus haut quel est le problème que tout un chacun pourrait rencontrer dans cette situation. Je vois ce que ça a modifié chez moi et ce que cela m'a apporté.

enfin ça c'est mon petit micmac dans mon coin mais je peux dire que j'essaie de me faire du bien.

des ronds dans l'eau ça évoque le calme

Il m'est arrivé au cours de l'existence de passer par l'écrit pour sortir ce qui me faisait souffrir : j'écrivais des lettres aux gens concernées je les cachetais et les mettais au fond d'une valise même si personne ne les lisait cela m'a souvent fait du bien. C'est un peu la même chose bien qu'ici elles aient une visibilité qui me pousse à en extirper le coté trivial pour ne mettre en cause que moi, j'espère y arriver.

merci pour cette espace et cet élan collectif qui pousse à avancer.

valclair, sur le chemin écrits dans la marge,
jeudi 15 février 2007

J'y vais

Et bien j’y vais. Mon texte 2006 était prêt depuis quelques jours, pourquoi attendre. Et je suis décidé. Je m’engage (résolument ?!) dans le sens 2006 vers les années 19XX.

Je vais tâcher de poster tous les jeudis. Et je vais essayer de suivre la consigne de façon stricte, une semaine, une année. Evidemment il va m’en falloir du temps ! Déjà pour rejoindre 1961 dont j’ai écrit le billet quand je pensais partir dans l’autre sens. Et pour arriver au terme, un peu plus loin encore, pour atteindre le moment où l’utérus maternel m’aspirera à nouveau, où j’irais me dissoudre dans les limbes de l’avant…. Et puis d’ici que de là-bas me prenne l’envie de ricocher dans l’autre sens… On n’est pas rendu !

pierre, sur le chemin écrits dans la marge,
lundi 19 février 2007

La violence dorée de l'enfance

Sans trop me poser de questions j'ai suivi l'invitation à faire des ricochets groupés. La démarche m'a plu d'emblée, alors que je ne participe pas aux divers exercices d'écriture proposés ici et là. Cet intérêt ne doit certainement rien au hasard...

Sagement j'ai commencé à raconter mes premières années de vie. Rien de bien impliquant, faute de souvenirs directs. Mais je sens bien que cette évocation du passé lointain me fait gamberger. Quelque chose s'est mis en marche dans ma tête. Je pense déjà à ce qui va se présenter bientôt, avec l'évocation de la petite enfance, puis de l'adolescence...

Comment vais-je aborder ces années-là ? De quoi vais-je parler ? Rester dans les petites anecdotes gentillettes et superficielles ou bien sonder un peu plus profondément ? J'ai déjà largement exploré mon enfance en thérapie et je sais à peu près ce qui s'y trouve. Selon le regard choisi elle a été douce et favorisée... ou bien déchirée par la violence subie. Les deux à la fois, bien sûr, indissociablement liées. Que vais-je faire émerger ? L'ombre, ou la lumière ? Ou les deux simultanément ?

De cette enfance entre douleur et douceur je garde les traces. J'en porte le poids invisible autant que les trésors. Ma vie actuelle est encore largement contaminée par ce passé à double face, inhaïssable, bien plus perturbateur de personnalité que je ne l'avais imaginé. J'en reste handicapé, écartelé, tout fissuré de l'intérieur et trop lucide pour l'oublier.

C'est peut-être pour me distraire de cette violence, ou bien en relativiser les effets à long terme, que j'essaye aussi de faire l'exercice des ricochets à l'envers, en remontant le temps. Mais dans ce sens antichronologique c'est la fraîcheur des souvenirs qui est un obstacle. Surabondance d'impressions. Je ne veux pas revenir sur mon passé récent, trop chamboulé. Trop lié au présent. Trop sensible. Je suis encore trop proche de la charnière infléchissant ma vie pour en parler sereinement.

Ironiquement, ces perturbations actuelles sont très probablement une conséquence tardive de la violence dorée de mon enfance. Un écho, ou un effet de miroir. Quelle que soit l'extrémité par laquelle je lance mes ricochets, ils me reviennent en pleine figure.

sicaliptic, sur le chemin écrits dans la marge,
vendredi 2 mars 2007

effets secondaires

en écrivant ce billet la douleur est remontée toute crue, cela fait 7 ans et demi que ma mère est morte et j'ai l'impression que cela m'a laissé toute écorchée.
Je constate que depuis cette époque je n'ai plus de protection je suis toute à vif. La moindre émotion se traduit par des larmes et je ne peux lire même un fait divers ( ne parlons pas de la lecture de vos billets) sans être submergée par la compassion.. Je n'ai plus de défense face à la violence sociale, tout me blesse. Je me sens démunie.
Il me manque une carapace je l'aimerais bien souple comme la peau pour sentir encore quelque chose, mais je ne sais vraiment pas comment ça se construit.

fleur de lupin, sur le chemin écrits dans la marge,
dimanche 4 mars 2007

Comment faire ricocher des cailloux ronds ?

Se surprendre à des heures où normalement Morphée me tient tendrement dans ses bras à dérouler au brouillon le fil de sa vie pour jeter ces petits cailloux et les faire ricocher au gré de quelques mots d’abord griffonnés sur un papier…

Faire l’effort de se remémorer année pas année. S’étonner de celles qui vous sautent au souvenir et de celles que l’on a laissées en sommeil. S’étonner de ces méandres de la vie qui s’effacent derrière d’autres méandres. Bref se retourner. Comprendre des zones d’ombre.

Se demander pourquoi jouer à ce jeu. Nécessité ? Plaisir ? Besoin ?

Et constater que si l’aventure est bien collective, l’exercice reste très égoïste.

Ca y est les petits cailloux sont dans mes poches. Reste à les faire ricocher. Certains semblent si lourds, rebondiront-ils sur l’eau ?

Deux billets écrits seulement, je voudrais écrire ces années qui m’ont fait souffrir, celle qui m’ont éblouie de bonheur mais je ne sais pas par où les prendre….il faut des cailloux plats pour les ricochets réussis et ceux là sont ronds, pleins, bombés à souhaits !

valclair, sur le chemin écrits dans la marge,
mardi 6 mars 2007

Difficiles ricochets!

Ce n’est pas facile du tout ces ricochets !

Dimanche j’ai commencé mon ricochet 2002 (le 2003 est prêt et dans les tuyaux pour mise en ligne sur le site jeudi, j’essaie de tenir mon rythme de publication hebdomadaire régulière) Mon ricochet 2002 parle de la mort de ma mère. Je n’ai pas pu finir dimanche j’ai essayé de m’y mettre tout à l’heure mais ça coince alors j’ai basculé sur ces mots qui disent la difficulté d’écrire.

Ce n’est pas tant une difficulté lié à un réveil de la douleur. (d’ailleurs y a-t-il eu exactement ce que l’on appelle de la douleur à ce décès ?). C’est plutôt une certaine difficulté un peu décourageante à cerner le passé. Sur les jours que j’évoque j’ai certaines images très précises, là c’est simple, il suffit de les reprendre et de décrire ce que je vois. Mais entre ces images il faut, pour pouvoir faire récit, traquer les transitions. Celles-ci sont plus floues, incertaines même et les écrivant je ne sais pas vraiment si je colle au réel advenu ou si je recrée. (Cela dit l’expérience m’a prouvé que parfois y compris des images très nettes et que l’on croyait parfaitement sûres se révèlent inexactes, confrontées à des éléments objectifs, photos, films, etc… alors ! tout souvenir est une recréation qui parle de notre présent autant que de notre passé, il faut faire avec ça) Il n’empêche que la difficulté à retrouver fait s’interroger sur la validité de l’ensemble du processus.

Et puis au-delà il y a la question de l’intérêt même de ce regard porté sur le passé. Est-ce que ce n’est pas encore et toujours se tourner vers ce qui est mort (voilà où est le lien peut-être avec le thème de l’entrée sur laquelle je bute ) plutôt que vers le présent à vivre dans l’aujourd'hui ?

Pour progresser dans mes ricochets je me suis fait un tableau en mettant en face de chaque année le souvenir que j’y traiterai. C’est du Valclair tout craché ça, un esprit de sérieux un peu excessif voire légèrement névrotique ! Et cet art de faire de ce qui est censé être un jeu une machine qui pourrait devenir pesante ! Pour certaines années je vois de façon évidente ce dont je vais parler, il y a même parfois plusieurs thèmes en concurrence. Pour d’autres, pour beaucoup d’autres c’est le vide apparent. Je sais bien, c’et le principe même de la démarche, c’est aussi en écrivant l’année x que surgiront en ricochet les cailloux de l’année y ou z. Il n’empêche que pour l’instant, vu d’ici, vu de là où je suis, ça me paraît un poil décourageant et je me demande dans quoi je me suis embarqué. N’est ce pas un peu bête d’avaler son temps dans cette écriture qui, même si elle me conduit à certaines découvertes (ou redécouvertes) est tout de même surtout une écriture ressassement ? J’ai aussi des envies fictionnelles et plus ludiques. J’ai notamment deux ou trois scénarios de petites nouvelles érotiques - j’aime bien écrire érotique - qui sont depuis longtemps dans un coin de ma tête et qui sont revenus me titiller l’esprit mais je ne peux pas tout faire. J’écris peut-être assez correctement (à ce qu’on me dit) mais j’écris lentement, très lentement, l’un d’ailleurs expliquant l’autre sans doute…

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