Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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Les petits cailloux de : racontars

(Les billets sont présentés dans l'ordre chronologique de leur écriture.)

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racontars, sur le chemin de 19xx à 2006,
mercredi 24 janvier 2007

1959 : premier caillou

Je suis née à Montmartre. Enfin, pas tout à fait, au pied de Montmartre, pas très loin de la porte de Clignancourt. Mes parents habitaient un petit trois-pièces à Issy-les-Moulineaux, mais comme mon père était conscrit, ma grand-mère avait proposé à sa fille d’accoucher dans ce quartier, où elle habitait. « Comme ça, tu ne seras pas toute seule. »

Mon père attendait de partir pour l’Algérie, pour la guerre, comme des milliers d’hommes de son âge (tout juste 20 ans), ma mère (à peine 22 ans) attendait que je daigne enfin sortir de son ventre (dix jours de retard)…

Ces deux-là s’étaient rencontrés chez une amie commune. Ma mère feuilletait un magazine quand elle entendit quelqu’un entrer. « Je me suis retournée, et mon regard est arrivé à hauteur de sa ceinture… Alors j’ai levé les yeux… Et là… » Un gamin d’à peine 19 ans et une gueule d'amour…
Ils ont vécu les péripéties des amoureux, se sont séparés, se sont retrouvés. Puis se sont mariés. Elle était enceinte, mes grands-parents, qui chacun de leurs côtés étaient contre cette union (mon père n’avait pas de métier et n’avait pas fait son service, dixit le côté maternel ; ma mère n’était pas du même monde, dixit le côté paternel) n'ayant pu s'opposer à cette union plus longtemps.
C’est donc en avril 1959 que j’ai fait mon apparition sur cette Terre. Que j’ai failli quitter en aout de la même année. Ma mère avait recommencé à travailler. Bien obligée, elle était soutien de famille, ce n’était pas avec la solde de mon père que nous allions manger. J’allais donc à la crèche.

La crèche de ce temps, dixit ma mère, n’avait rien des endroits accueillants que nous connaissons de nos jours. C’était un guichet, du genre Sécurité sociale (et encore, même à la Sécu, cela n'existe plus). On déshabillait le bébé, on le passait par le guichet où deux mains le prenaient en charge pour l’habiller. Ma mère me voyait donc disparaître tous les matins entre des paluches étrangères et inconnues. Ce qui est tout de même traumatisant. Un soir d’aout, elle me récupéra malade. Je vomissais tout ce que j’ingurgitais. Et avec la chaleur ambiante, je ne mis pas longtemps à être déshydratée. Panique de la jeune mère, mais bon réflexe. Elle appella son amie médecin qui me prit sous le bras et fonça à l’hôpital Trousseau, dont j’ai, depuis, beaucoup entendu parlé sans y avoir jamais remis les pieds. Je ne sais même pas à quoi cela ressemble…
Je passais à deux doigts de la mort.
Ma mère me retira de la crèche définitivement, elle avait appris que, sans même l’avertir, les puéricultrices, pour ne pas s’embêter la vie, m’avait passé du lait maternisé au lait de vache entier. J’avais 4 mois, on était en pleine canicule. Je ne l’ai pas supporté.

A l'automne, j'étais remise et même plutôt en forme. Mon père en permission, nous descendimes chez mes grands parents, à Cannes, où je devais passer de longs séjours les deux premières années de ma vie. Quand les temps se firent trop durs pour ma mère, seule à Paris. En attendant, c'était le bonheur à trois, deux gamins et un bébé…

1959


Peu de temps après, mon père partit pur l'Algérie

racontars

racontars, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 25 janvier 2007

1960 : premiers pas

Ma mère dit toujours que j'ai marché à 19 mois. Vu que jai eu un an le 30 avril, cela veut dire que j'ai débuté ma longue marche en novembre. Aurais-je pu être ainsi habillée en plein cœur de l'automne ? Ou ma mère s'est-elle trompée dans ses souvenirs… Je ne sais pas. Il me semble que cette photo a été prise à Veules-les-Roses, où nous allions souvent. Ce qui exclue la tenue.
Tout cela pour dire que je n'ai aucun souvenir de l'année 1960. Mais que j'avais l'air de m'amuser beaucoup…


racontars