Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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Les petits cailloux de : eleonor

(Les billets sont présentés dans l'ordre chronologique de leur écriture.)

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eleonor, sur le chemin écrits dans la marge,
jeudi 31 janvier 2008

Préambule

Cela fait quelques mois que j'ai découvert l'existence des petits cailloux et ricochets, et quelques semaines que l'idée s'insinue dans mon esprit. Ces lectures m'ont marquée, touchée, émue, intriguée, rassurée également concernant toutes sortes de questions que je me pose sur ma vie, et celle des autres. Comment vivent-ils, les autres ? Ont-ils des vies ? A quoi ressemble leur vie ? Pourrait-on dire que la mienne ressemble à quoi que ce soit ? Je leur trouve une certaine générosité, à tous ces autres qui veulent bien répondre indirectement à mes questions. Alors, pourquoi ne pas me lancer à mon tour ? Non pas que je prétende faire acte de générosité en participant, ce serait bien prétentieux, mais à mon tour contribuer à ce projet. Mais je n'ai pas de blog, n'ai jamais écrit quoi que ce soit sur aucun site et me sens un peu intimidée et d'ailleurs, nous voici en 2008, bien tard pour prendre un train qui s'est déjà éloigné. Il suffira d'un échange de mail, et voilà, Kozlika me souhaite la bienvenue, qu'elle en soit remerciée.

eleonor

eleonor, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 3 février 2008

1969 : an-1 - Un petit dernier

Juillet 69, on a marché sur la Lune, et ma mère, seule sur la plage tandis que les Aînés s'éclatent à l'école de voile, rêve d'un petit dernier. Ce n'est pas par hasard qu'une carrière dans l'astrophysique me tentera toute mon enfance.

eleonor

eleonor, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 3 février 2008

1970 : 0 an - "C'est une fille ! "

"C'est une fille ! " A cette époque, on avait encore le goût des surprises. Après une répartition parfaitement équitable chez les quatre aînés (respectivement Frère Aîné, Sœur Aînée, Grand Frère Adoré, et Grande Sœur Adorée), le sexe du cinquième enfant importait peu, et le fait que ma mère se soit imaginée porter un garçon brun et pressenti par son intense activité intra-utérine comme un footballeur en puissance, ne nous interdit pas de nous interroger sur le supposé instinct maternel tout-puissant. Pourtant, en pur produit de la parthénogénèse comme dit mon père, je serai blonde comme ma mère et peu portée sur les jeux du stade. C'est également une des rares fois où j'arriverai en avance à un rendez-vous, le médecin mandé ne pouvant plus que constater avoir été pris de vitesse (faut dire, c'était en Suisse…) A trois mois, je décrète que le biberon, c'est nul, et ne prendrai désormais mon lait qu'à la petite cuillère. Je suis baptisée à l'insu de mon plein gré, mais dotée d'une marraine protestante qui se remet à peine du deuil de sa fille A., morte à vingt ans fauchée par un camion. Marraine que j'adorerai et qui comblera l'absence de ma grand-mère maternelle décédée pendant ma gestation. Premier été en Bretagne, séjour qui se prolongera tout l'hiver en attendant que mon père trouve un autre boulot. Nous ne retournerons pas en Suisse et la famille s'installera à Lyon. Je garderai définitivement en mémoire l'odeur de la Bretagne, comme celle d'un lieu où je me ressource. J'en ai gardé le réflexe de humer le parfum de l'air quand je descends d'un train, et identifier ainsi le lieu où j'arrive.

eleonor

eleonor, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 3 février 2008

1971 : 1 an - une intellectuelle

Je ne mange rien. Le docteur nous rassure : "ne vous inquiétez pas madame, votre fille c'est une intellectuelle". Alors tout va bien. Seul un ami de passage me fera avaler une purée de carottes. Grande Sœur Adorée me promène en poussette au Parc de la Tête d' Or, je lèche avec intérêt les semelles de mes chaussures.

eleonor

eleonor, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 3 février 2008

1972 : 2 ans - Le niouniou

Je marche, j'entends, je sens, j'observe mon environnement…odeurs de la maison de Bretagne, celle des murs qui exhalent ce parfum particulier aux intérieurs restés fermés, celle des feuilles de châtaigner qui jonchent la terrasse, d'un lapin en peluche jaune et blanc qui sent un peu l'humidité. Le gravier de la terrasse qui blesse la plante des pieds nus. Je suce mon pouce et ne me déplace pas sans mon niouniou, un carré de ce coton qu'on utilisait pour les couches en tissus. Un très vague souvenir, je suis debout dans le couloir de l'appartement moderne que nous occupons. Je m'appuie au mur, dont l'odeur et la couleur pour moi se fondent en une seule sensation d'un matériau poudreux sec gris-vert. Je n'ai aucune idée de ce qui motive ce souvenir, mais l'odeur se rappelle encore parfois à moi avec une constante incongruité.

eleonor

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