Petits cailloux et ricochets

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
S'abonner

Les petits cailloux de : florence

(Les billets sont présentés dans l'ordre chronologique de leur écriture.)

Fil des billets - Fil des commentaires

florence, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 28 janvier 2007

1982:0 Désirée

L'hiver est très rude en 1982... Mon papa est cheminot et travaille en trois-huit. Tout l'immeuble se réjouit de la grossesse de ma maman et chacun est prêt à lui rendre service. Le 4 Avril. Ma maman est enceinte jusqu'aux dents. Un petit repas familial se déroule le soir dans l'appartement de mes parents. Un bébé très désiré, dont on ne connait pas le sexe "pour la suprise", devrait arriver pour la fin avril, pour l'anniversaire de ma maman justement. La soirée se passe avec du vin ... Ma grand-mère prévient "tu n'en as plus pour longtemps, ton ventre est bas". Les invités partent, mes parents vont se coucher, tard. Vers 3h, ma mère prévient mon père :
- Je suis en train de perdre les eaux.
- T'es sûre ?.

Un bébé très désiré... Mes parents se sont mariés en 1971, et ils ne voulaient pas d'enfants tout de suite. Mais quand ils se sont décidés, les machines n'étaient pas très bien huilées : problèmes de stérilité chez les deux ! Ma mère a alors suivi des traitements lourds pour y remédier, sans succès. Au bout de trois ans, elle abandonne. Mes parents parlent alors d'adoption. Et là, miracle (ou pas), elle est enceinte. Son gynéco tente de l'avertir :
- Restez calme, pas trop de sport, ménagez vous.
- S'il veut tenir, il tiendra, sinon tant pis, j'ai déjà fait trop d'efforts.

Et je tiens. En mars, le gynéco est alarmiste. Je suis anormalement petite, et il prescrit des piqûres cencées m'engraisser dans le ventre de ma mère. Et j'ai tenu, mais je viens avec 20 jours d'avance. Le lundi 5 avril, j'hurlais à plein poumons, à 9h50, et pesait déjà 3kg.

J'ai dormi ma première nuit en pouponnière. Et lorsque l'infirmière m'apporte à ma maman, le lendemain matin, j'ai le visage ensanglanté. Maman en pleure... J'ai les ongles fort longs, et je me suis griffé la joue gauche. Le médecin précise qu'on ne coupe pas les ongles des nourrissons avant un mois. La plaie aura énormément de mal à guérir, si bien que j'aurai une cicatrice qui grandira avec moi.

Je suis une fille. Il me faut donc un prénom. Si j'avais été un garçon, cela aurait été Laurent. Mais je suis une fille. Ma maman souhaite m'appeller Anne-Laure, mais papa trouve cela trop snob. Ils prennent donc un petit calendrier de coiffeur : 1er janvier : jour de l'an. 1er février, Ella.... 1er décembre, Florence "tiens c'est pas mal". 2 janvier, Basile... etc. Et ils resteront sur Florence. Pas d'autre prénom, ça ne sert à rien d'en avoir d'autres, hormis le fait de faire plaisirs aux parrains/marraines ou aux grands-parents. C'est le défilé dans la chambre de la maternité Sainte Croix de Metz... Sauf ma grand-mère, qui ne viendra que le dimanche suivant... Pas très pressée de voir sa première petite-fille...

Lorsque mes parents rentrent avec moi de la maternité, ma mère se pose et fond en larmes, le syndrome du baby-blues que l'on appelle ça. Elle ne sait pas par où commencer. Elle commence par ne pas écouter les médecins, et à me couper mes ongles trop longs, plus fin que des lames de rasoirs.

Ma marraine travaillant dans une pharmacie, ma maman me bichonne avec les produits "Poupina", et j'étais un beau bébé tout rond, tout chauve (pas un poil sur le caillou comme on dit), et qui sentait bon. Lors de la première visite chez son gynécologue, ma maman me ramène dans un couffin. J'ai tout de suite profité, je suis tout en rondeur. La secrétaire et le médecin se réjouissent "c'est très gentil de venir nous montrer votre bébé". Et à ma maman de répondre "non, je viens vous montrer le bébé ANORMALEMENT PETIT". Elle lui en voudra énormément de lui avoir fait si peur pour son bébé aussi près du terme.

florence

florence, sur le chemin de 19xx à 2006,
samedi 3 février 2007

1983:1 Archive #1

Aussi bizarre que cela puisse vous paraître, j'ai des souvenirs de mes "un an". Ou plutôt de mes un an et demi.

Je me souviens de quand j'étais sur le pot, que j'avais un petit piano à queue dont toutes les touches ne fonctionnaient pas, et je me souviens d'un repas.
J'étais dans une chaise haute, à table, et j'étais seule. Il y a avait de la visite ce jour là, la cousine de ma maman, son mari et leur fils, tout juste moins vieux que moi de quelques mois. Sur la table, il y avait du pain grillé, et de l'ail. Et mes parents frottaient l'ail sur le pain. Je m'en souvenais, et j'étais seule, je me suis penchée pour attraper le pain et/ou l'ail, et j'ai voulu imiter mes parents. Sauf que. A un an, l'ail cru sur du pain, ca pique, et j'ai un souvenir que ca me piquait vraiment beaucoup ! La bouche en feu. Pendant ce temps là, mon cousin a fait une sieste dans mon petit lit, qui était le long d'un mur. Sur ce mur, il avait un grand poster d'environ 2m de haut, qui représentait un arbre rempli de scénettes avec des oursons bleus qui, je crois, était la mascotte d'une marque de petit pot de bébé. Je sais que je passais du temps debout dans mon lit à contempler ce poster, à causer à ses petits oursons bleus... Et mon cousin, lui, n'a pas trouvé mieux que de me déchirer ce poster. Je me souviens en avoir pleuré. Mes parents aussi étaient un peu déçu, et ils l'ont rescotché.

J'avoue que j'étais peut-être plus proche des deux ans, que des un an. Mais j'étais vraiment très petite, et c'est je crois, mon tout premier souvenir.

florence

florence, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 18 février 2007

1984:2 RAS

Force est de constater que je n'ai pas de souvenirs de cette année là... J'ai deux ans, je crois que c'est l'année où il y a de grosses inondations sur Metz.

J'ai deux ans, et quand je me fais disputer, quand je tombe, quand ça ne va pas, je pleure en expliquant que "C'est dur la vie". Une petite fille de deux ans qui sanglote en disant "c'est dur la vie", paraît que cela marque les esprits. Du coup, beaucoup d'inconnus que l'on rencontre 20 ans après ne manquent pas de me le rappeler.

florence