Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

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Les petits cailloux de : kaa

(Les billets sont présentés dans l'ordre chronologique de leur écriture.)

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kaa, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 29 janvier 2007

2006:33 - Le Tour de la Terre

42 000 km.
La circonférence du globe, paraît-il.
La distance que nous avons parcouru cette année-là.

Neuf mois passés entre deux villes, entre deux vies, dans des trains qui se traînent, dans des voitures qui roulent trop vite.
Neuf mois à hurler de distance.

Notre amour a eu un accouchement difficile.
Je me demande encore si je ne suis pas stérile.

Je t'ai voulu tellement fort que j'ai fini par te rencontrer.
C'était l'été d'avant.
C'était un rêve d'enfant.

Un rêve que les kilomètres transforment en cauchemar.
Je suis plus seule que jamais, loin de toi.

Je m'éloigne, je me protège.
On ne peut pas m'aimer.
Je ne veux plus risquer.
Je mets 42 000 Km entre nous, à l'intérieur.

J'aime ailleurs, un lutin aux pieds ailés qui combat les mêmes démons que moi, mais avec élégance, le rire au bord des larmes.
Et ça me fait encore plus peur, ces ailes.
Elle.

Elle te sait.
Tu l'acceptes.
Je suis perdue dans tant d'amour.

Ca ne peut pas être moi.
Je ne suis pas aimable.
J'attends que vous vous rendiez compte de votre erreur.
Mais ça ne vient pas.
Et je ne sais plus quoi faire de tous ces kilomètres.

Elle sait.
Elle sait mieux que moi mon désir d'enfant.
Elle m'aime trop pour avoir peur que je sois heureuse, ailleurs.
Elle coupe les amarres.

Je pars.
Ce sera tous les changements d'un coup, ville, travail, amis, vie de couple.
Je ne me souviens déjà plus de tout ça.

J'ai encore le coeur qui bat trop fort.

kaa

kaa, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 5 février 2007

2005:32 La bascule (1/3)

Je commence l'année en découvrant que je fais partie d'un harem.
Je me revois lire cette lettre, m'écrouler sur le lino de la cuisine, en hurlant.

Je dis non.
Puis j'accepte.
Je crie.

Je ne serai jamais assez spéciale pour quelqu'un.

Au début je résiste, je ne veux plus être son amante, sa chose.
Puis je craque, mon corps me trahit.
Et mon coeur se recroqueville.

Les mois passent, je profite de tout et de tous.
Je ne veux plus me regarder.

Puis il y a ce concert, un soir de déluge.
Il n'est pas venu, bien entendu, mais les autres sont là.
Ceux qui m'aiment malgré moi.
Et leur chaleur me donne des ailes, et de la voix.

Ce soir, je chante,
devant eux,
pour eux,
avec eux.

Je chante en choeur, en rouge et noir, la Résistance et la Liberté.
Je chante la libération des camps.

Les mots sont de Ferré, mais les coeurs sont à nous.
Pour eux.

kaa

kaa, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 5 février 2007

2005:32 La bascule (2/3)

Rouge

Ils sont là, on les sent, on les sait,
dans le noir, là,
juste derrière les spots aveuglants,
brûlants.

Ils sont là, tendus vers nous,
attentifs,
aux aguets.

Il fait trop chaud.

Ils sont là mais ne savent pas encore.

Alors on prend le temps,
la note, l'accord,
la respiration.

Le silence tombe.
Ils sont prêts.

Pas moi.
Je ne vais jamais y arriver, jamais.
Trop d'attente,
trop d'émotion à porter,
trop d'images dans ma tête.

Je ne peux plus respirer.
Je voudrais hurler mais je suis paralysée.

Je m'accroche à une main,
une autre me saisit,
nos regards se croisent enfin.
Je ne suis plus seule.

Mon tremblement peut voyager,
de moi à nous,
à eux.

Nous sommes prêts.

Vingt et trois,
en coeur.

kaa

kaa, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 5 février 2007

2005:32 La bascule (3/3)

L'émotion laisse place à la fête.

Vous êtes là, avec nous.

Vous, c'est l'autre chorale, celle qui vient de loin, 500 km plus au Nord.

Une ville minière et des gueules, des vraies.

Quand je m'agenouille pour chanter, le poing levé, je ne te vois pas.

Puis, soudain, une vague de chaleur me submerge, m'envahit.

Ta voix chaude résonne, moi je ne peux plus chanter.

Je t'ai trouvé.

kaa

kaa, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 13 février 2007

2004:31 - année pingouin

C'est bizarre, ce que tu nous fais faire là, Kozlika.
Secouant.

Tu disais qu'il était souvent plus simple de remonter le temps.
Maintenant que j'y suis, j'en doute.
Sans recul, j'écris comme on échappe à la noyade.
Les blessures sont trop fraiches, les moments toujours vivants.

Et la mémoire, déjà, me trahit.
2004 ? Mais il ne s'est rien passé en 2004. Si ?

Bien sûr que si.
2004 fut une transition.
La fin d'une période de libération, le début de mon histoire actuelle.

C''est l'année de ma plus belle histoire de sexe avec un homme que je croyais aimer, une histoire qui m'a déconstruite et laissée nue de moi.

C'est aussi l'année où un ami rare m'a présenté la femme dont je tomberai amoureuse.
Mais chuuut, pour l'instant, elle et moi on fait semblant. On a peur, alors on est amies. Et on rit. Tout le temps.

C'est l'année des pingouins, je me dandine maladroitement, poussée par l'instinct vers elle, à des centaines de kilomètres de moi.

Je revois encore la copine devant le cinéma, après deux heures de manchots empereurs, nous dire "bon, on va rester là longtemps, à faire les pingouines sur le trottoir ?"

Qu'est-ce que ça fait du bien !

kaa

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