Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

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Les petits cailloux de : gabriel

(Les billets sont présentés dans l'ordre chronologique de leur écriture.)

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gabriel, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 31 janvier 2007

2006 (21) : Naufrage

Elle survit à peine, emportée par les flots. Remonte, hésite, aspire. Recrache en un soupir. Elle voudrait plutôt ou mourir, ou partir, mais reste entre deux eaux. Lui parlant allemand, je crois la soutenir et découvre en son coeur, l'esquisse d'un sourire... accablé de douleur. Elle, me maudissant, s'emporte, disparaît en sanglots effrayants que la nuit reconnaît.

Les accalmies ne sont qu'illusions, l'avenir qu'un plus sombre horizon. Nous ne nous voyons plus au-delà de demain ; aux cordes de marin, on usa bien des mains. Les espoirs échoués terminent en lambeaux. Mais, perdu pour perdu, je maintiens le flambeau.

Autant qu'elle égaré, je n'en fait rien paraître : faute de rien pouvoir, me contenterai d'être. Je la guide au travers des hoquets et des pleurs, esquivant les récifs vers une autre couleur. Animé d'une foi que la raison déplore, j'écope sans répit en espérant un port.

Ma propre vie n'est plus que l'ombre d'un combat, mené dans des contrées qui ignorent mes pas. Puisant toute ma verve au mât de la grand vergue, je l'entraîne - folie - dans un ultime cri, au creux de l'océan, qui nous jette mourants sur la plage au jusant.

Ai-je eu tort ou raison ? Que seront ces passions, la tempête passée ? les vit-on fracassées dès le premier rocher ? sont-elles ressorties de l'épreuve grandies ?

Les plaies des combattants, dans l'eau de mer plongées, mettent bien plus longtemps à ne plus les ronger - il arrive qu'on meurt des suites d'un naufrage qui, ayant moins d'ampleur, n'en est que plus sauvage - mais si, cicatrisées, ne laissent qu'une trace, l'amour traumatisé retrouvera sa place.

gabriel

gabriel, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 3 février 2007

2005 (20) : Combattre pour la beauté

Chercher, à l'heure des ombres, un chasseur paré d'étoiles que l'aurore, dans son voile, dissous parmi les décombres d'une année en demie-teinte que l'angoisse et l'espérance, formant une étrange alliance, parsemèrent de jacinthes.

Blesser celle que l'on aime, quand, piégé par sa passion, on accouche d'un poème, empli de contradictions, qu'on offrira chancelant à ceux qui voudraient entendre l'appel, tragique et troublant, à renaître de ses cendres.

Lutter, subrepticement, contre l'envie s'asseoir ; contempler son désespoir s'effilocher doucement ; regarder son corps, troublé, apprivoiser le chaos ; retrouver dans le Tao, la voie des danses tremblées.

Choisir, entre deux chemins, l'un ardemment désiré, l'autre convoité mais craint, celui de facilité ; l'emprunter pour découvrir des illusions trépassées ; plonger dans ses souvenirs, vouloir changer le passé.

Pleurer contre la folie d'un concert assourdissant, en sortir tout frémissant d'haineuse mélancolie ; pleurer pour la pureté, cristalline, diaphane, d'une mélodie profane perdue depuis cinq étés.

Imaginer, dans le ciel, un oiseau quadrimoteurs, qui cacherait, sous ses ailes, un soleil si prometteur qu'il devrait, pour mieux briller, aller jusqu'aux Amériques, de ses larmes, féconder des acides nucléiques.

Combattre pour la beauté, la tendresse, l'émotion ; briser les compromissions, inventer la nudité, craindre déjà la démence, le naufrage de l'esprit, flirter avec l'incompris... combattre pour le silence.

gabriel

gabriel, sur le chemin de 2006 à 19xx,
lundi 12 février 2007

2004 (19) : Adieu

Pardon à celles et ceux qui ont peuplé mon année 2004 de leurs sourires et de leurs larmes. J'aurais tant préféré parler d'eux, de nos instants de vie communs. Je suis sûr qu'ils comprendront qu'aujourd'hui, c'est de lui dont je dois dire l'histoire ; lui qui ne la lira pas.

En mémoire de la nuit du 16 octobre.

C'est un pommeau, comme une lune qui luirait pleine dans la nuit ; c'est une garde peu commune, courbée comme un dos sous la pluie ; c'est un fourreau bien déroutant, qui sent le cuir et le passé ; c'est une lame sans tranchant, ignorée par les trépassés.

C'est un pavage minutieux, que le premier regard néglige, mais qui, pourtant, ravi les yeux quand on sait lire ses vestiges ; c'est un présent --- une stigmate où j'emprisonne l'indicible, mettant la mort échec et mat sur l'échiquier de l'impossible.

C'est une voilier, bien trop petit pour y étendre ta dépouille ; c'est un vaisseau du paradis --- neuf tonneaux, cinq voiles --- qui mouille dans la mémoire des vivants ; c'est un souvenir maritime, d'un vieil Alsacien résistant (aux médecins qui le raniment).

C'est une forêt, c'est un four : si ce tri-réacteurs, trente ans, trente semain's et trente jours après, n'est plus qu'un monument, dans les allées d'Ermenonville, je déroule ma pellicule, captant la trace indélébile, vos deux âmes au crépuscule.

C'est un périple translucide, que j'accomplirai solitaire ; c'est une fine chrysalide, qui laisse filtrer la lumière ; une mélodie allemande qui emplirait le cimetière ; un goût de croissant aux amandes, que je cherche comme un mystère.

gabriel

gabriel, sur le chemin de 2006 à 19xx,
samedi 24 février 2007

2003 (18) : Testament photographe

Noir et blanc

Un ruisseau de montagne. L'ombre à peine estompée d'un arbre sous la neige. Ces branches sur le ciel, qui pleure de beauté. Des flocons en janvier : halo d'un réverbère en un jardin de nuit. En plein coeur de Paris, trouver Le Paradis.

Un cerisier en fleurs. Un ciel ennuagé qui se fait menaçant ; il était beau, pourtant, dans l'orange couleur. Arôme japonnais : ton vingtième printemps, pour nous presque trois ans. Sur l'herbe du jardin, l'ombre de tes deux mains.

Rue du Faubourg du Temple. Au soleil matinal, guetter l'instant crucial où tes yeux s'ouvriront ; dans cette pièce unique, ton corps se fait musique. Au soleil insulaire, ta silhouette éphémère. Au soleil de minuit, un manège en folie.

Deux concerts estivaux. Guitariste italien, professeur, maestro ; compagnons réunis, dans l'herbe tous assis. Un sapin vénéré : notre âge partagé, sa douce gravité. Les bords de Seine enfin : arbres, amis, sereins.

En couleurs

Une plage bretonne. Une quinzaine houleuse au milieu des tourments. Une quinzaine heureuse en valse à quatre temps. Cryptographie zombie : souvenir émouvant d'un aveu balbutiant. Pierr', feuill', ciseaux : bluffer, sincère et hésitant.

Noir et blanc

Première randonnée. Été caniculaire aux chemins attachants. De la Dordogne au Lot, vert, jaune, noir et blanc. Un artiste de dos : amoureux des chevaux, comme déjà parti. Une fille assoupie, dans le train qui revient.

C'est fini. Nuit de renaissance, de mort et d'offense, de rythme brisé, d'oranger fané. C'est fini. Un trop long poème, qui sait ? le dernier - j'y croyais alors, pensais liquider le passé. C'est fini : je l'avais écrit. Je t'avais écrit. Un meurtre mental, défection fatale. Lueurs dans la nuit. C'est fini.

Portraits de fin d'année. Futur, présent, passé : Sarah, Nicole, André, Malika, Jérémy, le chat, Benoît, Marie, Christophe et Sébastien, Hélène et Olivier, Patrick, Gildas, Florence, Georges, Sandrine, Éric, Henriette, Simon, Pierre-Emmanuel et moi. Qui partira demain ? pour où ? pour quand ? pourquoi ?

Une nouvelle année. Partir en Pyrénées sur un coup de folie. Retrouver des amis, des arbres, des soleils, des sourires vermeils. Une nouvelle année, dans la neige et le feu. Une nouvelle année, qui débute en adieux.

gabriel

gabriel, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 7 mars 2007

2002 (17) : Tempête

En souvenir d'un été où un Rayon-de-Soleil s'envola, une maladie arriva, des pensées gênantes furent exécutées sur le champ et une mortelle angoisse me saisit. En souvenir d'un été à nul autre pareil. En souvenir de l'été où je rencontrai Tempête.

Je me souviens d'un été
Je ne te connaissais pas
Dans le train qui m'amenait
Fiévreux je parlais à d'autres
D'autres que je connaissais
Que je retrouvais heureux
Qui aurait pu deviner ?

Je me souviens d'un été
Je te connaissais à peine
Pour un cynique coktail
Tu es devenue ma femme
Femme qui me trahissait
Qui complotait sans remord
Qui aurait pu deviner ?

Je me souviens d'un été
Je te connaissais un peu
Les mots tissaient entre nous
Une toile d'araignée
D'araignée qui capturait
Nos sentiments éphémères
Qui aurait pu deviner ?

Je me souviens d'un été
Je te connaissais déjà
Dans la rue crépusculaire
Mes doigts effleuraient ta main
Main qui épousait la mienne
Que je serrais insouciant
Qui aurait pu deviner ?

Je me souviens d'un été
Je ne connaissais que toi
Dans l'herbe où tu t'allongeais
Je cheminais dans tes yeux
Tes yeux qui me reflétaient
Qui riaient, graves, confiants
Qui aurait pu deviner ?

Je me souviens d'un été
Je te connaissais par coeur
Dans chaque heure qui fuyait
Nous laissions les autres dire
Dire que nous nous aimions
Que ce couple était parfait
Qui aurait pu deviner ?

Je me souviens d'un été
Je te connais à jamais
Dans le train qui m'emmenait
Loin de toi de notre amour
Amour que nul ne comprit
Souriant je me disais
Qui aurait pu deviner ?

gabriel

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