Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

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Les petits cailloux de : erin

(Les billets sont présentés dans l'ordre chronologique de leur écriture.)

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erin, sur le chemin écrits dans la marge,
samedi 3 février 2007

Sous l'eau calme est un tourbillon

Ou comment de la berge, je regarde les ricochets...


10 jours que les ricochets ont commencé... avec Samantdi...
10 jours que les ronds dans l'eau s'élargissent, se frôlent, s'enlacent, s'emmêlent...
10 jours que je lis tout ça avec beaucoup d'émotion et une envie d'y jetter mon petit caillou aussi...

Et puis la peur qui me vide l'esprit... Peur de démêler l'écheveau ? Peur de n'avoir rien d'intêressant à écrire...
Et cette petite voix qui me dit que non je n'ai pas à participer, parce que oui j'écris de la merde... que oui j'aurais l'air d'une pauvre cloche à coté de la plume des autres...

Et puis l'envie se fait plus forte... De plus en plus forte... Parce que ce que je lis me donne envie de me raconter, parce que je suis à un tournant de ma vie, parce que je commence une nouvelle vie...

Alors, hier soir, je prends mon courage à deux mains, j'ouvre mon foxmail, pianote l'adresse mail de Kozlika et entre le sujet "petits cailloux et ricochets"
Et à cette femme que je n'ai vu que quelques minutes, avec qui je n'ai pas échangé plus de trois mots... A cette femme là j'essaye de dire tout ça... maladroitement, me cachant sous un peu d'humour, commençant par quelques questions superflues et qui me font passer pour une bêta...
Très vite j'ai reçu une réponse... qui m'a fait sourire... Puis le mail pour les petits nouveaux avec toutes les explications. J'ai commencé par changer mon pwd...

Puis je suis restée devant mon écran vide... Page blanche...
C'est suite à la réception d'un mail pour annoncer un quart d'heure de maintenance que j'ai réussi à fermer jusqu'à ce matin...

Depuis quelques jours je suis tentée d'y publier un ancien billet où je raconte le début de ma vie...
Et puis je ne sais pas... J'hésite... Tout ça me trotte dans la tête et j'ai parfois comme des moments d'absence... comme des larmes qui montent...

Alors je me dis que cela suffit... Je ne vais plus attendre... Je ne vais plus hésiter... tergiverser. Peu importe mon écriture (et non je ne suis pas BHL... ;-) ).
Peu importe le nombre de ricochets, la largeur des ronds... Je suis un petit caillou parmis les autres...
Peut être pas aussi lisse et plat que ceux qui font de magnifiques ondes sur l'eau calme...
Peut être pas lancé aussi bien que nécessaire...
Mais je sais qu'il fera au moins quelques ridules...

Peut être qu'il fera "plouf" très vite... que son onde sera restreinte...

Mais comme tout petit caillou lancé pour ricocher, il apportera calme et sérénité à son lanceur...
Du moins un petit peu... Du moins quelques instants...

erin

erin, sur le chemin écrits dans la marge,
lundi 12 février 2007

40 - en marge

Dernier lundi... dernier mardi... dernier mercredi...

Ma quarantième année s'effiloche au gré de ces 3 derniers jours et bientôt la quarante et unième sera là... Celle où l'on dira de moi que je suis quadra...

Quadragènaire... immanquablement cela me ramène à octogénaire... Avant, mais je ne sais pas depuis quand ni jusqu'à quand au juste... Devrais-je plutôt dire auparavent ? Auparavent, donc, l'idée d'être quadrégénaire me semblait devenir vieille... aussi vieille qu'octogénaire... Et puis maintenant non... Il me semble enfin vivre... revivre... Je ne sais pas au juste...

Ces petits cailloux du passé que j'égrenne dans ma tête se mélangent, s'entremêlent... Lorsque j'y pense pour les coucher enfin sur la page blanche, ils arrivent en désorde... Sautant d'une année d'enfance à celle d'adulte... pour retourner à l'adolescence... Alors je n'écris rien encore... Attendant sagement mon année... Et puis cette envie de faire l'ascenceur dans les deux sens me plaît... Mais je n'ai pas envie de faire par année civile... Non plutôt par année de moi... D'une saint Claude à l'autre... Il me restait assez de temps pour mettre tout ça en gestation... en incubation...

Seulement voilà... Les jours passent et rien n'est écrit encore... Tout se chamboule dans mon esprit, dans mon coeur... Comment procéder ? Faire le bilan par année ? Choisir un seul fait marquant ? Une anecdote inoubliable ? Comment n'écrire qu'un seul petit texte sur une année de vie ?

Dame Fedorovna et ses comparses m'ont donné là une vaste matière à réflexion...

Et puis manque de temps... C'est que ma vie a changé depuis quelque temps... Je n'ai plus les mêmes repères, mon organisation est toute désorganisée... Ma vie est chamboulée... Mais chut... encore quelques jours de patience...

Quadra donc... Et seulement 3 petits jours devant moi... Que dis-je ? Seulement 30 heures... Pour écrire ma gestation à moi... Ce sera la seule période comptant moins de douze mois... Et ce sera l'un des deux seuls textes déjà écrit...

erin

erin, sur le chemin de 2006 à 19xx,
jeudi 15 février 2007

Saint Claude, 2006-2007 : 40 - Vagues...

Ma quarantième année... que de choses cette année là... Difficile de choisir un moment, un fait marquant...

Il y eu ma varicelle, mon premier Paris-Carnet, plein de belles rencontres qui se poursuivirent l'été entre Paris, Senlis et le Cantal...
Quand la réalité rejoint le virtuel. J'ai découvert des gens généreux, des personnes ayant eu des impacts insoupçonnables... et insoupçonnés !

Il y eu aussi mes soucis financiers, des galères pas possibles qui me donnèrent cette impression... terrible impression... que la roue était, au mieux immobile, au pire qu'elle tournait à l'envers.
J'ai tatonné dans ma "philosophie" de la Vie... essayant d'appliquer ces pensées qui me paraissaient évidentes... sans jamais y parvenir vraiment, complètement... Recherche de ce que je suis ?
Plutôt je cherchais à assumer ce que j'avais enfin trouvé... Pas toujours facile de se découvrir complètement différente de ce que l'on a été pendant si longtemps.
Et puis une nouvelle voie professionnelle... comme une raison supplémentaire de croire en moi avant tout...

Il y eu beaucoup de périodes de découragement, de déprime, jusqu'à envisager de tout arrêter... Et toujours ces sursauts d'énergie... Volonté de me battre ? Force ? Réveil de ma raison ?

Mais cette année, comme d'autres avant, est liée à une autre... celle d'un autre... mon Espoir...
J'ai, il a, nous avons vogué sur nos propres montagnes russes, celles de l'autre, celles du Nous... Passant de l'espoir le plus fou au désespoir d'y parvenir... des percées à l'immobilisme... de la frénésie à l'amertume...

C'est durant ma quarantième année que j'ai passé les 40e rugissants, dans ma coque de noix... Et au bout...

Au bout ... mon Espoir est devenu mon Compagnon...

erin

erin, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 15 février 2007

1966- Saint Claude 1967 : 0 - Gestation

Je suis arrivée comme le cheveu sur la soupe. Non désirée, refusée, niée, détestée, j'ai grandi dans le ventre de ma mère malgré tout. Mon désir de vivre, dès ma conception fut le plus fort... j'ai résisté, me suis développée, accrochée en cette matrice qui avait déjà accueilli deux filles et deux garçons, voulus, aimés, chéris. Me battant avec mes modestes possibilités, ma mère eu une grossesse pénible. Souffrant de terribles nausées qui l'épuisait, elle menait sa petite famille comme elle pouvait, se déchargeant sur les grandes, pré-adolescentes, que cette nouvelle vie ne satisfaisaient pas non plus. Il n'y a que les deux petits qui souriaient à l'idée d'avoir bientôt un bébé à la maison, pauvres bouts de chou de six et huit ans. Mon père, lui, allait son train... travail la semaine, artisan du bois avec passion le week-end. De plus, il n'avait pas son mot à dire.

Au fur et à mesure que le ventre s'arrondissait, l'épuisement se faisait de plus en plus présent. Physiquement au bord de la rupture, mentalement contre cette chose en son sein, elle haïssait de plus en plus cette déformation de son corps. Elle qui s'était émerveillée les autres fois de cette transformation, ne le supportait plus. Arrivée à un âge où elle cherchait à plaire, à séduire, avant que le temps ne joue son oeuvre, elle ne supportait pas ses odieuse nausées qui lui faisaient le teint cireux, ses magnifiques cheveux auburn qui se ternissaient, ses traits tirés de fatigue, et surtout ce poids en avant qui lui faisait changer son port, son point de gravité ayant basculé. C'était aussi cette poitrine qui s'alourdissait, ces hanches qui s'épaississaient, ces jambes qui se gonflaient.

Et moi, je continuais à me développer, percevant cette haine imperceptible et luttant de toutes mes forces pour rester en cet endroit chaud et confortable, malgré les efforts évidents pour m'en déloger. Puis vint le jour où je m'engageais vers mon premier voyage... vers la lumière, l'air, le froid. Par un malencontreux hasard, ce jour là, ou plutôt cette nuit là, les sages-femmes étaient en grève. On donna à ma mère, dont le travail n'était pas très avancé, un médicament pour que cesse mon voyage quelques temps. Le matin arriva, et c'est à neuf heures que je poussais mon premier cri... le libérateur, qui défroissa mes poumons.

erin

erin, sur le chemin de 19xx à 2006,
vendredi 23 février 2007

1967-1968 : 1 - Petit Haplorhinien

J'étais là, enfin... Vivante petite chose que ma mère trouva laide à biens des égards. Son désarroi fut complet lorsqu'elle sut que je n'étais qu'une fille, et une moue de déplaisir accompagna son bref commentaire "Quel horrible petit singe tout poilu !" Et c'est vrai que je l'étais, rouge des efforts pour venir au monde, pourvue de longs poils noirs sur le dos et derrière les oreilles, une masse de cheveux drus et bruns dressés sur mon crâne quelque peu déformé par le passage. Je piaillais et gigotais comme un petit animal, sentant instinctivement la répulsion, l'animosité de celle qui l'avait conçu. Pourtant, mon envie de vivre malgré tout, ma force à me battre coûte que coûte se lisait déjà dans mon corps, par ses poings fermés et crispés, par ce regard farouche et ses cris perçants que rien n'arrivaient à calmer.

Vint le moment où l'on me mit au sein de ma mère. C'est avec un certain détachement, ou plutôt un détachement certain qu'elle accepta cette petite bouche gourmande happant avidement cette partie de son intimité. Malheureusement, sitot recouchée, je vomis le peu que j'avais ingurgité. Et il en fut ainsi à chaque tétée. Le personnel médical diagnostica une béance du cardia, nécessitant une alimentation épaisse et d'être "assise". Et ma mère de dire "Elle commence bien celle-là !". La terrible épreuve du nom arriva très vite. Mes parents n'avaient choisi qu'un prénom masculin, alors que ma mère entrait à l'hopital. Celui du jour... Valentin. Mon père refusa la féminisation, je lui en suis vraiment reconnaissante. Non pas que je n'aime pas ce prénom, mais il aurait été si difficile à porter pour moi, vu la suite de ma vie. Ils se décidèrent pour le prénom de ma marraine pré-supposée, qui hélas refusa ce rôle... Puis, comme la tradition familiale l'imposait, un prénom chacun, d'abord le choix de ma mère, puis celui de mon père. Ainsi, pour l'état civil, je suis Hélène, Agnès, Laure. Combien ai-je détesté ces prénoms !

Nous rentrâmes au foyer, et je pris place dans un petit lit que mon père avait acheté, de bois blanc et d'osier, coincé dans une petite niche, dans la toute petite chambre de mes parents, du coté de ma mère. C'est là que j'allais passer les nuits de mes 6 premières années. Immédiatement, la fratrie se scinda en deux. D'un coté mes grandes soeurs pour qui je ne fus qu'un élément perturbateur de plus, de l'autre, mes grands frères qui prirent leur rôle de nounou à coeur. C'est eux qui me nourrissaient la plupart du temps, qui me promenaient, me cajolaient. De ce temps là, je n'ai que quelques diapos, où je ne suis jamais dans les bras de ma mère... dans le landeau, contre un oreiller dans mon lit, dans les bras de mon frère T, quelque fois dans ceux de JM, sur une couverture lors q'un pique-nique, mes frères tout contre moi et mes soeurs à la limite du hors-champ, dans mon parc... Je suis un beau bébé tout rond, la peau mat, habillée de layette tricoté ou crocheté par ma mère, toujours le sourire, le regard franc qui regarde l'objectif avec curiosité.

erin

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