Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

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Les petits cailloux de : lilylalibelle

(Les billets sont présentés dans l'ordre chronologique de leur écriture.)

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lilylalibelle, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 14 février 2007

2006 : 31 – Je suis née cette année…

31, 30 + 1… L’arithmétique de la vie est parfois étonnante… ou simplement évidente. Comme s’il m’avait fallu trente ans de gestation pour arriver enfin à être moi-même – ou plutôt à trouver ce que je suis réellement.
J’ai passé trente ans à essayer de concilier mon appétit pour les mots, la vie intérieure, le rêve, la folie des artistes, les douleurs des idéalistes, bref un monde à moi… avec les nécessités de la vie sociale, de la « vraie » vie. J’avais besoin des deux pour être bien. Besoin de la stabilité de l’une, avec ses rassurances et ses refuges, et besoin de la folie de l’autre… parce que c’est profondément moi. J’avais deux vies, une intérieure et une extérieure. J’ai passé des années à jouer au yo-yo entre les deux, sans trouver le juste équilibre.
En 2006, je parviens à trouver la lumière qui me permettra de marier mes deux vies… Etre au monde sans s’en extraire. Vivre avec ceux que j’aime sans renier qui je suis. Apprendre à dire mes envies et savoir les écouter sans culpabiliser.
J'ai fait des choses folles - en me rendant compte que c'était seulement des choses dont j'avais profondément envie... des choses que je me serais interdites avant. Une fois dans ma vie, me dire que j'aurai vécu quelque chose pleinement. Tout donner, tout recevoir. Me découvrir en même temps que je me révèle.
Je suis née cette année...
J'ai vu le jour cette nuit où j'ai mis mes mains sur un coeur qu'on m'offrait avec une sincérité bouleversante.
J'ai vu le jour lorsque les rivages d'une île m'ont adoptée, comme si j'avais été issue d'ici, de toute éternité.
J'ai vu le jour au pied d'une cheminée, dans une chapelle improbable entre ciel et mer où un archange terrasse un dragon en bénissant les serments muets de deux errances qui s'accompagnent, dans une barque instable perdue au milieu d'un marais, entre deux rochers battus par les vagues rageuses d'une mer sans fin...
J'ai vu le jour chaque jour, en écrivant ce livre d'Heures enluminé de sourires et de béatitudes, en prenant la vie à pleine brassées. Embrasser les heures précieuses et chaque sourire comblé que mon bonheur fait naître sur ces lèvres aimées (et aimantes).
Je suis née cette année... et à présent je peux (enfin) grandir.

lilylalibelle

lilylalibelle, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 24 février 2007

2005 : 30 - Dans ma tête, je suis grande

2005, trente ans tout rond. Dans ma tête, ça y est, je suis grande. Il y a des gens que la trentaine déprime, moi je trouve que c'est mon meilleur âge (enfin, jusqu'à présent). J'ai fait ma déprime plus tôt, en fait (à 27-28 ans).

En 2005, j'ai l'impression que j'ai fini de construire mes fondations et que je vais enfin pouvoir "m'éclater". Comme si j'avais posé patiemment tous mes jalons entre 20 et 30 ans, histoire de ne pas me disperser... ça ressemble à de la rassurance. Et ça l'est sûrement.

3 mars 2005 : je suis maman pour la deuxième fois, mais c'est là que je prends conscience de ce que c'est de réellement "mettre au monde" un enfant. Curieusement, c'est de ma première fille que ça va me rapprocher (il y a des phénomènes inexplicables...).

En juin, mon chéri change de boulot, en août, c'est moi, après six ans à tourner en bourrique à attendre qu'on me propose le poste convoité (qui n'arrivera jamais). De guerre lasse : je me sauve. La maison que nous avons achetée se termine (enfin... commence à se terminer !). Je change aussi de micro-ordinateur (finie la bidouille).

Le 27 juin 2005, le jour de mon anniversaire, je suis à distance le concert de U2 à Dublin via le site Internet (en me disant que bon... quelqu'un aurait pu penser à me payer les billets -rires-).

Je continue à lire beaucoup, à écrire un peu, à faire du théâtre quelques heures par semaine.

Je commence à penser à moi... maintenant que tout mon petit monde est installé.

2005, j'ai trente ans : feu, go, prêt... partez !!

lilylalibelle

lilylalibelle, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 7 avril 2007

2004 : 29 - Pause avant les 30...

Reprendre le fil de la réalité : un défi quotidien, challenge anodin de chaque vie qui se rêve au détour d'une rencontre, d'un regard, d'une lettre. Echaffauder mille dénouements, écrire quelques suites, une continuité... : au final, ne rien vivre. Apprendre ses rêves, sublimer les désirs et les transformer en carburant - quand ce n'est plus que l'intangible qui pousse hors de soi...

2004 : J'ai l'impression de prendre du recul sur tout, y compris (surtout) sur moi. J'achève des incommencés, je tourne des pages, la vie continue...

Je range (définitivement ?) dans ma boîte à souvenirs mon étrange ami-aimé fantôme, devenu (enfin) père à l'orée du printemps, ultime défi pour cet écorché qui s'est toujours demandé ce qu'il avait à faire sur Terre. Je reste persuadée que c'est ce qui pouvait lui arriver de mieux pour donner un sens à sa vie... Il m'aura accompagnée quelques années, favorisé mon (r)éveil. Je ne pourrais sans doute jamais le remercier d'avoir été là quand j'ai eu besoin de me remettre en moi... mais il n'y a pas de hasard. Nous nous serons vus tout au plus une dizaine d'heures dans toute notre vie et passé des heures à "discuter" sur Internet. Il est retourné dans son intangibilité cette année-là, avec cette épaisseur fantasmagorique qu'il avait tout au début, mais les ecchymoses resteront encore quelques années de plus. Pas des plaies, non. Juste des bleus. Curieuse relation, pleine de démons à exorciser.

Je déménage dans le fin fond de la campagne dans un bourg de 300 habitants, premier achat immobilier (plus important symboliquement parlant pour mon chéri que pour moi - je ne dois pas avoir l'instinct grégaire...). Mes écritures prennent leur envol (signe de ma nouvelle "maturité" ?). Mon premier roman perd une bonne moitié de son épaisseur grâce à un travail sur le style mené avec un écrivain-linguiste que je n'aurais sans doute jamais rencontré sans Internet. Depuis un peu plus d'un an je suis modératrice d'un salon de discussion à thématique "littéraire" sur le Net et, nonobstant les aléas et les inconvénients des conversations virtuelles, ce mode de communication sera sans aucun doute une grande goulée d'air dans ma solitude intellectuelle (difficile en effet de "causer littérature" dans mon village de 300 âmes...).

Ce sont souvent des prémices de camaraderie, des oreilles plus ou moins attentives aux coups de blues impromptus, de grandes discussions existentielles sur le pourquoi du comment, le sens de la vie et autres questionnements métaphysiques dont nous sommes friands. Et beaucoup de délires et de fou-rires, aussi. Des amitiés se construisent quelquefois, parfois solides, souvent concrétisées par une ou plusieurs rencontres "en vrai". Je suis plutôt sélective dans mes rencontres de "tchatteurs". Pas n'importe qui, pas n'importe comment, pas tout de suite. Prudence est mère de sûreté.

Inévitables jeux de séduction, aussi, favorisés par le côté "inoffensif" du virtuel. Même si je suis toujours très claire sur ma situation maritale et familiale (ce qui suffit en général à calmer les ardeurs des séducteurs impénitents) et sur ce que je ne veux pas (ce qui pose tout de suite les limites), certaines relations tiennent du badinage élégant, voire carrément épistolaire. Au jeu de l'amour sans hasard, j'y brûlerais tout de même un peu mes plumes, avec un jeune jouvenceau qui avait extrapolé le marivaudage en promesse de liaisons plus dangereuses. J'ai congédié l'inopportun et ses fantasmes déplacés sans aucun état d'âme... ce fut ma seule désillusion avec les gens rencontrés via le salon Livres. Il en fallait bien une...

Dans le même temps (ou presque !), j'incommence une belle histoire de façon totalement inattendue au cours d'un déjeuner réputé amical qui tourne au coup de foudre unilatéral. Gentleman, l'amoureux éconduit (... malgré mes envies...) n'insiste pas et l'histoire qui n'a pas commencé se termine là, sur un trottoir de Saint-Germain des Près. Elle aurait sans doute été belle, simple, passagère surtout, sans lendemain. Une parenthèse. J'en ai eu envie, un moment, et puis... la raison reprend le dessus.

Je ne sais pas si un jour je saurais faire passer mes envies avant mes principes ("cette intégrité qui te donne une certaine luminance", m'écrira joliment plus tard une amie) mais l'aventure (ou plutôt la non-aventure, en l'occurrence !) m'apprendra que je ne sais toujours pas assumer le désir ou même les sentiments que je peux susciter chez l'autre (et particulièrement chez les hommes). Ne sachant pas l'assumer, je me retrouve toujours dans des situations au mieux frustrantes, au pire génératrices de souffrances. Et pourtant, je ne peux pas m'en empêcher, c'est quand je sais que je "plais" (au sens large) que je m'épanouis. J'ai besoin de me voir dans l'oeil de l'autre pour exister à moi-même...

2004 : Recul sur moi, changement de maison, je commence à chercher un autre boulot. Et j'entame une seconde grossesse. La vie continue...

lilylalibelle

lilylalibelle, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 10 avril 2007

2003 : 28 - Non-sens

Année plutôt éprouvante sentimentalement et moralement. Je passe la moitié de l'année à me battre avec (ou contre, c'est selon) cette histoire d'amour qui n'en est pas une et dans laquelle (sans doute) je me surinvestis parce que je suis dans une période critique où je doute de tout et d'abord de mes choix passés.

Mes mots m'abandonnent. Lasse de raturer frénétiquement mes manuscrits, je recommence à zéro. Je trouve que tout ce que j'ai écrit est trop nul, trop banal, trop plat, indigne d'intérêt, voire même indigne d'être écrit. Pour la énième fois, je recommence, donc. Cette période "sans" dure assez longtemps pour m'effrayer - d'autant plus qu'elle ne me ressemble pas : je suis plutôt du genre opiniâtre, refaire plutôt que jeter, réinvestir, détruire, oui mais pour mieux reconstruire... Mais là, rien, pas même l'envie de reconstruire quelque chose. Je me dis que tout cela est vain, que je n'aurais de toutes façons jamais assez de temps à moi pour travailler mes textes. J'en ai marre de mon quotidien, j'en ai marre de tout... et mon écriture ne me console même pas. C'est le pire, au demeurant : si les mots me font faux bond eux aussi, que me reste-t-il alors ? Je me sens, non pas vide, mais sèche, tarie ; pourtant la source est là, en moi. Je le sais. Que faire ? Attendre la pluie ?

Je sens que j'ai besoin d'air... et en même temps je ne peux pas m'échapper - ou plutôt je ne veux pas : je sais que j'ai besoin de mon cocon (mon homme, ma fille, ma maison, mes habitudes...) pour m'y nicher bien au chaud.

En vérité, il y a deux personnes en moi : la raisonnable et sensée, bonne mère, bonne épouse, femme active et tralala, et puis l'autre, la folle, fantasque, imprévisible et déraisonnable, encore gamine, avec sa soif d'absolu, sa passion de la vie et de l'humanité, à la fois dilettante et jusqu'au boutiste.

Laquelle prendra le pas sur l'autre ?

Jusqu'à présent, j'avais endormi la folle sous un épais vernis d'adultissage (pour travailler, pour être maman, pour être "socialement acceptable", moi qui avait tant de mal à me (faire) accepter...).

La folle ressurgit, prend de plus en plus de place dans ma vie et dans ma tête. A travers son oeil, tout m'insatisfait. J'ai la sourde impression de m'être trompée et cela fait quelques mois que ce sentiment me poursuit, de façon latente mais de plus en plus insistant.

Ce n'est rien qu'un banal sentiment de non-sens qui me reprend, de façon cyclique, l'absurde dans toute sa splendeur - et je me rappelle combien je m'y retrouvais déjà, au lycée, en étudiant Camus pour le bac ! Toujours cette sensation que l'existence est vaine, inutile, insensée. Pas une envie de mourir, non : la mort ne donnerait même pas plus de sens. Juste la sensation - donc déraisonnable et irraisonnée - que tout ça ne sert à rien. Que je ne sers à rien, que je ne suis pas à ma place et que d'ailleurs il n'y a peut-être tout simplement pas de place pour moi dans ce monde bizarre. Je me fais l'effet du vilain petit canard qui veut faire le cygne mais qui n'en a ni les capacités, ni la force de convaincre. Il voudrait juste qu'on l'accepte tel qu'il est, le petit canard. Pas qu'on le transforme à tout prix en cygne...

C'est même étrange d'écrire ça, moi qui suis si épicurienne, moi qui vis dans la sensation et dans l'instant. J'avais décidé de cultiver cette aptitude à l'étonnement perpétuel et puis tout à coup, j'ai le sentiment de replonger dans le "à quoi bon ?"...

Je ne suis là pour personne et je n'arrive pas encore à être là juste pour moi... Et pourquoi juste pour moi, d'ailleurs ? Même l'égoïsme me laisse un goût d'à quoi bon...

Je suis frustrée de n'être là pour personne, d'être invisible, insignifiante ou pire, utilitaire. Je voudrais qu'on m'aime (et je souris face à la puérilité de cette recherche), comme dit Zarathoustra : "Vous ne pouvez pas vous supporter vous-même et vous ne vous aimez pas assez : c'est pourquoi vous voudriez séduire votre prochain pour qu'il vous aime et, par erreur, vous donne un éclat doré". Je ne m'aime pas assez pour moi-même : il me faut le regard des autres, leur attention, leur admiration même peut-être. Pas pour exister au sens propre, mais pour sentir que je mérite d'exister. Un bête manque de confiance en moi me fait douter de tout. On attend toujours de moi des décisions, des solutions, des actes ; beaucoup de choses (de gens aussi) se reposent sur moi... et bien sûr je n'ai pas le droit de faillir, pas le droit de me plaindre. Et moi encore moins que les autres : j'ai tout pour être heureuse ! Le malheur est un privilège... Le mien est si dérisoire et ridicule face aux misères du monde, à la maladie, à la mort, que j'en rougis presque de "déprimer" pour "ça"... Et même de l'appeler malheur. Je ne me sens même pas malheureuse. Je suis seulement spectatrice de ma vie, j'envisage d'un oeil froid et dépassionné ma propre existence et je constate qu'il n'y a pas grand chose. C'est terrifiant et ça me laisse presque indifférente.

La deuxième moitié de 2003 est plus sereine : je me réconcilie avec mes envies de "culture" en retournant voir pour la première fois depuis des années un opéra. C'est sans doute le déclic qui me sortira de mon mal-être. Quelques mois après, je rencontre pour la troisième et dernière fois mon ami-aimé à Paris et nous passerons près de trois heures à déambuler entre Montmartre et Belleville sous un joli soleil de juillet. La veille au matin, il a appris la grossesse de sa compagne. Et, curieusement, je suis la première personne à qui il confiera la nouvelle...
Presque naturellement. Je ne serai jamais pour lui qu'un hâvre de douceur et de compréhension, une petite peluche dans les bras de laquelle on se réfugie quand on est seul, celle qu'on maltraite quand on est en colère, celle qu'on oublie quand les amis sont là. Je suis condamnée au maternage - trop bonne, trop douce, trop miséricordieuse... J'aimerais qu'un jour quelqu'un me prenne aussi dans ses bras pour y réfugier mes larmes.

Je me rends compte comme j'ai aimé cet homme - et pourtant il n'y aura jamais eu entre lui et moi qu'un chaste baiser sur le front, un matin de février sous la neige... Comme si nous savions que tout autre contact physique nous mènerait à notre perte.

Etrange impression que cette dernière entrevue où il irradiait quelque chose proche du bonheur et où il était enfin lui-même. Etrange sérénité après tant de bouleversements, car il aura en tout cas liberé chez moi une certaine forme d'écriture qui ne faisait qu'affleurer et que personne d'autre n'avait réussi à mettre au jour. Cette histoire qui n'en était pas vraiment une m'a fait prendre une autre dimension de moi, comme un nouvel élan. Jamais je n'avais écris de la façon dont je lui ai écris, comme s'il avait dévérouillé des quantités de choses en moi, inconsciemment sans nul doute et aussi vraisemblablement indirectement. Sans doute que j'y étais prête, aussi.

Quelquefois, les rencontres les plus éphémères sont les plus décisives.

lilylalibelle

lilylalibelle, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 12 mai 2007

2002 : 27 - Toboggan

Réorganiser sa vie en prenant en compte l'enfant. Ne plus penser "deux", mais "trois". Retrouver ses repères, trouver sa place. Assumer, en un mot, ce changement de vie que j'ai voulu, désiré, attendu même.

Je guette au fil des mois le sentiment d'épanouissement, de réalisation, d'accomplissement qu'est sensé apporter la maternité. Mais ne voyant rien venir, j'en conclue que ma vocation n'était sans doute pas là. Je suis physiquement faite pour avoir des enfants, dira mon médecin après la naissance de la deuxième. Peut-être, mais pour ce qui est de les élever, ce n'est franchement pas mon truc.

Bien sûr, je suis heureuse de ma fille. Mais je suis loin d'être la mère fusionnelle dont on gave les futures mamans. Je ne la rejette pas, loin de là, mais je ne la recherche pas non plus. M'en occuper relève du "normal", du "logique" et ne m'apporte rien de particulier. Je suis une très bonne mère nourricière - l'instinct maternel est sans doute et avant tout l'instinct de conservation. Mais je mettrais quelques mois (... années) avant de pouvoir considérer que j'aime ma (mes) fille(s).

J'aurais eu de longues discussions avec ma propre mère sur ce sujet, mais de ce côté-là, elle me ressemble assez. C'est une mère qui assume, presque surprise quand ses enfants lui témoignent une marque d'affection. Ne me remerciez pas, je n'ai fait que ce que j'avais à faire... Ceci explique peut-être cela...

Je crois que, quelque part, je suis sans doute déçue (mais peut-être me faisais-je trop de "films" sur ce qu'était la maternité ?) qu'avoir un enfant soit si... banal ? Je m'imaginais (mais l'imagerie sociale y joue pour beaucoup aussi) que devenir mère m'aurait "transformée". Peut-être que j'attendais trop (quoi ? jen'en sais rien au juste). Mais le fait est qu'au lendemain des naissances, je ne me suis sentie ni plus ceci, ni moins cela. Bref, ce n'est pas dans l'enfantement que j'aurais le sentiment d'avoir fait quelque chose de ma vie.

La seule chose qui change (mais est-ce lié ou non ?), c'est que j'ai désormais franchi un palier dans ma perception de mon existence. Souvent, j'ai des images-flashs qui surgissent lorsque j'évoque pour moi-même des idées abstraites. En 2002, celle qui domine, c'est le toboggan.

Jusqu'à présent, je gravissais l'échelle du toboggan, puis j'étais sur le palier. Et là, je viens de me lancer sur la descente. Ma mère me parle de "croisée des chemins" mais je lui réponds que c'est plus fort que ça : non seulement je suis partie sur un chemin, mais en plus je ne peux plus remonter sur le palier du toboggan . J'ai le sentiment, avec cette image, que ma vie, mon schéma de vie, a pris un tour inexorable. Irrémédiable (sauf au prix d'efforts considérables). En gros : c'est parti et on verra bien comment tu vas atterir en bas du toboggan. Et ce sentiment va prédominer les années précédant mes trente ans. Comme une "condamnation" à descendre ce plan incliné (que j'ai délibérement grimpé, ne nous trompons pas) sans pouvoir faire autrement que d'aller jusqu'au bout, jusqu'en bas. Pas d'autre chemin possible. Presque un enfermement volontaire. Cette image assez terrible qui m'est venue un jour de promenade dans la forêt de Paimpont (je m'en souviens très bien) traduit fidèlement mon état d'esprit cette année-là... et explique peut-être les événements qui suivront dans les années d'après.

Comme un rejet de la fatalité.

lilylalibelle

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